Études géopolitiques

La section Études géopolitiques regroupe des publications de recherche plus conséquentes que des articles publiés dans Regards géopolitiques. Ces travaux de recherche sur des thématiques géopolitiques peuvent concerner un éventail étendu de sujets.

Il n’y a pas de fréquence établie pour la publication des Études, qui paraissent de manière ad hoc.


Études du CQEG n°5

Alexandra CYR

Les projets de hubs de transbordement arctiques

Résumé

En réponse aux problèmes opérationnels, techniques et commerciaux inhérents à la navigation dans les passages arctiques qui contraignent un grand nombre d’armateurs, un nouveau modèle d’affaires semble avoir émergé dans la région arctique et subarctique, basé sur d’éventuels projets de hubs portuaires de transbordement. Plus précisément, les hubs seraient accessibles par tous types de navires, impliquant qu’une entreprise dont la flotte et l’équipage ne respecteraient pas les normes du Code polaire, de la Russie ou du Canada pourrait acheminer sa cargaison jusqu’à un hub de transbordement à une extrémité du Passage du Nord-Ouest ou du Passage du Nord-Est. Les marchandises y seraient alors transbordées dans un navire plus grand qui serait conçu pour naviguer annuellement dans les passages arctiques. Un autre hub de transbordement à l’autre extrémité de ces passages, en eau libre de glace, permettrait de transborder à nouveau la marchandise vers sa destination finale.

À l’aide de critères préétablis, à savoir la géographie, les infrastructures et les capacités d’opération, la présente étude vise à analyser le potentiel de 20 projets de hubs de transbordement arctiques et subarctiques, spécifiquement en Russie, en Europe, Amérique du Nord et Asie du Nord-Est. Est-ce un modèle qui pourrait redynamiser l’intérêt des armateurs envers les voies de navigation arctiques ? Bien que certains projets relèvent du fantasme, quels seraient les plus prometteurs ?

Mots-clés : navigation arctique, hubs portuaires, transbordement, Passage du Nord-ouest, Route maritime du Nord.

Summary

Regarding the operational, technical and commercial problems inherent to navigation through Arctic passages that constrain a majority of shipowners, a new business model seems to have emerged in the Arctic and subarctic region, based on possible projects for Arctic and subarctic transhipment hub ports. More precisely, the hubs would be accessible by all types of vessels, implying that a company whose fleet and crew did not respect the standards of the Polar Code and Russia or Canada, could take its cargo to the transhipment hub at one end of the Northwest Passage, the Northeast Passage. There, the goods would be transhipped into a larger vessel that would be designed to sail annually in the Arctic passages.  Another transhipment hub at the opposite end of these passages, in ice-free water, would allow the goods to be transhipped again to its final destination.

Using pre-established criteria, namely geography, infrastructure and operating capacities, this study aims to analyze the potential of 20 Arctic and subarctic transshipment hub projects, specifically in Russia, Europe, North America and Northeast Asia. Is this a model that could revitalize the interest of shipowners in Arctic shipping lanes? Although some projects are fantasy, which would be the most promising?

Keywords: Arctic shipping, hub ports, transshipment, Northwest Passage, Northern Sea Route.

LES PROJETS DE HUBS DE TRANSBORDEMENT ARCTIQUES

Etudes CQEG 5 Hubs arctiques


Études du CQEG n°4

Djama Omar IDLE, Frédéric LASSERRE

Chine-Djibouti. L’émergence de relations multidimensionnelles

Summary

The Republic of Djibouti (RdD), independent since June 1977, and the People’s Republic of China (PRC) have maintained diplomatic relations for more than 42 years. Insignificant for a long time, over the past two decades, political ties between China and Djibouti have grown tremendously. Relying on globalization, the small country began, under the leadership of President Guelleh, elected in 1999, a political opening on the international scene, disengaged from its privileged relations with the West, created its first embassy in Beijing in 2001, and undertook multisectoral cooperation with China, which has financed numerous infrastructures on behalf of Djibouti estimated at 14 billion dollars. The government policy of multiplying large-scale projects sharply increased the debt of the young state, which reached 104% of GDP according to the IMF. The small country’s over-indebtedness situation raises the concerns of international financial institutions and observers, fearing to see Djibouti, in the event of a solvency challenge, lose its sovereignty over its own infrastructures. The Djiboutian authorities say they have this problem under control and promise to honor the debt. Despite the opposition of the Western powers, Djibouti validated the creation on its soil of the first Chinese military base outside China, inaugurated in 2017. This Chinese base came in addition to other Western and allied holdings like Japan, the young state turned into a world barracks. As a sign of the growing friendship between the two countries, on November 17, 2017, Djibouti and Beijing agreed to enhance their relations in « strategic partnership ». The growth of Sino-Djiboutian relations questions Western countries about this small French-speaking republic, which used to be France’s preserve, and causes strong tension between the Americans and the Chinese who first became neighbors in such a small space. What are the motivations for the growth of Sino-Djiboutian relations?

Keywords: China, Djibouti, multisectoral cooperation, infrastructure, debt, world barracks, Chinese base, tension.

Résumé

La République de Djibouti (RdD), indépendante depuis juin 1977 et la République populaire de Chine (RPC) entretiennent des relations diplomatiques depuis plus de quarante-deux ans. Peu significatifs durant longtemps, au cours de deux dernières décennies, les liens politiques entre la Chine et Djibouti ont connu une croissance fulgurante.  S’appuyant sur la mondialisation, le petit pays a entamé, sous l’impulsion du président Guelleh, élu en 1999, une ouverture politique sur la scène internationale, se désengage de ses relations privilégiées avec l’Occident, a ouvert sa première ambassade à Pékin en 2001, et a entrepris une coopération multisectorielle avec la Chine qui a financé pour le compte de Djibouti de nombreuses infrastructures estimées à 14 milliards de dollars. La politique gouvernementale de multiplication des projets d’envergure a fortement augmenté la dette du jeune État, qui atteint 104% du PIB selon le FMI.  La situation de surendettement du petit pays suscite les inquiétudes des institutions financières internationales et des observateurs, redoutant de voir Djibouti, en cas de défi de solvabilité, perdre sa souveraineté sur ses propres infrastructures. Les autorités djiboutiennes disent maitriser cette problématique et promettent d’honorer la dette. Malgré l’opposition des puissances occidentales, Djibouti a validé la création sur son sol de la première base militaire chinoise hors de Chine, inaugurée en 2017. Cette base chinoise venue s’ajouter aux autres emprises occidentales et alliés comme le Japon, le jeune État s’est transformé en une caserne mondiale. Signe de l’amitié grandissante entre les deux pays, le 17 novembre 2017, Djibouti et Pékin ont convenu de rehausser leurs relations en « partenariat stratégique ». La croissance des relations sino-djiboutiennes questionne les pays occidentaux au sujet de cette petite république francophone chasse gardée de la France, et provoque une forte tension entre les Américains et les Chinois devenus voisins pour la première dans un espace si restreint. Quelles sont les motivations de la croissance des relations sino-djiboutiennes?

Mots-clés : Chine, Djibouti, coopération multisectorielle, infrastructures, dette, caserne mondiale, base chinoise, tension.

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Études CQEG 4 Chine Djibouti


Études du CQEG n°3

Frédéric LASSERRE et Pauline PIC

Exploitation des ressources naturelles dans l’Arctique.
Une évolution contrastée dans les soubresauts du marché mondial.

Summary

Arctic mineral resources have been the subject of significant media attention since the advent of narratives on melting sea ice, at the turn of the 21st century, and the episode of the planting of the Russian flag at the North Pole in 2007, an episode that fueled the idea of a race to appropriate maritime spaces and seabed resources.

Carried by the high world prices that prevailed just before the 2009 financial crisis, major exploration campaigns were launched, while the States nurtured ambitious policies to develop these resources. The fall in prices following the financial crisis, then the slowdown in Chinese growth (2015), the boom in energy transition policies among Westerners from 2018, then the price war between oil producers in a context of the covid-19 pandemic (2020), have completed the pulling down of prices for many commodities. The price of certain resources remains relatively high because their use contributes to the energy transition, for the manufacture of wind turbine components, electric cars, electronic components for optimizing energy efficiency:

For most other resources, it is a mixed picture that characterizes their exploitation in the Arctic. What are the trajectories of extractive mining and hydrocarbon activities, depending on the region? Far from being a rapid expansion, this sector is in fact experiencing a development constrained by factors linked to the world market for natural resources.

Keywords: Arctic, natural resources, explolitation, policy, world prices.

Résumé :

Les ressources minérales de l’Arctique sont l’objet d’une forte attention médiatique depuis l’avènement des discours sur la fonte de la banquise, au tournant du 21e siècle, et l’épisode du planter du drapeau russe au pôle Nord en 2007, qui a attisé l’idée d’une course à l’appropriation des espaces maritimes et des ressources des fonds marins.

Portés par les cours mondiaux élevés des années précédant la crise financière de 2009, d’importantes campagnes d’exploration ont été lancées, tandis que les États nour­rissaient d’ambitieuses politiques de valorisation de ces ressources. La chute des cours suite à la crise financière, puis au ralentissement de la croissance chinoise (2015), à l’essor des politiques de transition énergétique chez les Occidentaux à partir de 2018, puis à la guerre des prix entre producteurs de pétrole dans un contexte de pandémie de covid-19 (2020), ont achevé de tirer vers le bas les cours de nombreuses matières premières. Le cours de certaines ressources demeure relativement élevé car leur emploi participe à la transition énergétique, pour la fabrication de composants d’éoliennes, de voitures électriques, de composants électroniques d’optimisation de l’efficacité énergétique : on peut penser ainsi aux terres rares, au cobalt, au nickel, au lithium…

Pour la plupart des autres ressources, c’est un portrait contrasté qui caractérise leur exploitation en Arctique. Quelles sont les trajectoires des activités extractives minières et en hydrocarbures, selon les régions ? Loin d’être une expansion rapide ce secteur connait en réalité un développement contraint par des facteurs liés au marché mondial des ressources naturelles.

Mots-clés :  Arctique, ressources naturelles, exploitation, politique, cours mondiaux.

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Etudes du CQEG n°3


Études du CQEG n°2

Jérémy JAMMES, Frédéric LASSERRE, Éric MOTTET et Gauthier MOUTON

East and Southeast Asian Energy Transition and Politics

Summar:
Talking about the energy transition in East Asia is tantamount to placing it at the threshold of both a historical and transitional relationship with energy needs, production and consumption in the East and Southeast Asian context. For this reason, each of the articles in this Special Issue replaces, in their own way, the question of energy policies in the historical evolution experienced by the countries of the region or by regional inter-governmental bodies (Mekong Commission, the Association of Southeast Asian Nations (ASEAN), ASEAN +2, +3, +4). Despite the endless vows to maintain a collegial and cooperative spirit amongst partners and neighbors of the region and despite international pressures/agreements, these bodies are constantly struggling in achieving their original mission. In varying degrees, diversity characterizes not only the methods of managing this energy transition, but also the strategies adopted to respond to energy and de facto environmental challenges. Furthermore, it needs to be recognized that these environmental challenges are being approached more from a domestic policy platform than from an international or global one.
The three chapters below highlight the complexity of the energy policies adopted in East and Southeast Asia, which is the subject of political and economic arbitrations being played out on several fronts (national, regional, international) in institutionalized forms (ASEAN, COP21, etc.) or otherwise (bilateral inter-ministerial decisions). The great range of actions and challenges, the insufficient coordination of energy policies and the competition between different governmental and institutional actors, have, until now, negated the possibility of a common, unified, and unidirectional Asian or Southeast Asian policy.

Keywords: energy transition, East Asia, Southeast Asia, policy, economy, region.

Résumé:
Parler de la transition énergétique en Asie de l’Est revient à la placer au seuil d’une relation à la fois historique et transitoire avec les besoins, la production et la consommation d’énergie dans le contexte de l’Asie de l’Est et du Sud-Est. Pour cette raison, chacun des articles de ce numéro spécial remplace, à sa manière, la question des politiques énergétiques dans l’évolution historique vécue par les pays de la région ou par les instances intergouvernementales régionales (Commission du Mékong, Association of Southeast Nations asiatiques (ASEAN), ASEAN +2, +3, +4). Malgré les vœux sans fin de maintenir un esprit collégial et coopératif entre les partenaires et voisins de la région et malgré les pressions / accords internationaux, ces organismes ont constamment du mal à réaliser leur mission initiale. À des degrés divers, la diversité caractérise non seulement les modes de gestion de cette transition énergétique, mais aussi les stratégies adoptées pour répondre aux enjeux énergétiques et environnementaux de facto. En outre, ces défis environnementaux sont davantage abordés à partir d’un point de vue de politique intérieure plutôt qu’internationale ou mondiale.
Les trois chapitres ci-dessous mettent en évidence la complexité des politiques énergétiques adoptées en Asie de l’Est et du Sud-Est, qui fait l’objet d’arbitrages politiques et économiques se déroulant sur plusieurs fronts (national, régional, international) sous des formes institutionnalisées (ASEAN, COP21, etc.) ou autre (décisions interministérielles bilatérales). Le large éventail d’actions et de défis, la coordination insuffisante des politiques énergétiques et la concurrence entre les différents acteurs gouvernementaux et institutionnels ont jusqu’à présent écarté la possibilité d’une politique commune, unifiée et unidirectionnelle en Asie, de l’Est ou du Sud-Est.

Mots-clés : transition énergétique, Asie de l’Est, Asie du Sud-Est, politique, économie, région.

Études CQEG 2

Energy Transition Asia – Etudes CQEG no2 July 2020


Études du CQEG n°1

Mélanie FOURNIER, Frédéric LASSERRE, Leah BEVERIDGE & Pierre-Louis TÊTU

A European shipping companies survey on Arctic shipping. Expectation vs. reality

Summary

Operating a vessel in Arctic waters is complicated, costly and risky. Arctic shipping has gained growing attention since the early 2000s as a result of global warming. Although the duration, extent and nature of ice coverage are changing, the annual variability and a significant degree of uncertainty will remain. However, although the feasibility of increasing maritime traffic in the Arctic is tightly related to ice conditions, it is also coupled to governance, geopolitical factors, infra­structure development, prices of resources, and the interest of shipping companies. This paper describes the results of a study conducted from 2015 until 2016 on European shipping companies and their perceptions of Arctic shipping. The purpose of this survey was to take into account the operational point of view of shipping companies, and determine the interest for the Arctic market and whether the current trend was reflected the boom in the industry anticipated in the media.

Keywords : Arctic shipping, risk, European shipping companies, business opportunities, Northwest Passage, Northern Sea Route.

Résumé

L’exploitation d’un navire dans les eaux arctiques est compliquée, coûteuse et risquée. La navigation dans l’Arctique a attiré de plus en plus l’attention depuis le début des années 2000 en raison du changement climatique. Bien que la durée, l’étendue et la nature de la couverture de glace changent, la variabilité annuelle et un degré important d’incertitude demeureront. Cependant, bien que la faisabilité d’augmenter le trafic maritime dans l’Arctique soit étroitement liée aux conditions des glaces, elle est également associée à la gouvernance, aux facteurs géopolitiques, au dévelop­pement des infrastructures, aux prix des ressources et à l’intérêt des compagnies de navigation. Cet article décrit les résultats d’une étude menée de 2015 à 2016 sur les compagnies maritimes européennes et leur perception du transport maritime dans l’Arctique. Le but de cette enquête était de prendre en compte le point de vue opérationnel des compagnies de navi­gation, et d’évaluer leur intérêt pour le marché de l’Arctique.

Mots-clés : navigation arctique, risque, compagnies maritimes européennes, occasions d’affaires, Passage du Nord-ouest, Route maritime du Nord.

Études CQEG n1

European Companies Arctic shipping-Etudes du CQEG 1 2020