Depuis janvier 2026, le Groenland est devenu un révélateur des fragilités et des réflexes de la sécurité euro-atlantique. Les déclarations de Donald Trump laissant entendre qu’une prise de contrôle américain de l’île pourrait être envisagée, ont provoqué une réaction ferme au Danemark, et des prises de position chez plusieurs alliés européens et au Canada. Le Groenland est un territoire lié à la souveraineté du Royaume du Danemark et à l’autonomie groenlandaise, et ces équilibres ne se bousculent pas sans conséquences.
L’intérêt américain pour le Groenland est pourtant compréhensible du point de vue stratégique. En effet, l’île est bien située géographiquement pour la surveillance et l’alerte dans le “Grand Nord”[1], dans un contexte de rivalité persistante avec la Russie et de préoccupations croissantes vis-à-vis de la Chine, même si l’argument d’une forte fréquentation par des navires russes et chinois, souvent invoqué, est contesté. Sa position en fait aussi une charnière entre l’Amérique du Nord et l’Europe, au carrefour des espaces de sécurité de l’Atlantique Nord et de l’Arctique. Enfin, le Groenland est régulièrement associé à la question des ressources naturelles, notamment les minerais critiques.
C’est précisément parce que les États-Unis et le Danemark sont tous deux membres de l’OTAN que la crise devient un test pour l’Alliance. Sur le plan militaire, la réaction est claire Le 11 février, l’OTAN a annoncé « Arctic Sentry » pour mieux coordonner la posture alliée dans l’Arctique. Le 12 février, le Danemark a intégré « Arctic Endurance » à ce cadre, soulignant l’intensification des exercices et de la présence des alliés de l’OTAN dans et autour du Groenland.
Dans le même temps, l’actualité rappelle le rôle de Pituffik : l’enjeu n’est pas seulement une base, c’est une chaîne logistique arctique. Le ravitaillement annuel (Pacer Goose) mobilise des moyens lourds et, régulièrement, un appui canadien. Mais, d’un point de vue politique, la fragilité est réelle : une alliance ne tient pas seulement par des capacités, elle tient aussi par une confiance et des règles, dont le respect des souverainetés.
Gina ALBEROLA
[1] Le Grand Nord désigne les régions septentrionales situées au-delà du cercle arctique (environ 66° Nord), caractérisées par des climats froids, la toundra, la banquise et une faible densité de population. Il englobe l’Arctique canadien (Yukon, Territoires du Nord-Ouest, Nunavut, Nunavik), l’Alaska, le Groenland, le nord de la Scandinavie et la Sibérie.
Dès le début de son second mandat, la président Trump a affiché un activisme remarquable. Il l’a souligné lui-même dans son adresse au Congrès, le 4 mars 2025 : « Ces six dernières semaines, j’ai signé près de 100 décrets présidentiels et pris plus de 400 mesures exécutives,un record destiné à restaurer le bon sens, la sûreté, l’optimisme et la richesse dans l’ensemble de notre merveilleux territoire. »
Il a répété qu’il souhaitait « reprendre le canal de Panama » et « obtenir » le Groenland, « d’une manière ou d’une autre », tandis qu’il mettait en œuvre les hausses de tarifs douaniers majeures envers le Canada, le Mexique et la Chine qu’il avait annoncées puis suspendues l’espace de quelques semaines. Face à l’Ukraine, la réception dans le Bureau ovale du président ukrainien V. Zelensky, le 28 février, a rapidement tourné à la diatribe fort peu protocolaire. Si certains y voient la marque d’un manque de manières, il pourrait s’agir d’une manœuvre délibérée permettant de faire porter l’odieux de la poursuite de la guerre à l’Ukraine pour justifier la suspension de l’aide américaine. « Selon moi, il ne s’agissait pas d’une réaction spontanée aux interventions de Zelensky mais, manifestement, d’une escalade provoquée lors de cette rencontre dans le bureau ovale » estimait le chancelier allemand Friedrich Merz.
Au Canada, la sidération face à l’attitude nouvelle des États-Unis se dissipe, douloureusement. Le premier ministre Trudeau estimait ainsi que « Ce n’est pas très clair ce qu’il veut… La seule clarté, c’est qu’il a dit à de multiples reprises que son but, c’est de faire écrouler l’économie canadienne pour ensuite pouvoir parler d’annexion ». Les membres de l’administration américaine, et pas seulement Trump, ne cessent de parler du Canada comme du futur 51e État de l’Union, en témoigne la récente visite de la Secrétaire à l’Intérieur Kristi Noem à la bibliothèque binationale Haskell de Stanstead, traversée par la frontière. Mme Noem s’est plu à sauter d’un côté et de l’autre de la frontière symbolique peinte au sol en disant à la blague : « USA number 1 » du côté américain, et « 51st State » du côté canadien. « Tout le monde parmi eux trouvait ça tellement drôle. Mais c’est un manque de respect total. », a expliqué Sylvie Boudreau, présidente du conseil d’administration de la fondation qui chapeaute la bibliothèque.
Les États-Unis prendront aussi le Groenland. « one way or another, we’re going to get it. », a souligné le président pendant son allocution au Congrès le 4 mars. Avec des gestes politiques brusques, voire brutaux, en coupant tout le programme d’US Aid, en maniant l’arme des tarifs sans justification claire et en contradiction avec les règles de l’OMC que pourtant les États-Unis ont contribué à rédiger, Washington est en train d’éroder à grande vitesse son pouvoir d’influence symbolique (soft power). La Chine pourrait assurément, en défendant le principe du multilatéralisme économique et des règles commerciales, en tirer son épingle du jeu sur le plan politique. Quant à M. Trump, il n’est pas certain que cette érosion du capital de sympathie pour les États-Unis le préoccupe.
La tension s’est transposée sur la scène sportive. Avant la finale de la Confrontation des Quatre Nations, qui opposait le Canada aux États-Unis, Trump s’est fendu d’un message: « Je vais téléphoner ce matin à notre excellente équipe américaine de hockey pour encourager les joueurs gagner contre le Canada qui, un jour, deviendra notre bien-aimé et très important 51ᵉ État ». Après la victoire du Canada 3-2, Justin Trudeau a répliqué « Vous ne pouvez pas prendre notre pays, et vous ne pouvez pas prendre notre sport. »
Regards géopolitiques v10n4, 2024, publié en mars 2025
Résumé : le 20 janvier 2025, le président des États-Unis Donald Trump décidait de renommer le golfe du Mexique en golfe d’Amérique. Y a-t-il des barrières face à cette décision ? Washington peut-il forcer les États tiers à s’aligner ? Quels sont les enjeux géopolitiques de cette décision ?
Mots-clés : Trump, golfe du Mexique, golfe d’Amérique, toponymie
Summary : On January 20, 2025, US President Donald Trump decided to rename the Gulf of Mexico the Gulf of America. Are there any barriers to this decision? Can Washington force other countries to fall in line? What are the geopolitical implications of this decision?
Keywords : Trump, Gulf of Mexico, Gulf of America, toponymy
Dans son discours d’investiture, le président Trump a annoncé que les États-Unis allaient désormais se référer au « golfe d’Amérique » au lieu du « golfe du Mexique ». Il avait déjà évoqué cette intention le 8 janvier dernier. Cette étendue marine située au sud du pays, bordée par cinq États (Floride, Alabama, Mississippi, Louisiane et Texas) ainsi que le Mexique et Cuba, est parfois surnommée la « troisième côte » américaine. En 2012, des élus du Mississippi avaient proposé une loi pour rebaptiser « golfe d’Amérique » la portion du golfe qui touche l’État – la proposition avait été rejetée à l’époque (Lachapelle, 2025). Quelques heures après son assermentation comme président des États-Unis, le 20 janvier 2025, Donald Trump a signé le décret renommant le golfe du Mexique en golfe d’Amérique. Quels sont les enjeux de ce changement de nom ?
Sur quoi porte le décret présidentiel ?
Le président Trump a estimé qu’il s’agissait d’une « partie indélébile de l’Amérique » (Maison Blanche, 2025). Il le juge essentiel à la production pétrolière et à la pêche aux Etats-Unis et le considère comme la « destination préférée des Américains pour le tourisme et les activités de loisirs ».
Google a expliqué à la fin janvier 2025 que les changements de nom étaient appliqués suivant les sources gouvernementales officielles, en l’occurrence le Geographic Names Information System (GNIS) aux Etats-Unis. Sur l’application concurrente d’Apple, « Maps », le nom est resté « golfe du Mexique » quelques jours (Le Monde, 2025) avant d’afficher le changement de nom (Journal de Québec, 2025).
Fig. 1. Nom du golfe du Mexique sur la page Google Maps, 3 mars 2025
Y a-t-il des barrières à la mise en œuvre du décret ?
A l’interne
Le décret présidentiel révèle que la décision est prise par le Président Donald Trump, à son initiative. En revanche, à l’échelle interne, la mesure dépend également d’autres instances au stade de la mise en application. Le secrétaire de l’Intérieur, membre du cabinet présidentiel, est mandaté pour effectuer le changement de nom sous trente jours et actualiser une base de données, le Geographic Names Information System (GNIS). Or, cette étape nécessite, comme le souligne le décret présidentiel, un accompagnement du US Board on Geographic Names, une agence ici chargée de superviser le changement de nom dans les sources fédérales officielles, notamment les cartes, les contrats et tout autre document (section 4, b) du décret). L’éventuel contrepoids que le US Board on Geographic Names aurait pu constituer dans ce projet – le panel relatif à l’uniformisation des noms étant théoriquement investi d’une capacité d’approbation des propositions (section 2, d) du décret) – est cependant neutralisé dès les premières lignes qui énoncent que la composition va être revue en raison de la désignation de nouveaux membres (section 2 du décret).
Dans les instances internationales
L’existence d’un organe international chargé des toponymes, créé en 1959, à savoir le Groupe d’experts des Nations Unies sur les noms géographiques (Nations Unies, 1959), n’aura sans doute que peu d’incidence sur le changement de nom unilatéral étudié ici, car celui-ci est exclusivement compétent pour la standardisation des noms de lieux. Il exerce un rôle de conseil dans l’harmonisation linguistique des appellations données aux espaces géographiques, et ne peut émettre que des recommandations sur des demandes soumises par les États auprès de la Conférence des Nations Unies sur la Standardisation des Noms géographiques. Autrement dit, ce Groupe d’Experts ne peut forcer Washington à se rétracter ; il peut cependant ne pas donner suite à la décision étatsunienne et ne pas recommander l’usage du nom de golfe d’Amérique.
Sur le plan bilatéral
Si la plupart des tracés de délimitation entre les États-Unis et ses voisins ont été opérés – pour citer un exemple, il peut être fait référence à l’accord bilatéral entre États-Unis et Mexique du 9 juillet 2000 sur la délimitation du plateau continental étendu au-delà de 200 milles marins, dans la partie occidentale du golfe du Mexique, en vigueur depuis le 17 janvier 2001 – deux accords de délimitation relatifs à la partie orientale du golfe restent en suspens. Ceux-ci ont été conclus par les États-Unis lors des derniers jours de la présidence de Barack Obama le 18 janvier 2017 – l’un avec Cuba concernant le plateau continental, l’autre avec le Mexique pour les espaces maritimes – et soumis par le Président Joe Biden au Sénat le 18 décembre 2023. À ce jour (mars 2025), ils ne semblent toujours pas avoir été ratifiés.
La portée de ces accords, qu’ils en viennent à être ratifiés ou non, demeure limitée en ce qui concerne la décision étatsunienne de changer le nom que Washington utilise pour nommer le golfe. Autrement dit, ils n’empêchent pas Washington de décider de changer son appellation d’un espace géographique. On peut cependant formuler deux hypothèses :
Tout d’abord, il ne semble pas dans l’intention de Donald Trump de renommer les espaces qui relèvent de la stricte souveraineté ou de la juridiction des États côtiers voisins. La mesure américaine porte sur un espace partagé ; cela conduit à relativiser quelque peu sa portée impérialiste (Maaziz, 2025), et faute de pression officielle, reste sans conséquence pour le Mexique et Cuba. De fait, la présidente mexicaine a estimé que le décret du président américain se réfère uniquement à la partie du plateau continental sous souveraineté des États-Unis, et non à l’ensemble du golfe (Le Devoir, 2025), sans que l’on sache si cette interprétation reçoit l’assentiment de la Maison Blanche Le geste du président Trump traduit cependant une décision unilatérale et une posture qui pourrait être perçue comme cavalière.
De fait, sans aller jusqu’à remettre en cause les accords conclus évoqués ci-dessus, l’immobilisme de l’administration Trump (tout comme de l’administration Biden au reste) tout au long du premier mandat de D. Trump à l’égard des accords de délimitation dans la partie orientale du golfe du Mexique, appréciés à la lumière des récentes décisions, n’est pas de bon augure pour la relation bilatérale de Washington avec Mexico et avec La Havane.
Avec les États tiers
Qu’en est-il des États tiers ? Google Maps indique que les utilisateurs géolocalisés aux États-Unis d’Amérique verront apparaître la mention « golfe d’Amérique », que pour ceux situés au Mexique il sera affiché « golfe du Mexique », conformément à la volonté du gouvernement mexicain, et que, pour les autres, les deux noms seront visibles. En ce qui concerne les administrations des États en revanche, la question de l’opposabilité se pose. Les États tiers doivent-ils, à leur tour, procéder à la modification du nom du golfe en ce qui concerne les zones américaines couvertes par la mesure, et réviser par conséquent les documents officiels et autres sources pertinentes ? Autrement dit, Washington peut-il exiger que les États et organismes internationaux donnent suite ? La décision du président d’exclure l’agence de presse AP de ses mêlées de presse du fait de son refus d’entériner le changement de nom (Sink, 2025), laisse entendre qu’il pourrait exercer des pressions, mais pour le moment il n’y a pas eu de développement en la matière. Cet exemple peut en dire long sur l’idée de liberté de la presse du président, mais, AP étant une agence américaine, il est difficile d’en conclure la ligne qu’adopterait la Maison Blanche pour imposer son choix de toponyme.
Un ressort très commun
La toponymie n’implique pas la souveraineté d’un État sur un territoire ou un espace maritime (Maaziz, 2025). Autrement dit, le fait pour un État de proposer, voire de militer pour un nom de lieu, ne signifie pas que cet État soit souverain sur cet espace, même si l’intention symbolique est bien telle. De manière générale, la terminologie est décorrélée d’une quelconque autorité étatique pertinente. Ainsi le toponyme « mer du Japon » ne confère pas de droits particuliers à l’archipel nippon, bien que les deux Corées appellent à la rebaptiser « mer de l’Est » depuis la fin du XXème siècle. Cependant, le recours des États à la dénomination comme instrument symbolique de la possession est aussi ancien que l’Histoire. En ce sens, pour cavalière qu’elle puisse paraitre, la décision de Donald Trump n’a rien de novatrice : elle ne fait que reprendre d’anciennes pratiques visant à s’affirmer sur la scène régional ou à flatter le sentiment national. On vient d’évoquer le cas de la dispute entre Japon et Corée sur le nom de la mer du Japon/mer de l’Est. En mer de Chine du Sud, la Chine se plait à mobiliser ce toponyme, pourtant d’origine coloniale car forgé par les Britanniques au XVIIIe siècle, alors même que le nom en chinois, 南海 Nan Hai ou mer du Sud, ne fait aucunement référence à la Chine (Lasserre, 1996). En 2012, les Philippines ont décidé de rebaptiser la partie de la mer jouxtant l’ouest de leur archipel en mer de l’ouest des Philippines (West Philippines Sea) (Ubac, 2012).
Au Québec, la querelle sur le contrôle du territoire entre Ottawa, Québec et les autochtones se traduit précisément sur l’enjeu des toponymes, du nom des lieux et du choix de ces noms (Dorion et Lacasse, 2011). A Montréal, cet enjeu s’est notamment traduit par le changement de nom de nombreuses rues, de personnages britanniques vers des noms plus québécois ou francophones, ainsi le boulevard Maplewood devenu Édouard Montpetit en 1967, ou le boulevard Dorchester devenu René Lévesque en 1987.
Le nom de lieu est toujours un enjeu politique, dans la mesure où son choix tranche parmi les options présentées par différents acteurs, divers projets, et entre des représentations identitaires ou fonctionnelles souvent conflictuelles. La géographie politique est donc au cœur de la toponymie. Le nom est l’un des attributs du territoire: il le désigne et relie ce territoire à l’acteur qui le nomme. S’il parvient à prévaloir, il établit une relation particulière, du moins espère l’acteur, entre l’espace ainsi nommé et les projets dudit acteur. Nommer, c’est établir une appropriation symbolique (Giraut et al, 2008 ; Guillorel, 2009 ; Giraut & Houssay-Holzschuch, 2023).
Quelle motivation pour le président Trump ?
Dès lors, quelles pouvaient être les motivations à l’origine du décret présidentiel ? Un indice est contenu dans le titre du décret, assez évocateur, Restoring names that honor American Greatness (Maison Blanche, 2025). Cette formulation s’inscrit dans une stratégie politique plus large de réaffirmation de la puissance américaine, de sa grandeur supposée, un projet à la base même du slogan récurrent de Donald Trump visant à rendre l’Amérique puissante à nouveau, « Make America Great Again ». Parmi les justifications énoncées dans le décret, on retient les notes historiques et les allusions à la naissance de l’État des États-Unis : « [t]he area formerly known as the Gulf of Mexico has long been an integral asset to our once burgeoning Nation and has remained an indelible part of America. The Gulf was a crucial artery for America’s early trade and global commerce » (Section 4).Il y a là la manifestation d’une volonté de restaurer l’ image symbolique du pays et de l’ancrer dans l’épopée de la conquête du territoire étatsunien.
De fait, le président souhaitait aussi renommer la plus haute montagne d’Amérique du Nord en l’honneur du 25e président étatsunien. Dans un autre décret daté du 20 janvier, Donald Trump avait aussi décidé de redonner au Denali, situé en Alaska (6 190 m), son ancien nom, mont McKinley, modifié en 2015 par le président Barack Obama selon le souhait des populations autochtones et de l’État de l’Alaska, un vœu formulé dès 1975 (McKinnon, 2025). Le décret du 20 janvier ne se prive pas de tancer vertement le président Obama pour cette décision alors qu’en fait elle n’était que l’aboutissement d’un long processus initié par le gouvernement de l’Alaska : « President Obama’s administration, in 2015, stripped the McKinley name from federal nomenclature, an affront to President McKinley’s life, his achievements, and his sacrifice. » Le décret rappelle aussi la valeur du président McKinley : « President William McKinley, the 25th President of the United States, heroically led our Nation to victory in the Spanish-American War. » (Maison Blanche, 2025) : il s’agit de cultiver la mémoire des héros de la conquête et de l’expansion des États-Unis.
Fig. 2. Le mont Denali en Alaska vu depuis le lac Wonder
Nommé mont McKinley de 1917 à 2015. Le président Trump projette de le renommer mont McKinley.
Mais cette fois-ci, son projet semble susciter de l’opposition chez les Républicains. Le décret présidentiel du 20 janvier prévoit que le nouveau nom de mont McKinley, comme celui de golfe d’Amérique, doit être promulgué par le secrétaire à l’Intérieur (Maison Blanche, 2025). Le Sénat de l’Alaska a en effet voté contre cette proposition vendredi 7 février. Après la Chambre basse, le Sénat de l’Alaska, dominé par les Républicains, a demandé à l’unanimité au président de renoncer à ce changement de nom (Stone, 2025). « Le nom Denali est profondément ancré dans la culture et l’identité de l’État », ont-ils avancé dans une résolution. « Les noms des lieux géographiques de l’État devraient être déterminés par les habitants et les représentants de l’État », ont-ils ajouté (Trouillard, 2025). La sénatrice républicaine Lisa Murkowski a introduit un projet de loi le 13 février proposant de maintenir le nom de Denali (Fortinsky, 2025) ; aucune information sur le net ne venait, au 3 mars, confirmer que le Secrétaire à l’Intérieur avait promulgué le nouveau nom, alors qu’il l’a fait dès le 7 février pour le golfe du Mexique/golfe d’Amérique (Congressional Research Service, 2025).
Conclusion
Renommer les lieux de son territoire fait partie des prérogatives d’un gouvernement, même si de tels changements ne sont jamais politiquement neutres. Dès qu’il s’agit d’espaces partagés, la décision traduit fréquemment des enjeux de pouvoir sur ces territoires ou sur la dynamique de la relation entre les États voisins. Dans le cas du golfe du Mexique, signifier au Mexique et à Cuba que le golfe s’appellera désormais golfe d’Amérique, non pas au sens des Amériques, mais des États-Unis, indique très clairement, dans le registre symbolique, une lecture des relations bilatérales sous le prisme non du partenariat, mais de l’asymétrie, voire de la domination, surtout lorsque l’on prend connaissance des motifs invoqués pour vouloir restaurer le nom du mont McKinley. Le geste plaira sans doute à la base électorale conservatrice sensible aux idées de Make America Great Again ; elle rognera assurément du capital positif, ou soft power, au sein des opinions latino-américaines. Mais ce n’est sans doute pas un souci majeur pour le président.