Les changements climatiques comme facteurs de risques en zone indopacifique

Julie Prigent et Frédéric Lasserre

Regards géopolitiques 10(2)

Mots-clés : Changements climatiques, Indopacifique, Risques climatiques, Adaptation, Sécurité humaine, Coopération internationale.

Résumé : La région indopacifique est fortement exposée aux impacts des changements climatiques, dont la complexité est exacerbée par sa diversité géographique et socio-économique. Cette étude vise à synthétiser une partie des impacts régionaux des changements climatiques, mettre en évidence certains facteurs de vulnérabilité des populations et des écosystèmes, et explorer les réponses politiques nécessaires.

En mettant en avant les risques climatiques présents et futurs de la région, l’article permet aussi de développer une vue d’ensemble sur les domaines influencés directement puis indirectement par ces phénomènes. Des impacts sur les ressources hydriques et alimentaires jusqu’aux secteurs de la sécurité humaine – comme la santé et les déplacements de population – peu de risques climatiques peuvent être correctement adressés séparément dans des systèmes humains de plus en plus interconnectés.

Afin de prévenir et répondre aux défis posés par ces risques climatiques complexes, une approche multidisciplinaire est cruciale, combinant l’évaluation des données climatiques, des contextes socio-économiques et l’examen des politiques d’adaptation et d’atténuation à l’échelle nationale, régionale et internationale.

Toutefois, les réponses politiques aux changements climatiques présentent encore aujourd’hui des lacunes évidentes. Cet article vient mettre en avant le besoin d’une action climatique ambitieuse et urgente pour atténuer les impacts les plus graves. Les solutions doivent être holistiques, intégrant les besoins des populations vulnérables et préservant la biodiversité. La coopération multilatérale est essentielle pour une transition juste, équitable et efficace.

Keywords: Climate change, Indo-Pacific, Climate risks, Adaptation, Human security, international cooperation.

Abstract: The Indo-Pacific region is highly exposed to the impacts of climate change, the complexity of which is exacerbated by its geographical and socio-economic diversity. This study aims to synthesize some of the regional impacts of climate change, highlight some of the vulnerability factors of populations and ecosystems, and explore the necessary policy responses.

By highlighting the region’s present and future climate risks, the article also provides an overview of the areas directly and indirectly influenced by these phenomena. From impacts on water and food resources to sectors of human security – such as health and population displacement – few climate risks can be properly addressed as an isolated issue in increasingly interconnected human systems.

To prevent and respond to the challenges posed by these complex climate risks, a multidisciplinary approach is crucial, combining the assessment of climate data, socio-economic contexts and the examination of adaptation and mitigation policies at national, regional and international levels.

And yet, political responses to climate change continue to show clear shortcomings. This article highlights the need for ambitious and urgent climate action to mitigate the most serious impacts. Solutions must be holistic, integrating the needs of vulnerable populations and preserving biodiversity. Multilateral cooperation is essential for a fair, equitable and effective transition.

Introduction

            Un « carnage climatique jamais vu », c’est ainsi qu’Antonio Guterres a qualifié les inondations destructrices de l’automne 2022 au Pakistan (AFP, 2022). Celles-ci ont atteint une superficie égale à celle du Royaume-Uni, entraînant plus d’un millier de morts, et des pertes matérielles supérieures à trente milliards de dollars. Ceci n’est cependant pas un désastre exceptionnel, mais une des dernières manifestations de grande ampleur de plusieurs conséquences des changements climatiques cumulées.

Le réchauffement de la température moyenne de surface mondiale d’origine anthropique – ou réchauffement climatique anthropique mondial – engendre de multiples changements climatiques sur l’ensemble de la planète, des sécheresses et canicules aux précipitations torrentielles, en passant par le réchauffement et la hausse du niveau de l’océan.

Les impacts des changements climatiques peuvent aussi être abordés sous le prisme des risques climatiques. Ceux-ci sont très variés : directs, indirects, en cascade, cumulés, etc. S’ils ne sont pas prévenus et que les aléas associés se concrétisent, ces risques influent non seulement directement sur les systèmes naturels (risques notamment sur les écosystèmes, les ressources en eau et alimentaires), mais aussi indirectement sur les systèmes humains (domaines sanitaires, économiques, sociaux, financiers, politiques, entre autres). Les risques climatiques peuvent aussi découler d’actions humaines visant à prévenir ou répondre aux aléas climatiques (Magnan & Anisimov, 2023).

Nous allons ici nous concentrer sur les impacts sur la zone dite « Indopacifique ». Ils peuvent être étudiés à diverses échelles, celle de la région est choisie ici pour la perspective qu’elle offre non seulement sur la diversité des risques directs mais également sur les risques complexes. L’étendue de l’Indopacifique diffère selon les définitions, mais afin de cadrer nos propos, nous nous intéresserons ici surtout aux territoires insulaires de l’Océan Indien et du Pacifique, à l’Océanie, ainsi qu’à l’Asie du Sud, de l’Est et du Sud-Est.

Fig. 1. Carte de la zone dite « indopacifique.

Source : carte d’après Camroux et Jaffrelot (2021), modifiée pour cette étude

Cet article vise à donner un panorama synthétique de plusieurs types de risques climatiques, sans prétention d’exhaustivité. En zone indopacifique, géographiquement très hétérogène, les aléas climatiques sont multiples et diffèrent d’une sous-région à l’autre.

1.     Les changements climatiques et l’hétérogénéité de l’Indopacifique

1.1.          Caractériser les changements climatiques pour évaluer les risques

            Au cours de son sixième cycle d’évaluation, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) donne une probabilité de plus de 50% d’atteindre ou de dépasser la cible des 1,5°C entre 2021 et 2040 (IPCC, 2023, p12). Cette cible de 1,5°C est essentielle par la différence d’impacts qu’elle engendre par rapport à un réchauffement plus poussé.

Les changements climatiques peuvent généralement être catégorisés en deux grandes catégories relatives à leur vitesse de réalisation et leur fréquence :

  • « Slow onset events» ou événements à évolution lente : augmentation du niveau de la mer, augmentation des températures moyenne de surface, acidification de l’océan, recul des glaciers, salinisation des terres, dégradations des terres et forêts, perte de biodiversité, désertification (UNFCCC, 2011).
  • « Climate extremes» qui regroupe les événements climatiques et météorologiques extrêmes : sécheresses, vagues de chaleur, ondes de tempêtes, cyclones tropicaux, inondations, précipitations intensifiées (IPCC, 2021).

Les slow onset events se déroulent au long cours et leur gravité est amplifiée pour chaque incrément de réchauffement climatique. Suivant les trajectoires d’émissions de gaz à effet de serre (GES), plus ou moins fortes selon l’implémentation des mesures d’atténuation, ces événements atteindront des niveaux plus ou moins dangereux.

Les climate extremes voient leur fréquence et leur intensité augmenter selon ces mêmes trajectoires d’émissions de GES. Plus la température moyenne de surface augmentera en l’absence de mesures ambitieuses d’atténuation des émissions de GES, plus certaines régions du monde devront faire face à ces événements climatiques extrêmes : des pluies torrentielles intensifiées et soudaines – comme au Pakistan (AFP, 2022), des sécheresses plus longues, etc.

La connaissance de ces aléas et impacts est pertinente pour évaluer les risques encourus par les systèmes naturels et humains, puisqu’un risque climatique est, selon le GIEC :

 « Appliqué au contexte climatique, les risques peuvent venir des impacts des changements climatiques mais aussi des réponses humaines aux changements climatiques. […] Les risques [climatiques] résultent d’interactions dynamiques entre les aléas climatiques, l’exposition et la vulnérabilité des systèmes humains ou écologiques affectés par les aléas. […] Ils peuvent chacun aussi changer dans le temps et l’espace à cause de changements socio-économiques et de décisions humaines. »
(Notre traduction ; IPCC, 2022)

Ce n’est donc qu’en examinant toutes les composantes possibles d’un risque climatique – aléa, exposition, vulnérabilité, et caractéristiques socio-économiques des systèmes humains concernés, entre autres – qu’il est possible d’en prendre l’entière mesure et d’y chercher des réponses en évitant tout effet secondaire négatif.

Cette évaluation des risques climatiques est d’autant plus difficile que ceux-ci sont rarement simples et isolés. L’apparition d’un aléa peut être cumulé avec d’autres facteurs – climatiques ou non –, traverser des territoires et frontières, se répercuter sur différents secteurs des systèmes humains interconnectés créant des effets en cascade.  Leur étude, si limitée à un territoire, à un aléa, à un secteur, ne peut donc se revendiquer exhaustive. Par exemple, en 2022, l’Inde avait annoncé augmenter ses exportations céréalières pour palier aux déficits créés par la guerre en Ukraine. Toutefois, l’arrivée de vagues de chaleurs néfastes pour les récoltes avait entrainé une rétractation complète de ces annonces, l’Inde allant jusqu’à interdire les exportations, ce qui avait d’autant plus participé à l’inflation mondiale sur les denrées agricoles (Jadhav et al., 2022). C’est donc ici un aléa climatique – une vague de chaleur – combinée à un aléa non climatique – la guerre en Ukraine – qui entraîne un risque sur la sécurité alimentaire mondiale. Outre les contextes socio-économiques, nous voyons donc ici l’importance de considérer des vecteurs de risques combinés, comme les conflits armés.

Les évolutions possibles des impacts des changements climatiques, de l’exposition et de la vulnérabilité dans le temps et l’espace sont également des facteurs d’incertitude qui doivent amener à une formulation itérative des réponses aux risques climatiques. Si nous prenons le risque d’élévation du niveau de la mer, les niveaux atteints et leur vitesse de réalisation, différents aussi selon les régions, dépendront in fine de l’atténuation menée sur les émissions de GES (IPCC, 2022).  Il ne peut donc pas y avoir de solution unique et impérissable – comme des digues qui conviendrait à répondre aux niveaux marins en 2025 mais plus en 2070 –, applicable pour toutes les échelles et tous les territoires. Les options d’adaptation aux changements climatiques doivent être adaptées et adaptatives.

1.2.          Des impacts et des vulnérabilités diverses selon les géographies

En zone indopacifique, les changements climatiques sont différents selon les sous-régions, entrainant des risques climatiques variés, et des besoins différenciés de réponses à ces risques. La vulnérabilité des systèmes naturels et humains est également très diverse dans la région.

Afin de pouvoir prendre en compte plusieurs scénarios de niveau de réchauffement climatique anthropique, de nombreux auteurs s’appuient actuellement sur les trajectoires représentatives de concentration  (RCP[1]) :  correspondant à divers niveaux d’émissions de GES, elles permettent de prévoir différents niveaux d’évolution des impacts des changements climatiques. Dans cette classification, RCP 2.6 est le scénario le plus optimiste (émissions de GES atteignant leur pic avant 2050 avant de décroître) et RCP 8.5 le plus pessimiste (croissance continue des émissions de GES sans changements).

Le dernier rapport du deuxième groupe de travail du GIEC inclut des chapitres qui déclinent les impacts, l’adaptation et la vulnérabilité aux changements climatiques au niveau régional. Toutefois, la communauté scientifique note encore des manques de connaissances scientifiques sur les futurs impacts des changements climatiques selon les différentes trajectoires RCP au niveau des sous régions (IPCC, 2022).

Pour traiter des risques climatiques, les états de la région Indopacifique sont répartis en catégories différentes selon les sources – classées selon leurs frontières géographiques ou par zones climatiques par exemple. Si nous nous referrons au GIEC, dont les définitions ont été agrées par les états eux-mêmes, la région inclut donc la zone Australasie[2], les petits états insulaires de l’Océan Indien (Central et Est) et du Pacifique (Ouest et Central), l’Asie du Sud-Est[3], une partie de l’Asie du Sud[4] et une partie de l’Asie de l’Est[5] (IPCC, 2022). Ce classement appuyé sur les frontières étatiques pourrait permettre d’étudier les contextes socio-économiques et politiques de chaque nation, qui viennent eux aussi déterminer la vulnérabilité des territoires et des populations face aux aléas climatiques. Chacune de ces sous-régions observe déjà des impacts et bouleversements climatiques, amenés à s’intensifier avec le temps et sans réelle atténuation des émissions de GES anthropiques.

L’Australasie voit déjà à présent une augmentation générale des températures de surface terrestres – 1,4°C entre 1910 et 2019 pour l’Australie, 1,1°C entre 1909 et 2019 pour la Nouvelle-Zélande – et marines, menant à des épisodes de vagues de chaleur plus fréquents et plus longs dans les deux milieux. Les différents biomes de la région risquent de voir leurs caractéristiques de température et d’hygrométrie bouleversées, amplifiant souvent les conditions actuelles vers des extrêmes. Par exemple, le Sud, l’Est de l’Australie et le Nord-Est de la Nouvelle-Zélande affichent des conditions météorologiques extrêmement propices aux incendies de grande ampleur plus fréquemment, plus longtemps, et plus intensément. De plus, de nombreux habitats terrestres et marins sont dégradés (milieux alpins, coraux). Le système climatique de la région – très influencé par les courants et vents océaniques, par les phénomènes comme El Niño ou le dipôle de l’Océan Indien – rend difficile la prévision des réactions de l’ensemble de ce système selon la trajectoire des émissions considérée (IPCC, 2022).

Les petits états insulaires du Pacifique – aussi nommés grands états océaniques, comme dans le discours de l’ancien président des Palaos (Scanlan, 2023) – sont déjà très influencés par l’environnement océanique et le phénomène d’El Niño, déterminant fortement les précipitations, les cyclones tropicaux et même l’évolution du niveau de la mer. La Banque Asiatique de Développement souligne que les petits états insulaires du Pacifique et les zones côtières asiatiques font déjà face à une augmentation de l’apparition et de la magnitude des tempêtes et ondes de tempêtes, d’inondations côtières et de l’intrusion d’eau salée dans les terres (Asian Development Bank, 2017). Cela a des incidences sur les écosystèmes, les moyens de subsistance des communautés locales, les infrastructures, et donc indirectement, des impacts sur les activités économiques et les conditions sociales. Dans les scénarios d’émissions les plus pessimistes, le GIEC estime probable que certaines petites îles – surtout les atolls et les îles de très basse altitude – soient rendues inhabitables par les impacts des changements climatiques comme les submersions fréquentes, et donc même avant toute submersion définitive (IPCC, 2022), ce qui amène un nouveau domaine de risque indirect : la perte du patrimoine culturel (Kim, 2011).

La partie asiatique de l’Indopacifique, très hétérogène elle aussi, voit toutefois une généralisation de l’augmentation des températures de surface, accompagnée de vagues de chaleur plus longues, fortes, et fréquentes. Sous un scénario RCP 4.5, les températures au thermomètre-globe mouillé devraient atteindre des niveaux critiques pour la santé des populations en Asie du Sud, tandis que sous un scénario RCP 8.5, cela concerne aussi l’Asie de l’Est (IPCC, 2022). Le GIEC note une baisse globale des niveaux des glaciers et des manteaux neigeux, excepté dans certains biomes de haute altitude où les précipitations augmentent. Les climats de l’Asie du Sud et du Sud-Est comportent déjà des phénomènes météorologiques saisonniers : deux moussons, des cyclones tropicaux dans le Golfe du Bengale, dans le Pacifique Nord et dans la Mer de Chine méridionale (IPCC, 1997). D’autres parties de la zone indopacifique observent une intensification des sécheresses, surtout dans les régions déjà semi-arides de l’Asie du Sud. La progression du réchauffement climatique devrait aggraver ces changements climatiques, mais aussi induire un doublement de la fréquence des phénomènes El Nino, une intensification des moussons et des saisons sèches, l’augmentation de la température de l’océan et son acidification, une hausse du niveau de la mer, et la détérioration des « châteaux d’eau » asiatiques (Asian Development Bank, 2017). Entre 1993 et 2018, l’élévation observée du niveau de la mer est plus forte le long des côtes de la région Indopacifique que la moyenne mondiale (IPCC, 2022). Ces impacts déjà observés sont d’autant plus importants que cela touche à des zones où les populations sont particulièrement exposées : en Chine par exemple, en 2013, les zones côtières de basse altitude représentaient 2% du territoire mais accueillaient 12,3% de la population totale (Liu et al., 2013).

Le GIEC donne plusieurs facteurs principaux de l’exposition et de la vulnérabilité : parmi ceux-ci, nous retrouvons la démographie, le développement socio-économique et les inégalités, la dégradation des écosystèmes, l’innovation technologique, la modification des rapports de force mondiaux, la rareté des ressources (IPCC, 2022).

Un facteur de vulnérabilité cité par le GIEC serait par exemple la concentration des populations croissantes dans certaines régions moins développées, ayant donc aussi une capacité d’adaptation plus faible. Un autre exemple de facteur de vulnérabilité concerne les économies basées sur l’agriculture, comme l’Inde et le Pakistan, ainsi que celles basées sur la pêche comme à Kiribati, car ce sont des secteurs très exposés aux impacts climatiques (IPCC, 2022). Cumulés aux autres impacts anthropiques comme la surexploitation des ressources naturelles ou l’appauvrissement des sols, l’importance de ces risques augmente drastiquement.

2.     Impacts directs sur les ressources, l’eau et l’agroalimentaire

2.1.  Les ressources hydriques et leurs multiples usages

Les multiples phénomènes climatiques engendrés par le réchauffement climatique anthropique participent à un bouleversement du cycle de l’eau et de la fréquence des précipitations qui pourrait également mener à une diminution des volumes d’eau disponible, tant en quantité qu’en qualité.

Les Nations Unies définissent la sécurité en approvisionnement en eau comme la capacité d’une population à sauvegarder un accès durable à des quantités adéquates d’une eau de qualité acceptable pour soutenir des conditions de vie, le bien-être humain et le développement socio-économique, pour assurer une protection contre les pollutions d’origine hydrique, et pour préserver les écosystèmes (UN Water, 2013). Les défis de l’eau recoupent également ceux de la production agricole, de la production d’électricité et de l’industrie, c’est ce que l’on appelle le nexus eau-alimentation-énergie, qui nécessite une bonne articulation entre les politiques de gestion des trois domaines (FAO, 2014).

Dans les petits états insulaires, la sécurité de l’approvisionnement en eau est soumise à de nombreux risques climatiques directs qui devraient s’intensifier dans les décennies à venir : élévation du niveau de la mer, submersions marines et ondes de tempêtes, ainsi que tout impact climatique impliquant des incursions d’eau salée dans les terres, venant contaminer les réserves d’eau douce (IPCC, 2022).

Dans un monde plus chaud mais dont la population continue de croître, les besoins en eau pour le rafraichissement et les usages domestiques augmentent. La FAO estime que la demande hydrique croissante pour l’agriculture en zone indopacifique va nécessiter 40% à 100% d’eau en plus qu’en l’absence de dérèglement climatique (Turral et al., 2011).

Outre les changements découlant du réchauffement climatique anthropique, la pollution de l’eau est une question centrale dans les pays de la zone indopacifique, où, outre les pays de l’OCDE, on estime entre 50% et 100% la proportion des eaux industrielles et ménagères déversées sans aucun traitement (Jones et al., 2021). Les changements climatiques risquent également d’aggraver les questions de qualité de l’eau, car une pollution croissante se trouvera moins diluée dans des quantités moindres.

L’OMS estimait déjà en 2008 qu’une ressource en eau insuffisante et de mauvaise qualité était responsable de 9,1% des maladies dans le monde et de 6,3% des morts (Prüss-Üstün & World Health Organization, 2008), donnant ici un exemple de risque en cascade, les risques climatiques hydriques générant des risques climatiques sanitaires.

Les prévisions du GIEC pour la région indopacifique sont nuancées : les modèles font ainsi ressortir une probable augmentation des précipitations, plus particulièrement en Asie du Sud et du Sud-est, mais une diminution dans le nord de l’Inde et en Chine centrale et du Nord déjà confrontée à une aridification croissante (Hijioka et al., 2014). Cette augmentation des précipitations pourrait se traduire par une intensification des événements violents, pluies torrentielles, inondations, tempêtes et une forte érosion (Katzenberger et al., 2021). Ces événements violents pourraient affecter la sécurité des grandes villes côtières (Mumbai, Dacca, Jakarta, Hô Chi Minh-Ville, Guangzhou, Shanghai), des États insulaires et la pérennité des aquifères côtiers du fait d’un risque plus élevé d’infiltration d’eau salée.

Davantage de modèles pointent vers une augmentation du débit des cours d’eau, sauf en Asie centrale et en Australie (IPCC, 2022). La forte réduction du débit des grands fleuves asiatiques sous l’effet de la fonte des glaciers himalayens est un mythe : l’essentiel de leur débit total ne vient pas de la fonte des glaciers mais de la mousson. Cependant, dans les régions de piedmont, le déclin à terme de ces glaciers pourrait induire une baisse locale de la disponibilité hydrique (Lasserre, 2016).

Les modèles soulignent surtout une variabilité accrue. Il y aurait davantage d’eau disponible à travers le ruissellement sur l’année, mais la probabilité de saison sèche prononcée augmenterait au Japon, dans le sud et l’ouest de la Chine, en Asie du Sud-est et en Australie, ainsi qu’une aridification plus prononcée en Chine du Nord (IPCC, 2022 ; You et al., 2022). Ainsi, d’ici le milieu du 21e siècle, les bassins versants transfrontaliers de l’Amou-Daria, de l’Indus et du Gange pourraient être confrontés à de graves problèmes de pénurie d’eau en raison de la variabilité et des changements climatiques qui agissent comme des multiplicateurs de stress. En raison du réchauffement climatique, les pays asiatiques pourraient connaître une augmentation des conditions de sécheresse (5-20 %) d’ici la fin du siècle (IPCC, 2022a).

2.2.   Les risques directs et indirects d’insécurité alimentaire

Les phénomènes climatiques extrêmes, les slow onset events et les perturbations de la ressource en eau influencent directement la production alimentaire dans la région indopacifique.

La FAO définit la sécurité alimentaire à travers quatre piliers : la disponibilité de la ressource, son accessibilité, son utilisation et sa stabilité (Déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire mondiale, FAO 1996). Ces quatre piliers se trouvent changés par les conséquences des changements climatiques, que ce soit de manière directe, avec les impacts sur la production agricole, ou de manière indirecte, avec les conséquences sur l’acheminement des ressources par voies ferroviaires ou maritimes.

Les vagues de chaleur et sécheresses, mais aussi les inondations, les changements dans la saisonnalité du climat, la hausse du niveau des mers qui pourrait envahir de vastes zones agricoles comme les deltas du Yangtze (avec Shanghai), du Bengale (avec Dacca et Kolkata), du Fleuve Rouge, du Mékong (avec Ho Chi Minh Ville) ou de la Chao Phraya (où se trouve Bangkok), tout ceci perturbe la production agroalimentaire. La question foncière – maintenir les basses terres agricoles de forte productivité – sera d’autant plus complexe que les habitants chassés de leurs terres par la montée des eaux devront être relocalisés.

Le déclin de la productivité des sols, les infestations de ravageurs et la salinisation de terres, couplées aux changements provoqués dans les qualités nutritionnelles des ressources alimentaires produites, viennent augmenter l’insécurité de la ressource alimentaire, en particulier en Asie du Sud-Est et en Asie de l’Est (IPCC, 2019), des régions dans lesquelles la part de la pêche dans l’apport protéique des régimes alimentaires et dans l’économie locale est élevée (FAO, IFAD, UNICEF, WFP, WHO, 2021). Entre l’acidification, l’augmentation de la température et la désoxygénation de l’océan, mais aussi les conséquences de la surpêche et de la destruction des habitats marins, la ressource halieutique est aussi fortement mise en péril. Les changements subis par les courants océaniques et le réchauffement des océans entrainent aussi une migration des stocks de poissons pélagiques, entrainant des manques de moyens de subsistance pour les communautés locales. Des projections évoquent une perte de plus de 50% dans les prises de pêches d’ici 2100 pour certains petits états et territoires insulaires (Magnan & Anisimov, 2023 ; IPCC, 2022).

De plus, les modèles climatiques laissent entrevoir un accroissement de la fréquence des vagues de chaleur intenses, comme celles qu’a connu l’Inde en 2022 et 2023. Outre les impacts de ces fortes chaleurs sur l’évapotranspiration des cultures, le risque de voir celles-ci endommagées et l’augmentation des besoins en eau pour l’irrigation, ces vagues de chaleur pourraient constituer des menaces directes à la santé des populations (IPCC, 2022), en particulier en milieu urbain comme en Inde en 2023 (Le Monde, 2023).

3.     Résilience des systèmes humains

3.1.   Des espaces urbains et ruraux mis à l’épreuve

Les impacts des changements climatiques viennent remettre en cause nos usages des espaces, urbains comme ruraux.

Dans les villes, surtout littorales, les populations devront composer avec un risque accru d’événements violents, de vagues de chaleur, mais aussi de tension sur l’approvisionnement en eau. Si la demande domestique individuelle demeure limitée, la multiplication de celle-ci par le nombre d’habitants rend la sécurité de l’approvisionnement de grandes agglomérations problématique, comme Le Cap, en Afrique du Sud, en a fait l’expérience de 2015 à 2018 (Mahr, 2018). Les événements climatiques et hydrologiques extrêmes peuvent endommager et dégrader les ressources en eau et les infrastructures d’assainissement comme les usines de dessalement. Une réorganisation des usages et des sources d’approvisionnement s’imposera pour de nombreuses agglomérations, avec les conflits de partage ville/campagne que ces situations pourraient occasionner (Lasserre, 2005). Les risques liés aux températures élevées sont plus forts dans les zones urbaines, et la croissance des populations urbaines en Asie[6] – qui constituait déjà 54% de la population urbaine mondiale en 2019 – vient accentuer ce risque en augmentant le nombre de personnes vulnérables (IPCC, 2022).

Dans le domaine agricole, la variabilité climatique accrue et la probabilité d’apparition de sécheresses risquent de renforcer la vulnérabilité des exploitations agricoles, souvent familiales et disposant de peu de capitaux pour investir dans l’adaptation, accélérant la précarité sociale, l’exode rural et l’insécurité alimentaire. Les gouvernements et les exploitants pourraient être tentés de réduire les risques auxquels ils sont confrontés en développant le recours à l’irrigation, mais une hausse marquée des prélèvements dans des bassins versants parfois déjà très mobilisés pourrait entrainer des conflits d’usage importants tant au niveau régional (bassin du Cauvery en Inde par exemple) qu’international (Chellaney, 2011).

La Chine comme l’Inde envisagent de développer les transferts massifs d’eau sur de grandes distances, mais ces approches sont coûteuses, avec de forts impacts environnementaux et suscitent souvent de forts conflits politiques. Le risque de voir des tensions sur des bassins versants internationaux s’accentuer avec l’apparition d’impacts significatifs des changements climatiques pourrait se matérialiser dans des bassins versants comme l’Amou Daria, le Mékong, et l’Indus malgré le traité de 1960. La plupart des bassins versants transfrontières de la région ne sont pas couverts par des accords internationaux, n’ont pas de mécanismes en place pour échanger des données de suivi de la ressource ou de procédures pour gérer les flux changeants (Giordano & al., 2014 ; UN Water, 2018).

Une coopération multi-niveau intégrée est essentielle (Glasser et al., 2022), mais sa mise en œuvre est lente car de nombreux États considèrent les dispositions de la gouvernance des bassins versants internationaux comme venant restreindre leur souveraineté (Lasserre & Vega, 2017).

Autrement dit, une utilisation plus efficace, des approches de gouvernance plus intégrées et le développement d’infrastructures hydriques adéquates peuvent aider à mieux mobiliser la ressource pour les décennies à venir.

3.2.   Sécurité humaine face au climat : santé et migrations

Les différents impacts évoqués entraînent des risques liés aux questions de santé humaine et de migration de populations. Il est important de noter toutefois que toutes les questions de sécurité humaine, d’impacts socio-économiques et d’inégalités aggravées par les changements climatiques sont aussi à étudier selon divers scénarios : en plus des trajectoires d’émissions (RCP) évoquées précédemment, des trajectoires nommées Shared Socioeconomic Pathways (SSP) sont utilisées pour décrire différents scénarios de contextes socioéconomiques.

La santé des populations est directement mise à mal du fait de plusieurs risques sanitaires clés (IPCC, 2023 ; Haines & Ebi, 2019) : une mortalité augmentée par les vagues de chaleurs et les événements extrêmes, les maladies associées à une mauvaise qualité de l’air ou à des vecteurs favorisés par les nouvelles conditions climatiques, ainsi que les impacts de l’insécurité alimentaire et hydrique.

L’augmentation de la température de surface, l’intensification des pluies et de l’humidité dans certaines géographies augmente la portée des moustiques vecteurs de maladies, accroissant au passage la période annuelle de présence de ces derniers ainsi que leur vitesse d’éclosion. Un autre risque climatique et sanitaire vient nous donner un exemple de risques cumulés : les impacts climatiques comme les incendies plus fréquents, la baisse des précipitations dans certaines régions ou encore les changements dans les vents et courants devraient entrainer une dégradation de la qualité de l’air (Jacob & Winner, 2009), surtout lorsque cumulé avec des épisodes de pollution au-dessus de centres urbains. Une illustration marquante de la transformation de ce risque climatique en sanitaire, dans une autre région, pourrait être l’épisode de fortes chaleurs cumulées avec des incendies de grande ampleur en 2010 en Russie, pendant lequel cinquante mille personnes seraient décédées de maladies respiratoires et de stress thermique (Glasser et al., 2022).

Les impacts dépendront au final non seulement des trajectoires d’émissions réalisées – avec des impacts plus sévères dans les scénarios où les émissions sont les plus élevées, mais également des mesures de protection sociale prises par les autorités pour accompagner les populations vulnérables.

Lorsque les territoires, habitats et espaces d’activités sont rendus inutilisables par les impacts climatiques, des déplacements de population plus larges sont à prévoir. La théorie derrière les déplacements de population, ou migrations, compte des push factors et des pull factors, ainsi que des facteurs de réseaux. Les changements climatiques sont souvent premièrement des push factors, puisqu’ils incitent une population à quitter un endroit. Selon le type d’impact, les migrations diffèrent entre de petites distances et périodiques, ou plus permanentes et lointaines, comme dans le cas de changements longs impliquant des pertes de moyens de subsistance (Kaczan & Orgill-Meyer, 2020). Pour l’instant, la majorité de la littérature sur le sujet suggère que les migrations « climatiques » sont plus susceptibles de se limiter aux pays affectés ou dans les pays voisins, pour cause de barrières linguistiques, culturelles et financières (Glasser et al., 2022). Ces barrières nous amènent aux facteurs de réseaux, qui déterminent la possibilité du mouvement des régions de départ à celles d’accueil. De fait, les changements climatiques provoquent des pertes économiques qui à leur tour empêchent la migration et l’installation dans une nouvelle zone. C’est le phénomène des « populations piégées », un cercle vicieux touchant principalement des populations déjà vulnérables (Glasser et al., 2022 ; Kaczan & Orgill-Meyer, 2020).

Le GIEC rappelle qu’en 2019, le Bangladesh, la Chine, l’Inde et les Philippines ont chacun enregistré plus de 4 millions de personnes déplacées pour cause de désastres. Si certaines projections envisagent des chiffres comme 40 millions de migrants climatiques internes en 2050 en Asie du Sud, l’incertitude demeure car les politiques locales, les comportements individuels ou le mécanisme des populations piégées peuvent changer le déplacement (IPCC, 2022, p1469).

Un rapport datant de 2017 de la Banque Asiatique de Développement prend effectivement l’exemple du Bangladesh : il s’agit d’une zone géographique hautement vulnérable, couplée à une très forte densité de population, et les migrations internes qui en résultent sont nombreuses et variées (Asian Development Bank, 2017).

 

Fig. 2. Carte des impacts climatiques et des possibles routes de migration au Bangladesh (Asian Development Bank, 2017, p.85)

3.3.   Inégalités renforcées, transitions énergétiques et perturbation du commerce international

            Les très nombreux impacts, touchant tous les secteurs déjà évoqués, perturbent des contextes socio-économiques dans une région aux inégalités déjà creusées.

Le rapport de synthèse du sixième rapport d’évaluation du GIEC le réaffirme :

« La vulnérabilité est plus élevée dans les endroits marqués par la pauvreté, les défis de gouvernance et un accès limité aux services et ressources de base, les conflits violents et des moyens de subsistance très sensibles au climat. La vulnérabilité à différents niveaux spatiaux est exacerbée par l’inégalité et la marginalisation liée au genre, à l’ethnie, aux faibles revenus ou même à leur combinaison, surtout pour beaucoup de peuples autochtones et de communautés locales » (Notre traduction ; IPCC, 2023).

Les questions d’inégalités sociales sont donc au cœur des questions de résolution des crises engendrées par les changements climatiques.

Des mesures de protection sociales établies par les Etats sont souvent évoquées comme une solution pour palier la vulnérabilité exacerbée de certaines populations, et aussi pour répondre aux risques allant au-delà des mesures mises en œuvre en termes d’atténuation et d’adaptation : les pertes et préjudices. Il est actuellement difficile pour les pays les plus vulnérables de répondre financièrement à leurs propres besoins d’adaptation et leurs pertes et préjudices, d’où la forte demande politique de financement sur la scène internationale (Vallejo, 2022b).

Mais plus généralement, la scène économique internationale est sujette à des changements. Selon l’IRENA, tout comme les énergies fossiles ont influencé l’équilibre des grands pouvoirs économiques ces deux derniers siècles, la course à la transformation énergétique devrait elle aussi fortement influencer les économies en développement. Actuellement, l’Asie du Sud-Est dépense plus de 3% de son PIB en importation d’énergies fossiles. La transition vers des énergies renouvelables inclus une redistribution géographique des sources d’énergie, et des coûts, à terme, bien moindres pour l’approvisionnement (International Renewable Energy Agency, 2019). D’autres flux économiques, comme les transferts de fonds issus du travail saisonnier, sont amenés à être perturbés dans les décennies à venir par les impacts des changements climatiques (Magnan & Anisimov, 2023). Pour les pays les plus vulnérables économiquement, cela peut venir empêcher financièrement une action climatique efficace.

Le commerce international est un autre exemple de domaine perturbé par les changements climatiques influant la stabilité économique des pays. La pandémie du covid-19 a largement révélé les failles du système actuel, coupant des chaînes de valeurs et l’approvisionnement dans de nombreux domaines. Des conséquences climatiques telles que la montée des eaux ou divers événements climatiques extrêmes pourraient ainsi interrompre l’activité de transport maritime en empêchant l’utilisation des ports par exemple. Les moyens mis en œuvre pour assurer l’adaptation des connections multimodales essentielles à la participation de chaque pays aux flux du commerce international seront déterminants (Glasser et al., 2022). Influant par exemple sur les prix des biens de première nécessité, cette question touche à la fois aux domaines de la sécurité alimentaire et de la sécurité sanitaire, en somme, à la sécurité humaine.

3.4.   Intégration verticale des questions politiques de l’adaptation

Tous les domaines de risques déjà évoqués sont forts en impacts politiques. Mais chaque échelle, nationale, régionale et internationale, apporte aussi de potentielles solutions à ces défis grandissants.

Au niveau national, les pays de la zone indopacifique font face à de grands enjeux, mais malgré cela, la Chine et l’Inde ont annoncé des objectifs de neutralité carbone aux horizons 2060 et 2070, soit bien trop tard au vu des analyses des impacts climatiques en fonction de la trajectoire d’émission réalisées par le GIEC. En termes d’adaptation, l’atteinte de scénarios aux risques amoindris pour protéger les populations vulnérables est encore très loin (UNEP, 2023). Chaque action doit être ajustée au contexte local et établie en concertation avec la population, prenant en compte les questions sociales, économiques mais aussi en considérant les écosystèmes et la biodiversité dans leur entièreté. Le GIEC recommande par exemple de se rapprocher des communautés locales, des ONG, des acteurs privés pour une collaboration multi-acteurs (IPCC, 2022).

Notre capacité à nous adapter aux climats futurs n’est toutefois pas infinie et est de plus en plus chère. C’est pour cela qu’il est essentiel de mener des actions ambitieuses d’atténuation en parallèle de l’adaptation.

Au niveau régional, dans des instances telles que le Forum des îles du Pacifique, l’ASEAN ou la Banque Asiatique de Développement, les pays de la région dénoncent leur vulnérabilité exacerbée face aux menaces climatiques et leurs moyens financiers limités pour y faire face. Il est maintenant essentiel que ces acteurs prennent en compte l’ampleur du défi de la transition écologique et énergétique. Face aux risques particulièrement amplifiés dans la région, ces instances ont même une responsabilité : rassembler tous les membres clés autour de politiques ambitieuses, et ainsi sécuriser les ressources pour assurer les soutiens financiers, techniques et le renforcement de capacités nécessaires.

Au niveau international, les états insulaires portent très haut le discours d’une transformation ambitieuse de nos systèmes, et des besoins en atténuation et en adaptation. Si l’Accord de Paris fut un succès et son implémentation est en cours, très peu d’Etats respectent pour le moment leurs engagements. Du côté de l’adaptation, l’IDDRI énonçait les résultats de la COP27 comme des « signaux pour un contexte favorable à la coopération » (Treyer, 2022 ; Vallejo, 2022) – doublement du financement pour l’adaptation, appel à réformer les institutions financières internationales, et l’accord sur la création d’un fonds pour les pertes et préjudices en ouverture de la COP28 était encourageante. Un des défis des prochaines années sera de porter les questions climatiques et environnementales dans les autres instances de négociations internationales.

Conclusion

Pour éviter le pire des impacts des changements climatiques, les solutions passent toutes par une action climatique ambitieuse à mettre en œuvre dès maintenant. Les changements climatiques constituent une menace rapide et systémique et doivent être adressés comme tels.

Tous les domaines pertinents pour assurer la sécurité humaine évoqués dans cet article doivent être considérés de concert, en adoptant une approche multidisciplinaire. Les solutions doivent être intégrées pour ne pas être au détriment d’autres populations, d’autres écosystèmes, ou de la biodiversité. Un seul domaine négligé pourrait enclencher des crises en cascade.

D’autres questions non abordées ici, comme l’influence des médias, les régimes politiques des pays indopacifiques, les tensions militaires comme en Mer de Chine méridionale ou entre les superpuissances de la région, peuvent également influencer voire empêcher la bonne coopération régionale et internationale.

La recherche d’indépendance énergétique et le protectionnisme qui peut surgir face aux défis climatiques ne doit pas empêcher une coopération multi niveaux, entre pays de la même région, entre pays développés, pays en développement et pays les plus vulnérables comme les petits états insulaires et les pays de basse altitude, très présents en zone indopacifique.

Alors que l’urgence d’agir ensemble se fait de plus en plus entendre, le discours du ministre des Affaires Etrangères de Tuvalu, Simon Kofe, pour la COP26 en 2021, prononcé depuis un pupitre placé dans l’océan (fig. 3), souligne le caractère vital de mener des actions immédiates en coopération pour le climat.

Fig. 3. Discours du ministre des Affaires Étrangères de Tuvalu en novembre 2021 pour la COP26
(Reuters, 2021).

 

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[1] Abrégé RCP car il s’agit des « Representative Concentration Pathways » en anglais.

[2] Australie, Nouvelle-Zélande et leurs ZEE.

[3] Myanmar, Malaisie, Timor-Leste, Thaïlande, Singapour, Vietnam, Indonésie, les Philippines, Brunei, le Cambodge, le Laos et la Papouasie Nouvelle-Guinée.

[4] Maldives, Pakistan, Bangladesh, Inde, Sri Lanka.

[5] Corée du Sud, Japon, Chine, Taiwan, et les régions administratives spéciales chinoises de Macao et Hong Kong.

[6] Selon la Banque Mondiale, la population urbaine est passée de 41% à 62% de la population totale en Asie de l’Est et Pacifique entre 2000 et 2022 (World Bank, 2022).

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