Entre interdépendance et rivalités : les nouveaux espaces de coopération Québec–États-Unis

Regards géopolitiques v12 n4, 2026

Mathilde Brien-Fiset

Récipiendaire de nombreuses bourses d’études, Mathilde Brien-Fiset termine sa deuxième maîtrise en administration publique à l’École nationale d’administration publique (ENAP). Professionnelle du réseau de la santé depuis quatre ans, elle possède des expériences internationales diplomatiques diverses, notamment à Washington, au Japon et à New York. Mathilde Brien-Fiset contribue au rayonnement de l’administration publique par des apparitions médiatiques et la publication d’articles. Elle s’intéresse aux enjeux internationaux et à la diplomatie et oriente son parcours vers ces domaines.

Résumé
Malgré un contexte géopolitique tendu, les collaborations internationales demeurent un outil stratégique non négligeable pour les États. Acteur infranational de premier plan, le Québec possède d’importants leviers sur le plan de la diplomatie scientifique et est en mesure de maintenir et d’initier des partenariats d’envergure avec des acteurs américains. À travers une approche sectorielle et géographique, l’article illustre les domaines de collaboration les plus stratégiques pour le Québec. Il permet donc d’apporter un regard unique sur le rôle des entités infranationales dans un contexte de diplomatie scientifique. Il démontre aussi la manière dont les collaborations de type transfrontalières demeurent des leviers stratégiques même sous tension politique.

Mots-clés : diplomatie scientifique, collaborations transfrontalières, secteurs stratégiques

Abstract
Despite a tense geopolitical context, international collaborations remain a significant strategic tool for states. As a leading subnational actor, Québec possesses substantial leverage in the field of science diplomacy and is well positioned to maintain and initiate large-scale partnerships with American actors. Through a sectoral and geographical approach, the article highlights the most strategic domains of collaboration for Québec. It thus offers a distinctive perspective on the role of subnational entities in science diplomacy and demonstrates how cross-border collaborations continue to serve as strategic levers even amid political tension.

Keywords: science diplomacy, cross-border collaborations, strategic sectors

Introduction

La politisation de certains secteurs sur le plan technologique, les relations commerciales entre le Québec et les États-Unis et les incertitudes inhérentes aux orientations des politiques américaines inquiètent actuellement certains partenariats canado-américains. Cependant, il ne faut pas y voir un désengagement total de la coopération scientifique. Au contraire, plusieurs domaines continuent d’être porteurs dans la mesure où certaines collaborations, tant sur le plan fédéral qu’étatique, mobilisent des intérêts géostratégiques communs et des écosystèmes d’innovation consolidés.

Le Québec possède d’importantes infrastructures de recherche et possède un positionnement clé dans certains secteurs technologiques porteurs. Il est ainsi en mesure de générer des partenariats tant sur le plan fédéral qu’étatique, et de maintenir son positionnement concurrentiel. Ainsi, l’article tente de répondre à la question suivante : Quels domaines stratégiques devraient être priorisés pour renforcer les collaborations Québec – États-Unis en recherche et innovation ? L’article met l’accent sur les considérations structurelles pouvant favoriser le développement et le maintien de ces partenariats, et ce malgré un environnement géopolitique incertain.

La méthode d’analyse repose sur une série de critères. Elle tient compte de la complémentarité sectorielle, de l’alignement avec les priorités stratégiques et les engagements politiques du gouvernement du Québec et/ou du Canada ainsi que de ceux des États-Unis et/ou de certains États. Elle considère également les domaines d’expertise propres à chacune des géographies et le potentiel économique de chacun des secteurs, l’existence d’opportunités inexploitées sur le plan de la recherche. Finalement, l’historique de collaboration et les antécédents de partenariats internationaux sont aussi pris en compte. À travers une approche sectorielle et géographique, l’article traite des domaines où ces critères s’entrecroisent favorablement, contribuant ainsi au renforcement de l’intégration internationale de la province.

Quels sont les domaines prioritaires de collaboration Québec-États-Unis en science et en innovation ?

  1. Minéraux critiques et semi-conducteurs – zone transfrontalière

L’un des secteurs à cibler pour des collaborations canado-américaines devrait être celui des minéraux critiques, l’un des secteurs économiques prioritaires du gouvernement québécois (Gouvernement du Québec, 2020, p. 41). Bien que les tensions actuelles entre les États-Unis et le Canada puissent fragiliser certains partenariats entre les deux pays, ce secteur pourrait être l’un des plus épargnés selon Yan Cimon, professeur titulaire de stratégie à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval (Arsenault, 2025, p. LPA2). L’une des raisons avancées est que le Québec en possède plusieurs en son sol (lithium, graphite, nickel, etc.), lesquels sont convoités par les Américains, notamment pour la création de batteries et l’électrification des transports. La présence de chaînes d’approvisionnement très intégrées entre le Canada et les États-Unis faut du Canada un partenaire de choix pour les États-Unis. Qui plus est, pour les États-Unis, le fait de solliciter d’autres partenaires comme la Chine plutôt que le Canada pour l’acquisition de tels minéraux serait en contradiction avec la volonté américaine de réduire sa dépendance envers la Chine. Ainsi, le coût économique, stratégique et géopolitique que représenterait le fait de renoncer aux minéraux critiques en provenance du Canada risque d’être suffisant dans un futur rapproché pour faire des minéraux critiques québécois l’un des secteurs les moins à risque au regard des tensions actuelles entre le Canada et les États-Unis.

Les minéraux critiques permettent la création de semi-conducteurs, sont convoités par les États-Unis, et devraient faire l’objet de partenariats canado américains. À titre d’exemple, la grappe technologique transfrontalière liée aux semi-conducteurs entre l’entreprise américaine IBM, le gouvernement du Québec, celui du Canada et des centres de recherche couvrant New York, le Québec et le Vermont est un bon exemple de maillage industriel ayant donné lieu à des résultats probants (Digitimes, 2025). La force du partenariat repose sur la proximité géographique des lieux en question et leurs champs d’expertise conjoints. À Albany, l’Université d’État de New York spécialisée en nanotechnologie, à Burlington (Vermont) le centre de recherche Vermont Nanotechnology Initiative, et à Bromont (Québec) le C2MI (centre de recherche en microélectronique et matériaux innovants) experts dans les matériaux innovants en font également parti.  L’établissement de partenariats transfrontaliers entre ces collaborateurs de divers horizons ont permis de faciliter les échanges, d’accéder à des opportunités de financement conjoint, de pénétrer de nouveaux marchés et de favoriser la mobilité de talents entre eux. Cette collaboration a notamment donné lieu à de multiples partenariats pour de la recherche dans ces domaines et à des partenariats industriels, dont celui entre CMC Microsystems et divers fournisseurs canadiens et américains (Harling, 2025). IBM a également implanté l’une de ses usines à Bromont, où s’effectuent de la recherche et du développement dans le secteur des semi-conducteurs et où l’entreprise fabrique 80 % de ses semi-conducteurs (Invest in Canada, 2024).

En avril 2024, IBM et les gouvernements du Québec et du Canada ont même promis un investissement conjoint pouvant atteindre 187 milliards de dollars. Celui-ci permettrait de perfectionner les capacités d’assemblage à l’usine de Bromont, en lien avec l’exploration de la technologie des puces et la montée de l’intelligence artificielle (Murphy, 2024). Le partenariat canado-américain avec IBM est par ailleurs extrêmement bénéfique d’un point de vue économique, car il permet de renforcer des relations transfrontalières hautement stratégiques, notamment dans le domaine des semi-conducteurs. Grâce à ce maillage, la province s’est positionnée comme un allié stratégique lors de potentielles opportunités commerciales avec les États-Unis à titre de fournisseur de minéraux critiques, permettant un accès privilégié aux chaînes d’approvisionnement. De plus, ce partenariat historique a permis de soutenir le positionnement du Canada et du Québec en tant que leaders sur le plan des semi-conducteurs et de la technologie des puces. En matière de recherche, ce type de partenariats stratégiques est exactement celui que le gouvernement du Québec devrait envisager, où des investissements privés américains sont impliqués, et basés sur des secteurs prometteurs comme celui des minéraux critiques

Les collaborations scientifiques entre le Québec et les États-Unis relatives aux minéraux critiques stratégiques (MCS) pourraient s’inscrire dans le manque à gagner concernant la formation et les compétences requises liées au traitement des minerais que sont le lithium et le graphite (Institut national des mines, 2024, p. 19). Ce manque à gagner s’explique par le fait que le traitement de ces minerais était jusqu’au début des années 2020 peu concentré dans les usines au Québec, leur exploitation n’étant pas aussi développée qu’aujourd’hui (Institut national des mines, 2024, p. 19). Ainsi, la formation d’ingénierie minière portant sur ces minéraux stratégiques a accusé un retard avec le temps, faisant en sorte qu’elle n’est désormais plus adaptée. La mise à niveau de celle-ci par le biais d’un partenariat entre le Québec et les États-Unis pourrait ainsi combler une lacune de ce secteur. Selon certains experts, une formation à jour et plus compatible avec les besoins actuels de l’industrie permettrait aussi d’attirer de la main-d’œuvre en plus de résoudre un autre enjeu; celui du manque de main-d’œuvre (Institut national des mines, 2024, p. 19-20). Parallèlement, vu l’essor fulgurant de ce secteur stratégique, il est pressant que certaines recherches soient effectuées, lesquelles serviraient à enrichir ladite formation. Il est notamment question de recherches concernant la récupération des minéraux critiques par les processus métallurgiques, les technologies permettant d’extraire les minéraux critiques du minerai primaire et autres procédés innovants consommant peu d’énergie (Institut national des mines, 2024, p. 19-20).

En 2022, en annonçant des investissements massifs quant à la formation de la main-d’œuvre en MCS, le gouvernement fédéral canadien a compris l’enjeu de devoir innover et s’y attarder. Le gouvernement du Québec est d’avis que la recherche relative aux MCS doit se concentrer sur les procédés de transformation, convenant que la formation en matière de traitement des minerais est une priorité (Gouvernement du Québec, 2020, p. 14). Dans sa stratégie de valorisation des MCS, le gouvernement fédéral américain semble en venir au même constat, en mentionnant que le développement de la main-d’œuvre américaine concernant les MCS est l’une de ses priorités sur le plan stratégique (United States Department of Energy, 2021, p. 2). Bref, en adéquation avec ces orientations politiques, le Québec et les États-Unis pourraient explorer cette avenue quant à l’élaboration de futurs partenariats scientifiques liés aux minéraux critiques. L’étude de cas ci-haut démontre un exemple probant de collaboration dans ce domaine dans la zone transfrontalière, laquelle pourrait voir naître d’autres partenariats du même type.

2. Aérospatiale – Ohio, Floride, zone transfrontalière, District of Columbia

L’aérospatiale s’avère un domaine de collaboration intéressant pour le Québec, le Canada et les États-Unis. Cela s’explique par des intérêts géostratégiques partagés, un champ d’expertise commun, une complémentarité sectorielle du Québec, du Canada et des États-Unis en aérospatiale et l’historique de collaboration entre ces trois entités (Innovation, Science et Développement économique Canada, 2021). Déjà en 2021, le Québec mentionnait sa volonté d’exploiter davantage le marché du Sud-Est des États-Unis et de renforcer l’écosystème d’innovation au Québec en collaborant davantage avec les États-Unis (Gouvernement du Québec, 2021, p. 16). L’aérospatiale est l’un des domaines distinctifs de certains États du Sud-Est dont la Floride abritant SpaceX, Boeing et Terran Orbital (Ferry, 2023).

L’aérospatiale a aussi été un domaine d’intérêt pour la complémentarité sectorielle qu’elle permet entre le Québec et les États-Unis. Lors de partenariats, le Canada et le Québec n’ont pas à assumer seuls l’entièreté des coûts relatifs aux recherches et aux infrastructures nécessaires au développement de l’aérospatiale. Mais surtout, lors de collaboration à des fins de lancement vers l’espace, le fait que les États-Unis soient plus près de l’équateur que l’est le Canada permet de minimiser les coûts économiques et écologiques du lancement de satellites hors de la gravité de la Terre (Carpineti, 2024). C’est d’ailleurs pour cette raison que les bases de lancement de nombreux pays sont situées le plus au sud de leurs frontières (France, Kazakhstan) (Carpineti, 2024).

Concernant le champ d’expertise du Québec et l’historique de collaboration avec les États-Unis, Aéro Montréal, un important regroupement en aérospatiale au Québec, constitue un joueur incontournable dans le domaine et compte déjà plusieurs partenaires d’envergure aux États-Unis (Aéro Montréal, 2023). L’alliance visant à développer l’exploration aérospatiale, The Great Lakes Aviation and Space Technology Alliance, ainsi que le réputé Ohio Aerospace Institute, sont situés dans l’État de l’Ohio (Council of the Great Lakes Region, 2023).

Également, près de la zone transfrontalière, se trouve le New Hampshire Aerospace & Defense Consortium qui regroupe des compagnies et manufacturiers reconnus dans l’aérospatiale provenant de la Nouvelle-Angleterre et du New Hampshire, ainsi que le Vermont Chamber of Commerce (Vermont Chamber of Commerce, 2025). Ces États et les différentes entités leur étant liées pourraient mettre sur pied des partenariats avec certains acteurs-clés québécois dans le domaine. Par exemple, des organisations d’envergure comme l’Institut d’innovation et de conception en aérospatiale et l’Unité de recherche transdisciplinaire du génie des ressources et des infrastructures spatiales, basées à Polytechnique Montréal, pourraient être sollicitées (Institut d’innovation et de conception en aérospatiale de Polytechnique Montréal, 2025). L’Unité en question, nommée Astrolith, s’affaire au développement de technologies de pointe dans le domaine de l’ingénierie spatiale et vise le rayonnement de la province à l’international (Letarte, 2024).

Sur le plan industriel, des compagnies québécoises spécialisées en aérospatiale, comme MDA Space basée à Sherbrooke, ont déjà entretenu par le passé des partenariats avec les États-Unis, alors que d’autres entreprises telles que Bombardier sont implantées dans le Sud-Est des États-Unis (dont en Caroline du Sud et en Alabama). Celle-ci a présentement des contrats avec le département de la défense (DOD) et le Pentagone pour la fabrication d’avions-espions, bien qu’elle craigne potentiellement de les perdre en raison des tensions actuelles canado-américaines (Judson, 2024; Pavic, 2025).

Sur le plan des collaborations passées, la réputée agence fédérale américaine National Aeronautics and Space Administration (NASA) coopère avec des entreprises et centres de recherche du Québec, comme ce fut le cas en 2016 dans le cadre du projet The Marshall Star (NASA, 2025, The Marshall Star). L’Agence spatiale canadienne (ASC), localisée à Longueuil, avait contribué au projet en fournissant un radar laser de type LiDAR (Light Detection and Ranging) nommé OSIRIS-REx, lequel avait permis de cartographier la forme de l’astéroïde Bennu (NASA, 2025, The Marshall Star). Le centre de contrôle de l’ASC est d’ailleurs celui depuis lequel était commandé le bras canadien de la Station spatiale internationale, ce qui démontre bien l’importance du Québec dans l’expertise canadienne en aérospatiale. La NASA a aussi coopéré avec l’Université de Sherbrooke dans le cadre du NASA Advanced Air Mobility Partnership (Whiting, 2024), projet portant sur l’étude du bruit généré par des profils aérodynamiques fondamentaux et ayant nécessité l’utilisation d’appareils spécialisés que possède l’université. Aussi, certaines des sessions du programme Artemis, géré par la NASA et détaillé plus bas, auquel collabore l’Agence spatiale canadienne, se sont tenues au siège social de l’ASC à Longueuil (Garcia, 2015). La technologie Ultrasonic Blade développée dans le cadre du programme Next Generation NASA Technologies Tested in Flight est quant à elle le fruit d’un partenariat de trois ans entre l’Université Concordia à Montréal et le Glenn Research Center de la NASA à Cleveland en Ohio. Le réputé télescope Webb, qui permet une vision précise et détaillée de l’univers et comprend divers instruments scientifiques avancés (Agence spatiale canadienne, 2025), est lui aussi le résultat d’un partenariat entre la NASA et l’Agence spatiale canadienne, autre exemple probant de la force de la collaboration qui unit le Canada et les États-Unis dans le domaine de l’aérospatiale (NASA, 2025, James Webb Space Telescope).

3. Hubs technologiques liés à l’intelligence artificielle et aux sciences de la vie – Caroline du Nord, Floride, Massachusetts, New York

Malgré les coupes budgétaires au National Institute of Health (NIH), le secteur des sciences de la vie demeure prometteur pour le Québec. L’intensification des changements climatiques entraîne la mutation de certaines maladies et virus considérés dangereux ainsi que la modification de mécanismes de virulence (Luc-Alain Giraldeau dans Recherche et innovation : la compétitivité du Québec passe par l’international, 18 mars 2025). Le monde n’est pas à l’abri d’une prochaine pandémie et l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) possède plusieurs laboratoires spécialement conçus pour étudier ces transformations. Le Québec devrait donc étendre ses activités commerciales et scientifiques notamment dans le Sud Est des États-Unis aux hubs biotechnologiques liés aux sciences de la vie et à l’intelligence artificielle.

L’expertise québécoise en sciences de la vie est bien établie. L’Université McGill à Montréal, spécialisée en la matière, a d’ailleurs reçu 165 millions de dollars de la part du gouvernement du Canada pour divers projets dans ce domaine. Plusieurs consortiums et centres de recherche d’envergure à Boston au Massachusetts se concentrent sur cette molécule, dont le Broad Institute of MIT and Harvard reconnu pour ses collaborations internationales dont celles avec l’Institut Karolinska en Suède relativement à l’initiative de recherche Atlas portant sur les cellules humaines (Goldsmith, 2016). Citons également le Harvard Medical School et le Massachusetts General Hospital.

Certains États comme la Caroline du Nord comportent d’importants centres de recherche dont le Research Triangle Park, plus grand parc de recherche scientifique d’Amérique du Nord, accueillant plus de 300 entreprises de divers secteurs liés aux sciences de la vie (Research Triangle Park, 2025). Le Québec ne laisse pas sa place non plus sur le plan de la recherche scientifique; BIOQuébec, située à Montréal, est une importante association qui regroupe des entreprises et instituts de recherche, notamment dans le domaine des biotechnologies (BIOQuébec, 2025). Jusqu’à maintenant, le Research Triangle Park n’a connu aucun partenariat officiel avec le Québec, voie qui serait définitivement à explorer. Précisons que BIOQuébec a déjà entretenu des partenariats avec certains organismes d’envergure du Sud-Est des États-Unis, dont BioFlorida en 2023 (BioFlorida, 2023). La possibilité d’implanter un écosystème de chercheurs et d’entreprises en biotech devrait donc être envisagée par le Québec dans le cadre d’un partenariat avec les États-Unis.

De plus, les deux centres de biotech dont il est question sont entourés d’universités réputées et de leaders mondiaux dans le domaine de la science (les universités Duke et de Caroline du Nord pour le Research Triangle Park, et celles de McGill et de Montréal pour BIOQuébec), ce qui aurait pour effet de stimuler la collaboration académique et industrielle. Ces rapprochements pourraient également donner lieu à des ajouts majeurs à la collaboration initiale, notamment sur le plan de l’intelligence artificielle par le biais de la communauté internationale de scientifiques de renom Mila (Mila, 2023). Le réseau d’entreprises qu’ont respectivement BIOQuébec et le Research Triangle Park serait assurément aussi une valeur ajoutée. Par ailleurs, ce futur partenariat pourrait être abrité par la corporation United Therapeutics, spécialisée dans la biopharmacologie, l’intelligence artificielle et l’ingénierie tissulaire (United Therapeutics, 2025). L’organisation dispose d’installations à la fois en Caroline du Nord et au Québec (Bromont); emplacements stratégiques dans le cadre d’une telle collaboration scientifique.

Il existe des opportunités pour le Québec sur le plan des partenariats privés touchant l’intelligence artificielle, laquelle est liée aux sciences de la vie. Par exemple, la société technologique américaine spécialisée dans l’intelligence artificielle d’entreprise C3.ai pourrait réaliser un partenariat avec le Québec, lequel pourrait prendre la forme du Digital Transformation Institute. Il s’agit d’une initiative conjointe de Microsoft et de plusieurs universités américaines dont Berkeley, Princeton et le Massachusetts Institute of Technology (MIT) visant à accélérer l’innovation liée à l’intelligence artificielle chez les communautés scientifiques (C3.ai, 2020). L’État de New York devrait également faire partie de l’équation; il a récemment procédé à la création d’un consortium en intelligence artificielle, Empire AI, afin de faire de New York un pôle attractif dans le domaine (État de New York, 2024).

4. Énergie éolienne et solaire – New York, Virginie

Le Québec est un leader incontesté sur le plan des énergies renouvelables et, bien que l’administration Trump ne soit pas favorable aux investissements dans ce secteur, il y aurait tout de même intérêt à établir certaines collaborations stratégiques. Un partenariat lié à la fabrication de batteries entre le Québec et le tech hub The Loop affilié à l’Université du Nevada à Reno a vu le jour dans les dernières années. Prenant la forme d’une recherche au départ, le partenariat permet de compléter la chaîne de valeur avec l’expertise et les ressources québécoises. Le Québec prône également l’exploitation des sources d’énergie verte et la réduction des sources d’énergie fossile, en cohérence avec le Plan pour une économie verte 2030 (Gouvernement du Québec, 2020, p. 23). Par ailleurs, l’énergie éolienne a le vent dans les voiles avec des entreprises québécoises d’envergure internationale comme Innergex, qui est déjà active aux États-Unis (Lacroix-Couture, 2024). L’Institut de Recherche d’Hydro-Québec ou encore l’INRS, lesquels s’intéressent notamment au stockage d’énergie, pourraient représenter des partenaires-clés potentiels.

Dans un contexte où le financement fédéral est parfois imprévisible avec le gouvernement américain actuel, les possibilités de partenariats relatifs à l’énergie éolienne offshore devraient être adressées au niveau des États en lieu et place de l’administration fédérale. Stratégiquement, le Québec pourrait tirer profit de ses relations d’affaires privilégiées avec ces États et étendre ses activités à l’énergie solaire et éolienne avec ceux-ci, le tout en adéquation avec ses priorités liées au développement durable. À titre d’exemple, l’État de New York souhaite ardemment soutenir davantage les sources d’énergie renouvelable. Selon le Climate Leadership and Community Protection Act (CLCPA) promulgué en 2019, la proportion de la production d’électricité issue d’énergie renouvelable dans l’État de New York atteindra 70 % d’ici 2030 (Arnold et Beck, 2023). New York comptant déjà plusieurs projets offshores en ce sens (Enerdata, 2023), des compagnies québécoises comme Innergex et les centres de recherches précédemment nommés auraient intérêt à collaborer avec la New York State Energy Research and Development Authority (NYSERDA), agence publique responsable d’assurer la coordination des opportunités éoliennes offshore dans cet État (NYSERDA, s.d.).

Sur le plan du financement, le fait de s’allier avec la NYSERDA comporte plusieurs avantages. Par exemple, le Clean Energy Fund, initiative de cette agence, est destiné à soutenir des projets d’énergie renouvelable à New York et cherche à attirer et faciliter des investissements privés spécialisés dans l’énergie propre (NYSERDA, 2025). Il pourrait donc y avoir possibilité de financement de ce type de projets, en plus de permettre l’accélération de la mise en œuvre de certains projets déjà en cours.

Le Québec souhaite également favoriser l’insertion d’entreprises québécoises dans ce domaine sur les marchés étrangers, y compris aux États-Unis, et des partenariats s’ancreraient dans cette volonté politique. Par exemple, Eocycle Technologies, compagnie québécoise et leader mondial en matière de production d’électricité éolienne, a d’ailleurs reçu d’importantes sommes de financement (10 millions de dollars du Fonds de solidarité FTQ et la même somme d’Exportation et développement Canada) pour accélérer sa commercialisation sur les marchés américain et européen (Fonds de solidarité FTQ, 17 avril 2024). Des initiatives internationales faciliteraient évidemment ces partenariats stratégiques. De telles synergies sont d’ailleurs envisagées dans le cadre du Clean Energy Ministerial (CEM) qui réunit un ensemble de pays ayant comme visée commune la promotion des technologies innovantes et propres en établissant des partenariats de recherche et de développement et en soutenant des programmes et politiques en ce sens (Clean Energy Ministerial. s.d.).

L’État de la Virginie, notamment en raison de l’adoption de politiques soutenant activement la production d’énergie renouvelable, représente aussi une opportunité pour le Québec. Le Virginia 72 Clean Economy Act mise sur l’efficience énergétique, l’énergie solaire et éolienne onshore et offshore, et sa cible est d’atteindre respectivement 16 100 MW d’ici 2035 et 5 200 MW d’ici 2032, en plus de s’attarder au stockage d’énergie. Par ailleurs, la Virginie compte des organisations parmi les plus importantes en Amérique du Nord en matière de production d’énergie. C’est notamment le cas de l’entreprise Dominion Energy, laquelle dessert 4,1 millions de clients et emploie 14 500 personnes. Cette dernière est particulièrement active sur le plan de l’énergie éolienne offshore et cherche à faire passer l’énergie renouvelable de 7 % en 2024 à 35 % en 2039, dans une proportion de 19 % pour le solaire et 16 % pour l’éolien (Dominion Energy, 2025).

Aussi, la Virginie bénéficie d’un cluster d’énergie éolienne offshore autour de sa zone portuaire, ce qui comporte certains avantages stratégiques. À titre d’exemple, sur le plan logistique, sa proximité avec la zone portuaire entraîne une réduction des coûts de transport, et le fait qu’il soit près des côtes lui permet de profiter de vents plus intenses, et ce, de manière constante, en plus des courants marins qui favorisent aussi la vélocité du vent. Dominion Energy possède un projet énergétique à proximité, le Dominion Energy MCC, avec des installations destinées à la production et à la distribution d’énergie.

Le positionnement géographique de ce cluster d’énergie éolienne, la présence de joueurs stratégiques sur le plan des énergies renouvelables ainsi que les installations, ressources et fonds déployés, devraient susciter l’intérêt du Québec pour cette région dans le cadre de futurs partenariats. En s’alliant avec Dominion Energy, les centres de recherches québécois spécialisés dans les énergies renouvelables comme l’Institut de recherche d’Hydro-Québec ou encore l’École de technologie supérieure à Montréal pourraient bénéficier de financement provenant de programmes gouvernementaux ou de Dominion Energy elle-même. Cette dernière a démontré un intérêt si les résultats de la recherche permettent de répondre à des enjeux concrets, comme les capacités de stockage d’énergie ou la rapidité de délivrance à ses clients. Les opportunités de partenariat avec les États-Unis en matière de stockage d’énergie sont d’ailleurs politiquement cohérentes avec la vision du Québec inscrite dans le Plan pour une économie verte 2030 (Gouvernement du Québec, 2020). Selon le gouvernement du Québec (2022), des initiatives destinées à accroître la disponibilité et l’emmagasinage de l’énergie sont nécessaires à moyen terme. D’ailleurs, des compagnies spécialisées dans le stockage d’énergie comme EVLO, filiale d’Hydro-Québec, ont récemment tiré profit de partenariats avec les États-Unis (EVLO, 2024).

L’énergie éolienne, surtout celle générée directement en mer, est un secteur auquel il vaut la peine que le gouvernement québécois s’attarde. Cependant, l’imprévisibilité du gouvernement américain actuellement en poste, ajoutée aux critiques répétées du président Trump sur ce type d’énergie, laisse planer une ombre et pourrait poser problème. Par exemple, le Bureau of Ocean Energy Management (BOEM) qui relève du Department of Interior (DOI) et gère l’octroi de permis pour l’énergie éolienne en mer pourrait décider de réduire l’émission de permis ou de les retirer. Ce pourrait également être le cas du Bureau of Land Management (BLM) et de la Federal Energy Regulatory Commission (FERC) pour ce qui touche à l’énergie éolienne terrestre (Reuters, 2025), ainsi que pour l’octroi de permis environnementaux.

5. Technologie marine et sécurité défense – Maryland, Connecticut

Des partenariats dans le secteur de la technologie marine liée à la sécurité défense entre le Québec et les États-Unis seraient pertinents pour les deux parties, notamment en raison de champs d’expertise conjoints dans ce domaine. Par exemple, le MITRE, un important organisme américain à but non lucratif, gère des centres de recherche financés par le gouvernement fédéral américain qui fournissent l’expertise nécessaire aux agences gouvernementales sur des enjeux mondiaux dans l’intérêt public (MITRE, 2025). Il a collaboré par le passé avec le Centre for Ocean Ventures & Entrepreneurship (COVE), incubateur canadien situé à Halifax (Cove, 2024). Ce partenariat a permis d’accroître les ressources et l’expertise, et de soutenir l’innovation des technologies marines. Le COVE et le MITRE ont pu bénéficier d’infrastructures communes et d’environnement de test d’envergure, et offrir des formations spécialisées conjointes visant le partage des connaissances entre les deux pays et l’avancement de la technologie marine sur la scène internationale (Cove, 2024). Le DOD a fréquemment collaboré avec le MITRE dans le cadre de plusieurs projets, ce qui place les agences gouvernementales et entreprises québécoises coopérant avec le MITRE dans une position avantageuse pour bénéficier de programmes de financement. Le Québec devrait s’inspirer de ce genre de partenariats.

Aussi, les programmes de l’Office of Naval Research, branche navale du DOD, visent à soutenir la protection navale du territoire américain à travers la recherche et le développement. Le Québec pourrait envisager de mettre son expertise en recherche océanographique de l’avant pour tenter de concrétiser un partenariat. Notamment, le Québec dispose de la formation du consortium Québec-Océan, groupe d’experts et de scientifiques financé par le Fonds de recherche du Québec. Ce dernier aurait intérêt à mettre son expertise en océanographie au service d’enjeux de sécurité maritime comme ceux auxquels doit répondre l’Office of Naval Research, et ainsi collaborer avec eux.

Également, les laboratoires de recherche de l’INRS situés Polytechnique Montréal et qui s’intéressent spécifiquement au développement de la sécurité maritime, pourraient également servir dans le cadre d’une collaboration potentielle avec une institution américaine (Polytechnique Montréal, 2021). Fondé en 2024, le Connecticut Center for Advanced Technology (CCAT), organisation à but non lucratif spécialisée dans l’ingénierie et les technologies numériques et financée par le DOD, a aussi participé à plusieurs projets cherchant à trouver des solutions innovantes pour protéger le territoire américain (Connecticut Center for Advanced Technology. 2025). Ce centre pourrait lui aussi être mis à profit.

Le programme américain fédéral Foreigh Comparative Testing (FCT) a collaboré avec des partenaires internationaux tels que Leonardo DRS, entreprise italienne disposant d’une branche axée sur le développement de technologies pour les forces armées. Celle-ci a ainsi développé des technologies de radars et de défense aérienne auprès des Américains, et a bénéficié de subventions à cet effet. Ces liens tissés avec les États-Unis ont par la suite été concrétisés par la signature d’un contrat de 99 millions de dollars avec l’armée américaine en 2025 pour moderniser son système de contrôle de tirs de mortier (Leonardo DRS, 2025). Le gouvernement québécois pourrait viser un partenariat dans le même sens vu les antécédents de partenariats canado-américains dans le domaine et leurs champs d’expertise conjoints.

6. Gestion des eaux et des matières résiduelles – Floride, Maryland

Le Québec aurait également intérêt à envisager de collaborer avec les États-Unis sur le plan de la gestion des eaux et des matières résiduelles, notamment en lien avec ses orientations politiques. En effet, le 11 décembre dernier, la ministre Martine Biron a participé au World Strategic Forum où elle a signé une déclaration d’intention en matière de résilience climatique avec le comté floridien Miami-Dade. Il s’agissait de paver la voie à des collaborations dans un futur proche sur des priorités communes (Cision, 2024). La Délégation du Québec à Miami a été inaugurée le 10 décembre 2024, justement dans le but de renforcer les liens entre le Québec et l’État de la Floride (Gouvernement du Québec, 2025).

Les croyances idéologiques de l’État de La Floride pourraient cependant porter entrave à l’élaboration de partenariats. En effet, cet État est foncièrement républicain et le climato-scepticisme s’y fait sentir. N’en reste pas moins que les données scientifiques corroborent le phénomène de la montée des eaux , indiquant que l’océan pourrait s’accroître de 30 centimètres d’ici 2050 (Parker, 2021; Landau, 75 2024). Ainsi, peu importe les croyances, les États républicains comme la Floride seront eux aussi confrontés au réchauffement climatique, et pourrait être porter à envisager des partenariats dans le domaine vu l’impact économique que ce phénomène entraînera.

Le comté de Miami-Dade semble cependant comprendre et croire à la portée des changements climatiques. Ses représentants souhaitent vivement collaborer sur des projets liés à la gestion des eaux. Le laboratoire de dynamique et de gestion intégrée des zones côtières de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) financé par la Fondation canadienne pour l’innovation pourrait être mis à contribution en ce sens dans un partenariat avec le comté de Miami-Dade (Laboratoire de dynamique et de gestion intégrée des zones côtières de l’UQAR, 2017). Son expertise en évolution, gestion et variation des niveaux marins liée aux changements climatiques ainsi qu’en écosystèmes côtiers serait pertinente dans ce cadre. De plus, le South Florida ClimateReady Tech Hub, hub technologique d’envergure en résilience climatique inauguré en octobre 2023, est géré par le comté de Miami-Dade, lequel entretient de solides liens avec le Québec (Miami-Dade County, 2025). Ce hub technologique souhaite développer et promouvoir des technologies climatiques durables et se concentre sur des projets de recherche portant sur la montée des eaux, la hausse de la demande énergétique et les changements météorologiques importants (Miami-Dade County, 2025). Actif depuis peu, ce hub n’a pas encore établi de partenariats internationaux, bien qu’il soit associé à plusieurs partenaires locaux dont le Southeast Florida Regional Climate Change Compact (Southeast Florida Climate Change Compact, 2023).

Le comté de Miami-Dade est également très proactif concernant la gestion des matières résiduelles. La Délégation du Québec à Miami, dans le cadre de sa collaboration concernant la résilience climatique avec ce comté, a déjà cherché dans les dernières années des partenaires québécois pour investir dans des projets touchant ce domaine (Délégation du Québec à Miami, 2025). Des organisations comme le Centre interdisciplinaire de recherche en opérationnalisation du développement durable (CIRODD) à Montréal pourraient être mises à contribution dans le cadre de ce type de projet. Le CIRODD, soutenu par le Fonds de recherche du Québec, regroupe des chercheurs issus de onze universités québécoises et se spécialise en valorisation des matières résiduelles (Centre interdisciplinaire de recherche en opérationnalisation du développement durable, 2025). Le Québec devrait particulièrement s’attarder à évaluer les partenariats possibles avec ce comté afin d’en faire bénéficier l’écosystème scientifique québécois.

Dans l’État du Maryland, l’agence fédérale National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) soutient la recherche liée à la gestion des océans et a collaboré avec plusieurs institutions internationales dans le passé (National Ocean Service, 2025, International 76 collaborations). Ce fut notamment le cas du Canada, où la NOAA et le ministère de l’Environnement et du Changement climatique du Canada (ECCC) ont joint leurs efforts dans des activités de recherche sur l’acidification des océans et la publication de bulletins climatiques en septembre 2023 (National Environmental Satellite, Data, and Information Service, 2023). Ce partenariat a d’ailleurs été soutenu par le programme de financement Climate Program Office, lequel appuie des initiatives de recherche en lien avec les changements climatiques (National Ocean Service, 2025, Climate Program Office). De plus, le département du commerce du Maryland a signé une entente avec le gouvernement du Québec afin de soutenir le développement économique entre les deux entités (Maryland, 2020). Celle-ci pourrait faciliter la collaboration dans le cadre d’un partenariat où serait éventuellement impliquée l’agence du Maryland. Toutefois, le contexte actuel risque de compliquer l’obtention de financement, comme l’indiquent les coupes budgétaires de l’administration Trump alors que 600 employés de la NOAA ont été mis à pied (Dance et Patel, 2025).

7. Photonique et photonique quantique – New York

La photonique est incontestablement l’un des domaines scientifiques pour lequel le gouvernement devrait chercher à collaborer avec les États-Unis. La photonique est la science de la lumière, utilisée par exemple pour les lasers lors de chirurgie, dans la fibre optique ou dans les produits comme les détecteurs de biosenseurs. Elle sert notamment à l’imagerie biomédicale et pour les appareils miniaturisés et ultraperformants (Luc-Alain Giraldeau dans Recherche et innovation : la compétitivité du Québec passe par l’international, 18 mars 2025).

La photonique quantique tire quant à elle parti des propriétés quantiques des photons. Elle est utilisée dans les télécommunications, notamment en lien avec la cybersécurité. Sa valeur ajoutée première réside dans son potentiel de réduire le coût énergétique et l’empreinte écologique d’Internet, que l’intelligence artificielle rendra exorbitants. Plusieurs centrales nucléaires devront être construites dans les prochaines années pour pouvoir alimenter Internet, et la photonique quantique peut représenter une solution intéressante (Piquard, 2024). En effet, c’est notamment parce que les photons consomment moins d’énergie que les supercalculateurs classiques, que la consommation énergétique serait réduite. L’INRS possède une expertise dans le domaine, raison pour laquelle le gouvernement canadien lui a alloué 8,2 millions de dollars en recherche à ce titre (Luc-Alain Giraldeau dans Recherche et innovation : la compétitivité du Québec passe par l’international, 18 mars 2025). L’institut quantique de l’Université de Sherbrooke a un profil pertinent pour un partenariat potentiel en raison de son champ d’expertise en matériaux, en ingénierie et en informatique quantique. Ses installations de pointe et les collaborations internationales qu’il a déjà établies pourraient en faire un collaborateur de choix (Université de Sherbrooke, 2025). Le gouvernement du Québec a démontré son appui envers la photonique quantique à travers le groupe d’intérêt Québec Quantique qui regroupe une communauté d’acteurs dans le domaine (ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, 2025). Le gouvernement du Canada a fait de même en adoptant la Stratégie quantique nationale du Canada et en investissant massivement dans le domaine (Gouvernement du Canada, 2025, Aperçu de la Stratégie quantique nationale du Canada).

La région de Rochester à New York, qui regroupe les plus importants centres de recherche dans ce domaine aux États-Unis, offre un potentiel intéressant de collaboration. Elle compte deux clusters technologiques, et la ville est également impliquée dans cet écosystème (Rochester Regional Photonics Cluster, 2025).

Conclusion

En somme, les collaborations scientifiques entre le Québec et les États-Unis demeurent stratégiquement essentielles et basées sur des critères solides. Parmi eux, la complémentarité des expertises, les intérêts géostratégiques communs et la présence d’écosystèmes établis permettent d’assurer une continuité dans la coopération transfrontalière malgré les fluctuations politiques.  L’approche sectorielle présentée a permis de démontrer le potentiel de certaines collaborations à l’échelle étatique, que ce soit pour leur proximité, leurs priorités politiques ou leur spécialisation industrielle. Quoi qu’il en soit, elles apparaissent comme des alternatives probantes lorsque les dynamiques fédérales compliquent l’implantation de partenariats pérreins.

 En bref, les collaborations scientifiques transfrontalières doivent être appréhendées comme des instruments stratégiques par le Québec. Elles renforcent la compétitivité et le positionnement de la province dans un monde où la science dépasse les frontières.

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