La Chine et l’environnement : prise de conscience écologique ou intérêts économiques et géopolitiques ?

RG v7 n2, 2021

Pauline Bonnet

Pauline Bonnet est étudiante en Géopolitique et Relations Internationales à l’Université Catholique de Paris au sein du parcours Sécurité Défense. Elle se spécialise sur la place de la Chine au sein de l’ordre internationale et plus globalement sur la région asiatique.

pb.paulinebonnet@gmail.com

Résumé : Si durant la Guerre Froide la puissance d’un État se mesurait à son armement et autrement dit, à son hard power, aujourd’hui de nombreuses thématiques permettent de mesurer la puissance d’un État au sein de l’ordre international. L’environnement semble être le nouvel enjeu de puissance du 21ème siècle, où Pékin et Washington semble s’y opposer. La Chine, deuxième puissance économique mondiale, compte bien y détenir le leadership. Ainsi, la République Populaire de Chine investit massivement, sur son territoire, et, au sein des États membres des Nouvelles Routes de la soie dans les énergies renouvelables et dans les projets renommés verts et durables. Parallèlement, elle devient pro-active au sein des négociations internationales liées à la question climatique. Toutefois, la RPC est, encore en 2021, un des plus gros pollueurs mondiaux. Comment expliquer ce paradoxe environnemental de la part de Pékin ? Champion des énergies vertes ou bien leader des émissions de gaz à effet de serre mondiales ? Les thématiques de la Chine face à l’environnement et de la question climatique mondiale, seront traitées au sein de cet article.

Mots-clés : Chine, environnement, négociations climatiques internationales, Accord de Paris, Nouvelles Routes de la Soie.

Abstract : If during the Cold War States can demonstrated their power with their abilities to engage or win a war, in other words, with their hard power, nowadays lots of way exist to define what can be called a powerful state into the international order. More than weaponry, environment and climate change seems to be the new issues of the 21st century and China demonstrates the will of being the leader of them. Between its investments into renewable energy and its increasing place into the international negotiation related to climate change, Pekin tries to be the driving force of the Global climate governance. However, a real paradox appears between the speeches of Xi Jinping that promote China’s engagement in the fight against climate change and the projects of the Belt and Road Initiative. Fossil fuel’s projects are still mostly invested by the Chinese government and jeopardize internationals agreements like the Paris Agreement which tries to neutralize carbon footprint. How can we explain this “environmental paradox” where China seems to be involved?

Keywords: China, environment, climate change, Belt and Road Initiative, Paris Agreement, leadership, renewable energy

L’accélération du dérèglement climatique et les catastrophes environnementales croissantes ont alerté, dès les années 1990, la communauté internationale quant à notre responsabilité face à ces enjeux environnementaux. Ainsi, en 1992 la notion de gouvernance mondiale climatique est officiellement reconnue à travers la Convention cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques : la CCNUCC. La Chine apparaît dans ses premières négociations internationales, comme un acteur réticent, en s’y opposant même fermement. Sous couvert d’arguments économiques et de l’idée de la responsabilité historique des pays occidentaux, la Chine refusait tout accord qui serait contraignant pour sa croissance économique. Elle se positionnait aux côtés des pays en développement, justifiant de ce statut, pour ne pas se voir imposer des contraintes sur ses émissions polluantes qui viendraient freiner sa croissance économique (Romano, 2013).  Car en effet, les premiers objectifs de cette convention visent à limiter les émissions de gaz à effet de serre des États, impliquant des réformes économiques visant à limiter la consommation énergétique. Les énergies fossiles, principalement utilisées par les États, sont responsables des émissions de gaz à effet de serre et doivent être limités si nous souhaitons amoindrir les dérèglements climatiques.

Dans les années 1990, la Chine est au début de sa forte croissance économique et sa consommation énergétique est largement plus faible sur celle des pays occidentaux comme les États-Unis, l’Union Européenne ou le Japon. Néanmoins, le miracle chinois, débuté avec la politique d’ouverture prônée par Deng Xiaoping, a entraîné une croissance économique avec un taux annuel d’environ 9% par an entre 1979 et 2010 (Alexeeva, Roche, 2014). Sa consommation énergétique a été multipliée par 6 ans trente ans passant de 57 144 à 375 000 tonnes TEC[1]. Principalement, sa consommation énergétique a dépassé celle des États-Unis entre 2007 et 2008. En 2008, 7,2 gigatonnes de gaz à effet de serre étaient produites par la Chine soit 23% des émissions de GES mondiales (Alexeeva, Roche, 2014).

La croissance économique très énergivore de la République Populaire de Chine (RPC) ainsi que les différents scandales environnementaux connus sur son propre territoire (« airpocalypse » à Pékin en 2013 étouffant la capitale dans une pollution atmosphérique visible à l’œil nu, villages cancer, pollution des eaux, scandales du riz pollué, etc.) l’ont obligé à prendre en compte l’environnement dans ses politiques nationales, puis internationales. En effet, la dégradation de l’environnement remet en cause le système politique et économique prôné par le Parti Communiste Chinois (PCC), l’obligeant à prendre en compte ce nouveau défi. De la sorte, la première prise en compte de l’environnement par le gouvernement chinois s’explique, avant tout, par des problématiques internes. La montée en puissance de la Chine au sein du système international et son souhait d’être reconnue comme une véritable puissance va engendrer un activisme important de la part du PCC au sein des négociations internationales climatiques. Toutefois, cet activisme est très récent et ne peut pas être analysé sans les problématiques environnementales internes auxquelles la Chine est confrontée. L’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2013 et le lancement de son projet des Nouvelles Routes de la soie, vont renforcer l’attention que porte le régime chinois face aux critiques internationales, notamment environnementales. Soucieuse de soigner son image, l’environnement ne peut plus être un sujet éclipsé par Pékin. Dans les années 2000-2010, la RPC est pointée du doigt comme le plus grand pollueur mondial : aujourd’hui elle cherche à inverser ce positionnement et devenir le leader de cette problématique mondiale « verte ». Encourageant les accords internationaux liés à la question climatique, promouvant des projets écologiques sur son territoire ainsi qu’une « Nouvelle Routes de la soie verte », la puissance chinoise est, en 2021, également visible à travers cette question environnementale. Il semblerait possible d’affirmer que l’environnement soit devenu, au 21ème siècle, un nouvel enjeu de puissance au sein de l’ordre international.

De la sorte, en 2014 le premier ministre chinois, Li Keqiang a « déclaré la guerre à la pollution avec la même détermination que celle menée contre la pauvreté » (Didi Kirsten Tatlow, 2014). Néanmoins, de nombreux paradoxes existent entre le discours de Xi Jinping, affirmant une neutralité carbone d’ici 2060 (Lemaître, 2020) et la réalité des projets polluants réalisés par le PCC.  Les Nouvelles Routes de la soie engendrent des conséquences environnementales importantes au sein des pays membres. Parallèlement, le mix-énergétique chinois, encore très tourné vers le charbon, n’encourage pas une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Naturellement, nous pouvons nous questionner sur la controverse existante entre les discours du gouvernement chinois et les projets qu’il entreprend.

Ainsi, le but de cet article est de comprendre pourquoi l’environnement est devenu une des nouvelles priorités du régime communiste chinois. S’agit-il d’une réelle prise de conscience écologique, ou bien d’une volonté d’asseoir ses intérêts économiques et géopolitiques ? La croissance des inégalités et la dégradation de l’environnement sur son propre territoire, ont obligé le PCC à prendre en compte les défis environnementaux. Parallèlement, l’environnement est devenu, en 2021, un nouveau levier de puissance et de rivalités avec les États-Unis. Pékin cherche à détenir le leadership de cette gouvernance climatique mondiale afin de s’affirmer, dans un domaine de plus, au centre du système international. L’environnement semble devenir un nouvel atout de soft power pour l’Empire du Milieu. Les Nouvelles Routes de la soie sont, entre autres, un des outils utilisés par le PCC pour mettre en place ce soft power environnemental. Mais, paradoxalement, ce projet remet en cause les accords internationaux climatiques comme les Accords de Paris.

1. La prise en compte de l’environnement pour répondre à des problématiques internes

1.1. La dégradation de l’environnement en Chine et les problèmes sociaux grandissants

La pollution de l’air, de l’eau et des nappes phréatiques, la dégradation et l’érosion des sols ainsi que l’épuisement des ressources agricoles, naturelles et minières ont conduit le régime communiste chinois à prendre en compte l’environnement au sein de leurs politiques publiques. Les mécontentements de la population face à la dégradation de leur environnement et condition de vie ont rendu ce défi climatique un véritable enjeu de légitimité pour le PCC. La législation et le mode de fonctionnement du Parti n’encourageaient pas, avant la création du ministère de l’environnement, en 2008 seulement, la prise en compte de l’environnement (Huchet, 2016). Le ministère de l’environnement ne traduit pas nécessairement une amélioration des politiques publiques chinoises face aux enjeux écologiques, mais, il atteste la prise de conscience du PCC face ces menaces. La priorité est, et reste, centrée sur la croissance économique et notamment sur le développement des infrastructures et des industries lourdes : cela permet au gouvernement chinois de garantir un accès à l’emploi. En 1987, la Chine comptait 0,97 million de kilomètres d’autoroute contre 3,58 millions en 2007, soit une croissance de 265 % en 20 ans (Zhang et Lahr, 2014). Afin de répondre aux besoins croissants de la population chinoise, les logements, les routes, les chemins de fer et aéroports ont été une priorité de développement pour Pékin. Cependant, le secteur de la construction a un fort impact sur l’environnement en consommant une quantité importante d’énergie, et de ressources. Ainsi, depuis les années 1990, les problèmes environnementaux se sont cumulés en Chine résultant de la politique de cette « croissante à tout prix » prônée par le PCC (Huchet, 2016). Cela a accentué les inégalités sociales et territoriales : Pékin s’est ainsi vu obligé d’apporter une réponse.

La dégradation de l’air est un des points les plus visibles de cette détérioration de l’environnement. Une étude réalisée par la Banque Mondiale atteste que les habitants de Pékin n’ont respiré, entre 2008 et 2015, de l’air correspondant aux normes de l’Organisation Mondiale de la Santé que pendant 55 jours (Huchet, 2016). Vivre à Pékin reviendrait à fumer 23 cigarettes par jour ou vivre dans l’espace fumeur d’un aéroport américain. En 2001, une autre étude réalisée par la Banque Mondiale affirmait que, parmi les 20 villes les plus polluées au monde, 16 sont des villes chinoises. Dès le début des années 2000, Pékin atteignait des niveaux de pollution 5 fois supérieurs à ceux de Tokyo en 1960, pendant son ère industrielle. L’épisode de qualité catastrophique de l’air de 2013, nommé airpocalypse (Huchet, 2016), provoqué notamment par la désertification dans le nord du territoire, a plongé Pékin dans une fumée jaune qui a conduit à une réelle prise de conscience de la population chinoise quant aux dangers climatiques (Huchet, 2016).

L’eau des fleuves et des nappes phréatiques a également été fortement dégradées par la croissance à « tout prix » orchestrée par le PCC pour sortir son pays de la pauvreté. Si cela a en effet permis à des millions de chinois de vaincre la pauvreté, l’urbanisation et la démographie rapide du pays ont conduit à la pollution et la surexploitation des eaux présentes sur le territoire. La Chine possède environ 20% de la population mondiale mais détient seulement 5 à 6% d’eau douce sur son territoire ce qui fait de l’eau un réel enjeu et défi. Deux tiers des villes chinoises n’ont pas un accès courant à l’eau potable (Au long, Liu, 2010). Le sud de la Chine est constamment sujet à des inondations pendant que le nord, lui, souffre de désertification et de sécheresse (Maréchal, 2017).

Selon les Nations-Unies, la Chine fait partie des treize pays qui vont devoir faire face à des conditions extrêmes de raréfaction de l’eau et d’inégalités sociales liées à ce phénomène. En plus d’être vitale, la question de l’eau est essentielle en Chine afin d’assurer la sécurité alimentaire du pays : elle est nécessaire au développement de l’agriculture. Cependant, le secteur est responsable d’un gaspillage et d’une consommation importante. Pékin a dû mettre en place des travaux de transferts des eaux afin d’essayer de réduire ses inégalités d’accès, notamment dans le nord du pays (Lasserre, 2005). En outre, la raréfaction de cette ressource entraine une véritable guerre de l’eau entre les provinces chinoises, principalement celles traversées par les lacs et les fleuves : aucune ne respecte les quotas nationaux d’utilisation. Les régions du grand nord et du nord-est de la Chine utilisent l’eau présente dans les nappes phréatiques de manière insoutenable (Huchet, 2016). Dans la province de Shanxi, le niveau des nappes phréatiques baisserait de 3 mètres par an mais se régénérait de seulement 3 millimètres. Selon cette étude, il est estimé que le bassin du Yucheng disparaitrait totalement d’ici trente ans si l’exploitation est maintenue comme telle. Le bassin permet, aujourd’hui, de soutenir 60% de la production agricole de la région. Sa disparition entrainerait de lourdes conséquences sur la sécurité sociale, économique et alimentaire de la province (Huchet, 2016).  D’une manière générale, il est évalué que 13% des lacs ont disparus en Chine.  En outre, cela la rend de plus en plus vulnérable : une étude de la Banque Mondiale, réalisée en 2007, témoigne que la dégradation de l’environnement avait engendré, sur l’année 2003, une perte dans les récoltes agricoles estimées à 30 milliards de yuan (The World Bank, 2007).

Parallèlement, les dégradations successives de l’air et de l’eau engendrent des problèmes sociaux et économiques. En effet, l’érosion et la dégradation des sols (à cause de la pollution) conduisent à une diminution des ressources agricoles mettant à mal la croissance économique chinoise mais surtout la stabilité sociale du pays en ne pouvant garantir un accès à tous aux ressources nourricières. Sur les 660 grandes villes que comptent la Chine, 440 souffrent de pénurie d’eau, soit 353 millions de personnes (Ministère des Ressources Naturelles de la République Populaire de Chine, nd). Les inégalités entre provinces sont également source de tension : le nord du pays qui possède 42,41% de la population chinoise ne dispose que de 19,84% des ressources en eau. En revanche, le sud possède 80,16% des ressources en eau et héberge 57,59% de la population (Cai, 2005).

Les problèmes sanitaires sont, eux aussi, croissants : 1,6 millions de personnes seraient mortes à cause de la pollution de l’air en Chine soit 4400 par jour (A Muller, 2015). De plus, 70 à 80% des cancers diagnostiqués à Pékin sont dû à la pollution de l’air et de l’eau de la capitale. Une étude réalisée par Earth Policy Institute[2] atteste que la province du Shanxi enregistre le taux de malformations à la naissance le plus élevé au monde, soit 8,4%, en raison de l’air respirée par la population. Un niveau très élevé de SO (dioxyde de souffre) et d’hydrocarbures aromatiques polycycliques, dégagés par la combustion du charbon, en est la cause[3].

Les contestations de la population grandissantes obligent Pékin, qui cherche à protéger la légitimité du PCC, à y répondre. Car, comme l’indique la sinologue Alice Ekman « seul le Parti compte » (Ekman, 2020). En 2005, 50 000 « agitations populaires » ont été comptabilisées pour motif environnemental (Czaszewicz, 2021). Ainsi, Pékin s’est vu contraint, dès 2011, de devoir fermer des usines responsables d’une importante pollution comme le complexe pétrochimique de Dalian dans le nord-ouest du pays. De nombreux projets industriels ont également dû être stoppés face aux contestations sociales. En mai 2014, dans la province du Zhejiang, à Hangzhou, la population s’est fortement opposée à la construction d’un incinérateur de déchets.  En 2012, les complexes pétrochimiques dans le port de Ningbo, les usines chimiques à Xiamen en 2007 ou encore l’usine de cuivre à Chengdu en 2012, n’ont pu être réalisées (Huchet, 2016). Toutefois, si ces contestations sociales peuvent traduire d’une prise de conscience de l’opinion publique, elles sont minoritaires. Malgré les victoires liées à l’arrêt ou le report des projets nuisibles à l’environnement, cela reste minime comparé aux projets entrepris chaque jour par le PCC aussi bien en Chine que dans les pays membre de la BRI.  Il maintient le contrôle de ces contestations afin d’éviter toute création d’une véritable société civile verte, à l’image de la réalité dépeinte dans le documentaire Under The Dome[4], analysant l’ampleur de la pollution atmosphérique en Chine, le long métrage vu par des millions de Chinois mais censuré depuis par les autorités publiques.

Également, la question écologique devient un véritable défi pour le Parti : 10% de son PIB y a été consacré entre 2003 et 2013 pour participer aux traitements des eaux polluées selon la BCE (Czaszewicz, 2021). Subséquemment, la politique environnementale vise principalement mise à apaiser l’opinion publique et à répondre aux différentes problématiques internes. Aussi, l’environnement et la question écologique deviennent un nouveau moyen de contrôle. L’environnement a été ajouté comme critère de réussite et d’efficacité auprès des gouverneurs régionaux qui étaient, jusqu’ici, seulement notés sur leur performance économique (Alexeeva, Roche, 2014). De plus, si les territoires les plus pollués sont situés à l’est, c’est à l’ouest, dans les régions autonomes du Xinjiang et du Tibet, que se situent les potentielles capacités de développement des énergies renouvelables (ENR). Riche en ressources naturelles, le grand ouest chinois, possède un fort potentiel aux yeux de Pékin. Le développement de l’énergie solaire se fait, également, grâce aux régions du Xinjiang, du Tibet et de la Mongolie Intérieure en possédant des plaines désertiques favorables à la pose de panneaux photovoltaïques.  (Wang et Ren, 2010).  De ce fait, le développement des infrastructures nécessaires à la production d’énergies non fossiles permet au PCC de développer les régions les plus éloignées de sa capitale et de conserver une mainmise sur ces dernières.

In fine, la question centrale de cette prise en compte environnementale par Pékin réside dans son mix-énergétique. Car, si des mesures ont été prises pour tenter de répondre aux pics de pollution de l’air, à la dégradation des sols et des eaux, la croissance économique nécessite une consommation, (trop), importante d’énergie. Aujourd’hui, le véritable enjeu se situe au cœur de cette question énergétique. Le mix-énergétique chinois est toujours très orienté vers le charbon malgré le souhait de diversifier ses sources d’approvisionnement. Pékin n’entend pas remettre en question sa croissance économique, ni même la consommation des ménages chinois, afin de diminuer ses émissions de gaz à effet de serre, mais plutôt, à tendre vers un mix-énergétique plus vert et durable. Cela lui permet, à priori, de conserver sa croissance économique. De la sorte, les énergies vertes représentent un enjeu crucial pour le régime chinois qui cherche coute que coute à les développer sur son territoire. Si les motivations peuvent être environnementales et sociales, elles sont, avant tout, économiques : le marché écologique devient un véritable marché financier pour Pékin.

1.2.  Le mix-énergétique chinois : entre opportunités vertes et dépendance au charbon

Le paradoxe de la question écologique chinoise est bien ici : leader sur le marché des énergies renouvelables ou plus important pollueur mondial ? Quel terme peut aujourd’hui être utilisé pour décrire la RPC ? Premier importateur et consommateur d’énergies au monde, la Chine demeure très dépendante de ses importations de pétrole et de gaz afin de satisfaire sa consommation énergétique. Aujourd’hui, les principales sources de pollution, des émissions de GES, proviennent du charbon, du gaz et du pétrole, soit les trois ressources les plus utilisées dans le mix-énergétique chinois. Pékin cherche ainsi, d’une part à réduire sa dépendance face aux pays exportateurs de matières premières et d’autre part à devenir autonome en énergie à travers, notamment, les énergies renouvelables.

En 2019, la RPC est responsable de 30% des émissions de GES mondiales (Monjon et Poncet, 2018). Entre 2000 et 2006, ses émissions de CO2 ont augmenté de 53% passant de 19 millions de tonnes à 27 millions de tonnes : les centrales thermiques à charbon sont la principale cause de cette pollution. Elles ont émis sur cette même période un supplément de 7 millions de tonnes.  Les centrales thermiques à charbon, issues de l’ère maoïste, sont très polluantes : 1400 sont aujourd’hui comptabilisées sur le territoire contre 647 aux États-Unis (Huchet, 2016). Elles sont responsables du rejet de 375 millions de tonnes de cendres de charbon qui participent activement à la pollution atmosphérique. L’extraction du charbon dans les mines est également responsable de la pollution des nappes phréatiques et des problèmes d’érosion des sols. Si l’extraction du charbon pose, déjà un problème environnemental, sa combustion est pire. La combustion de charbon serait responsable de près de la moitié des émissions polluantes de l’air (notamment des particules polluantes PM2,5[5]) ainsi que des émissions radioactives sur le territoire chinois. Au niveau mondial, le charbon est à l’origine de près de 42% des émissions de CO2 : la RPC en est responsable à hauteur de 20%.  Ainsi, les centrales thermiques à charbon sont devenues la cible des politiques publiques afin de limiter la pollution : les plus petites, soient les plus polluantes, ont été, pour certaines, contraintes de fermer. Une légère baisse des émissions de GES avait pu être visible. Toutefois, si cette diminution souhaite être maintenue dans le temps, cela implique de fermer toutes les petites centrales thermiques à charbon du pays : elles représentent 50% de celles présentes (Huchet, 2016).

Il y a bien évidemment une très forte corrélation positive entre croissance économique et émissions de GES : tant que la croissance chinoise se maintiendra, nous pouvons difficilement imaginer une baisse importante de ces émissions, sans une réforme radicale du mode de production énergétique.  Le charbon représente environ 60% de son mix-énergétique. Si ce dernier baissait depuis 2012, nous pouvons observer, depuis 2014, une légère reprise (Testard, 2020).

Plusieurs raisons expliquent cette dépendance énergétique au charbon. Tout d’abord, la Chine en possède en quantité importante sur son propre territoire lui permettant ainsi d’être maîtresse de sa propre extraction d’énergie. La RPC est la première productrice mondiale de charbon avec 46,9 % de la production mondiale et 13% des réserves mondiales, derrière les États-Unis et la Russie. En plus, le coût de cette extraction est peu élevé et ne demande pas nécessairement le développement de technologie sophistiquée.  En outre, le charbon était, sous Mao, un moyen d’assurer le développement de l’économie chinoise à travers la production industrielle et la construction : 45% de la consommation de charbon y était consacrée. (Huchet, 2016). La croissance chinoise a principalement reposé sur cette ressource, particulièrement depuis les années 1990, lorsque l’industrie lourde était au cœur du développement économique planifié. La construction et l’industrie lourde ont permis le décollage économique du pays, de même que l’augmentation du niveau de vie des citoyens chinois. L’économie planifiée a permis, à la RPC, d’atteindre un niveau de vie qui « rattrapait » celui des pays occidentaux. Dans les années 1990, le secteur de la construction atteignait les 230 millions de mètres carrés de construction : il a atteint un pic en 2012 avec 1,8 milliards de mètres carrés (Huchet, 2016). Cette stratégie de développement économique, si elle a fortement aidé Pékin à se hisser à la deuxième place de l’économie mondiale, celui lui a couté une lourde dépendance au charbon et les conséquences environnementales qu’elle implique (Monjon et Poncet, 2018). De plus, la conséquente croissance démographique amplifie la demande d’électricité au charbon. En Chine, en 2010, les centrales thermiques à charbon représentent environ 80% de la production d’électricité. Cette consommation a été multiplié par 13,5 depuis 1980 (Alexeeva et Roche 2014). La place du charbon, au centre des problèmes environnementaux, incite le régime à revoir à la baisse cette consommation.

En outre, la situation très critique accroit cette préoccupation car 15% de l’eau douce est actuellement utilisée pour produire le charbon. Nous pouvons ainsi espérer, que la raréfaction de cette ressource vitale, motive le PCC à se tourner vers d’autres sources d’énergies moins polluantes. Le nucléaire connaît à ce titre un développement qui peut être encourageant. Bien qu’il ne représente que 4% de son mix-énergétique, cela reste plus élevé que les autres pays en développement, si nous considérons toujours le statut de la Chine sous ce prisme. Concernant les énergies renouvelables, 13% sont actuellement produites et consommées en Chine : cela laisse encore une marge d’investissement importante. Ainsi, Pékin s’est engagé à atteindre, d’ici 2030, les 25% d’énergies renouvelables dans la composition de son mix-énergétique (Lemaître, 2020).

Le 12ème plan quinquennal, publié par la nouvelle équipe dirigeante en 2013, atteste la volonté du PCC de diversifier ses sources d’énergies afin de se tourner vers les ENR. Si ce 12ème plan quinquennal peut régulièrement être présenté comme le premier plan prenant en compte l’environnement, cela reste à nuancer. En effet, les objectifs énergétiques du 11ème plan quinquennal (2005-2010), visaient également à réduire la consommation d’énergie de 20% et d’augmenter de 15% la production d’ENR avant 2020 (Alexeeva et Roche, 2014).  Aussi, c’est lors du 10ème plan quinquennal (2000-2005) que des objectifs environnementaux apparaissent clairement et pour la première fois. Pékin y prévoyait d’augmenter la part des surfaces boisées de 18,2%, de réduire la décharge des polluants urbains de 10% et d’intensifier la création d’espaces verts en ville.  Si les objectifs relatifs à la baisse du charbon n’ont pas été atteints lors de ce plan, la priorité était toujours restée sur la croissance économique, ces politiques reflètent bien les inquiétudes, dès 2000, du gouvernement chinois quant à la nécessité de diversifier les sources de son mix-énergétique (Romano, 2013).

La dépendance au charbon a longtemps valu à la RPC l’appellation de plus gros pollueur mondial. Cependant, il n’en n’est pas moins que le pays est aujourd’hui le premier producteur d’énergies renouvelables au monde. En plus d’une prise de conscience environnementale, malheureusement, grâce aux nombreuses crises connues sur son territoire, Pékin a compris que sa croissance économique allait s’essouffler s’il ne changeait pas son mode de production. Ainsi, observant la prise de conscience mondiale quant à l’impact négatif de l’Homme sur l’environnement, Pékin y a vu une aubaine économique. En effet, si les ENR ont été développées avec l’objectif d’atteindre une plus grande autonomie énergétique, elles sont également une importante source de croissance économique. Pékin est aujourd’hui le leader des batteries en lithium, utilisées pour les voitures électriques, des panneaux solaires et éoliennes, exportés dans le monde entier (Czaszewicz, 2021). Lors du 12ème plan quinquennal, le régime a annoncé son souhait de bâtir une société durable et respectueuse de l’environnement en y consacrant 1,4% de son PIB et en essayant de réduire sa consommation d’énergies. De la sorte, la Chine s’est engagée à réduire de 16% son intensité énergétique et de 17% par unité de PIB par rapport à 2010, ses émissions de dioxyde de carbone (Alexeeva et Roche, 2014). Afin d’atteindre ses objectifs, le gouvernement chinois prévoit d’augmenter de 11,4% la part des ENR dans son énergie primaire et de 30% dans sa production d’électricité. L’hydroélectricité occupe une place privilégiée car c’est grâce à elle que le gouvernement prévoit d’atteindre ses objectifs « verts » de son 12ème plan (Alexeeva et Roche, 2014). Subséquemment, les investissements dans les énergies vertes ont été multipliés par 15 en plus de 10 ans : ils sont passés de 8,8 milliards de dollars, en 2005, à 132 en 2017.

Aujourd’hui, la Chine cherche à s’imposer comme le leader des énergies vertes en développant des programmes d’investissements et d’innovation. Car si aujourd’hui les brevets scientifiques, liés à ces sources d’énergies, sont majoritairement détenus par les États-Unis, le Japon et les pays européens, la RPC cherche à devenir un acteur incontournable. Pour ce fait, elle investit massivement dans le secteur éolien au point d’en devenir le numéro un mondial. (Alexeeva et Roche, 2014). En 2018, la Chine représentait 30% de l’énergie mondiale solaire et détenait 29% des capacités éoliens sur son propre territoire. Afin de posséder la connaissance et les brevets suffisants pour développer cette industrie, le gouvernement chinois a imposé, en 2004, une loi indiquant qu’au moins 50% des éléments composant les turbines éoliennes devaient provenir d’entreprises chinoises. Dès 2005, le pourcentage a été revu à la hausse fixant le seuil à 70% d’éléments produits en Chine (Frauke et al, 2012). Les entreprises étrangères présentes sur le territoire chinois étaient dans l’obligation de transmettre une partie des connaissances technologiques aux entreprises chinoises ou bien de s’associer à des entreprises locales. Ainsi, la part des turbines produites en Chine a fortement augmenté : en 5 ans, la production est passé de 25 à 60% de la production mondiale et quatre entreprises chinoises, Sinovel, Goldwind, Dongfang Electric et Guodian United Power, sont devenues les premiers producteurs mondiaux de turbines éoliennes (Alexeeva et Roche, 2014). L’énergie solaire connaît, au même titre que l’éolien, un développement rapide : la Chine est aujourd’hui le premier producteur mondial de photovoltaïque et représentait, en 2018, 30% de l’énergie solaire mondiale (Czaszewicz, 2021). L’industrie solaire chinoise ne représentait que 1% du marché mondial en 2003 : en 2008, le pays devient le plus grand producteur mondial. Le partenariat entre l’entreprise américaine First Solar Inc et le gouvernement chinois est à l’image de cette politique. Celui-ci lui a permis d’accéder aux technologies américaines afin de construire une centrale électrique solaire en Mongolie Intérieure (Alexeeva et Roche 2014).

En 2017, la Chine devance largement l’Europe et les États-Unis en termes d’investissements dans les ENR : 132,6 milliards de dollars y ont été investis contre 57,4 pour le premier et 56,9 milliards de dollars pour les Etats-Unis (Voïta, 2018). Ce développement permet à Pékin de se positionner comme leader des énergies renouvelables et d’imposer son leadership « vert » à l’international. Cette trajectoire environnementale, dites durable, menée par le PCC lui offre la possibilité d’accroître sa renommée et sa puissance au sein du système international. Car si la RPC était, au début des années 1990, un acteur peu engagé au sein des traités internationaux liés à la question climatique, elle est en aujourd’hui un des moteurs. Les projets dit respectueux de l’environnement, qu’elle entreprend sur son territoire, lui permettent de promouvoir une véritable vitrine verte à l’étranger. Celui lui assure, une partie, de sa crédibilité dans les organisations internationales liées à la question environnementale. Parallèlement, l’environnement est devenu un réel sujet de dualité avec les États-Unis et la Chine compte bien se positionner comme la puissance numéro une sur le sujet. Pékin n’entend pas laisser les Washington le devancer sur une thématique devenue aussi centrale au sein du système international. L’écologie et l’environnement sont devenus, au 21ème siècle, un nouveau levier de puissance.

2.  L’environnement : un nouveau levier de puissance au sein de l’ordre international

2.1. La montée en puissance de la Chine dans les organisations internationales liées à la question climatique et environnementale

Au même titre que les autres puissances étatiques, la Chine développe une stratégie environnementale qui lui permet d’accéder au statut de puissance politico-économique au sein du système international (Czaszewicz, 2021).  Aussi, le sommet organisé, en avril 2021, à l’initiative du nouveau président des États-Unis, Joe Biden, avec pour objectif de préparer les prochains accords climatiques internationaux, témoigne de l’importance que prend l’environnement au sein des relations internationales. De ce fait, depuis les années 2000, Pékin met en place de nombreux instruments consentants à asseoir sa position au sein de la gouvernance mondiale climatique. La Chine veut désormais apparaître comme championne des énergies vertes et comme acteur responsable luttant contre le dérèglement climatique. Néanmoins, ce positionnement peut être analysé comme relativement récent. Au début des négociations internationales liées à la question environnementale, la Chine n’avait aucune volonté d’en faire partie.

Paul G. Harris et Yu Hongyuan s’accordent à définir 4 phases de la participation chinoise au sein de la gouvernance climatique et environnementale mondiale. La première a débuté en 1992 quand il s’agissait de réunir les pays en voie de développement au sein d’une même instance internationale pour évoquer les questions climatiques et écologiques : la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) (Romano, 2013). La Chine s’est systématiquement opposée aux quotas et propositions annoncées par les pays occidentaux au sein de cette convention. La deuxième phase, comme définie par les chercheurs, s’apparente à cette constante opposition entre la Chine et les pays développés. Le gouvernement chinois prônait une « responsabilité commune mais différenciée » afin de ne pas limiter la croissance économique des pays en développement (Romano, 2013).  En effet, jouant de ce statut, la RPC ne voulait absolument pas se voir imposer des restrictions environnementales pouvant contraindre son développement économique face à une responsabilité environnementale qu’elle jugeait comme appartenant aux pays occidentaux (Romano, 2013). Les mesures prises au sein des instances internationales visent à limiter les émissions de GES et impliquent, subséquemment, des réformes économiques afin de prendre en compte les enjeux environnementaux ce que la Chine n’entend pas réaliser. La troisième phase débuterait en 1997 lorsque la RPC commence à participer aux négociations internationales. En 1997, elle va signer l’accord de Kyoto puis le ratifier en 2002 : cela marquera son entrée dans la gouvernance climatique mondiale (Czaszewicz, 2021).   Lorsqu’elle ratifie, en 2002, les accords de Kyoto, c’est sous le statut des « pays non annexe 1 ». Le statut ne contraint pas les émissions de GES des pays et n’oblige pas la vérification des GES émis par un organisme indépendant (Gaulard, 2017). Aussi, le gouvernement chinois n’a cessé de prôner une prise en compte des émissions de CO2 « par tête » afin de mettre en avant la responsabilité des pays occidentaux. Les émissions par tête en Chine sont relativement faibles en raison de sa démographie importante : elles atteignaient 6,8 tonnes en 2010 contre 16,9 pour les États-Unis (Gaulard, 2017).  De plus, encore aujourd’hui, elle n’hésite pas à souligner l’impact environnemental des entreprises étrangères sur son territoire et des biens de consommation produits à destination de l’Occident : entre un quart et un tiers de ses émissions de GES provenaient des entreprises étrangères (Hache, 2019).  C’est sous couvert de ces arguments que la Chine refusait de signer les quotas d’émissions de CO2 dans le cadre des accords de Kyoto I et II.

La dernière phase commencerait en 2007, quand le gouvernement chinois met en place une réelle stratégie « verte » et s’engage auprès de la communauté internationale. La Conférence des Parties, la 13ème CNUUCC, soit la COP13 (Conférence des Parties), représente le véritable point de départ de cet engagement au sein des traités internationaux liés à l’environnement. La Chine s’y est présentée comme un véritable moteur cherchant, cette fois-ci, à faire en sorte que les pays en développement soient intégrés, sensibilisés, et responsabilisés au sein de ces accords internationaux. Définitivement, c’est lors du sommet de Bali (2007), que sa montée en puissance au sein des négociations internationales liées aux thématiques environnementales débute (Romano, 2013). Néanmoins, cet activisme reste à nuancer, puisque, deux ans plus tard, en 2009, lors de la conférence de Copenhague sur le climat, la Chine s’est opposée à la mise en place de mesures vérifiant le respect de l’accord, pourtant non contraignant. Pékin et Washington, les deux plus gros pollueurs mondiaux, responsables de 42% des émissions de GES, se sont arrangés tout le long de cette conférence pour conserver leur souveraineté sur les questions climatiques et économiques qui en découlent (Gaulard, 2017).  Il est donc important de préciser que malgré une responsabilité de plus en plus assumée et une volonté d’agir en faveur des enjeux environnementaux, les intérêts économiques restent primordiaux pour Pékin.  En outre, les premiers arguments des années 1990, concernant ses émissions de GES n’étaient plus d’actualité : en 2005 la Chine devance les États-Unis et est responsable, en 2014, de 27% des émissions carbonées mondiales (Hache, 2019).

La volonté de devenir une « puissance verte » a été réaffirmée par le gouvernement chinois en 2015, lors de la COP 21, à Paris, ratifiée en 2019. La COP21 marque ainsi un autre véritable tournant en affichant la volonté de leadership de la Chine au sein de cette gouvernance climatique. Dès lors, certains sinologues s’accordent à définir une cinquième phase: l’émergence d’une société civile chinoise « écologique » et désireuse de prendre en compte les enjeux environnementaux dans sa vie quotidienne (Hache, 2019). Sous le prisme international, le cinquième temps de cette gouvernance mondiale climatique, peut être identifié comme la mise en place d’une réelle stratégie diplomatique verte afin d’accroître sa puissance et son leadership. Les Nouvelles Routes de la soie traduisent le désir de l’Empire du Milieu d’élargir sa puissance au sein du système international. Afin de lier son projet à la problématique environnementale, le gouvernement chinois a créé en 2017, la « Green Belt and Road » : la Nouvelle Route de la soie verte (Gavekal, 2021). Cette dernière vante l’engagement chinois au sein de la mouvance environnementale mondiale, ainsi que son ambition d’aider les pays membres de l’initiative à tendre vers une croissante durable et respectueuse des enjeux environnementaux. Pour ce faire, la Chine multiplie les investissements dans les ENR au sein de ces pays : 1,4 milliard de dollars y sont promis par le gouvernement pour investir en Afrique (Gavekal, 2021).  En outre, 8 ans après les accords de Copenhague, présentés comme un véritable échec par les médias occidentaux, c’est grâce à la Chine et au président français Emmanuel Macron, que les accords de la COP21 sont appelés à être respectés par les États les ayant ratifiés (Gemenne, 2019).   Les capacités de négociations chinoises et son influence au sein du système international ont d’ailleurs permis l’adoption du texte final de la COP21 sur les Accords de Paris, bloqués par le Nicaragua (Gemenne, 2019).

En 2021, la Chine accueillera la COP15 sur la Convention sur la diversité biologique, visant à promouvoir le respect de la biodiversité et des biens communs mondiaux. Si la RPC affirme que l’accueil de ce Sommet atteste la reconnaissance de la communauté internationale face à son engagement pour sauvegarder la biodiversité, cela met surtout en valeur l’activisme de Pékin quant à la gouvernance environnementale mondiale et son désir de leadership.

In fine, la RPC a compris l’enjeu de ce nouveau levier de puissance : l’environnement et cette diplomatie verte vont lui permettre de se présenter comme un acteur responsable au sein du système international et de détenir, dans un domaine de plus, une position de leader (Voïta, 2018). Grâce à la promotion de ses villes vertes, comme la ville de Shenyang, et de ses investissements dans les ENR dans le cadre des Nouvelles Routes de la soie, la crédibilité chinoise est renforcée auprès de la communauté internationale (Romano, 2013).

En outre, si l’environnement est un nouvel outil de soft power et moyen d’affirmer sa puissance, il représente également un nouveau point de rivalité avec les États-Unis. Le retrait américain des Accords de Paris décidé par l’ex-président des États-Unis, Donald Trump, a renforcé la position chinoise au sein de la gouvernance mondiale climatique, encouragent Xi Jinping à redoubler d’efforts pour isoler, encore plus, Washington.

2.2. L’environnement : un nouveau point de rivalité avec les États-Unis ?

Si les États-Unis sont régulièrement présentés comme opposés à RPC, les deux pays se sont accordés durant les années 2000 pour ne pas se voir imposer un accord climatique contraignant leur croissance économique (Alex et Tasse, 2020). En effet, les États-Unis sont loin d’être le moteur de cette mouvance environnementale mondiale. Première puissance économique mondiale et deuxième plus gros pollueur, les similitudes avec la Chine sont nombreuses : leurs priorités sont également orientées vers leur croissance économique et leur souhait de maintenir leur position hégémonique au sein de l’ordre international.  Ainsi, en 2007, lors du sommet de Bali, c’est avec réticence que les États-Unis ont accepté de renouveler les accords de Kyoto, qui arrivaient à échéance en 2012, afin de se fixer de nouveaux objectifs environnementaux. Si l’élection de Barack Obama en 2008 a relancé les espoirs de voir les États-Unis s’engager pour le climat, la conférence de Copenhague a démontré le contraire. Car si la RPC est régulièrement pointée du doigt comme étant le responsable de l’échec de cet accord par les médias occidentaux, il ne faut pas oublier que les États-Unis se sont aussi opposés à la signature d’un texte qui leur serait contraignant. L’accord de Bali est régulièrement présenté comme un accord négocié seulement entre les deux plus grosses puissances polluantes de la planète (Chine et États-Unis). Toutefois, ce texte résulte, avant tout, d’un compromis entre les pays en développement, permettant aux États-Unis de s’éclipser en toute discrétion de leur responsabilité environnementale (Gemenne, 2019). En 2014, Barack Obama a de nouveau tenté d’engager son pays au sein de la coopération internationale sur le climat :  cela ressemblait avant tout à un green-washing diplomatique. Car, c’est tout naturellement qu’il va se tourner vers sa principale rivale : la Chine. Les deux puissances vont alors s’entendre sur un accord bilatéral avec comme objectif un engagement mutuel pour réduire leurs émissions de GES de 26 à 28% d’ici 2025 (Hache, 2019). N’ayant aucune valeur juridique cet arrangement semble en effet davantage s’inscrire dans une véritable stratégie de diplomatie verte pour le climat dans le but d’assurer leur crédibilité sur la scène internationale lors des négociations interétatiques. Néanmoins, cet accord conserve une symbolique forte : cela appuie de nouveau la volonté du gouvernement chinois de devenir un acteur majeur de la problématique environnementale, et ce, un an avant le début des négociations du Sommet de Paris.  De plus, c’est la première fois que le pays s’engage sur une réelle date (2030) pour réduire ses émissions de GES. En outre, la RPC assume la croissance exorbitante de ses émissions et la limite de sa croissance économique au vu des enjeux environnementaux, si rien n’est modifié. Le discours de Barak Obama, devant le congrès en février 2009, souligne l’importance de l’enjeu climatique dans cette guerre de puissance : « Nous savons que le pays qui parviendra à exploiter la puissance de l’énergie propre et renouvelable conduira le 21ème siècle. Et, pour le moment, c’est la Chine qui a lancé le plus grand effort de l’histoire afin de rendre son économie efficiente sur le plan énergétique. […] Je n’accepte pas un futur où les emplois et les industries de demain prendront racine hors de nos frontières. […] Il est temps pour l’Amérique de reprendre son leadership. » Son appuie l’enjeu stratégique de l’environnement au sein des relations internationales et la place que prenait, dès 2009, la Chine sur la thématique (Maréchal, 2012).

Cependant, en novembre 2016, date d’élection de Donald Trump, la problématique internationale climatique va prendre, une toute autre couleur, et va tendre vers une montée en puissance, presque sans adversaire, de la Chine au sein de la gouvernance mondiale climatique. Quatre jours après la ratification des Accords de Paris (4 novembre 2016), les États-Unis élisent Donald Trump, Président climato-sceptique convaincu. Très rapidement, il va les dénoncer et nier toute responsabilité humaine, et notamment étasunienne, sur les dérèglements climatiques. En juin 2017, il s’en retire officiellement par le biais d’un décret présidentiel. Même si le mouvement citoyen « We are still in » a permis d’atténuer le retrait de la plus grande puissance mondiale dans un accord qui était très largement médiatisé, cela n’a pas atténué la place centrale qu’a prise Pékin. Au contraire, le vide laissé par Donald Trump a permis à Xi Jinping de se présenter comme le véritable leader des enjeux environnementaux et in fine d’asseoir l’idée d’un pays responsable face aux défis mondiaux du 21ème siècle. C’est d’ailleurs la même année que le gouvernement chinois va lancer la route de la soie verte, venant, définitivement, le placer comme leader de cette question écologique. L’environnement est, au 21ème, un véritable enjeu de puissance s’inscrivant dans une réelle stratégie de soft power.

Dans un contexte de compétition stratégique, principalement commerciale, la question climatique est venue cristalliser les désaccords entre les deux puissances au détriment des États-Unis. Pékin y a vu le moment idéal pour isoler encore plus Washington sur la scène internationale, déjà largement en retrait du fait du protectionnisme prôné par Donald Trump. Pendant que l’administration Trump se contentait de rappeler la guerre qu’il allait mener contre le gouvernement de Xi Jinping, Pékin en profitait, lui, pour « jouer la carte du multilatéralisme » comme l’explique le chercheur François Gemmenne. Xi Jinping a « déploré » et « regretté » le départ des États-Unis de l’Accord de Paris. Parallèlement, il a informé lors de la 75ème Assemblé des Nations Unies en septembre 2020, qu’il s’engageait à atteindre la neutralité carbone d’ici 2060 (Garic et Lemaître, 2020).  L’opposition de ces deux discours a permis, à Pékin, aussi paradoxal que cela puisse paraître au vu des nombreux désastres écologiques dans laquelle la Chine est impliquée, de se positionner comme l’acteur central de cette lutte climatique. Son rôle de leader au sein du système international s’est largement vu appuyé par le retrait américain et par les discours propagandistes de Xi Jinping promettant un engagement total de son pays. L’ambassade de la RPC en France indiquait dans un communiqué publié sur son site internet « Le retrait d’une certaine grande puissance de traités et d’organisations internationaux ne sauront pas changer la volonté commune de la communauté internationale, ni inverser la tendance historique de la coopération internationale »[6]. Cette déclaration accentue la rivalité entre les deux puissances et le désir de leadership de la RPC sur la gouvernance environnementale mondiale.

L’élection de Joe Biden en 2020 semble traduire le retour des États-Unis dans les Accords de Paris et dans les négociations internationales liées aux enjeux environnementaux. Néanmoins, la Chine parait prouver de jour en jour sa crédibilité sur le sujet ce qui n’est pas encore le cas des États-Unis.  Cette affirmation reste bien évidemment à nuancer au vu des paradoxes existants sur cette problématique écologique chinoise. Le sommet organisé virtuellement, en avril 2021, par Joe Biden et réunissant plus de 40 chefs d’État, assoie la volonté des États-Unis de redevenir un acteur clé de la problématique verte (Garic, 2021). La partie est cependant loin d’être gagnée pour le nouveau président des États-Unis face à la détermination de Xi Jinping de conserver ce rôle de leader vert (Donnet, 2021).  Les deux pays ont conservé, en 2021, leur classement de plus gros pollueur mondial et l’ampleur des dérèglements et catastrophes environnementales semblent nécessité une action rapide et coordonnée des deux puissances. Si sous Donald Trump le climat représentait un véritable point de tension, cela peut devenir un point de coopération entre les deux rivaux. Inversement, le risque de voir cette dualité renforcée est grande : l’environnement peut devenir un point de coopération comme un nouveau point de tension de leurs relations. John Kerry, envoyé spécial américain pour le climat, a rappelé lors d’une déclaration télévisée, en avril 2021, que la coopération sino-américaine en matière de climat était « absolument critique » et que malgré les désaccords entre les deux pays « le climat doit être séparé de tout ceci ». Ainsi, John Kerry et Xie Zhenhua ont affirmé le 16 avril 2021, à Shanghai, leur volonté de travailler ensemble sur les objectifs et enjeux climatiques (Le Monde, 2021).  Si ces discours peuvent laisser une lueur d’espoir, la réalité semble se montrer plus sombre. La Chine continue de développer son projet des Nouvelles Routes de la soie, projet ayant de multiples conséquences environnementales, et de passer des accords commerciaux avec de nombreux pays ne diminuant pas, de ce fait, les émissions de GES liées à sa croissance économique, toujours positive en 2021.

3. Une nouvelle route de la soie verte et durable ?

Si la Chine semble apparaître comme le leader de ces enjeux environnementaux mondiaux et se promouvoir comme une puissance responsable prenant en compte le climat et l’environnement cela reste à nuancer. S’il semble tout de même possible d’affirmer qu’une réelle prise de conscience a eu lieu de la part du gouvernement chinois, notamment en raison des nombreuses crises internes, de la croissance des inégalités sur son territoire et de la limite de sa croissance économique à long terme, au niveau international cela reste à relativiser. Car si Pékin a démontré son activisme au sein des organisations internationales liées aux questions environnementales, son projet des Nouvelles Routes de la soie se présente comme un réel paradoxe voire une opposition totale à son discours vert.  Bien qu’en 2017, lors du forum de la BRI, Xi Jinping ait insisté sur la prise en compte de l’environnement et que les lignes directives des Nouvelles Routes de la soie verte aient été publiées en mai 2017 (Treyer et Rankovic, 2019), les secteurs investis par l’initiative chinoise restent, pour reprendre l’expression de Benoît Vermander, plus bruns que verts. Dès 2007, le sinologue se questionnait sur l’avenir d’une « Chine brune ou d’une Chine verte », le projet lancé par Xi Jinping en 2013 et l’activisme chinois au sein de la scène internationale sur les thématiques climatiques, rendent le débat toujours d’actualité.

Il est largement possible d’affirmer que le projet des Nouvelles Routes de la soie soutient des projets bien plus polluants que respectueux de l’environnement. Car si effectivement des centrales solaires, des barrages hydroélectriques et des parcs éoliens sont mis en place dans les pays de la BRI, une étude réalisée par le World Resources Insitute en collaboration avec le Global Development Policy Center de Boston, affirme que les investissements dans les énergies fossiles restent majeurs (Lachlan et Ladislaw, 2019).  Le rapport atteste que « la plupart des projets énergétiques et de transports sont encore étroitement liés aux secteurs traditionnels » souvent très polluants, comme le charbon et le pétrole. 240 projets à base de charbon auraient été financés dans le cadre de la BRI selon le Global Environnement Institute[7]. Les projets dits verts, permettent au PCC de cacher les différents investissements très néfastes à l’environnement et contradictoires aux engagements internationaux signés. Un quart des centrales à charbon dans le monde (sans compter celles présentes en RPC) sont construites ou financées par des entreprises chinoises (Le Belzic, 2019). Premier fournisseur de charbon au monde, si la Chine essaye de le diminuer sur son territoire, elle maintient cette production de charbon dans les pays de la BRI, participant à leur pollution atmosphérique. Ainsi, de nombreuses alertes sont lancées quant à l’incompatibilité de l’initiative chinoise et des objectifs fixés lors des Accords de Paris. En effet, malgré les investissements dans le secteur des énergies renouvelables, le projet des Nouvelles Routes de la soie met en danger les accords climatiques internationaux. De la sorte, des chercheurs de l’université de Boston aux États-Unis affirment que les investissements, dans les pays de la BRI, dans les centrales électriques, augmenteront les émissions de dioxyde de carbone d’environ 400 millions de tonnes par an, soit 1% des émissions mondiales seulement sur les investissements réalisés par le projet chinois (Gavekal, 2021).   Malgré l’engagement de Xi Jinping au sein des accords de Paris et son souhait de créer une BRI verte et durable, il semble qu’ils soient réellement remis en cause. Le premier problème quant à une qualification « verte » de la BRI, est d’ordre juridique : il n’existe aujourd’hui aucune institution internationale pour vérifier que le projet respecte les accords climatiques et s’assure que le pays respecte ses « promesses vertes ». Il apparaît seulement possible de se contenter des discours de Xi Jinping et des chiffres délivrés par le régime, parfois douteux. Toutefois, selon le centre Tsinghua, parmi les 126 pays, qui avaient signé des accords avec la Chine en 2019, 17 d’entre eux sont dans l’impossibilité de maintenir les objectifs des Accords de Paris à cause des projets d’infrastructures réalisés par le PCC.  Ainsi, certains pays comme la Russie, l’Iran, l’Arabie Saoudite ou encore l’Indonésie, devraient réduire leurs émissions de CO2 de 68% d’ici 2050 s’ils souhaitent atteindre les objectifs signés à Paris (Lachlan et Ladislaw, 2019). De plus, les 126 pays seraient responsables de 66% des émissions de GES : cela conduirait à un réchauffement de près de 3°C en 2050, même si les autres pays non signataires du projet de la BRI, respectent les Accords de Paris (Lachlan et Ladislaw, 2019).

En outre, si certaines énergies sont qualifiées de propres, comme l’énergie hydroélectrique, la création de cette dernière est loin d’être respectueuse de l’environnement. Même si les investissements chinois dans le secteur des ENR ont augmenté dans les États de la BRI, cela ne signifie pas pour autant qu’ils soient respectueux de l’environnement. Les sociétés chinoises ont massivement investi dans le secteur énergétique brésilien et principalement dans le secteur de l’énergie hydroélectrique : elles représentent 70% des capacités installées par les investissements chinois, soit 10% de la production nationale brésilienne. 93 barrages et la moitié de la production d’hydroélectricité de Sao Paulo appartiennent à des groupes chinois (Maréchal, 2017). L’entreprise chinoise China Three Gorges Corps, une entreprise d’État connue pour avoir construit la plus grande centrale hydroélectrique du monde sur le fleuve Yangzi en Chine, est le deuxième producteur d’électricité au Brésil. Toutefois, cette énergie propre mais « non verte », nécessite, en plus de la construction de barrages, de nombreux autres investissements comme des lignes de transmission à haute tension. Les 4600 KLM de lignes construites au Brésil, traversent la forêt amazonienne et détruisent de nombreux écosystèmes naturels (Maréchal, 2017). Les barrages que construit le PCC pour développer l’énergie hydroélectrique sont souvent plus néfastes et dangereux pour l’environnement que les centrales à charbon déjà sur place.

A cela s’ajoute les conséquences écologiques désastreuses du projet des Nouvelles Routes de la soie. L’Asie centrale connaît des pics de pollution importants en raison des industries lourdes très polluantes déplacées dans ces pays. Ils permettent à Pékin de se justifier d’une baisse de pollution atmosphérique sur son territoire. Les vallées et les montagnes sont également détruites pour permettre le passage des autoroutes et chemins de fer du projet.  Aussi, l’Asie du sud-est, est touchée par une déforestation massive à cause des projets de la BRI : le Vietnam, le Cambodge ou encore la Thaïlande voient leur écosystème réduit de jour en jour en raison de la construction d’infrastructures. A cette dégradation des écosystèmes s’ajoutent un bouleversement de la biodiversité et une surexploitation des ressources par le gouvernement chinois.  A ce titre, l’Afrique est le continent le plus concerné en raison de ses nombreuses ressources naturelles. Cameroun, le Gabon, la République du Congo et le Mozambique sont en ligne de mire sur le continent.  Il est aujourd’hui devenu le « bac à sable » de Pékin qui n’hésite pas à surexploiter les ressources naturelles nécessaires à la construction des infrastructures (sables, gravats) mais également de celles nécessaires à sa croissance économique (pétrole, gaz). Les minerais du continent, comme le fer en Guinée ou encore l’acier, sont de plus en prisés par Pékin qui chiffre même des ambitions dans son plan quinquennal. En décembre 2020, les autorités chinoises ont intégré des perspectives de développement du fer dans leur plan. En outre, vingt-quatre pays africains ont lancé un appel à Pékin pour mettre fin à la pêche illégale en Afrique de l’Ouest (Le Belzic, 2016).

Conclusion

Pour conclure, il semble indéniable que la Chine ait pris une place croissante au sein des organisations internationales liées aux enjeux environnementaux. Cependant cette place de leader vert qu’elle semble vouloir s’attribuer reste à nuancer et relativiser. Une réelle controverse existe entre les discours énoncés par Pékin et les projets réalisés notamment dans le cadre des Nouvelles Routes de la soie. Toutefois, il est aujourd’hui difficile de se passer de la Chine sur un sujet d’envergure mondial, nous pouvons donc saluer son activisme en ce sens mais espérer que ses discours témoignent de la réalité, ce qui n’est pas le cas en 2021. La Chine reste dans une optique encore centrée sur sa croissance économique et si l’environnement est devenu un nouvel enjeu de puissance il est peu probable que le PCC en face une priorité absolue au détriment de sa croissance économique.  Les investissements massifs dans les énergies renouvelables apportent un nouvel outil diplomatique à Pékin lors des négociations internationales, mais encore une fois ces investissements sont à nuancer. Quoique ces énergies et technologies vertes soient présentées comme propres, elles ne sont pas toujours respectueuses de l’environnement et ont également leurs limites, notamment les batteries en lithium. Les exploitations des terres rares sont très néfastes pour l’environnement et la RPC maintient leurs exploitations.

L’environnement est bel est bien un nouvel outil de puissance au sein de l’ordre international. La Chine entend bien l’utiliser pour asseoir son hégémonie, ou du moins continuer à nuancer l’hégémonie américaine. Il devient également une nouvelle source de croissance économique et d’investissements. Toutefois, le projet des Nouvelles Routes de la soie et une prise en compte de l’environnement ne semblent aujourd’hui pas compatibles. Si le gouvernement chinois laisse paraître le contraire, les conséquences environnementales de cette initiative sont désastreuses.

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[1] Unité de mesure thermique correspondant aux thermies produites par une tonne de charbon.

[2] Organisation environnementale basée à Washington, fondée en 2001 par Lester Brown

[3] Etude citée dans le livre de La crise environnementale en Chine de Jean François Huchet et disponible en ligne sur le site de l’Earth Policy Institute (par Janet Larsen en mai 2011) : http://www.earth-policy.org/plan_b_updates/2011/update96

[4] « Under the Dome » documentaire réalisé par Chai Jing en 2015. Documentaire paru en Chine puis censurée par le gouvernement chinois. Traduit en français par Frédéric Dalléas et disponible sur Youtube. URL : https://www.youtube.com/watch?v=ZS9qSjflwck

[5] Soit très fines, d’un rayon inférieur à 2,5 microns (1 micron = 0,001 mm).

[6]Ambassade de la République Populaire de Chine en France (2020). Paris. http://www.amb-chine.fr/fra/zfzj/t1820025.htm ,c. 22 mars 2021.

[7] Le Global Environnement Institute est une association chinoise non lucrative qui promeut « des solutions pour un développement durable. »

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