Regards géopolitiques v11n1, 2025
Xavier Aurégan (2024). La Chine, Puissance Africaine. Géopolitique des relations sino-africaines. Paris, Armand Colin
Cet ouvrage analyse à travers une perspective historique, les relations sino-africaines afin d’illustrer la manière dont la Chine est progressivement devenue une puissance sur le continent africain ou une puissance africaine pour reprendre les termes marquants de l’auteur. Pour bien appréhender les réalités géopolitiques de la Chine en Afrique, l’ouvrage est divisé en trois parties et neuf chapitres qui couvrent de différentes facettes des relations sino-africaines à partir de l’idéologie de Mao Zedong à nos jours. Afin de produire une critique de l’ouvrage, une courte biographie de l’auteur sera présentée avant de détailler chapitre par chapitre les forces et faiblesses du manuel et finir avec une critique générale de l’œuvre.
L’auteur de ce livre, Xavier Aurégan est maitre de conférences à l’Université catholique de Lille, géographe et docteur en géographie-géopolitique de l’Institut français de géopolitique. Il est chercheur associé à l’IFG-Lab, à l’IFRAE et au CQEG, et membre du secrétariat de la Commission de géopolitique du Comité national français de Géographie (CNFG). Il contribue également au comité éditorial de la revue Monde chinois et co-organise le séminaire de l’EHESS intitulé « Présences chinoises en Afrique et en Amérique latine ». Ses champs de spécialisation incluent la géopolitique de l’Afrique subsaharienne, les relations entre la Chine, l’Inde, l’Asie et l’Afrique, ainsi que les nouvelles routes de la soie. Ses travaux portent également sur le développement économique et l’épistémologie de la géopolitique. Il est également l’auteur de plusieurs autres ouvrages sur les relations sino-africaines et est considéré comme un expert sur le sujet. À plusieurs reprises lors de la dernière décennie, il a été invité comme expert à la radio et à la télévision afin de présenter l’impact de la Chine sur le territoire africain. L’ouvrage synthétisé par ce travail a donc été produit par un expert dans domaine et constitue une source fiable dans le milieu académique.[1]
Partie 1 : Entre Chine et Afrique, une longue histoire… d’aujourd’hui
Chapitre 1 : Le temps de l’idéologie
Le chapitre 1 de l’ouvrage rappelle l’évolution historique de l’idéologie chinoise et la manière dont celle-ci a changé dans le contexte de la Guerre Froide, mais également avec les changements socioéconomiques internes du pays. En démontrant l’évolution de l’idéologie chinoise, l’auteur explique à l’aide d’exemples concrets les différentes approches du gouvernement chinois avec une courte explication des motivations qui les sous-tendent. En réalité, ce chapitre permet de contextualiser globalement les raisons explicatives du début des investissements chinois en Afrique, tout en offrant un survol des domaines dans lesquels le pays va s’impliquer au départ. Le chapitre estime et assume toutes fois que le lecteur dispose d’une connaissance relativement approfondie sur la révolution de Mao Zedong et des acteurs importants comme Zhou Enlai afin de bien saisir l’entièreté de l’information présenté par l’auteur. Également, le chapitre assume que le lecteur est déjà informé sur la situation de la Chine maoïste et sur celle de Taïwan sans vraiment offrir un court historique pour contextualiser le lecteur sur cette période précise. Enfin, il en est de même pour les tensions entre la Russie et la Chine lors de cette période, une situation que l’auteur assume que le lecteur connait très bien déjà sans offrir de l’information contextuelle.
Chapitre 2 : Le temps des « deux Chine » en Afrique
Le deuxième chapitre analyse l’importance de l’Afrique pour la Chine et Taïwan dans leur course vers la reconnaissance sur la scène internationale. L’auteur explique comment les deux Chine utilisent les moyens financiers et le pouvoir de l’argent afin d’influencer le vote des pays africains nouvellement indépendants.
On appelle cette période le temps des deux Chine, car en réalité, il y a deux gouvernements qui se proclament chinois. En effet, il y a la Chine populaire qui a été fondée par Mao Zedong et dont la capitale est Pékin et ensuite le gouvernement de Taiwan à Taipei. Les deux gouvernements s’opposent alors sur la scène internationale afin de déterminer lequel des deux représente la « véritable » Chine « officielle » à travers leurs approches de relations étrangères. Le vote des pays africains nouvellement indépendant à l’ONU est alors capital. La parenthèse taïwanaise en Afrique est très importante à comprendre afin d’avoir une image complète de l’historique de la présence de la Chine en Afrique. En effet, à l’ONU, Taïwan a réussi à deux occasions à gagner le vote du continent africain contre la Chine. Certains pays vont même changer leurs allégeances à multiples reprises sur de courtes périodes à cause de changements rapides de dirigeants, mais également à cause des problèmes politiques internes dans les deux Chine. Dans ce chapitre Le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire sont les 2 cas présentés de deux pays africains qui ont changé leurs positionnements au sujet du vote pour la Chine continentale au détriment de Taïwan et vis-versa.
Ce chapitre est particulièrement important afin de comprendre comment la Chine communiste réussit à devenir un acteur majeur à l’ONU. Le résumé des différentes phases de ce processus est pertinent et illustré à l’aide d’exemples concrets de vote et les différentes mesures qui ont été prises par les deux entités politiques. Cependant, les différents termes utilisés pour parler des deux Chines deviennent particulièrement difficiles à suivre et demandaient une certaine relecture du chapitre afin de bien comprendre de quelle Chine l’auteur parle spécifiquement à différents moments.
Chapitre 3 : Le temps des réformes chinoises en Afrique
Le chapitre 3 étude la manière dont les différentes phases de réformes des politique étrangères chinoises sont mises en œuvre et la manière dont elles se traduisent sur le territoire africain.
La libéralisation des entreprises chinoises va permettre le développement du secteur financier avec la création d’instruments permettant d’accroitre considérablement l’aide et l’investissement dirigé vers l’étranger, ce qui va sensiblement impacter l’Afrique.
Les réformes visant les entreprises chinoises leurs ouvrent toutes les possibilités d’investir en Afrique. En effet, cinq catégories de compagnies ont maintenant la possibilité d’investir : (i) les entreprises (sous tutelle centrale ou locale) dont les capitaux sont publics peuvent participer; (ii) les entreprises privées ont maintenant la possibilité d’investir; (iii) une entreprise dont une partie des capitaux est d’origine étrangère a également cette possibilité d’investissement; (iv) les sociétés de droit local africain aux capitaux d’origine chinoise ont une possibilité d’investir et enfin (v) une entreprise à capitaux 100 % étrangers créé à Hong Kong peut aussi investir. Il faut comprendre qu’en 1993, une réforme phare chinoise a aligné les normes nationales sur les standards internationaux pour améliorer la transparence financière et attirer les investissements étrangers ce qui simplifie également l’intégration dans les marchés internationaux. Ces entreprises sont appuyées par des institutions financières dont deux groupes importants que sont Exim Bank of China et China Developpement Bank. Ces deux groupes vont fournir des prêts aux entreprises qui investissent en Afrique dans le but de renforcer les projets d’infrastructure énergétique et commerciale.
Pour conclure, ces réformes qui fait émerger différentes catégories d’entreprise, ont permis une transformation rapide, passant d’une économie planifiée à une économie de marché socialiste. En favorisant l’ouverture aux investissements étrangers et la création de zones économiques spéciales, la Chine a connu une expansion industrielle et commerciale qui a permis au pays de s’imposer sur le marché international et africain.
Ce chapitre vient finalement introduire de façon générale les différents acteurs chinois qu’ils soient des entreprises publiques, privées ou des institutions financières et leurs interrelations pour opérer sur le territoire africain. Ce chapitre qui clôture la 1ère partie de l’œuvre, sera parfaitement utile pour comprendre les parties 2 et 3 de l’ouvrage.
Partie 2 : Les « Trente Glorieuses » de la Chine Afrique
Chapitre 4 : L’évolution des échanges commerciaux sino-africains
Comme l’indique le titre du chapitre, celui-ci vient introduire les dynamiques d’échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique. L’auteur met en lumière l’asymétrie des échanges en utilisant des cas concrets. Il aborde les disparités dans les échanges, la concentration des flux commerciaux dans quelques pays clés, l’exportation de ressources naturelles non transformées, et l’importation de biens manufacturés chinois. Le texte traite également des conséquences du modèle économique chinois sur le consumérisme africain à travers le « made in China », des enjeux liés à la dépendance aux importations, et du rôle du FOCAC (Forum sur la coopération sino-africaine) comme plateforme visant à renforcer et équilibrer ces relations. Le chapitre est plutôt une introduction vers le reste de la section de l’ouvrage.
Chapitre 5 : L’aide au développement et les prêts chinois en Afrique
Le chapitre 5 explique la manière dont la Chine à travers différents programmes d’aide, les investissements et les projets de développement chinois, vient exercer une influence sur les pays africain. Initialement politique et solidaire, l’aide chinoise avait pour but de renforcer son influence face à Taïwan et aux puissances occidentales. Avec l’industrialisation rapide de la Chine, cette aide s’est transformée en investissements économiques ciblant principalement l’exploitation des ressources naturelles et les infrastructures portuaires stratégiques.
Ce chapitre traite également d’un autre domaine important de l’aide de la Chine, soit les centres de démonstration agricole. Les centres de démonstration agricoles chinois en Afrique, initiés dans le cadre du FOCAC depuis 2006, sont des plateformes destinées à moderniser l’agriculture africaine et à renforcer la sécurité alimentaire.
Pour la Chine, les centres permettent d’assurer un accès durable à des matières premières agricoles essentielles nécessaires à son marché intérieur. Ces centres favorisent également l’expansion des entreprises chinoises spécialisées dans les équipements agricoles, les semences et les intrants, créant ainsi de nouveaux débouchés commerciaux. En outre, ils renforcent l’influence diplomatique de la Chine en Afrique, consolidant son image de partenaire clé du développement.
Afin de moderniser le secteur agricole, dans une situation où l’intervention chinoise est relativement de moins en moins sous forme d’aide, les pays africains se voient dépendre de davantage de prêts. Les prêts chinois sont critiqués en général car ils créent de l’endettement important chez les pays africains. Lorsque ces derniers peinent à rembourser, certains doivent céder des actifs stratégiques, renforçant l’influence économique et politique de la Chine sur le continent. Ainsi, bien que ses financements soutiennent le développement, ils soulèvent des préoccupations sur la durabilité de la dette et la souveraineté économique des pays africains emprunteurs. Bref, les prêts pour la Chine sont également des outils politiques qui peuvent permettre au pays d’exercer un contrôle sur le territoire africain.
Chapitre 6 : En Afrique, la Chine investit peu, mais s’investit beaucoup.
Ce chapitre clarifie la nature des investissements chinois en Afrique, souvent perçus à tort comme massifs. Ce chapitre est un des plus importants dans l’ouvrage, et ce, car c’est celui qui vient expliciter la réalité de la présence de la Chine en Afrique et la manière dont elle s’opère. Alors que les cinq sections précédentes donnent l’impression que la Chine investit des montants importants, le chapitre 6 vient éclairer les particularités et les modalités de cette intervention.
En réalité, la Chine favorise davantage les prêts, les partenariats publics-privés et les prestations de services, réalisées par des entreprises chinoises sur des projets financés via des accords bilatéraux. Par exemple, selon l’auteur, de 2003 à 2021, les prestations chinoises en Afrique étaient quatorze fois supérieures aux flux d’IDE chinois et trois fois supérieur aux prêts. Les prestations de services, ainsi largement supérieures aux IDE (investissements directs étrangers), créent une dépendance des pays africains en limitant le transfert de compétences, tout en servant la stratégie chinoise des nouvelles routes de la soie. Cette dépendance et la manière dont cette dernière se manifeste est primordial afin de bien saisir les méandres des relations sino-africaines.
Partie 3 : Le temps de Xi Jinping et les nouvelles routes de la soie
Chapitre 7 : Les nouvelles routes de la soie, une « nouvelle ère » sino-africaine
Ce chapitre présente le rôle central de l’Afrique dans le projet des nouvelles routes de la soie (NRS), un vaste réseau infrastructurel visant à renforcer les relations économiques et politiques entre la Chine et le reste du monde. Les pays africains, représentant près d’un tiers des participants, y voient une opportunité de moderniser leurs infrastructures de transport, énergétiques et technologiques, essentielles pour leur intégration au commerce mondial. Ces investissements se font à travers des prestations de services d’entreprises appartenant presque exclusivement à l’État chinois avec des contrats en Afrique de projets ferroviaires, routiers, aériens et portuaires. Les projets d’énergie renouvelable sont eux portés par des acteurs plus diversifiés, donc privés et publics. Il est intéressant de noter au sein du projet de la NRS, une filière particulière qui est celle de la route sanitaire en général moins évoquée. Depuis des décennies, la Chine investit en Afrique dans des projets de santé avec une stratégie de soft power d’en faire un outil diplomatique dans le contexte de la dernière grande crise sanitaire international, soit la COVID-19. La diplomatie des masques, tests de dépistage et autres matériels sanitaires ou la diplomatie des vaccins durant la pandémie ont été des initiatives majeures pour renforcer les relations sino-africaines à travers des programmes d’aide, de dons accompagnés d’équipes médicales chinoises pour partager leur expertise en gestion de la pandémie. Ce chapitre est intéressant pour analyser les subtilités de l’aide chinoise souvent orientée vers les villes africaines avec présence d’entreprises chinoises, conditionnée à l’utilisation de la technologie chinoise et au support politique que les pays africains peuvent lui apporter sur la scène internationale au détriment de Taiwan.
Chapitre 8 : Les Chinois en Afrique : atomisation, diversité et conflictualité
Ce chapitre traite de l’immigration chinoise en Afrique et de ses impacts économiques, diplomatiques et sociaux. Il distingue deux vagues migratoires : une migration diplomatique et officielle dès les années 1950, visant à renforcer les relations politiques, et une migration récente, plus économique, qui suscite des tensions.
En effet, au tournant des années 1950, les migrations chinoises vers l’Afrique débutent progressivement. Les premiers migrants sont envoyés par le gouvernement chinois dans le contexte des politiques diplomatiques afin d’obtenir la reconnaissance de l’ONU. En d’autres termes, ces migrants sont principalement, des techniciens agricoles, des médecins, des infirmiers, des diplomates, des agents du renseignement et des cadres de l’Armée Populaire de Libération. Ces migrants sont alors sur le territoire africain afin d’œuvrer pour le gouvernement de la Chine populaire. Leurs buts sont clairs : ils doivent bien représenter l’image de la Chine maoïste et de solidarité tout en construisant des réseaux diplomatiques pour leur gouvernement. Certains de ses migrants vont rester sur le territoire et intégrer les communautés locales en apprenant les langues.
Plus récemment, avec les réformes des années 2000, les « nouveaux chinois » arrivent en Afrique et posent plutôt des tensions. Parlant rarement une autre langue que le mandarin, ces groupes viennent créer des tensions en déstabilisant les économies locales et en se regroupant dans des pratiques communautaires que certains décrivent de racistes. Nous parlons alors d’une vague récente de migrations vers l’Afrique.
Enfin, l’auteur décrit ensuite un double phénomène migratoire observable en Afrique lors des dernières vingt années. D’un côté, on est en présence de la migration officielle, liée à la diplomatie ou à des contrats et donc gérée par des entreprises et le gouvernement, et de l’autre, on constate une migration officieuse et privée pour laquelle il existe peu de statistique.
Il s’agit des migrants-investisseurs chinois en Afrique qui jouent un rôle croissant dans le développement économique du continent. Malgré qu’il n’y ait que peu de statistiques officielles à leurs sujets puisqu’ils se déplacent par leurs propres moyens, nous savons qu’ils incluent à la fois de petits entrepreneurs ouvrant des commerces ou des ateliers et de grands investisseurs soutenus par des entreprises privées. Les migrants-investisseurs peuvent être également des Chinois à la recherche du succès qui souhaite progresser dans leur carrière, mais dont les possibilités sont restreintes en Chine. Ces migrants se concentrent sur des secteurs stratégiques comme le commerce de détail, la construction, l’agriculture, et l’exploitation minière. Ces activités contribuent au développement local, notamment par la création d’emplois, l’introduction de technologies, et l’amélioration des infrastructures. Toutefois, leur arrivée suscite parfois des tensions avec les populations locales, qui dénoncent la concurrence jugée déloyale ou le manque d’intégration socio-culturelle. Il aussi rappeler que certaines activités illégales menées par des ressortissants chinois en Afrique, bien que marginales, soulèvent des préoccupations croissantes. Parmi celles-ci figurent l’exploitation illégale des ressources naturelles, souvent accompagnée de corruption locale, ainsi que des réseaux de prostitution et de trafic humain impliquant parfois des femmes locales ou asiatiques exploitées sous de fausses promesses en plus de la maltraitance d’employés africains par les patrons chinois.
Chapitre 9 : La Chine dans le laboratoire africain
Le dernier chapitre explore l’évolution de la présence sécuritaire chinoise en Afrique, marquant une rupture avec son approche traditionnelle. La Chine utilise le continent pour renforcer sa marine, notamment avec sa base navale stratégique à Djibouti, et participe activement aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, sécurisant ainsi ses investissements tout en renforçant son influence internationale. Le dernier chapitre de l’ouvrage est une continuité du chapitre des Nouvelles Routes de la Soie. Offrant une étude de cas de Djibouti et son rôle dans les NRS, cette section permet de concrétiser la manière dont ce projet se déploie réellement mais aborde aussi le rôle de la Chine dans les enjeux sécuritaires et militaires de l’Afrique.
En effet, à partir de 2020, la Chine décide d’officiellement de participer aux opérations de maintien de la paix (OMP) de l’ONU à l’aide d’un autre livre blanc. En 2023, la Chine a participé à environ une trentaine d’OMP dont 19 en Afrique. Bien que la Chine brandisse que cette participation est pour contribuer au maintien de la paix internationale, ces contributions financières importantes permettent à la Chine de se tailler une place d’importance dans le système onusien. La contribution n’est pas seulement en envoyant de l’infanterie, mais aussi en envoyant des forces de protection, des logisticiens des officiers et bien entendu, du personnel médical. Cette implication reflète une politique mêlant objectifs humanitaires et stratégiques : renforcer son image internationale, sécuriser ses investissements et consolider ses relations avec l’Afrique. La Chine s’affirme ainsi comme un acteur responsable tout en intégrant la sécurité régionale à ses ambitions économiques.
Enfin, la Chine est également un acteur clé dans la vente d’armes et la formation militaire en Afrique, renforçant ses partenariats stratégiques avec de nombreux pays. Elle fournit des équipements militaires abordables, allant des armes légères aux véhicules blindés, souvent destinés à moderniser les forces armées locales ou à gérer l’instabilité régionale. En parallèle, la Chine propose des formations techniques et stratégiques, familiarisant les armées africaines à ses propres technologies. Ces initiatives visent à accroitre son influence politique et sécuritaire tout en protégeant ses investissements sur le continent. Cependant, elles suscitent des critiques, notamment sur la prolifération d’armes dans des zones sensibles. Donc, alors que le gouvernement investit dans les OMP, il fournit également des armes à des pays qui sont sanctionnés par l’ONU pour les violations de droits humains, démontrant encore une fois l’ambivalence de ses interventions.
Critique générale
Une critique générale sur l’ouvrage est qu’il faut disposer déjà d’une très bonne connaissance de l’histoire de la Chine et de l’Afrique pour bien saisir l’information que l’auteur nous offre. Pour une personne qui désire se familiariser à la géopolitique de l’Afrique, il serait nécessaire d’effectuer plusieurs recherches lors de la lecture afin de bien saisir les concepts présentés par l’auteur. De plus, la structure du livre rend la compréhension de l’œuvre plus ardue.
En effet, chaque chapitre sert, en quelque sorte à introduire le chapitre suivant. À plusieurs reprises, l’auteur fait référence dans un chapitre à des termes spécifiques et place entre parenthèses une référence à une section plus loin dans l’œuvre. Cela force les lecteurs à faire des allers-retours dans l’ouvrage, ce qui n’aide pas toujours la compréhension de la matière à cause de la structure du manuel. Effectivement, puisque les chapitres contiennent de l’information pertinente pour comprendre le chapitre suivant, la lecture de la page en référence est parfois encore plus complexe que simplement effectuer une recherche sur internet pour trouver une définition concise pour une meilleure clarification des concepts.
Les chapitres sont donc interreliés au point que l’information présentée dans un chapitre n’est pas complète sans faire la lecture du reste de l’ouvrage. Le fil conducteur est que la Chine, en utilisant divers mécanismes politiques, économiques et sociaux, a réussi progressivement à installer son hégémonie en Afrique. Le manuel est divisé en trois grandes périodes soit, le début de l’influence de la Chine en Afrique, la période d’intensification des actions de la Chine en Afrique et la période de Xi Jinping et les Nouvelles Routes de la Soie. Alors que cette division pourrait faire à croire que l’information serait offerte de façon chronologique, ce n’est malheureusement pas le cas, apportant ainsi une déstabilisation du lecteur dans le fil conducteur de sa lecture. C’est aussi sans compter son besoin de se référer au net pour des précisions nécessaires, du moins pour un lectorat non spécialiste des questions Chine-Afrique.
L’ouvrage est ainsi destiné à des individus qui possèdent déjà de bonnes connaissances de la structure économique et politique de la Chine en plus d’avoir une connaissance de l’histoire du pays sur la scène internationale. Il faut alors avoir un accès à de l’information additionnelle ou préalable afin de bénéficier complètement de la lecture du livre. Une simplification de certains concepts intégrés à l’intérieur des paragraphes ou des définitions placées en notes de bas de page permettraient de rendre la compréhension de la matière beaucoup plus facile, mais également la lecture plus plaisante en plus d’éviter le besoin d’avoir recours au net à multiples reprises. Bref, l’auteur devrait offrir un meilleur accompagnement à ses lecteurs afin d’améliorer la fluidité de son œuvre.
Dans une perspective de cours universitaire, utiliser l’ouvrage pourrait être très pertinent en attribuant des lectures selon les sujets déjà présentés en classe par un professeur. Par exemple, faire lire aux étudiants les sections portant spécifiquement sur les missions médicales en Afrique à la suite d’un cours sur ce sujet serait un exercice de synthèse efficace. De plus, dans chaque section, il y a des courtes études de cas qui permettent de comprendre la matière expliquée ce qui permet de concrétiser l’information.
La position de l’auteur au sujet des relations sino-africaines est facile à discerner à travers l’ouvrage. En effet, la conclusion des chapitres est souvent que, bien que la présence de la Chine en Afrique amène une modernisation des infrastructures, cette action n’est pas faite de façon altruiste, mais plutôt pour contrôler les ressources naturelles de l’Afrique. L’auteur dénonce à plusieurs reprises que la Chine se donne l’image « du sauveur du continent », mais qu’en réalité plusieurs des mesures mises en place sont prédatrices avec les conséquences néfastes qui en découlent.
Pour les personnes déjà bien informées en géopolitique et possédant une solide connaissance de l’histoire chinoise, cet ouvrage constitue une ressource pertinente pour approfondir le cas particulier de la Chine en Afrique et comprendre les mécanismes qui ont permis l’instauration de son influence sur le continent. En effet, les mécanismes présentés expliquent, à la suite de la lecture complète de l’ouvrage, la manière dont la Chine a établi son influence sur le continent africain.
Conclusion
En conclusion, bien que l’ouvrage offre une analyse détaillée et pertinente des mécanismes par lesquels la Chine a établi son influence en Afrique, il présente plusieurs points faibles qui en limitent l’accessibilité. La complexité de sa structure oblige le lecteur à naviguer constamment entre les chapitres et à effectuer des recherches complémentaires pour éclaircir certains concepts, ce qui ralentit la lecture et peut décourager un public moins expérimenté.
L’auteur se positionne clairement en dénonçant une politique d’influence fondée sur des stratégies d’exploitation des ressources naturelles, ce qui apporte un éclairage critique sur la modernisation des infrastructures en Afrique et l’industrialisation du continent. Cependant, cette approche, bien que riche en informations, suppose que le lecteur possède déjà une solide connaissance de l’histoire de la Chine et de la géopolitique africaine.
Dans un contexte universitaire, le livre pourrait être utilisé de manière sélective pour approfondir certains sujets spécifiques, à condition que l’enseignant guide la lecture et complète les explications par des notes ou des recherches supplémentaires. Une refonte de l’ouvrage, intégrant par exemple des définitions en notes de bas de page et une organisation plus linéaire, permettrait non seulement de fluidifier la compréhension de la matière, mais aussi d’élargir le public cible, rendant ainsi l’information présentée dans l’ouvrage accessible à un plus grand nombre de lecteurs.
Idiatou Bah
Département de géographie, Université Laval
[1] « Xavier Aurégan – Institut Français de Géopolitique », consulté le 18 décembre 2024, https://www.geopolitique.net/our_team/xavier-auregan/.
