RG, v10 n3, 2024
Frédéric Lasserre et Sijie Ren
Frédéric Lasserre est directeur du CQEG
Sijie Ren est candidate en gestion internationale à la Faculté des sciences de l’administration (FSA) de l’Université Laval, spécialisée dans la gestion interculturelle et l’intégration des employés immigrants.
Résumé
Depuis son lancement en 2013, l’initiative ambitieuse chinoise des nouvelles routes de la soie a remodelé la diplomatie chinoise, piqué la curiosité de nombreux pays et suscité de nombreuses remarques de la part des commentateurs sur son impact géopolitique potentiel. Présenté comme des efforts novateurs et révolutionnaires depuis que Pékin a relancé l’initiative, ce grand projet chinois est cependant inspiré de projets qui ont été proposés auparavant, et dont certains remontent à la fin des années 1950 et ont été conçus par d’autres pays que la Chine : les nouvelles routes de la soie ne sont pas une création exclusivement chinoise.
Mots-clés : Chine, routes de la soie, corridors, projet, Traceca, UNECE, histoire.
Summary
Since its launch in 2013, China’s ambitious New Silk Roads initiative has reshaped Chinese diplomacy, piqued the curiosity of many countries and prompted numerous remarks from commentators on its potential geopolitical impact. Presented as innovative and revolutionary efforts since Beijing relaunched the initiative, this grand Chinese project is nonetheless inspired by projects that have been proposed before, some of which date back to the late 1950s and were designed by countries other than China: the New Silk Roads are not an exclusively Chinese creation.
Keywords : China, silk road, corridors, project, Traceca, UNECE, history.
Depuis que Xi Jinping a pris ses fonctions en 2012 en tant que secrétaire général du Parti communiste chinois et en 2013 en tant que président de la Chine, il a mis en œuvre un certain nombre de changements de politique tant au niveau national qu’international. Tous ces efforts visent à atteindre les mêmes objectifs : le statut de la Chine en tant que puissance mondiale importante, ainsi que la poursuite de stabilité politique et des progrès économiques dans le pays. En outre, Xi Jinping a intensifié ses efforts pour renforcer l’influence internationale de la Chine dans le cadre de sa politique étrangère proactive, appelée la « diplomatie du Grand pays » (大国外交), qui vise à renforcer la position géopolitique de la Chine (MOF, 2024). La vision stratégique des Nouvelles routes de la soie, la Belt and Road Initiative (BRI), se distingue. Ce projet BRI, qui s’inspire de l’ancienne route de la soie, prévoit de construire d’énormes infrastructures tout au long de routes transcontinentales clés qui relieront la Chine au reste de l’Asie, à l’Europe et à l’Afrique. En plus des projets existants, des corridors maritimes et numériques ont été intégrés à la BRI pour faciliter les échanges commerciaux et les interconnexions numériques.
L’initiative chinoise a en effet repris de nombreux projets antérieurs, même si elle est aujourd’hui généralement considérée comme faisant partie de la grande vision chinoise des Nouvelles routes de la soie, « Une ceinture, une route » / « One Belt, one road » / « 一 带 一 路 », lancée en 2013, renommée en anglais Belt and Road Initiative dès 2015 (NDRC, 2018). De plus, il est important de noter que la grande majorité des convois transasiatiques utilisent des lignes ferroviaires antérieures à 2013, car très peu de nouvelles voies ont été construites dans le cadre de la BRI depuis son lancement, le chemin de fer Kunming-Vientiane au Laos représentant l’une des rares exceptions à cette règle. Enfin, le conflit qui a éclaté en Ukraine en 2022 a entravé ces services ferroviaires : il reste à voir si les transporteurs seront en mesure de s’adapter à la rupture des corridors passant par la Russie et de soutenir l’idée de liens transasiatiques alternatifs substantiels entre la Chine et l’Europe. L’intensification des sanctions économiques et les tensions géopolitiques ont en effet exacerbé les défis de la BRI, en particulier pour les corridors ferroviaires transcontinentaux.
La construction ou la modernisation de corridors de transport clés, routiers mais surtout ferroviaires, à travers l’Asie n’est pas une idée nouvelle, ni sans sa part d’accrocs. Dès qu’il est apparu que le rail était le moyen le plus rentable de transporter des personnes et des marchandises sur de longues distances par voie terrestre, il a été privilégié pour ces corridors importants (Emerson et Vinokurov, 2009). Néanmoins, les corridors désignés par la BRI ont déjà été proposés auparavant, soit dans le cadre de grandes infrastructures nationales comme le TransSibérien et le Baïkal Amur Magistral (BAM), soit dans le cadre des initiatives internationales lancées dès 1959 par les Nations Unies puis d’autres entités institutionnelles. Cependant, comme souligné dans les recherches récentes, de nombreux projets n’ont pas pu être réalisés en raison de contraintes financières, et aujourd’hui encore, plusieurs projets de connexion sont confrontés à des obstacles similaires (Le Roy, 2004; UNECE, 2007; Lasserre et Alexeeva, 2024). En effet, le succès médiatique et politique de la BRI n’est pas dû à l’originalité des projets qu’elle comporte, mais plutôt à la force des ressources financières de la Chine, qui faisaient défaut aux initiatives précédentes, et surtout au fait que plusieurs acteurs économiques et institutionnels avaient déjà posé les bases logistiques et politiques qui permettent aujourd’hui l’expansion de cette stratégie chinoise.
1. Un projet initialement porté par une institution internationale, l’ONU
1.1. Le projet Trans-Asian Railway
Dès 1959, la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie et le Pacifique (UNESCAP) et son homologue pour l’Europe, l’UNECE (United Nations Economic Commission for Europe), ont suggéré le développement d’un « Réseau de chemin de fer transasiatique » (UNECE, 2013; Fedorenko, 2013 ; Perelman, 2015), ou Trans-Asian Railway (TAR). À une époque où le transport maritime n’était pas aussi développé qu’aujourd’hui, et surtout où l’avènement du conteneur, à partir de la fin des années 1950, n’avait pas encore permis le développement rapide de ce mode de transport pour les marchandises générales, notamment les produits manufacturés (Levinson, 2016), l’idée de ce réseau ferroviaire était de promouvoir un réseau qui favoriserait la croissance du commerce international.
En prenant note des changements politiques majeurs provoqués par la chute de l’URSS, lors de sa 48e session plénière à Pékin en avril 1992, l’UNESCAP a adopté le projet DITTA (Développement de l’Infrastructure de Transport Terrestre en Asie[1]) qui comprenait un volet ferroviaire, mais se caractérisait par une absence quasi totale de moyens financiers. Des études de faisabilité ont été financées, mais n’ont finalement pas abouti. Les objectifs du DITTA étaient ambitieux, mais irréalistes (Le Roy, 2004): ils prévoyaient de transporter des marchandises de l’Europe vers l’Asie du Sud-Est en 23-28 jours à une vitesse moyenne de 45 km/h.
De 1994 à 2001, des chercheurs ont examiné quatre corridors potentiels pour le projet TAR (Kasuga, 1997 ; ESCAP, 2003): le corridor Nord entre Europe et Pacifique via l’Allemagne, la Biélorussie, la Russie, le Kazakhstan et la Chine jusqu’à la péninsule coréenne; le corridor Sud, entre Europe, Turquie, Iran, Pakistan, Inde, Myanmar, Thaïlande et Singapour; le corridor d’Asie du Sud-Est, entre Kunming et Singapour; et le corridor Nord-Sud entre Finlande et le golfe Persique via les pays baltes, la Russie, et deux branches de part et d’autre de la mer Caspienne.
Fig. 1. Les corridors Trans-Asian Railway, 1959.
Source : auteurs, d’après Nations Unies (nd), « Trans-Asian Railway Network », Nations Unies : New York; ESCAP (2003), Review of Developments in Transport in the ESCAP region, New York : Nations Unies; Railway Pro, « Turkmenistan signs agreement on Trans-Asian Railway Network », 29 nov. 2016, https://www.railwaypro.com/wp/turkmenistan-signs-agreement-on-trans-asian-railway-network/
Un plan plus complet, appelé l’Euro-Asian Transport Links (EATL), a été créé par l’UNECE et l’UNESCAP en 2002. Ces deux organismes exhortent les États membres à donner la priorité à la coopération pour le développement de ce projet de liaisons de transport Europe-Asie qui propose d’importantes connexions routières et ferroviaires transcontinentales dans la région eurasienne. Il existe au total neuf corridors routiers et neuf lignes ferroviaires cartographiés. Le projet EATL, qui vise à promouvoir la collaboration entre les États, a été mis en œuvre en trois phases. La Chine a manifesté son intérêt pour la création d’un corridor entre la Chine et l’Europe dans cette optique, en développant la connexion établie en 1990 avec l’ouverture du point de passage frontalier d’Alashankou/Dostyk entre la Chine et le Kazakhstan (Fu, 2004 ; Dadabaev, 2018).
Ces initiatives-cadres massives n’ont pas débouché sur la construction effective de ces corridors. Les Nations Unies et leurs organisations régionales ont eu peu d’impact sur la croissance des voies ferrées en Asie en raison du manque de capitaux pour investir et des contraintes inhérentes à leur processus de travail, qui repose sur la concertation des délégations des pays membres (Le Roy, 2004). En encourageant la collaboration et en poussant les États à uniformiser leurs réglementations en matière de douanes et de trafic, l’UNECE et l’UNESCAP ont contribué à la croissance des réseaux de transport reliant l’Europe et l’Asie, principalement par voie ferroviaire. Néanmoins, elle a donné naissance à de nombreux variantes.
1.2. De nombreux projets dérivés contemporains
L’Iran, la Russie et l’Azerbaïdjan ont conclu un accord en 2016 pour construire le Corridor Nord-Sud reliant l’Inde et St-Pétersbourg via l’Iran et le Caucase (Réseau International, 2016 ; Dayal, 2017 ; Alterman et Hilman, 2017). Un accord encourageant la construction de ce corridor, commençant par une connexion maritime entre l’Inde et l’Iran et progressant vers une liaison ferroviaire, a été signé par la Russie, l’Iran et l’Inde dès 2002 (Spector, 2002 ; Rediff, 2002 ; Mahapatra, 2012). Des travaux ont été réalisés sur le projet, bien que prudemment et lentement : des convois d’essai ont été effectués en 2014 et 2017 (Chaudhury, 2017 ; Sarma et Menezes, 2018). De plus, le Corridor Transnational Nord-Sud, qui relierait l’Iran et le Kazakhstan en passant par le Turkménistan, semble être conceptuellement similaire à ce plan. Avec l’expansion prévue du port iranien de Chabahar (Seyedi, 2021), la construction de la liaison Uzen (KZ) – Gorgan (Iran) a commencé en 2007 et s’est achevée en 2014 (Gurt, 2014). C’est l’isolement croissant de l’Iran et de la Russie depuis la guerre en Ukraine, et le désir de l’Inde de contrer la Chine, qui ont fourni des raisons politiques à la relance de ce projet de corridor (Alexeeva et Lasserre, 2024 ; Lasserre et Alexeeva, 2024b).
Quant à l’avancement de réalisations tangibles en Asie du Sud et du Sud-Est, la ratification de l’accord général conclu en 2007 pour la construction du Corridor Sud (Southern Corridor) par le Bangladesh (The Hindu, 2007) en 2010 a suscité un certain optimisme. Cependant, bien que ce projet soit inclus dans le projet Belt and Road chinois dans son segment Bangladesh-Chine-Inde-Myanmar jusqu’à Calcutta, il ne semble pas avancer en raison de la résistance de l’Inde, des hésitations du Myanmar et du terrain montagneux extrêmement accidenté qu’il faut traverser (Lasserre et Alexeeva, 2024). Malgré cela, la partie orientale du corridor a été intégrée aux projets de transport poussés par l’ASEAN dans le cadre d’un projet parapluie élaboré en 1992, la Greater Mekong Subregion (GMS), et financée par la Banque Asiatique de Développement, qui a largement repris le projet TAR en Asie du Sud-Est avec plusieurs variantes (GMS Secretariat, 2016).
Du côté de l’Asie du Sud-Est, le TAR a proposé un corridor reliant Kunming (Yunnan) et Singapour. Cette idée a été reprise par le Premier ministre malaisien Mahathir Mohamad lors du sommet de l’ANASE de 1995 (Lasserre, 2019), puis par la Greater Mekong Subregion en 2010 dans le cadre du ASEAN Master Plan for Connectivity (Asian Development Bank, 2010), puis enfin par le projet Belt and Road chinois en 2013. Initié en 2013 (Reuters, 2013), l’accord pour la construction d’une ligne à grande vitesse (LGV) entre Kuala Lumpur et Singapour a été annulé en janvier 2021 (Tham, 2021) après plusieurs rebondissements politiques, pour être finalement repris sous une forme simplifiée et moins coûteuse. En revanche, la liaison Kunming-Vientiane (Laos), présentée à tort comme une ligne à grande vitesse[2], a été achevée en décembre 2021.
2. Un autre projet institutionnel de corridors trans-asiatiques: l’OCDE et la CEMT.
La Conférence Européenne des Ministres des Transports (CEMT) a collaboré avec l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) pour faire progresser le dialogue sur l’amélioration des liaisons de transport entre l’Asie et l’Europe. Créée en 1953, la CEMT offre aux ministres européens des transports une plate-forme de coopération politique en matière de transports terrestres. Un rapport sur les liaisons de transport entre l’Europe et l’Asie a été publié en 2006 par la CEMT et l’OCDE (OCDE/CEMT, 2006). Ce rapport souligne l’importance de soutenir la modernisation des réseaux européens et de promouvoir l’établissement de liaisons avec l’Asie, tout en notant que les ressources financières sont limitées compte tenu de l’ampleur des dépenses nécessaires pour améliorer les infrastructures, mais aussi que les infrastructures ne sont pas la seule clé du succès pour améliorer les services de transport sur de si grandes distances.
Le rapport identifiait 4 axes prioritaires : le corridor Nord, qui correspond au tracé du TransSibérien, déjà existant; le corridor Traceca, à travers le Caucase et le sud de l’Asie centrale ; une voie transasiatique ferroviaire plus au Sud par la Turquie et l’Iran, correspondant au Corridor Sud du projet TRA; et une liaison Nord-Sud à travers l’Iran vers l’Asie centrale pour favoriser les débouchés maritimes de celle-ci.
3. L’Union européenne en quête d’influence en Asie centrale
3.1. L’unification du marché du transport européen
Deux efforts principaux ont été engagés par l’Union européenne pour faire avancer les corridors trans-asiatiques. Le premier s’est concentré sur la réforme du secteur du transport intra-européen, notamment via la définition de corridors pan-européens. La nécessité de moderniser les réseaux de transport dans les pays développés d’Europe occidentale pour faire face à l’augmentation des volumes de trafic est à l’origine de cet effort (Emerson et Vinokurov, 2009). En 1996, le RTET – Réseau transeuropéen de transport – a été conçu à la suite des délibérations de l’UE sur une stratégie ferroviaire européenne unifiée. Les objectifs du projet étaient d’accélérer l’intégration des nouveaux pays membres, d’augmenter la part modale des modes de transport les plus efficaces et les plus respectueux de l’environnement, et de faciliter le développement des échanges, notamment par l’interopérabilité complète des différents réseaux constitutifs, permettant la création d’un véritable marché unique. Afin de briser le cloisonnement des marchés, le RTET a joué un rôle moteur dans l’unification des opérations de transport à travers l’Europe, ainsi que dans l’établissement de normes communes qui permettront à un marché du fret unifié de fonctionner sur la base d’un accès ouvert (open access). Les tentatives de l’Union européenne pour consolider ses marchés de transport ont donné naissance à d’énormes conglomérats de transport, dotés d’une grande expérience de la logistique ferroviaire mondiale et de la gestion du matériel roulant, et capables de négocier avec leurs homologues russes, chinois et kazakhs. Les services de fret ferroviaires trans-asiatiques ont donc été mis en place par la société allemande Deutsche Bahn (DB), la société française SNCF International et leurs différentes filiales DB Schenker, Geodis et Keolis, en commençant par des essais en 2008 pour devenir de manière régulière en 2011 (Huang et al, 2018).
À travers sa Politique européenne de voisinage (PEV), l’UE a maintenu une réflexion stratégique sur les axes de transport qui la relient à son voisinage. Un total de 126 milliards d’euros a été investi jusqu’en 2007, et 24 milliards d’euros supplémentaires devraient être investis entre 2007 et 2013, principalement par l’intermédiaire de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) (Emerson et Vinokurov 2009).
C’est ce savoir-faire et cet esprit de coopération technique pragmatique qui ont, par la suite, également facilité la coopération pour simplifier les procédures douanières le long des itinéraires de transport, car les infrastructures et les services logistiques ne sont pas tout, il faut également optimiser les procédures douanières pour accélérer le transit à travers chaque frontière traversée : l’exemple en est le Smart and Secure Trade Lanes Pilot Agreement avec la Russie, l’Union européenne et les pays d’Asie centrale, négocié depuis 2020 et qui permettait la mise sur pied progressive de procédures douanières simplifiées (NDRC, 2015 ; Pepe, 2016; Commission européenne, 2016), avant que la guerre en Ukraine ne mette un coup d’arrêt au processus de négociation.
3.2. L’initiative Traceca
L’accord Multilateral Agreement on International Transport pour le développement d’initiatives de transport entre l’UE, le Caucase et l’Asie centrale a été signé à la suite du lancement du projet Traceca (TRAnsport Corridor Europe Caucase Asia) de l’Union européenne en 1993. Bakou abrite le secrétariat du TRACECA depuis mars 2000.
L’Union européenne semble obtenir des résultats plus tangibles avec le programme Traceca qu’avec le projet TAR des Nations Unies. À travers les programmes PHARE (pour les pays d’Europe centrale) et TACIS (pour la CEI, la Communauté des États indépendants, issue de l’ex-URSS), l’Union européenne s’est engagée dès le début des années 1990 dans un projet à saveur économique, mais à l’impact géopolitique important. L’objectif déclaré était d’aider les économies et les gouvernements des pays qui faisaient partie de l’Union soviétique lors de son éclatement en 1991 en encourageant le développement d’un corridor de transport reliant l’Europe, le Caucase et l’Asie centrale. Pour ce faire, le projet avait pour but de renforcer l’influence économique et politique de l’Union européenne dans la région tout en encourageant l’indépendance politique et économique des nouveaux États issus de l’éclatement de l’Union soviétique. Cet objectif a été atteint en encourageant la coopération régionale entre ces États, en les connectant aux réseaux trans-européens, en facilitant ainsi leur accès aux marchés mondiaux et en attirant les investisseurs institutionnels internationaux. En mettant l’accent sur l’intermodalité, l’effort du Traceca s’étend au-delà de l’industrie ferroviaire aux secteurs routier et maritime également. Le projet Traceca comprend à la fois des initiatives d’assistance technique et d’investissement. De 1993 à 2002, 53 projets au total ont été élaborés, dont 14 étaient des projets d’investissement et 39 des projets d’assistance technique, pour un coût total de 110 millions d’euros et l’engagement de 50,9 millions d’euros d’investissements supplémentaires entre 1993 et 2009 (Traceca, 2009). En réalité, bien que la volonté de faire progresser la coopération ait été réelle, il faut reconnaître que les montants en jeu étaient plutôt modestes.
Fig. 2. Les corridors Traceca
Source : auteurs, d’après TRACECA, Restoration of the Historic Silk Road, www.traceca-org.org/en/countries/azerbaijan/azerbaijan-in-traceca/; TRACECA Turkey, Transport Corridor Europe-Caucasus-Asia (nd), http://www.traceca.org.tr/
Il est nécessaire de rappeler que la Russie, la Chine et l’Iran – trois pays majeurs – n’ont pas participé au projet Traceca. Celui-ci reflétait avant tout des objectifs politiques, car le but du projet était de renforcer l’indépendance des républiques d’Asie centrale vis-à-vis de la Russie tout en évitant l’Iran, qui restait politiquement hostile, et la Chine, dont l’image était encore ternie après la répression de la place Tiananmen en 1989. Parce qu’il ne s’étendait pas jusqu’à la Chine à l’est, la Russie au nord ou l’Iran au sud, le corridor Traceca a toujours été plus difficile à réaliser. Cela explique pourquoi les pays situés le long de l’itinéraire central sont privilégiés en passant un itinéraire avec de multiples ruptures de charge[3] et une rentabilité douteuse: de la Roumanie et de la Bulgarie à la Géorgie (ports de Poti et Batumi) en passant par la mer Noire, puis par le rail Poti-Tbilissi-Bakou, puis à travers la Caspienne de Bakou à Turkmenbashi, et enfin le long du corridor transasiatique jusqu’à Almaty.
Parmi ces initiatives européennes, l’ambitieux projet Traceca n’a finalement eu que très peu d’impact, à l’exception de quelques projets très locaux, notamment dans le Caucase. En effet, dès le début, le projet s’est heurté à des obstacles importants: était mal financé, souffrait du handicap majeur d’exclure tout itinéraire via la Russie, l’Iran ou jusqu’en Chine, et était contraint de se rabattre sur un itinéraire présentant de nombreuses ruptures de charge. Il est plus probable que l’initiative des corridors pan-européens ait eu un effet durable et significatif sur le développement d’itinéraires de transport trans-asiatiques modernes, en raison de la consolidation du marché des transports, de la simplification des normes, de l’émergence de formidables entreprises de logistique et de la volonté de maximiser cet avantage concurrentiel en négociant avec les pays de transit d’Asie centrale, ainsi que la rationalisation des procédures douanières. Prenant acte de ces maigres résultats, en 2021 la Commission européenne a relancé le processus de coopération, notamment trans-asiatique, avec l’initiative Global Gateway, doté d’un budget de 300 milliards d’euros sur la période 2021-2027 (Commission européenne, 2021). En 2024, le bilan de cette initiative semble encore maigre.
4. Des initiatives de bailleurs de fonds institutionnels : CAREC
À partir de 1997, la Banque Asiatique de Développement (BAD) a lancé le Central Asia Regional Economic Programme (CAREC) avec le soutien substantiel du Japon et de la Chine, ainsi que de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et d’autres institutions financières internationales. L’objectif de ce programme était d’encourager la coopération économique entre les nations de la région d’Asie centrale, qui comprend les cinq républiques d’Asie centrale, l’Afghanistan, l’Azerbaïdjan, la Chine, la Géorgie, la Mongolie et le Pakistan. En novembre 2008, une proposition d’investissement de 6,7 milliards de dollars américains dans des projets de transport le long de six axes de transport, dont un corridor Chine occidentale-Europe occidentale, a été dévoilé par l’organisation. Dans le cadre du programme CAREC, la BAD a relancé ses projets d’investissement en 2017 pour financer des projets de corridors de transport, notamment ferroviaires (Banque Asiatique de Développement, 2017). Néanmoins, les défauts avec lesquels le projet a démarré sont clairs. Ne priorité claire n’apparaît sur la carte des corridors sélectionnés qui montre davantage un écheveau de tracés destinés à mailler le territoire de l’Asie centrale, et le sujet du désenclavement, c’est-à-dire de la liaison de ces voies d’Asie centrale avec le monde extérieur, n’est pas non plus correctement abordé. En effet, aujourd’hui, malgré les progrès accomplis, le projet CAREC fait toujours face à des défis en matière de financement et de connectivité régionale, nécessitant une coopération internationale accrue et des investissements supplémentaires pour garantir la durabilité (UNECE, 2019).
Fig. 3. Les corridors Carec
Source : auteurs, d’après CAREC, Corridor Performance Measurement and Monitoring CPMM Behind the Border Survey, 25 juillet 2018, https://www.carecprogram.org/uploads/1.0-CAREC-Corridors-Performance-Measurement-and-Monitoring-cn.pdf, c. le 13 juin 2024.
5. Des initiatives d’États : les routes de la soie, des projets géopolitiques
5.1. Le rêve russe de pont transcontinental
En 1997, les Chemins de fer russes (RZD) ont créé le Coordinating Council on Trans-Siberian Transportation pour commercialiser leur offre de services ferroviaires, dans le cadre des nombreuses discussions en cours sur la réorganisation future du transport trans-asiatique, en tirant parti de l’infrastructure de longue date du TransSibérien, du Transmongolien et du Baikal Amour Magistral, complétée par le raccordement en 1990 de la voie ferrée Lanzhou-Urumqi-Alashankou au réseau soviétique (kazakh après 1991). Cette volonté de la Russie de développer les liaisons trans-asiatiques, avec les chemins de fer russes au centre, a été soulignée lors de la Conférence eurasiatique sur les transports réunie à Saint-Pétersbourg en 1998. Si ce projet avait été mené à bien, la Russie aurait pu préserver sa position géoéconomique dominante en Asie en tant que pont entre l’Europe et l’Asie. Pour ce faire, le concept de « route de la soie ferroviaire Asie-Europe » a été proposée pour la première fois par les RZD au début des années 2000 (Wanderpepen, 2017). De même, l’idée de relier le Japon et l’Europe occidentale par le TransSibérien n’était pas nouvelle : dès 1967, la compagnie maritime suisse Mat-Transport avait exploré cette possibilité avec un partenaire soviétique (Helle, 1977). Toutefois, en l’absence d’une part de marché appréciable entre l’Asie et l’Europe, la fiabilité du service de transport TransSibérien faisait constamment l’objet d’articles (voir notamment Verny et Grigentin, 2009 ; Lee, 2012).
Dans la seconde moitié de la décennie 1990, afin de se disputer une part plus importante du trafic de marchandises pour les chemins de fer russes, les fonctionnaires des douanes russes ont abaissé les tarifs. Il en est résulté une augmentation spectaculaire de l’utilisation au cours des années 1999 et 2000 (Wehrfritz, 2001). Toutefois, une offre crédible de transport ferroviaire transcontinentale ne peut exister sans des investissements nécessaires pour améliorer le service et les infrastructures, et sans la volonté d’harmoniser les services logistiques, que la Russie ne peut prétendre réaliser seule.
5.2. L’initiative One Belt, One Road (一带一路, yī dài yī lù)
Depuis le début des années 1990, lorsque l’Union soviétique s’est effondrée et que la liaison ferroviaire Chine-Kazakhstan a été achevée à Alashankou, la Chine a activement promu l’idée et l’image de la route de la soie (Swanström, 2011 ; Laruelle, 2015). La Chine n’en a fait un projet politique et économique qu’en septembre 2013, lorsque le président chinois Xi Jinping lançait le projet One Belt, One Road (OBOR; en chinois 一 带 一 路, expression toujours en usage en Chine), avec deux composantes (Silk Road Economic Belt, SREB, et Maritime Silk Road, MSR), lors d’un discours au Kazakhstan pour la SREB, et quelques semaines plus tard en Indonésie pour la MSR. Outre les projets de transport ferroviaire, cette initiative vise également la construction de routes, la construction d’infrastructures (production et transport d’énergie, rénovation urbaine) et le développement économique (télécommunications, tourisme, finances). Depuis 2015, le projet OBOR a été rebaptisé en anglais Belt and Road Initiative (NDRC, 2015) pour souligner la multiplicité des corridors et son caractère composite, voire opportuniste : l’étiquette de la BRI sont collées sur nombreux anciens projets, et le label des routes de la soie sont également présentés dans nombreux projets d’investissement chinois à l’étranger. Contrairement à de nombreux projets passés, la Chine soutient sa proposition avec des ressources financières importantes : la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (Asian Infrastructure Investment Bank, ou AIIB) a été annoncée en octobre 2014, avec un capital de 100 milliards de dollars (Weiss, 2017), puis le Silk Road Fund de 40 milliards de dollars a été révélé en novembre 2014 (Silk Road Fund, 2015). Le Japon a d’abord considéré la construction de ces leviers financiers par la Chine comme une rivalité directe avec la Banque asiatique de développement, contrôlée par Tokyo (Andrianova et al, 2015), même si la BAD a par la suite adouci sa position, parlant plutôt d’utile concurrence (China Daily, 2016), puis de complémentarité (Okutsu et Sun, 2018).
Fig. 4. Les corridors de la Belt and Road Initiative selon la NDRC, 2015.
Source : auteurs, d’après National Development and Reform Commission, 2015.
La BRI, souligne le gouvernement chinois, a une mission économique, et la Chine déclare que ces programmes ne sont pas destinés à une expansion politique ou à la manifestation d’un plan géopolitique. Cependant, la mise en œuvre de ces projets et des leviers financiers qui l’accompagnent, outre qu’elle semble coïncider avec le souci de contrer le projet américain de corridor indo-pacifique, aurait également pour effet de renforcer les relations avec les pays d’Asie centrale, ainsi que d’accroître l’influence économique et politique de la Chine tout en lui offrant un accès renforcé aux matières premières et en visant un objectif de sécurité pour sa frontière occidentale : il est difficile de ne pas y voir des répercussions géopolitiques (Ekman, 2017, 2018). Les relations sino-centrasiatiques se sont en effet progressivement développées dans le domaine de transport ferroviaire. Si, en 2011, le trafic ferroviaire était seulement de 17 trains de marchandises transitant sur la ligne « China-Europe Railway Express », ce volume de fret ferroviaire s’est élevé à 8 225 trains en 2019 (Xinhua Silk Road, 2020)puis 17 000 en 2023 (Global Times, 2024). Afin de sortir de la marginalité dans le domaine des services ferroviaires et de répondre aux besoins de leurs économies nationales, l’intégration dans les réseaux ferroviaires promus par la Chine pourrait être l’une des options pour les États d’Asie centrale.
Comme toute initiative de grande envergure, les projets BRI ont suscité des avatars. Portée par les pays de l’Est de l’Union européenne, l’Initiative des Trois Mers centre-européenne a été créée en 2016 avec la Déclaration de Dubrovnik. Elle fait suite au lancement du corridor Chine-Asie centrale-Asie occidentale, et de la Route polaire de la soie qui s’inspire essentiellement les activités de transit de la Route maritime du Nord russe. L’Initiative soutient la création d’un corridor Nord-Sud européen allant du cercle arctique en Norvège jusqu’aux Balkans dans le sud de l’Europe. Dans le contexte de divergences entre Bruxelles et plusieurs États d’Europe occidentale et d’Europe centrale sur l’accueil à réserver aux projets majeurs d’investissements chinois, elle prévoit de développer de grands projets d’infrastructures de transport pour assurer la cohésion de l’Europe centrale et orientale grâce à ce concept de corridor (Luica, 2018 ; Sprüds et Vargulis, 2022). Tout en affirmant une meilleure connectivité avec l’Europe occidentale, l’Initiative visait également à développer de nouveaux moteurs de croissance en se connectant à la Route maritime du Nord / route polaire de la soie au nord, ainsi qu’au corridor Chine-Asie centrale-Asie occidentale. La guerre en Ukraine a mis un frein à ces projets d’interconnexion avec le corridor ferroviaire russe de la BRI.
Conclusion
De ce fait, contrairement à une idée reçue largement, la Chine n’a pas été à l’origine, ni théoriquement ni économiquement, des initiatives ferroviaires transasiatiques. Il est plutôt la DB Schenker qui a conçu la première ligne Chine-Allemagne. Les tentatives de construction d’une liaison ferroviaire entre l’Asie de l’Est et l’Asie centrale remontent à la fin des années 1970, lorsque le TransSibérien a été mis à l’épreuve pour la première fois, et que les investissements industriels coréens en Asie centrale ont donné une impulsion économique supplémentaire. L’idée de construire des corridors de transport à travers l’Asie centrale pour relier l’Europe et l’Asie de l’Est ne date pas d’hier : elle a été proposée, dans sa forme institutionnalisée, pour la première fois en 1959 par l’UNESCAP, et a depuis été adoptée par l’OCDE, l’Union européenne, la Banque Asiatique de développement, la Russie, le Japon, la Corée du Sud et enfin la Chine. Si des années de contacts et de débats n’ont pas toujours abouti à la réalisation de ces projets, elles ont permis d’aborder les volets douanes et normes techniques, tout aussi essentiels que les infrastructures, dans l’espoir d’éliminer les blocages des régions différentes. Aux côtés de leurs partenaires industriels, les entreprises de transport européennes et chinoises ont contribué à la planification et à l’exécution de la logistique des premiers convois en 2008, puis en 2011.
Il ne fait aucun doute que la Chine ne ménage pas sa peine pour faire des projets de corridors transasiatiques une réalité. Les services ferroviaires avaient débuté dès 2011, grâce à l’initiative d’entreprises de transport, cependant l’expansion rapide de ces services et l’accélération des discussions pour la réalisation de projets d’infrastructures, souvent antérieurs à la BRI, sont le résultat de l’engagement de la Chine dans ce grand projet économique et géopolitique en Asie. Des projets de connexion transasiatiques sont discutés depuis 1959. Ils constituent la prémisse de l’initiative chinoise, qui est sans aucun doute de nature économique, mais qui a aussi une grande composante géopolitique, puisqu’elle permet d’organiser le commerce entre les États du périmètre de la Chine et au-delà. L’avènement de la BRI peut constituer le ferment de leur émergence en Asie centrale.
Il convient de noter que la BRI fait face aujourd’hui à des défis économiques et géopolitiques sans précédent. Les tensions croissantes entre grandes puissances, exacerbées par le conflit en Ukraine et par les préoccupations concernant l’endettement des pays partenaires, menacent de freiner l’expansion des corridors transcontinentaux. En plus des contraintes financières, ces projets doivent faire face aux fluctuations du commerce mondial et aux impacts de la hausse des taux d’intérêt, qui compliquent le financement de nouvelles infrastructures. Afin que l’initiative puisse pleinement réaliser son potentiel, il est crucial d’adopter des stratégies d’investissement plus durables et de renforcer la coopération avec les acteurs régionaux pour surmonter les obstacles économiques et assurer la résilience des réseaux de transport.
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[3] Une rupture de charge est une étape pendant laquelle des marchandises ou des passagers transportés par un premier véhicule sont transférés dans un second véhicule, ce qui correspond à un transbordement.
[2] La ligne nouvelle Kunming-Vientiane offre un service nettement plus rapide que la plupart des liaisons ferroviaires en Asie du Sud-Est. Cependant, elle ne satisfait pas les critères de l’Union Internationale des Chemins de fer (UIC), selon lesquelles la grande vitesse ferroviaire est supérieure à 250km/h. De plus, de nombreuses lignes classiques en Europe fonctionnent à 160 km/h. Enfin, à voie unique et faisant circuler des convois de fret à 120 km/h, la ligne ne pourra offrir un service cadencé à haute fréquence afin de permettre le croisement des trains.
[1] Connu en anglais sous le nom d’Asian Land Transport Infrastructure Development (ALTID).
[a] Cet article est une version remaniée et mise à jour de Lasserre, F. « Les corridors transasiatiques : une idée ancienne opportunément reprise par la Chine », dans Lasserre, F.; É Mottet et B. Courmont (dir.) (2019), Les nouvelles routes de la soie. Géopolitique d’un grand projet chinois. Québec, Presses de l’Université du Québec, 31-54.
