Les Samis en Finlande : victimes collatérales et acteurs secondaires dans les enjeux internationaux de l’Arctique

Eda Ayaydın-Akgönül

RG v7 n1, 2021

Biographie

Eda Ayaydın-Akgönül est doctorante à l’Université Paris-Saclay et ATER à Sciences Po Bordeaux. Elle est également membre associée au Centre Émile Durkheim à Bordeaux.

Ses centres d’intérêt sont principalement l’exploration de l’Arctique, la souveraineté, la gouvernance de l’Arctique, les droits fonciers et le peuple sami.

Résumé
Les Samis de Finlande ont des droits fonciers et politiques limités pour déterminer leur mode de vie traditionnel. Un projet de chemin de fer potentiel à travers la Laponie, des projets d’énergie éolienne et des politiques de pêche dans les zones samies en Finlande affectent le mode de vie de ce groupe indigène. Cet article examine dans quelle mesure les Samis ont le droit de pouvoir prendre position sur des projets économiques ou des décisions politiques liées à leurs terres et à leur vie.

Mots clés : Sami, culture autochtone, droits politiques, projet de chemin de fer arctique, Finlande.

Abstract
 Sami people of Finland have limited land and political rights to determine their traditional way of life. Potential railway project through Lapland, wind power projects and policies on fishing in Sami areas in Finland affect the way of life of this indigenous group. This article examines to what extent the Sami have rights  to take position on the economic projects or political decisions related to their lands and lives.

Keywords: Sami, indigenous culture, political rights, Arctic railway project, Finland.

 First, they took the religion, then they took the lands and the language.

And now they want to build a railroad[1]

Introduction

La frugalité et la sobriété sont des principes fondamentaux de la culture traditionnelle samie. Dans une approche romantique, on pourrait dire que la culture samie est basée sur le fait de ne prendre que la quantité dont on a besoin et de partager ce que l’on a. Cependant, la frange active[2] de la minorité samie se considère privée de son droit fondamental, vu comme un droit naturel : l’autodétermination. Les Samis ont habité le Sapmi (où vivent les Samis) depuis au moins un millénaire et ont été colonisés par quatre groupes socio-identitaires agressifs devenant finalement des États-nations : la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie.

En raison du manque de sources écrites, il est difficile de retracer l’Histoire exacte des cultures nomades de ces populations nordiques. Néanmoins, lorsque les futurs Finlandais ont investi l’actuelle Finlande, à partir de l’an 100 environ, les groupes samis étaient probablement dispersés dans toute la région finnoscandaise. Ces jeux de chronologie ont pris un nouveau sens dans la lutte pour la construction identitaire des Samis, actifs dans une démarche de recherche de légitimité et d’exclusivité dans la région. Ce discours que l’on pourrait appeler d’originisme c’est-à-dire « nous étions ici avant tout le monde » sert à justifier la réclamation du droit à l’autodétermination. Cette construction de légitimité et d’exclusivité présente les ancêtres comme une matière première avec lesquels la nation samie actuelle ne fait qu’un (Gaski, 2008 : 219).

Au cours du processus de colonisation, les Samis ont été l’objet de politiques d’assimilation culturelle. La réaction des Samis face à ce processus d’assimilation peut être qualifiée de résignation et abandon. Cette posture pacifique a permis aux colonisateurs de devenir des majorités oppressantes, mais aussi de s’accaparer de la culture traditionnelle et des moyens de subsistance des Samis. Dans la région, les colons non samis vivent désormais grâce aux ressources traditionnelles samies tels que l’élevage de rennes, la pêche ou la sylviculture. Alors qu’ils se faisaient assimiler, les Samis enrichissaient en même temps la nouvelle majorité grâce à leur culture. Cette interaction inégale[3] est toujours d’actualité aujourd’hui, car le boom touristique actuel en Laponie doit beaucoup à la culture samie, alors que le secteur est principalement exploité par la population non-samie.

La problématique centrale de cet article réside dans la corrélation entre les droits politiques et la préservation de la culture samie en Finlande. Certes, comme « on ne change pas la société par décret » comme aurait dit Michel Crozier, on ne protège pas une minorité par des droits politiques mais dans les deux cas, cela contribue, suppose-t-on (Crozier, 1979). Ainsi, l’article vise à jauger la question suivante : comment, l’absence ou la présence des droits politiques, de ceux de représentation à ceux, plus problématiques, fonciers, ont un effet sur la préservation, la disparition ou le réinvestissement des produits et comportements culturels ? Sachant que cet article considère les activités telles que la pêche, l’exploitation de la toundra ou l’élevage des rennes comme des activités culturelles au même titre qu’économiques.

Cet article présentera d’abord les spécificités de la situation des Samis en Finlande, pour se concentrer ensuite sur les droits fonciers, la représentation politique et les projets économiques en cours en Laponie, en utilisant des sources secondaires, mais aussi des notes de recherche sur le terrain, des documents officiels nationaux et internationaux.

  1. À qui appartient cette terre ? Droits fonciers et Samis de Finlande

À partir du XIXe siècle, les trois pays nordiques, dont la Finlande, ont instauré une souveraineté progressive sur la région Sapmi (Forsberg, Pesu, 2016). Le territoire sami de Finlande a été progressivement finlandisé dans le cadre du système des terres taxées de Laponie. Selon ce système, tous les contribuables de la Laponie, Samis ou non, ont le droit à l’exploitation foncière. À travers ce système, le peuple sami a perdu son droit de l’usage exclusif des terres traditionnellement exploitées par ce peuple nomade (Ahrèn, 2004 : 69) : « Il ne fait aucun doute que l’utilisation nomade des terres par le peuple sami n’a pas donné lieu à des droits légaux sur la terre et que les terres traditionnelles samies, l’eau et les ressources naturelles appartiennent à l’État » (Ahrèn, 2004 : 93).

Et pourtant, la Finlande possède une longue expérience très libérale des droits des minorités, notamment en ce qui concerne les suédophones. Ainsi, même si la section 4 du chapitre 1 de la Constitution finlandaise stipule que le territoire de la Finlande est indivisible, certains droits territoriaux très étendus sont accordés à Åland (Joenniemi, 2003 : 90). En revanche, en ce qui concerne les Samis, l’exclusivité de l’utilisation des terres (ou non) est toujours l’objet de débats.

Dans le cadre du droit international, pour l’ensemble du Sapmi, certains textes sont importants parmi lesquels on peut compter notamment la Convention européenne des droits de l’homme (Conseil de l’Europe – 1949), le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (l’OSCE – 1976) et la Convention relative aux peuples indigènes et tribaux (Organisation internationale du Travail-1989). Ces institutions internationales ou intergouvernementales (ONU, CoE et OIT) pourraient répondre aux différents défis des Samis des quatre pays différents, y compris la Russie. Par exemple les Samis ont saisi la Cour européenne des droits de l’homme à plusieurs reprises, mais celle-ci n’a rendu qu’une seule fois une décision en faveur des Samis. L’affaire Handölsdalen Sami Village et autres c. Suède (2010) opposait des Samis à des propriétaires fonciers en Suède. Cet arrêt n’est pas contraignant pour la Finlande, car la condamnation principale de la Suède est liée à la durée de la procédure et non à l’utilisation du sol per se[4].

La Finlande a voté en faveur de l’adoption de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (2007)[5]. Cette déclaration n’est pas contraignante et n’impose ni devoirs ni obligations à l’État finlandais. Bien qu’elles ne soient pas contraignantes, les déclarations de l’ONU témoignent du développement dynamique des normes juridiques internationales et reflètent la volonté des États d’aller dans certaines directions, en respectant certains principes vers la prise en compte des droits des minorités alors que celles-ci étaient absentes du cadre onusien pendant la Guerre froide. Ceci étant dit, quand il est question des textes contraignants, la Finlande n’a pas ratifié la Convention 169 de l’OIT sur les peuples indigènes et tribaux de 1989. Alors que la Déclaration des Nations Unies met l’accent sur la reconnaissance des droits autochtones, cette convention de l’OIT garantit le droit à l’autodétermination des peuples autochtones. Dans le cas des Samis, seule la Norvège a ratifié celle-ci et a pris des mesures importantes pour réévaluer ses relations avec les Samis (Allard, 2018).

Selon la Déclaration des Nations Unies, les peuples autochtones sont les bénéficiaires du droit à l’autodétermination, mais ce droit ne s’applique pas aux minorités. C’est pourquoi les États préfèrent considérer les peuples autochtones comme des minorités (Henriksen, 2008). Par conséquent, les négociations sur la définition et l’identification des Samis entre le gouvernement finlandais et le parlement sami finlandais sont vitales dans la mesure où cette identification pourra ouvrir la voie à l’autodétermination ou pas.

Selon le ministère finlandais de la Justice, la raison de la non-ratification de la convention 169 par Helsinki ne réside pas dans un conflit éventuel entre les droits de propriété foncière et les stipulations de la convention. C’est plutôt la définition des Samis qui pose le plus gros problème, car l’OIT n’apporte pas de normes claires indiquant qui peut exactement bénéficier de ces droits. Cela rend cette définition plus critique et crée une ambiguïté, un différend et un obstacle politique lors des négociations avec les Samis. Ici, la littérature est divisée ; une partie soutient l’explication actuelle de l’identité samie conformément à l’article 3 de la loi du parlement sami[6] et à l’article 4 de la convention nordique samie[7]. D’un autre côté, une autre partie trouve ces critères assez sévères comme définition d’un groupe et propose également des critères subjectifs pour ceux qui sont déjà engagés dans la société samie ou qui pratiquent des moyens de subsistance samis comme l’élevage de rennes, la pêche et la chasse, élargissant donc les possibilités d’être considérés comme Samis.

Définir qui est Sami a été un sujet très controversé au sein de la Finnish Sami Society (Joona, 2015). Conformément à la troisième section de la loi sur le Parlement sami finlandais:

« Aux fins de la présente loi, un Sami désigne une personne qui se considère comme Sami, à condition:

1) que lui-même ou au moins l’un de ses parents ou grands-parents a appris le sami comme première langue,

2) Qu’il est descendant d’une personne qui a été inscrite dans un registre foncier, fiscal ou de population comme montagne, forêt ou pêche lapone ; ou alors

3) Qu’au moins un de ses parents a été ou aurait pu être inscrit en tant qu’électeur pour une élection à la délégation samie ou au Parlement sami. »

L’article 4 du chapitre I de la Convention nordique samie définit les Sami comme suivant (site Web de Sametinget) :

« La Convention s’applique aux personnes résidant en Finlande, en Norvège ou en Suède qui s’identifient comme Samis et qui

  1. ont le sami comme langue domestique ou ont au moins un parent ou grand-parent qui a ou a eu le sami comme langue domestique, ou
  2. ont le droit de pratiquer l’élevage de rennes samis en Norvège ou en Suède, ou
  3. remplissent les conditions requises pour avoir le droit de voter aux élections au parlement sami en Finlande, en Norvège ou en Suède, ou
  4. sont les enfants d’une personne visée aux paragraphes 1, 2 ou 3. »

Tanja Joona critique ces 3ème et 4ème sections en raison de l’exclusion de tant de personnes qui se sentent sami ou de personnes déjà engagées dans la communauté samie et elle trouve que ces articles reposent beaucoup sur les critères de la langue et des ancêtres. Elle propose une définition plus large de l’identité samie en incluant les critères sentimentaux et le service à la communauté samie. (Joona, 2010)

D’autre part, Antti Aikio et Mattias Åhrén considèrent que les critères subjectifs sont un signe avant-coureur potentiel de l’assimilation de la société samie à la majorité finlandaise. (Aikio, Åhrén, 2014). Ils proposent d’apporter au moins un critère objectif avec les critères subjectifs afin d’empêcher que tout le monde puisse se revendiquer comme Sami. Cependant, Ari Martin Laakso (président de l’Association finlandaise des Samis de la forêt, des pêcheurs et des montagnes) critique fortement l’approche d’Aikio et d’Ahren. Il trouve que les critères d’Aikio (qui a été secrétaire du comité électoral du Parlement sami et le fils de l’ancien président du Parlement sami finlandais, Pekka Aikio) ne sont pas suffisamment scientifiques et adéquats avec les faits contemporains (Laakso, 2016).

Ce débat sur la définition n’est pas seulement une élucubration absconse. Cette définition aura un impact direct sur les droits fonciers et ceux de l’autodétermination. Bien sûr, il y a un écart énorme entre les droits fonciers et l’autodétermination en tant que droit fondamental. Même si Thornberry les qualifie de deux faces d’une même pièce (Thornberry, 1989 : 867), concernant les peuples autochtones, il y a une différence de niveau entre ces deux. Actuellement, les Samis finlandais ne sont pas habilités à gérer leurs affaires économiques et sociales, car ils ne bénéficient pas des droits fonciers exclusifs. Les activités économiques traditionnelles des Samis dépendent de la nature et des terres telles que la pêche, l’élevage des rennes et la cueillette (actuellement l’une des activités les plus importantes est l’artisanat). Le fait que l’élevage de rennes, qui est une activité samie très caractéristique, ne soit pas un droit exclusif en Finlande affecte l’économie samie.

Au-delà de ces activités économiques traditionnelles, il existe un domaine économique relativement nouveau qui est devenu beaucoup plus lucratif que les précédents : depuis les années 1990, la Laponie est devenue une destination touristique importante avec son village de Noël, ses attractions naturelles et ses opportunités sportives (Pretes, 1995 : 10). D’une manière collatérale, la région samie a commencé à être un lieu touristique important avec son artisanat authentique et ses fermes de rennes. Le tourisme est devenu l’activité économique principale pour les Samis. De Rovaniemi à Kirkenes, il est possible de voir tous les symboles, panneaux, tentes et drapeaux samis pour attirer les touristes vers les boutiques touristiques ou les cabanes des lacs sans que ces commerces ne soient forcément tenus par des Samis.

Le tourisme a donc des retombées paradoxales. D’une part, cette industrie a ouvert la voie à la redécouverte de l’artisanat traditionnel et à (ré)apprendre à les produire, mais d’autre part, le tourisme transforme cette culture particulière en un produit commercial par authentification. C’est pourquoi le droit foncier est important pour profiter des activités économiques traditionnelles et protéger les itinéraires de la culture qui constituent l’essentiel de la culture samie. En effet, pour le secteur touristique non plus, les Samis n’ont pas l’exclusivité de l’artisanat sami.

  1. Représentation politique des Samis : rôle du Samediggi

Les Samis sont presque totalement absents de la politique nationale en Finlande. Il n’existe pas de dispositions spécifiques pour la représentation des Samis ou d’autres personnes appartenant à des minorités ethniques, nationales ou linguistiques au Parlement finlandais. Des élections générales à l’Eduskunta (parlement finlandais, 200 députés) ont lieu tous les quatre ans et tous les citoyens à partir de 18 ans ont le droit de vote. La Finlande est divisée en quinze circonscriptions et le nombre d’habitants détermine le nombre de représentants de chaque circonscription. La Laponie envoie 7 députés à l’Eduskunta et jusqu’à aujourd’hui, y compris lors des dernières élections générales du 14 avril 2019, il n’y a pas eu de députés samis ni de partis explicitement pro-samis qui ont été élus (Josefsen, 2010) alors que le parti populaire suédois de Finlande (Svenska Folkpartiet i FinlandSuomen ruotsalainen kansanpuolue) a remporté 9 sièges[8]. Le règlement du Parlement finlandais (article 37) stipule que les Samis peuvent être entendus au Parlement dans le cadre de la préparation d’une question par une commission pour peser sur une décision les concernant. Conformément à la loi sur le Parlement sami, le Département finlandais de la culture, des sports et de la politique de la jeunesse au sein du Ministère de l’Éducation négocie avec le Parlement sami la préparation de stratégies, de programmes politiques et de lois susceptibles d’affecter le peuple sami.

Le Parlement sami finlandais (Samediggi) a été fondé en 1996 pour promouvoir les droits des Samis, protéger la culture et la langue et garantir le statut des Samis en tant que people autochtone. Dans l’idéal, le parlement devrait être souverain pour les décisions relatives aux terres samies. Cependant, le Parlement sami ne joue qu’un rôle mineur consultatif en Finlande. Les problèmes actuels liés à la Laponie comme le projet ferroviaire (Arctic Railway Project) ou l’affaire de la rivière Deatnu ne sont pas négociés avec les autorités samies le Gouvernement finlandais n’ayant jamais impliqué le Parlement sami dans le processus décisionnel.

Alors que la région arctique commençait à être une région économique importante et à attirer l’intérêt des multinationales en raison des possibilités énergétiques nouvelles, le transport gagnait de l’importance. Selon un projet ferroviaire, il était prévu de construire une voie ferrée, qui traverserait la Laponie se poursuivant jusqu’à Kirkenes[9]. Ce chemin de fer allait servir de corridor arctique pour le fret (et non pas des passagers). Au début, le projet semblait rentable sur le plan économique, mais les Samis s’inquiétaient de la perturbation de leurs traditions d’élevage de rennes[10]. Début 2019, le Ministère des Transports et de la Communication a annoncé que le projet ferroviaire était annulé en raison d’une non-viabilité économique, de préoccupations environnementales et d’effets négatifs sur la culture samie.

Un autre cas similaire concerne la rivière frontalière de Deatnu. Les Samis norvégiens et finlandais pêchent dans la rivière Deatnu depuis au moins mille ans et ils ont le savoir-faire qui leur permet de pêcher sans nuire à la biodiversité en évitant la surpêche. Cependant, la Finlande et la Norvège ont introduit de nouvelles réglementations sur la procédure de pêche ainsi que sur les licences de pêche en raison de préoccupations environnementales empêchant les Samis de s’adonner à une de leurs activités pluriséculaires.

Dans les deux cas ci-dessus, les gouvernements n’ont eu aucune consultation avec le Parlement sami et n’ont pas ajouté les Samis au processus de prise de décision, bien que ces cas concernent directement leur souveraineté alimentaire et leurs droits fonciers. La question est donc légitime : est-ce parce que les gouvernements norvégien et finlandais ne croient pas que les savoirs traditionnels des Samis ne soient aptes à protéger la biodiversité qu’ils n’ont pas consulté les instances samies ? Ou, s’agit-il d’un prétexte pour ne pas partager l’hégémonie sur cette rivière réputée avec ses ressources en Saumon ? Dans tous les cas, le problème est la reconnaissance du Parlement sami en tant qu’entité politique capable de résoudre problèmes des Samis.

Conclusion

En septembre 2018, la mise à jour proposée de la loi samie en Finlande a été gelée.[11] Les parties n’ont pas pu se mettre d’accord sur les questions sensibles de l’identité, plus précisément sur la réponse à la question de « qui est Sami ».

Au début de 2019, la ratification de la Convention 169 de l’OIT et la réforme de la loi sur le Parlement sami étaient à nouveau reportées sous prétexte d’élections à venir en avril 2019[12]. Ses questions délicates étaient donc confiées au gouvernement suivant. En novembre 2019, le nouveau gouvernement finlandais a décidé de créer une commission de vérité et réconciliation pour renforcer les relations avec les Samis (Kuokkanen, 2020 ; 294). Le gouvernement a nommé cinq personnes à la commission pour coopérer avec le Parlement sami et l’Assemblée du village de Skolt au nord de Rovaniemi, ce qui pourrait être important pour instaurer le dialogue sur le passé et le présent.

Le 3 décembre 2019, le Premier ministre finlandais Antti Rinne a démissionné en raison des protestations des postiers et de la perte de confiance des partenaires de la coalition.[13] À cet égard, étant donné que la ratification de l’OIT ou de la loi samie avait été reportées à plusieurs reprises, le sort du Comité vérité et réconciliation est flou. Ironiquement, la structure politique démocratique de la Finlande provoque une alternance rapide en provoquant la suspension de la la transition vers une nouvelle ère pour les Samis.

L’auteur de cet article a récemment mené un entretien avec un haut fonctionnaire du gouvernement finlandais. L’auteur a demandé si la Finlande avait à son ordre du jour la ratification de la convention de l’OIT et le fonctionnaire a indiqué que cela dépendait du programme du nouveau gouvernement et qu’il s’agissait d’une question spéculative[14] !

Le Parlement sami finlandais est assez strict sur la définition du Sami (mentionnée dans la loi du Parlement sami), définition sur laquelle il accepte de négocier avec le gouvernement finlandais. Ce processus a été plus facile en Norvège dans la mesure où l’attitude du Sametinget (Parlement sami norvégien) fut plus conciliante acceptant l’augmentation du nombre d’électeurs du Sametinget, donc inclure plusieurs individus comme Samis. En Finlande, surmonter l’attitude intransigeante de Samediggi est important afin de négocier avec le gouvernement finlandais et de ne pas offenser les gens qui se sentent Samis, déjà engagés dans la communauté. Il est vrai que la position sans concession du Parlement Sami de Finlande bloque la situation. Mais ceci est également instrumentalisé par le gouvernement finlandais pour justifier son approche paternaliste et sa volonté d’être seul décideur dans tous les domaines sans y inclure les Samis. Par exemple, le projet de chemin de fer décidé en haut lieu a dû être abandonné pour l’instant, car il avait été préparé en laissant dehors les Samis qui auraient pu attirer l’attention aux risques écologiques et donc économiques. Récemment, le président du Parlement sami, Aili Keskitalo, a indiqué lors du High North Dialogue qu’il n’y avait pas eu de projet industriel favorable à la vie, à la culture ou à la langue samies.

En résumé, la ratification de la Convention 169 de l’OIT ou de la loi sur le parlement sami n’est pas la fin de tout comme dans le cas de la Norvège. Cependant, il s’agit d’un seuil important sur la voie du processus de construction identitaire, de la souveraineté alimentaire, des droits fonciers, de l’autodétermination et bien sûr pour éviter la disparition d’une culture.

Bibliographie

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 Sources web

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Torikka, Xia (2019). Act on Sámi Parliament up for reform in Finland. The Barents Observer, 5 mars 2019, https://thebarentsobserver.com/en/2017/12/act-sami-parliament-reform-finland, c. le 5 novembre 2019.

Wall, Tom (2019). The battle to save Lapland: ‘First, they took the religion. Now they want to build a railroad. The Guardian, 23 février 2019. https://www.theguardian.com/world/2019/feb/23/battle-save-lapland-want-to-build-railroad. c. le 20 avril 2021.

[1]Wall, Tom (2019). The battle to save Lapland: ‘First, they took the religion. Now they want to build a railroad. The Guardian, 23 février 2019. https://www.theguardian.com/world/2019/feb/23/battle-save-lapland-want-to-build-railroad. c. le 20 avril 2021.

[2] J’emprunte le concept de minorités actives de Serge Moscovici (Moscovici, 1979)

[3] Ce concept vient de uneven development qui est un concept marxiste-trotskiste expliquant les processus de domination. Surtout dans les relations majorité/minorité, cela peut expliquer la (re)mobilisation des minorités pour la renaissance de la culture et pour l’équité économique. Pour un exemple de l’efficacité explicative du concept, voir (James, Nairn, 2005).

[4] « Durée excessive d’une procédure concernant le droit pour des Samis suédois d’utiliser des terres privées pour y faire paître leurs rennes », « Violation de l’article 6 § 1 (durée de la procédure) de la Convention européenne des droits de l’homme.

[5] Nations Unies Département des affaires économiques et sociales. https://www.un.org/development/desa/indigenouspeoples/declaration-on-the-rights-of-indigenous-peoples.html

[6]Act on the Sámi Parliament (974/1995; amendments up to 1026/2003). https://www.finlex.fi/fi/laki/kaannokset/1995/en19950974_20031026.pdf, c. le 5 avril 2021.

[7] Nordic Sami Convention. https://www.sametinget.se/105173, c. le 5 avril 2021.

[8] Guide Electoral. https://www.electionguide.org/elections/id/3125/ c. le 10 novembre 2019.

[9] The Arctic Corridor. https://arcticcorridor.fi/, c. le 10 avril 2021.

[10] Gertz, Emily (2019). Proposed Arctic Railway Would Cut Through Lapland Reindeer Habitat. High North News, 9 août 2017, https://www.highnorthnews.com/en/proposed-arctic-railway-would-cut-through-lapland-reindeer-habitat , c. le 10 novembre 2019.

[11] Saijets Maiju et Paltto Anni-Saara (2018). Sámi young people realistic about the truth and reconciliation process in Finland. The Barents Observer, 23 février 2018, https://thebarentsobserver.com/en/life-and-public/2018/02/sami-young-people-realistic-about-truth-and-reconciliation-process-finlan, c. 15 avril 2021.

[12]Yle Uutiset (2019). Government pulls bill to ratify convention on indigenous peoples’ rights. Yle Uutiset, 24 janvier 2019, https://yle.fi/uutiset/osasto/news/government_pulls_bill_to_ratify_convention_on_indigenous_peoples_rights/10613134 , c. le 10 avril 2021.

[13]Finnish Prime Minister Antti Rinne resign. DW, 03 décembre 2019, https://www.dw.com/en/finnish-prime-minister-antti-rinne-resigns/a-51510821, c. 10 avril 2021.

[14] Entretien avec PV, ambassadeur, 26 février 2021.

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