Tananarive[1] et les crises sociopolitiques à Madagascar : une réflexion à travers les représentations géopolitiques


RG v8 n2, 2022

Fitahiana A.A. Razafimahenina

Économiste et géographe, chercheur rattaché au Laboratoire Espaces et Sociétés de l’Université d’Antananarivo (Madagascar) ; fitahianarazafimahenina@gmail.com

 

Résumé

Le parcours historique de Madagascar est fait de crises sociopolitiques. En soixante-deux ans d’indépendance, la grande île a connu cinq crises sociopolitiques, soit une crise tous les douze ans en moyenne. Si ces crises puisent leur essence de manière très variable d’une crise à une autre, le rôle de la capitale Tananarive dans ces crises reste décisif. Ce rôle décisif de la ville de Tananarive lui est octroyé, entre autres, de par les représentations qui lui sont affiliées. Durant les crises sociopolitiques malgaches, ces représentations autour de Tananarive se trouvent entremêlées au centre d’un jeu d’acteurs dont les enjeux principaux tournent autour du contrôle d’espaces géographiques de taille très variée : du contrôle des parvis à Analakely au contrôle de l’ensemble du territoire malgache. Cet article s’intéresse aux rôles de ces représentations ainsi qu’à leur manipulation pour conquérir ces enjeux dans un contexte de crise sociopolitique.

Mots-clés : Madagascar, Tananarive, représentations géopolitiques, crises sociopolitiques.

Summary

The historical course of Madagascar is made of sociopolitical crises. In sixty-two years of independence, the Big Island has experienced five socio-political crises, i.e. one crisis every twelve years on average. If these crises draw their essence in a very variable way from one crisis to another, the role of the capital, Antananarivo, in these crises remains decisive. This decisive role of Antananarivo is granted to it, among other things, by the representations which are affiliated to it. During the Malagasy sociopolitical crises, these representations around Antananarivo are intertwined at the center of a game of actors whose main issues revolve around the control of geographical spaces of very varied sizes: from the control of the forecourts in Analakely to the control of the entire Malagasy territory. This article focuses on the roles of these representations as well as their manipulation to conquer these issues in a context of sociopolitical crisis.

Keywords : Madagascar, Antananarivo, geopolitical representations, sociopolitical crises.

 

Introduction

Depuis l’indépendance de Madagascar en 1960, à elle seule ou avec les autres grandes villes, Tananarive, la capitale malgache, a toujours joué un rôle important dans la vie politique de la grande île. Cette importance (géo)politique de Tananarive pour Madagascar s’explique par les enjeux démographiques, sociaux, économiques, médiatiques ou encore diplomatiques pourvus par ce territoire (Razafimahenina, 2018) mais aussi par la mobilisation et l’importance de ses représentations. On peut même apercevoir au centre des crises sociopolitiques traversées par Madagascar les traces de ces représentations de Tananarive. Ces représentations, c’est-à-dire les idées qui permettent aux acteurs de se représenter la réalité ou de la donner à voir aux autres acteurs et à l’opinion publique (Subra, 2016), sont géopolitiques car elles se réfèrent à du territoire (Lacoste, 2012) : la capitale malgache. Ainsi, cette incursion des représentations géopolitiques de Tananarive à des crises à l’échelle nationale nous amène à la question suivante : quelles sont les fonctions de ces représentations géopolitiques dans ces différentes crises sociopolitiques ? Cet article a pour ambition d’apporter des éléments de réponses à cette question en sillonnant les différentes crises sociopolitiques à Madagascar (1972, 1991, 2002, 2009, 2018) tout en mettant en exergue les modalités de création, le processus de pérennisation et la mutation de ces représentations au fil du temps.

1. Crise de 1972 : la genèse de la majorité des représentations de Tananarive et la chute de Philibert Tsiranana

La révolte du Sud en 1971 et la grève des étudiants à l’Université de la capitale la même année se trouvèrent parmi les principaux préliminaires de la crise de 1972 (Althabe, 1980 ; Blum, 2011). Toutefois, sans la conversion de ces événements en représentation par et pour les Tananariviens, ils n’auraient certainement pas abouti à cette. En effet, primo, il fallait une prise de conscience collective du peuple de la capitale sur l’ampleur du massacre perpétré par le régime de Tsiranana à l’encontre des acteurs de la révolte du Sud pour pousser les Tananariviens à rompre définitivement avec le régime[2] (Althabe, 1980). Cette prise de conscience des Tananariviens eut été notamment développée par les informations diffusées par les militants rassemblés autour du journal Andry qui, par la suite, réussirent à faire représenter les actes gouvernementaux dans le Sud comme étant similaires aux pratiques des colonisateurs français lors de la période coloniale et plus récemment lors de l’insurrection de 1947 qui fit près de 100 000 victimes[3] (Althabe, 1980). Fervents nationalistes[4] et farouches opposants du président de la République Philibert Tsiranana qu’ils décrivaient comme l’acteur principal du néocolonialisme français à Madagascar, les Tananariviens ont donc vu en ce massacre du Sud un motif légitime pour amorcer un soulèvement populaire (Althabe, 1980). Secundo, la grève estudiantine à Tananarive en 1971 fut certes sans écho vu que les manifestations ne sortaient pas du campus universitaire (Althabe, 1980) mais elle s’est avérée être une répétition générale de celle de la crise scolaire de l’année à venir (Blum, 2011). Cette crise scolaire puisa son origine à l’école de Médecine de Befelatanana quatre mois avant la crise générale de 1972 pour dénoncer le système d’enseignement néocolonial[5] (Althabe, 1980 ; Blum, 2011). Le point commun entre la surreprésentation de la révolte du Sud et la crise scolaire a été le fond d’une représentation nationaliste à laquelle s’attachaient les malgaches, plus précisément les Tananariviens, pour mener une quête à une deuxième indépendance (Althabe, 1980 ; Blum, 2011).

Fondée par Andrianjaka, le roi de l’Imerina qui s’est emparé d’Analamanga au XVIIème siècle, puis choisie par celui-ci pour y élever un palais et y résider[6] (Deschamps, 1961), puis désignée comme capitale du royaume Merina par Andrianampoinimerina après 1794 avant d’être choisie comme capitale de Madagascar après le règne de celui-ci, reconduite comme capitale de la grande île par les colonisateurs français et même après l’indépendance (L. Rabearimanana, communication personnelle, janvier 2022), Tananarive s’est dotée d’une légitimité de son statut de capitale et elle s’est faite représenter ainsi aux yeux des Malgaches. Son statut de capitale lui valut de cristalliser sur son territoire (plus précisément à Analakely) la première manifestation de rue jamais organisée à Madagascar le 19 mai 1929 (L. Rabearimanana, ibid.). Sept ans plus tard, la première grève à Madagascar se tint à Tananarive : la grève ouvrière de 1936 (L. Rabearimanana, ibid.). Le statut de capitale de Tananarive lui permettait donc d’être représentée comme l’espace de la lutte contre les pratiques jugées injustes du pouvoir colonial à Madagascar.

Cette représentation de Tananarive comme l’espace de la lutte contre le pouvoir colonial était donc reprise par les Tananariviens dans leur quête de la deuxième indépendance en occupant massivement durant des semaines des espaces de la capitale pour y manifester ou pour y défiler. Héritage de l’histoire, cette quête se déroulait naturellement aux alentours d’Analakely : à Ambohijatovo (rebaptisé « jardin de la grève » par les manifestants), à l’avenue de l’Indépendance[7] et aux abords de l’hôtel de ville à Analakely (Althabe, 1980 ; Blum, 2011). Toutefois, les manifestations se propageaient même au-delà d’Analakely : notamment au sein du campus universitaire d’Ankatso (Althabe, 1980 ; Blum, 2011). Cette propagation des manifestations dans la capitale était accompagnée d’une marée humaine qui emportait dans ses rangs les scolaires (universitaires, lycéens, collégiens), les parents, les travailleurs et même les zoam (jeunes sans-travail vivant de vols et en guérilla permanente avec les forces de l’ordre). Ce fort déploiement spatial des manifestations symbolise désormais la force du peuple tananarivien.

Cette représentation de la puissance tananarivienne était crainte par le président Tsiranana qui utilisait une stratégie basée sur la rupture de l’unité de la Nation, particulièrement la division ethnique, pour délégitimer et atténuer les manifestations dans la capitale mais aussi pour renforcer son pouvoir en se faisant représenter comme l’arme qui aurait permis l’unification des côtiers contre l’hégémonie de Tananarive et plus largement de l’Imerina (Althabe, 1980). Toutefois, si dans un premier temps cette représentation a réussi à dissuader les villes côtières de ne pas participer aux manifestations de la capitale (Althabe, 1980), elle n’en a plus fait autant au fil du temps. En effet, les manifestations se sont finalement propagées sur le territoire malgache allant de Tananarive aux villes côtières en passant par les Hautes Terres (Blum, 2011). Tananarive acquérait alors une autre représentation : épicentre du mouvement. D’une part, à travers une sorte de mécanisme de réciprocité invisible, cet effet d’impulsion généré par Tananarive eut labélisé le mouvement comme national et donna par conséquent une légitimité nationale à celui-ci. D’autre part, réciproquement, comme un propulseur, cette représentation a aussi réanimé la force du mouvement tananarivien à l’heure où l’intensité du mouvement s’y est affaibli. Dans ce sens, la mort d’un jeune étudiant qui manifestait à Ambalavao (dans le Sud du pays) avait redynamisée les mouvements dans la capitale au moment où les manifestants Tananariviens commencèrent à s’en lasser (Althabe, 1980 ; Blum, 2011).

Avec la représentation de la force tananarivienne et celle qui considérait Tananarive comme épicentre du mouvement, il en résulta une occupation massive du devant de l’hôtel de ville de la capitale à Analakely, le 13 mai 1972, 100 000 personnes dans la rue pour une ville qui en comptait 250 000 (Blum, 2011). Cette occupation fut à l’origine d’une succession d’évènements : une insurrection sanglante et l’incendie de l’hôtel de ville le même jour et la chute de Philibert Tsiranana quelques jours après. Depuis, cette place devant l’hôtel de ville est baptisée : Kianjan’ny 13 mai (place du 13 mai), symbolisant l’union nationale et le partage des valeurs de Liberté, représentée par la suite comme le tribunal à ciel ouvert où le peuple institue et destitue républiques et présidents (Andriamanampisoa, 2012).

2. Des représentations géopolitiques de Tananarive héritées de 1972 et celles centrées sur la rupture de l’unité de la nation au centre de la crise de 1991

Après une longue période sous un régime socialiste (jugé par certains comme étant totalitaire) depuis 1975, un mouvement populaire prit forme en 1991 malgré une élection démocratique deux années auparavant (comme en 1972). Si le mouvement a débuté réellement à Fianarantsoa, la capitale malgache le transformait en mouvement national (Fanomezantsoa, 1992) et les représentations de la capitale y jouaient des rôles importants.

Avec le succès (du moins du côté des manifestants) de la révolte de 1972, en 1991, l’opposition (regroupée dans les forces vives) reconduisit une représentation héritée de la première révolte : la force des Tananariviens. Par analogie à la manifestation de 1972, les forces vives exploitaient cette force tananarivienne à travers des déploiements massifs des manifestants pendant des mois sur la place du 13 mai qui est désormais symbolique. On peut interpréter ce déploiement comme une démonstration de force dans l’espace montrant la colère du peuple dans le but de persuader l’opinion publique, légitimer, justifier et nationaliser le mouvement dans une perspective de conquête de la capitale et du territoire malgache in fine en profitant et en espérant une éventuelle propagation de la crise dans les provinces grâce aux effets de la représentation de Tananarive comme épicentre des mouvements à Madagascar acquise lors de la précédente crise. En conséquence, la place du 13 mai a été une nouvelle fois le théâtre d’un autre événement à l’origine de la chute du pouvoir en place comme en 1972. Effectivement, cette place du 13 mai, le 10 août 1991, fut le prélude de l’idée d’une grande marche meurtrière vers le palais d’Iavoloha pour prendre le pouvoir. Cette marche se solda par un massacre enregistrant au moins 14 morts et 223 blessés (Le Monde, 1991).

Dans la foulée, les forces vives ont conçu une nouvelle représentation de la capitale pour rendre plus intense le mouvement : Tananarive abrite les centres nerveux de l’administration et des services de Madagascar (Rakotondrabe, 1992). Aspirant la chute du régime Ratsiraka, l’opposition a utilisé cette représentation en bloquant les activités administratives à Tananarive tout en misant que cela pourrait paralyser l’ensemble du territoire malgache grâce à la représentation de Tananarive comme épicentre des mouvements qu’on a pu observer en 1972. Cette représentation a d’ailleurs conduit l’opposition à une pratique spatiale : l’occupation des ministères (Raison Jourde, 1992) pour former et consolider un pouvoir parallèle.

Face à cette menace tananarivienne, comme Philibert Tsiranana en 1972, le président Didier Ratsiraka misait sur des représentations géopolitiques basées sur la rupture de l’unité de la nation. La première, exactement comme en 1972, Didier Ratsiraka incitait la division ethnique pour discréditer Tananarive en dénonçant que les manifestations issues de Tananarive auraient été les avertissements d’une guerre ethnique. Une discréditation ayant réellement pour objectif de briser le statut de capitale de Tananarive et les représentations qui vont avec car dans cette allure il a fait ratifier la proposition de déplacer la capitale dans une ville côtière en cas de besoin au détriment de Tananarive (Raison-Jourde, 1992). Cette représentation était injustifiée car le régionalisme ethnique ne fut pas vérifié lors de l’élection de 1992 sachant que Tananarive vota pour Zafy Albert (issu des forces vives) qui n’était pas originaire de la capitale (Raison, 1992). Toutefois, cette représentation avait tout de même permis à Didier Ratsiraka de réunir des Malgaches de son côté et de survivre au pouvoir. La seconde représentation basée sur la rupture de l’unité de la Nation était la représentation d’une province de Tananarive isolée. Cette représentation s’est matérialisée par l’autoproclamation des représentants des provinces en État fédéral pour se détacher des hautes terres ainsi que par la coupure de la voie ferrée de Tamatave générant une rupture du ravitaillement en carburants des plateaux (Raison-Jourde, 1992). Avec ces représentations basées sur la rupture de la Nation, les objectifs de Ratsiraka étaient alors d’inciter les malgaches à rompre avec Tananarive pour baisser la force de cette ville et de son peuple mais aussi pour atténuer les manifestations et relégitimer son pouvoir sur le territoire malgache depuis les provinces. Didier Ratsiraka, en ne restant que président de la République à titre symbolique sans pouvoir au détriment d’Albert Zafy, avait vraisemblablement échoué dans son choix stratégique fondé sur ces représentations.

3. Crise postélectorale de 2002 : tananarivisme[8] versus anti-tananarivisme, socialisme versus capitalisme, Tananarive faiseur de présidents

L’élection présidentielle fin 2001 opposant Marc Ravalomanana et Didier Ratsiraka conduisit à une crise postélectorale. Si d’un côté les partisans de Marc Ravalomanana étaient convaincus de l’élection de leur homme au premier tour, ceux de Didier Ratsiraka restaient dans la lignée des résultats officiels : aller en deuxième tour. Au-delà de cette opposition, les représentations de Tananarive étaient aussi au centre de la crise : Didier Ratsiraka (réélu en 1996 et était supposé comme favori) était un antitananariviste et socialiste, tandis que Marc Ravalomanana était un pur produit de la capitale malgache, entrepreneur, il penchait plutôt vers le capitalisme.

En 1999, l’industriel de l’agroalimentaire Marc Ravalomanana remporta l’élection municipale de Tananarive. Pendant son règne en tant que premier magistrat de la ville, Marc Ravalomanana avait réussi à faire ses preuves et acquérait même une considération de porteur de rêves (Blanc-Pamard & Rakoto Ramiarantsoa, 2003 ; Raison-Jourde & Raison, 2002). En voulant répandre le succès de l’Imerina centrale dans les provinces (Raison Jourde et Raison, 2002), Marc Ravalomanana s’est servi de Tananarive comme un territoire modèle et de référence à son succès aux yeux de tous les Malgaches pour appuyer sa candidature à la présidence de la République. Cette nouvelle représentation a hérité encore une fois du principe de la représentation de Tananarive comme épicentre. Cependant, cette fois, la représentation a été orientée non pas pour intensifier un mouvement comme en 1972 et en 1991 mais pour faire la propagande d’un candidat à la magistrature suprême. Cette représentation de la capitale lui fut d’ailleurs d’une grande aide pour persuader les malgaches de voter pour lui lors de la présidentielle car il passa en tête devant le président sortant lors du premier tour.

Le soutien de Tananarive de son maire peut se traduire comme la faculté de celui-ci d’armer à tout moment la force du peuple tananarivien, une représentation héritée de 1972 et de 1991. La mobilisation de cette force tananarivienne a légitimé les contestations des résultats électoraux de la fin de l’année 2001 afin d’envoyer Marc Ravalomanana dès le premier tour à la magistrature suprême. Cette mobilisation se matérialisait par des fortes manifestations dans la rue, plus particulièrement l’occupation à volonté de la place du 13 mai comme lors des deux précédentes crises (un demi-million voire un million de Tananariviens (Raison-Jourde, 2002). Avec la représentation construite puis confirmée autour de la place du 13 mai au fil des années, l’occupation de cette place par les partisans de Marc Ravalomanana a réussi à faire démontrer, toutes choses égales par ailleurs, la dimension nationale et démocratique du mouvement et a propulsé ce dernier au pouvoir grâce à son investiture de manière plus ou moins forcée à Mahamasina, dans la capitale, le 20 février 2002, l’occupation des ministères le 04 mars 2002 (Raison-Jourde, 2002) mais surtout la prise de la Banque Centrale de Madagascar (Rafidinarivo Rakotolahy, 2002). Cette prise de l’appareil étatique central par Marc Ravalomanana est allée de pair avec la représentation de Tananarive comme le centre nerveux administratif de Madagascar utilisée en 1991 par l’opposition, la quête au pouvoir national via Tananarive était donc confirmée.

De son côté, comme en 1991, Didier Ratsiraka, en perte de pouvoir, reconduisait les représentations géopolitiques basées sur la rupture de l’unité de Nation pour faire face à la montée en puissance de Marc Ravalomanana. Didier Ratsiraka a donc fait représenter les Tananariviens descendus dans les rues pour protester comme des supporters de leur candidat ethnique pour diviser les malgaches et conquérir les côtiers (Rafidinarivo Rakotolahy, 2002). Cette division ethnique lui a servi de justification pour concrétiser son projet en 1991 : briser le statut de capitale de Tananarive. De ce fait, il a érigé la ville portuaire de Tamatave, son fief politique[9], en tant que capitale (Fanomezantsoa, 1992). En outre, le principe d’isolement de Tananarive en 1991 a été reconduit par le président Didier Ratsiraka dont certaines pratiques étaient plus visibles et frôlaient même la violence. A part les barrages perpétrés par les partisans de Didier Ratsiraka, notamment celui de Brickaville, les dynamitages des ponts reliant Tananarive et les autres régions de Madagascar étaient devenus monnaie courante au centre de ces stratégies d’isolement de la capitale malgache, on peut citer, entre autres, celui de Behenjy, de Marovola et d’un pont entre le port de Manakara et Fianarantsoa (Rafidinarivo Rakotolahy, 2002). Les objectifs de Didier Ratsiraka étaient quasiment les mêmes qu’en 1991 : mobiliser les peuples issus des côtes malgaches pour contrer les actions menées par Marc Ravalomanana depuis Tananarive, et ce afin de reprendre le pouvoir présidentiel. Et comme avec les crises précédentes, les représentations mises en exécution par le régime en place à l’encontre des représentations tananariviennes ont une nouvelle fois échoué car Didier Ratsiraka a été obligé de céder son pouvoir à son rival.

Cette crise de 2002 fut aussi le théâtre d’un affrontement de deux représentations géopolitiques internationales projetées à Madagascar et plus particulièrement à Tananarive : le socialisme et le capitalisme. Quand il était à la tête de la commune urbaine de Tananarive, Marc Ravalomanana véhiculait l’idéologie capitaliste pour sortir la capitale de sa pauvreté. Échec ou succès, ce dernier a tout de même réussi à porter un imaginaire positif de la mondialisation (Raison-Jourde & Raison, 2002) à travers le capitalisme appliqué à Tananarive en l’emportant sur le socialisme de Didier Ratsiraka appliqué dans un pays qui s’appauvrissait et dont l’idéologie était en perdition au niveau international.

Si avant 2002 les cotes font les présidents, la capitale les défait (Raison-Jourde & Raison, 2002), désormais, Tananarive a acquis une nouvelle représentation : le faiseur de présidents, car elle concevait le président sur son territoire tout en procédant à la déchéance de son prédécesseur afin de donner le pouvoir à son homme.

4. La synergie des anciennes et des nouvelles représentations de Tananarive au centre du coup d’État de 2009

Andry Rajoelina fut élu maire de la capitale malgache en 2007 devant le représentant du parti de Marc Ravalomanana. En 2009, comme en 2002, un conflit géopolitique entre l’État central et l’autorité de sa première collectivité territoriale décentralisée s’était alors dessiné. Ce conflit était à la fois un accompagnement et une expression des problèmes personnels entre les deux personnalités à l’instar de l’enlèvement des panneaux publicitaires de la société d’Andry Rajoelina par le régime Ravalomanana (Ralambomahay, 2011) mais aussi la prémisse d’une rivalité de pouvoir à l’échelle nationale. Ainsi, Andry Rajoelina, un autre pur produit de la capitale, avec quasiment le même parcours que Marc Ravalomanana en 2002 (d’Ersu, 2009, Galibert, 2009) était en droit d’aspirer de prendre le contrôle du territoire malgache via la capitale en profitant de la représentation de Tananarive faiseur de présidents que Marc Ravalomanana lui-même avait contribué à instaurer des années auparavant.

Pour ce faire, sûr de sa force dans la capitale, Andry Rajoelina mobilisa la représentation de la force populaire tananarivienne en la projetant dans l’espace à travers une manifestation en plein centre de la capitale, à Ambohijatovo, le 17 janvier 2009, où il y rassembla près de 35 000 partisans (Galibert, 2009) ; il a baptisé par la suite cet espace : Kianjan’ny demokrasia (place de la démocratie, par analogie à la place du 13 mai). Cette dénomination démontre que l’opposition voulait représenter son acte et son intention de réaliser un coup d’État comme étant démocratique, donc émanant du peuple. Espace habituellement occupé en 1972 avant de rejoindre la place du 13 mai (voir 1), cette place à Ambohijatovo n’a pas été choisi au hasard mais relève d’une stratégie spatiale très claire : faire de cette place la passerelle vers la place du 13 mai comme en 1972. Par la suite, comme dans les crises précédentes, le 7 février 2009, l’occupation et les représentations de la place du 13 mai ont conduit la foule (entre 25 à 30 000 selon Galibert (2009)) à conquérir, comme en 1991, un palais présidentiel, cette fois celui d’Ambohitsorohitra situé seulement à deux kilomètres de la place du 13 mai (Galibert, 2009). Une conquête qui se termina par un bain de sang faisant une trentaine de morts et environ 200 blessés (Galibert, 2009). Cette mauvaise tournure pris par le mouvement ainsi que la nationalisation de celui-ci engendrée par l’effet de la représentation de la capitale comme impulsion des mouvements nationaux, une nouvelle fois confirmée par la diffusion de la dynamique des émeutes vers les villes de province à partir de Tananarive (Galibert, 2009), ont fortement contribué à la chute de Marc Ravalomanana quelques semaines plus tard. Entre-temps, la représentation de Tananarive comme centre nerveux de l’administration malgache a été réutilisée par Andry Rajoelina comme en 1991 et en 2002. En ce sens, ce dernier partait à la prise des ministères pour mettre en place son gouvernement et briguer le pouvoir national in fine (Imaz Press Réunion, 2009).

La grande innovation de la crise de 2009 en termes de représentation géopolitique a été la représentation d’ambany tanàna (bas-quartiers). Pour la réussite de sa quête de pouvoir, Andry Rajoelina a fédéré une coalition de mécontents contre le régime de Ravalomanana dont les habitants pauvres des bas-quartiers de Tananarive (d’Ersu, 2009). Cette représentation se caractérise par sa grande similarité avec la représentation centre/périphérie en géographie. De ce fait, les habitants pauvres des bas-quartiers étaient associés à la périphérie oubliée par le système mis en place par le régime Ravalomanana jugé dictatorial, exclusif et appauvrissant par Andry Rajoelina. Cette représentation d’ambany tanàna a d’ailleurs été favorable à Andry Rajoelina car cette catégorie d’habitants avait investi la rue pour le soutenir durant les jours de lutte (Galibert, 2009 ; d’Ersu, 2009).

Pour faire face à la montée en puissance d’Andry Rajoelina, Marc Ravalomanana n’a pas pu utiliser les représentations basées sur la rupture de l’unité de la Nation autrefois exploitée par ses prédécesseurs lorsque ces derniers se trouvaient dans la même situation. La principale raison de cette incapacité à manifester et à instrumentaliser les arguments ethniques peut s’expliquer par le fait que les deux principaux antagonistes sont issus de la même ethnie : l’ethnie merina de la capitale (Fournet-Guérin, 2009).

5. Crise de 2018 : les anciennes représentations de Tananarive reconduites pour affronter Hery Rajaonarimampianina

Après les événements de 2002 et de 2009, la tendance géopolitique de Madagascar s’est alors orientée vers la mairie de Tananarive, acquérir le contrôle de la ville est alors devenu le tremplin vers le pouvoir national (Razafimahenina, 2018). Cette représentation était au centre de la vie politique malgache générant ainsi une certaine crainte du gouvernement central mené par le président Hery Rajaonarimampianina et un sentiment de force au sein du maire de la capitale Lalao Ravalomanana, la femme de l’ancien président Marc Ravalomanana. De ce fait, les relations entre l’État central et les autorités de la ville étaient très tendues et étaient souvent caractérisées par des conflits permanents (Razafimahenina, 2018). C’est dans ce contexte que le parti du maire (le TIM) décida de former une coalition avec le parti de l’ancien président de la transition Andry Rajoelina (TGV), à travers le mouvement des 73 députés en avril 2018, pour dénoncer les lois électorales controversées, la mauvaise gouvernance et la corruption que le régime Rajaonarimampianina aurait eu commises (Rahaga, 2018). Force est de constater que le mouvement des 73 députés avait plus d’ambition au-delà de ce cadre de dénonciation. Ce mouvement réclamait effectivement la démission (ou la déchéance) du président de la République Hery Rajaonarimampianina, de son gouvernement et du président de l’Assemblée Nationale (Rahaga, 2018).

La coalition formée par le TIM et le TGV leur assurait la force tananarivienne car ils récoltèrent près de 88%[10] des suffrages exprimés lors de l’élection communale de 2015 dans la capitale. Et comme lors des précédentes crises, le mouvement avait mobilisé cette force tananarivienne en choisissant de s’emparer de la place du 13 mai pendant des semaines et d’exploiter la représentation symbolique de cette place.

En outre, la représentation de Tananarive comme le centre nerveux de l’administration à Madagascar utilisée lors de chaque mouvement populaire depuis 1991 a également fait sa réapparition. En effet, les députés ont bloqué la machine administrative à Madagascar pour inciter la participation des fonctionnaires de Tananarive à la manifestation (Rakotoarivonjy, 2018). L’objectif était d’intensifier le mouvement et de susciter la mobilisation dans les autres provinces (LINFO.RE, 2018). On peut alors conclure que la représentation de Tananarive comme épicentre du mouvement demeurait encore opérationnelle.

Avec les démarches institutionnelles effectuées par les députés, ces représentations géopolitiques autour de Tananarive ont contribué à l’établissement d’un gouvernement de consensus (Hery Rajaonarimampianina restait tout de même président de la République) et à la tenue d’élections anticipées.

Conclusion

Les représentations géopolitiques de Tananarive lors des crises sociopolitiques à Madagascar depuis 1960 relèvent soit du territoire en soi, soit d’un espace dans ce territoire, soit de son peuple. Ces représentations sont généralement les œuvres de l’intelligence et de la créativité des politiques malgaches. Elles sont utilisées par ces derniers, parfois avec l’appui du peuple, pour briguer le contrôle d’une portion spatiale à Tananarive et/ou de la capitale dans son ensemble voire du territoire malgache. En d’autres termes, les représentations géopolitiques de Tananarive sont utilisées par les politiques malgaches soit pour rester au pouvoir soit pour y parvenir. Elles agissent sur les consciences collectives et individuelles de chacun aussi bien de manière rationnelle qu’irrationnelle.

Ces représentations géopolitiques revêtent une multitude de caractéristiques aussi divergentes les unes des autres, d’une période à une autre. Si certaines de ces représentations géopolitiques de Tananarive ont sillonné le temps depuis 1972 à l’instar de la représentation de la force populaire tananarivienne ou encore de la place du 13 mai, d’autres ont fait leur apparition de manière ponctuelle comme le concept d’ambany tanàna en 2009 ou de l’opposition socialisme-capitalisme en 2002. Par ailleurs, si des représentations géopolitiques de Tananarive s’avèrent être plus efficaces en se combinant avec d’autres (à titre d’illustration la composition de la force tananarivienne et l’occupation du 13 mai depuis 1972), d’autres peuvent s’opérer en solo (à l’instar des représentations basées sur la rupture de l’unité de la Nation). Et comme l’opposition tananarivisme/antitananarivisme en 2002, certaines représentations géopolitiques sont créées et utilisées dans des affrontements entre deux parties adverses.

A l’heure actuelle, la représentation Tananarive n’est pas Madagascar gagne de plus en plus de terrain dans le monde sociopolitique de la grande île. A la différence des représentations basées sur l’antitananarivisme, celle-ci n’a pas vocation à contrer la capitale mais plutôt à atténuer l’hégémonie quasi absolue de ce territoire. Reste à savoir si cette nouvelle représentation pourrait évincer les anciennes représentations de Tananarive ou du moins rééquilibrer les forces des représentations territoriales de Madagascar lors des crises sociopolitiques à venir, toutes choses égales par ailleurs.

Malgré l’importance des représentations géopolitiques de Tananarive dans les crises sociopolitiques traversées par la grande île, il est toutefois simpliste d’analyser ces crises uniquement à travers le prisme de ces représentations.

 

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[1] En tant que scientifique soucieux du respect de la langue de tout un chacun, l’auteur trouve plus judicieux d’employer le nom français Tananarive au lieu du nom officiel Antananarivo qui est exhorté par les politiques se revendiquant nationalistes à des fins politiques.

[2] Il est également important de signaler la rupture de Tananarive avec l’AKFM (l’opposition légale et officielle) qui, jusque-là, était soutenue par une très grande partie de Tananariviens mais avait peu à peu perdu ce soutien après avoir légitimé les actes de répression du gouvernement dans le sud de l’île (Althabe, 1980).

[3] En 1947, les nationalistes malgaches qui luttèrent pour l’indépendance du pays étaient réprimés dans le sang (voir notamment : Tronchon, J. , L’insurrection malgache de 1947 ; Rabearimanana, L. , Les événements de 1947 à Madagascar, Omaly sy anio n° 28, 1988-2, 1988).

[4] Avec pour réelle ambition de raviver l’hégémonie de l’Imerina après le départ des colonisateurs.

[5] A cette époque, le système d’enseignement était jugé comme étant ségrégationniste et exclusif privilégiant les étudiants français en défaveur des étudiants malgaches (Althabe, 1980).

[6] A cette époque, on voyait déjà Tananarive comme un lieu stratégique de par son potentiel influence sur Madagascar : « Par Tananarive les Merina s’assuraient la possession des marais qui, transformés en rizières, allaient leur permettre de se multiplier et de devenir la nation la plus nombreuse de l’Île » (Deschamps, 1961, p.117).

[7] Autrefois dénommée l’avenue de la libération, ce fut le lieu où quelques Tananariviens manifestèrent pour l’égalité lors de l’arrivée du nouveau gouverneur français à Madagascar le 19 mai 1949 (L. Rabearimanana, communication personnelle, janvier 2022).

[8] L’auteur a inventé le mot tananarivisme (et antitananarivisme) pour désigner les courants de pensée politiques accordant une importance particulière à Tananarive par rapport aux autres territoires malgaches (voir l’utilisation du suffixe –isme de l’Académie française : https://www.academie-francaise.fr/construction-en-isme).

[9] Un fief politique est un territoire ou une circonscription politique, sur lequel un parti politique ou un de ses membres jouit d’un enracinement particulièrement fort et étendu dans le temps.

[10] Le TGV n’a pas soumis de candidat sous sa couleur politique mais avait publiquement soutenu Lalatiana Rakotondrazafy qui termina deuxième lors de cette élection avec 32%.

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