Heurs et malheurs du projet de corridor Bangladesh-Chine-Inde-Myanmar

Frédéric Lasserre et Olga Alexeeva

Regards géopolitiques 10(2)

Frédéric Lasserre est professeur au département de Géographie de l’Université Laval, où il dirige le Conseil québécois d’Études géopolitiques (CQEG) et la Chaire de echerches en Études indo-pacifiques (CREIP) – frederic.lasserre@ggr.ulaval.ca

Après avoir étudié et enseigné à Bordeaux, Paris, Tianjin, Pékin, Québec et Taipei, Olga V. Alexeeva a rejoint le département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) en 2012. Senior Fellow au sein du China Institute de l’Université d’Alberta, elle est l’auteure de plusieurs articles scientifiques et grand public sur les différents aspects de la géopolitique et des relations internationales de la Chine. Ses dernières publications se portent sur la stratégie de la Chine en Arctique et sur la coopération sino-russe dans le cadre du projet chinois Belt and Road Initiative (BRI) – alexeeva.olga@uqam.ca

Résumé : Le projet de corridor Bangladesh-Chine-Inde-Myanmar (BCIM ou 孟中印缅经济⾛廊) est une initiative de connectivité régionale qui vise à promouvoir le commerce, les investissements et les échanges économiques entre les quatre pays participants : le Bangladesh, la Chine, l’Inde et le Myanmar. Bien que le projet BCIM soit officiellement en cours de développement, sa mise en œuvre complète pourrait prendre de nombreuses années en raison de la complexité des infrastructures à construire et des obstacles politiques à surmonter. À ces deux problèmes majeurs s’ajoutent d’autres défis, dont le faible niveau de coopération entre les pays participants, voire une profonde méfiance comme entre Inde et Chine, et le manque d’investissements. Cependant, il représente une initiative majeure visant à renforcer la coopération économique et la connectivité entre les pays de la région, ce qui pourrait avoir un impact significatif sur le développement régional à long terme.

Mots-clés : corridor, Chine, Myanmar, Inde, Bangladesh, coopération, méfiance.

Summary: The Bangladesh-China-India-Myanmar Corridor (BCIM or 孟中印缅经济⾛廊) project is a regional connectivity initiative that aims to promote trade, investment and economic exchange between the four participating countries: Bangladesh, China, India and Myanmar. Although the BCIM project is officially under development, its full implementation could take many years due to the complexity of the infrastructure to be built and the political obstacles to be overcome. These two major problems are compounded by other challenges, including the low level of cooperation between participating countries, or even deep mistrust as between India and China, and the lack of investment. Nevertheless, it represents a major initiative aimed at strengthening economic cooperation and connectivity between the countries of the region, which could have a significant impact on regional development in the long term.

Keywords : corridor, China, Myanmar, India, Bangladesh, cooperation, distrust.

Le projet de corridor Bangladesh-Chine-Inde-Myanmar (BCIM ou 孟中印缅经济⾛廊) est une initiative de connectivité régionale qui vise à promouvoir le commerce, les investissements et les échanges économiques entre les quatre pays participants : le Bangladesh, la Chine, l’Inde et le Myanmar. Ce projet de corridor fait partie des six corridors terrestres promus par la Chine dans le cadre de son vaste programme des nouvelles routes de la soie – Belt and Road Initiative (BRI), lancé en 2013.

Ce corridor économique, long de 2 800 km, devrait relier Calcutta, en Inde, le Bangladesh via Dhaka et Sylhet avant de repasser en Inde près de Silchar dans l’Assam. Le tracé repasserait au Myanmar, desservirait Mandalay et Lashio, pour passer en Chine jusqu’à Kunming (voir Fig. 1). Promis à un avenir radieux, le projet n’a cependant guère progressé depuis ses débuts en 1999, ni même depuis son inclusion dans le cadre de la BRI. Comment expliquer le blocage de ce projet de corridor ?

Fig. 1. Le projet de corridor BCIM et le corridor Chine-Myanmar

Sources multiples compilées par F. Lasserre

  1. Une initiative régionale antérieure à la BRI

Le projet visant à promouvoir la connectivité entre la région peu développée et enclavée du sud-ouest de la Chine, qui comprend le Yunnan, le Guangxi et le Guizhou, d’une part, et le Myanmar, l’Inde et le Bangladesh, d’autre part, a été proposé pour la première fois par les autorités chinoises du Yunnan (Che Zhimin, vice-directeur du centre d’études économiques et technologiques du gouvernement provincial) en 1998. Ce fut donc au départ une initiative locale avec des objectifs modestes, mais réalistes, que le gouvernement de Pékin a par la suite récupérés, en la transformant en une initiative beaucoup plus ambitieuse. L’administration yunnanaise proposait, par exemple, de moderniser la route de Ledo/Stilwell construite pendant la Seconde Guerre mondiale pour faciliter les livraisons de l’aide occidentale à la Chine (Gabusi, 2020). Long de plus de 1 700 km, elle relie Ledo (Assam, Inde) à Kunming (Yunnan, Chine) en passant par le nord du Myanmar. Sa modernisation pourrait réduire les coûts de transport et améliorer les échanges commerciaux trilatéraux. De plus, le projet de coopération visait à stimuler le commerce entre deux régions périphériques de la Chine et de l’Inde, le Yunnan et le Guangxi d’une part ; l’Assam, l’Arunachal Pradesh, le Nagaland, le Mizoram et le Manipur de l’autre.

Un an plus tard, le premier Forum de coopération régionale, réunissant 134 délégués des quatre pays participants, s’est tenu à Kunming (« Initiative de Kunming »). Le Forum s’organisait autour de six thèmes principaux : l’importance pratique et stratégique de la coopération régionale; la promotion de la coopération économique, commerciale et technique; la recherche sur la création de canaux et de réseaux de communication; les perspectives et les fondements de la coopération économique; la politique de la porte ouverte et l’environnement du commerce et de l’investissement, ainsi que le cadre de la coopération régionale (FUBRGG, 2018).

Le premier ministre chinois de l’époque, Wen Jiabao, et son homologue indien, le premier ministre Manmohan Singh, ont posé les premiers jalons de la formation du corridor BCIM en 2012, mais le projet fut officiellement annoncé par la Chine et l’Inde lors de la visite officielle de Li Keqiang en Inde et au Pakistan en mai 2013. La Banque Asiatique d’Investissements pour les Infrastructures (BAII), la banque de développement fondée par la Chine pour financer les projets dans le cadre de la BRI, promettait alors de financer des projets associés au BCIM à hauteur de 22 milliards de dollars américains (Shpakovskaya et Levchenko, 2022). Le projet de corridor BCIM bénéficiait initialement d’un préjugé favorable, y compris en Inde où les perspectives commerciales étaient perçues comme fort intéressantes (Sahoo et Bhunia, 2014 ; Nag et Choudhury, 2019; Marchang, 2021).

En décembre 2013, la première réunion du groupe de travail conjoint sur la construction du BCIM (Joint Study Group) s’est tenue à Kunming, où les deux parties ont signé un plan pour étudier les aspects liés à la construction du corridor, établissant ainsi un mécanisme de coopération entre les quatre gouvernements. Le JSG s’est réuni trois fois, à Kunming (Chine) en décembre 2013, à Cox’s Bazar (Bangladesh) en décembre 2014 et aurait dû se réunir à Calcutta (Inde) en décembre 2015, rencontre repoussée à avril 2017. Aucune autre réunion du JSG ne s’est tenue depuis.

En effet, la Chine souhaitait inclure le corridor BCIM dans le réseau des Nouvelles routes de la soie qu’elle avait lancées en 2013 (Karim et Islam, 2018). Cette inclusion n’a pas plu à l’Inde qui a souligné le fait que le BCIM est antérieur à la BRI et devrait être poursuivi en tant qu’initiative autonome où tous les pays participants continuent d’être des co-propriétaires du projet plutôt que d’être soumis aux intérêts et directives venant de Pékin (Marchang, 2021). Le projet de corridor BCIM, pour demeurer fonctionnel, doit ainsi répondre aux attentes de deux géants asiatiques qui entretiennent une relation complexe, teintée de méfiance, de rivalités et de différends territoriaux depuis la guerre sino-indienne de 1962. La gouvernance du projet semble de plus en plus dépendante des compromis que Pékin et New Delhi pourraient consentir quant à leurs objectifs politiques dans la région.

2. Des projets de plus centrés sur le corridor Chine-Myanmar

2.1. Quelques projets de coopération

Au-delà de l’objectif très général et propre aux projets labellisés BRI d’améliorer la « connectivité », le corridor BCIM se compose de plusieurs sous-projets. On mentionne l’objectif d’améliorer la connectivité routière et ferroviaire entre les quatre pays participants, et de faciliter les échanges commerciaux entre les quatre pays membres (FUBRGG, 2018). Cependant, peu de projets sont spécifiquement associés au BCIM, dans les sources chinoises ils ont plus souvent une étiquette « BRI » ou « BRI/BCIM », voire, de plus en plus, un label Corridor Chine-Myanmar, apparemment distinct du corridor BCIM.

En août 2014, la Chine et le gouvernement du Bangladesh ont signé un mémorandum de coopération pour un nouveau chemin de fer à double voie à grande vitesse Dhaka-Chittagong, un projet de 230 km d’une valeur totale de 3,3 milliards de dollars. En mai 2018, un accord de principe a été signé entre Bangladesh Railways et la China Railway Design Corporation pour un projet alors évalué à 11,4 milliards de dollars (Adhikary, 2020), financé par un prêt chinois – ce qui pose la question du service de la dette par Dhaka. La construction devait être achevée en 2019. Le projet a pris du retard et la Chine presse le gouvernement du Bangladesh d’aller de l’avant (Rogers, 2022).

En novembre 2014, la Chine et l’Inde ont signé un accord sur la construction d’une ligne à grande vitesse Delhi-Chennai (1 754 km) en Inde qui serait, si construite, la deuxième plus longue ligne à grande vitesse (LGV) au monde après la LGV Pékin-Guangzhou en Chine. Depuis la dégradation des relations entre Chine et Inde, et l’octroi du contrat en 2015 de la LGV Mumbai-Ahmedabad à un consortium japonais (Lasserre, 2023), l’Inde se fait nettement plus discrète sur l’octroi des LGV suivantes mais ne parle plus guère de l’entente de 2014 avec la Chine.

En août 2016, le Bangladesh Railway Board et China Railway Company Ltd ont signé un contrat pour la construction du pont ferroviaire pour traverser le fleuve Padma, long de 6 km, d’une valeur de 3,14 milliards de dollars américains. Le pont a été inauguré en juin 2022 pour un coût final de 3,87 milliards $ (Hossain, 2022).

Fig. 2. Le pont sur la Padma

Source : Kajal Debnath, https://en.m.wikipedia.org/wiki/File:Padma_Bridge.jpg

Enfin, la Chine a proposé du financement pour la modernisation du port de Chittagong au Bangladesh – tout comme l’Inde d’ailleurs (Islam, 2023). Un contrat important a été conclu avec la China Communications Construction Company pour la construction d’un tunnel majeur desservant le port; mais c’est une compagnie saoudienne, Red Sea Gateway Terminal, qui a obtenu la concession d’opérateur du nouveau terminal de conteneurs de Patenga, jusqu’en 2045 (The Business Standard, 2023). La China avait également offert du financement en 2014 pour la construction d’un port en eau profonde sur l’île de Sonadia, près de Chittagong, avec la compagnie China Harbour Engineering Company, mais ce projet de 14 milliards $ a été annulé en 2020 du fait d’un « manque d’intérêt commercial » par les autorités bangladaises (Ramachandran, 2020; New Age Bangladesh, 2020).

2.2. L’avènement du corridor Chine-Myanmar

C’est davantage du côté du Myanmar que plusieurs projets progressent, mais sous une appellation différente. Aucun accord n’a été conclu pour l’étude de la faisabilité de la voie ferrée Calcutta-Kunming, pourtant projet phare du corridor BCIM. En revanche, en mai 2011, la Chine et le Myanmar ont signé un accord de principe sur la construction du chemin de fer Chine-Myanmar, qui partirait du port en eau profonde de Kyaukphyu face à l’océan Indien dans l’État de Rakhine au Myanmar, pour traverser le centre-nord du Myanmar du sud-ouest au nord-est, et entrer en Chine par Ruili dans la province du Yunnan pour rallier Kunming, suivant le tracé de l’oléoduc et du gazoduc entre Kyaukphyu et Ruili.

Les relations sino-birmanes sont complexes, et le gouvernement birman, préoccupé de sa dépendance croissante envers la Chine, a suspendu le projet en 2014, tout comme il avait suspendu en 2011 le projet de grand barrage de Myitsone sur l’Irrawaddy (Fuller, 2011; Chanda, 2021). Un nouveau mémorandum, signé en 2018, l’a remis à l’ordre du jour, mais les travaux n’ont pas encore repris. Le gouvernement du Myanmar de l’époque était préoccupé par sa dépendance croissante vis-à-vis de Pékin, mais ces craintes sont jugées non pas négligeables – les relations demeurent complexes (Takahashi, 2021) – mais moins pressantes par les autorités militaires d’aujourd’hui. Les sanctions occidentales à la suite de la répression contre les Rohingyas à partir de 2016 et du coup d’État de 2021, et les défaites du régime militaire dans le nord-est du pays dans le cadre de la guerre civile à partir de 2023, ont contribué à accroitre la dépendance politique du gouvernement du Myanmar envers la Chine (Ip, 2023).

De fait, de nombreux projets d’infrastructures émaillent les relations sino-birmanes. Des négociations pour la construction d’un oléoduc et d’un gazoduc entre Kyaukpyu, sur la côte birmane de la baie du Bengale et le Yunnan ont débuté dès 2004, donc avant le lancement de la BRI mais alors que l’idée d’une coopération régionale avait déjà été évoquée. Un accord pour la construction des deux tubes a été conclu en novembre 2008 (pour un coût de 2,54 milliards $). Le gazoduc a été achevé sur le territoire birman en juin 2013 et l’oléoduc en août 2014 (Topcu, 2020). Grâce à cet oléoduc, PetroChina a ouvert une raffinerie à Kunming en 2017, capable de traiter 7 % des besoins totaux de la Chine en matière de raffinage (S&P Global, 2021).  Si ces tubes sont présentés comme stratégiques pour la Chine, car contournant le détroit de Malacca, il n’en demeure pas moins qu’ils sont sous-utilisés : 27% de la capacité du gazoduc en 2018, 17,6% de la capacité de l’oléoduc en 2017, et représentaient ainsi respectivement 2,6% des importations de gaz de la Chine en 2018 et 0,76% des importations de pétrole en 2017 (Topcu, 2020). Ces volumes ont crû par la suite, en 2019 l’oléoduc a fonctionné à 49% de sa capacité avec 10,8 Mt de brut (Xinhua, 2020); cependant, l’oléoduc a été endommagé par des combats entre les groupes rebelles et l’armée birmane en février 2022 (Strangio, 2022), ce qui témoigne de la vulnérabilité des infrastructures dans les régions périphériques du Myanmar, comme on le verra par la suite.

En 2011, soit ici encore avant le lancement de la BRI, un accord pour la construction d’une voie ferrée Kunming-Kyaukpyu avait été conclu. Côté chinois, la voie progresse depuis Kunming, atteignant Dali en 1999 puis Baoshan en 2022, et devrait atteindre la frontière à Ruili en 2026. Du côté birman, le tracé permettait d’envisager le début de la construction de la voie BCIM jusqu’à Mandalay. Jugé trop cher, à l’époque (20 milliards $), le projet avait été laissé à l’abandon par le chef de la junte birmane, le général U Thein Sein en 2014 (Lwin, 2018). Relancé en 2017, ce projet progresse lentement : des travaux d’arpentage n’ont fait que débuter en 2023 (BNI, 2023) dans une région nord-est en proie à une recrudescence des combats de la guerre civile. Malgré le fait que le tracé sera parallèle à celui des oléoduc et gazoduc déjà construits, le segment Muse (frontière sino-birmane) – Mandalay, à écartement standard et donc aux normes chinoises[1], devrait coûter environ 8,9 milliards $ selon des estimations de 2022 (The Irrawaddy, 2022). Déjà endetté envers la Chine même si le niveau d’endettement du pays demeure modéré[2] (Nikkei Asia, 2022), sachant que le coût de ce chemin de fer serait à la charge du Myanmar, le gouvernement birman a paru hésiter quant à la suite du projet. Dans ce contexte, les échos d’un projet de ligne à grande vitesse entre la Chine et le Myamnar, dont les coûts seraient bien plus élevés dans ce pays montagneux, semblent fort étonnants (Lintner, 2019).

Fig. 3. Viaduc sur la voie Dali-Baoshan au Yunnan.

Source : Xinhua, https://english.news.cn/20220720/9641e43e3d064297a109ffc924cf2fa7/c.html

Un accord signé en décembre 2015 prévoit également la construction d’un port commercial en eaux profondes à Kyaukpyu et d’une zone économique spéciale (Topcu, 2020 ; Abuza, 2023). Pékin projetait d’investir dans ce projet jusqu’à 1,3 milliard de dollars américains (Garin, 2020), un engagement plutôt rare pour un projet BRI pour lesquels les Chinois préfèrent prêter plutôt qu’investir. Ce port devrait devenir un lieu de transit pétrolier et commercial important, permettant aux Chinois de contourner le détroit de Malacca. La Chine est devenue le principal partenaire commercial du Myanmar depuis les vingt dernières années, et les entreprises chinoises ont investi environ 20 milliards de dollars américains dans l’économie birmane (26% du volume total d’IDE) (Lwin, 2019; Garin, 2020).

Ainsi, la Chine et le Myanmar ont établi des liens de coopération très étroits. Les deux pays ont signé en 2018 un accord de principe sur le développement conjoint du corridor économique Chine-Myanmar, CMEC, et tous les projets BRI et/ou BCIM au Myanmar ont été relabellisés CMEC Corridor Chine-Myanmar (Abuza, 2023; BRI Monitor, 2024).

Cependant, force est de constater que la coopération sino-birmane n’est pas optimale. Malgré la pression des sanctions occidentales, le gouvernement du Myanmar, démocratique ou militaire, demeure méfiant envers les ambitions chinoises (Myers, 2020). Le gouvernement démocratique de la National League for Democracy (NLD), mécontent des clauses de l’accord sur le développement du port de Kyaukpyu, a obtenu en 2018 de faire passer sa part du port de 15 à 30% et de réduire les coûts du projets de 80%, de 7,2 milliards $ à 1,3 milliards (Nitta, 2018). En janvier 2020, Xi Jinping rendit visite à Aung San Suu Kyi, déjà isolée diplomatiquement du fait des sanctions contre la répression des Rohingyas, et a encouragé la dirigeante à mettre en œuvre plus rapidement les projets du CMEC, signant plusieurs protocoles d’accord en ce sens; mais les progrès demeurent très lents, tant pour le projet de port, de voie ferrée, de zone économique spéciale que d’une centrale électrique pour atténuer les fréquentes coupures dans le pays. Mécontente de cette lenteur, la Chine n’a pas invité Min Aung Hlaing, commandant en chef et chef de la junte au pouvoir depuis 2021, au sommet célébrant le 10e anniversaire de la BRI à Pékin en octobre 2023 (Chaudhury, 2023). La déception de la Chine à l’endroit du gouvernement du Myanmar se traduirait par d’autres gestes : répression accrue contre les réseaux criminels birmans liés à la junte au pouvoir ; approbation implicite des offensives de la guérilla à l’automne 2023. Ces défaites militaires viennent troubler davantage les relations entre les deux États : pour la junte, la Chine a trahi en ne prévenant pas de l’offensive; pour la Chine, la junte se révèle incapable de mettre un terme à l’instabilité des zones frontalières, ce qui nuit aux activités économiques (Gascon, 2024).

Des sources font cependant état du début des travaux sur la ligne de chemin de fer Muse-Mandalay, il demeure à voir comment ce chantier progressera vu l’instabilité du fait de la guerre civile dans cette région frontalière, les difficultés techniques du chantier et le coût du projet (Routray, 2023 ; Seetao, 2023).

3.    Un projet de corridor « en état de coma » (Iyer, 2017)

3.1. Un abandon du corridor BCIM ?

De fait, le projet de corridor BCIM ne semble plus intéresser aucun des quatre pays membres, du moins dans la forme originelle.  Aucune rencontre du Joint Study Group n’a eu lieu depuis 2017. De plus, le corridor BCIM figurait dans la liste officielle des projets réalisés dans le cadre de la BRI jusqu’en 2019. Cette année-là, la décision de New Delhi de ne pas participer au Forum de la Belt and Road Initiative (BRF) a semble-t-il conduit à l’absence de mention du corridor BCIM dans les communications officielles chinoises entourant le 2e Forum (Xinhua, 2019), alimentant l’idée que la Chine avait abandonné le projet de corridor BCIM. Dans une annexe jointe au communiqué conjoint de la table ronde des dirigeants du BRF, le site internet du ministère chinois des Affaires étrangères n’a pas répertorié le BCIM parmi les 35 projets couverts par la BRI (The Hindu, 2019; The Times of India, 2019).

Une certaine controverse s’est alors faite jour quant à la communication chinoise. La Chine nie avoir renoncé au corridor BCIM (Belt and Road Portal, 2019 ; The Indian Express, 2019). Le Portail de la BRI (Belt & Road Portal, le site officiel de la BRI[3]) mentionne encore le corridor BCIM en anglais; mais les articles les plus récents datent de 2019, alors que pour d’autres corridors comme le CPEC (China-Pakistan Economic Corridor) ou le corridor Chine-Myanmar (CMEC), on trouve de nombreuses pages nettement plus récentes. En chinois, les dernières publications citant le BCIM remontent à janvier 2024; toutefois il ne s’agit que de brèves mentions visant à souligner la connectivité accrue de la province de Yunnan (Li, 2024; Liu et Han, 2024). La perte d’intérêt pour le projet de la part de Pékin trouve une confirmation indirecte dans la baisse des publications académiques consacrées aux différents aspects et retombées potentielles du corridor BCIM. Ainsi, selon la Wanfang Data [万方数据], la plateforme chinois qui propose la collection des  principaux périodiques académiques chinois,   en 2018, les chercheurs chinoise ont publié 46 d’articles mentionnant le BCIM dans leur titre ou parmi les mots-clés, l’année suivante leur nombre est tombé à 26,  et en 2023 il n’y avait que 6[4].

De plus, on l’a vu, les projets BRI au Myanmar sont désormais présentés comme relevant du corridor Chine-Myanmar (CMEC) et non plus BCIM. Comment expliquer cette graduelle mise à l’écart par les différents partenaires, dont la Chine ? Il n’y a donc pas eu abandon officiel du projet BCIM ; mais la Chine n’en parle plus guère et blâme indirectement l’attitude de l’Inde : « India’s attitude toward the BCIM Economic Corridor has disappointed Bangladesh and Myanmar » peut-on lire sur un article du Global Times reproduit sur le Portail BRI (Belt and Road Portal, 2019).

3.2. De vives rivalités entre Inde et Chine

Le BCIM a fait l’objet de l’attention particulière des médias indiens et chinois en 2017, lors de la rencontre entre Xi Jinping et Narendra Modi en marge de sommet BRICS à Xiamen. On l’a présenté alors, de part et d’autre, comme un symbole du développement de relations bilatérales et comme une illustration parfaite de la coopération « gagnant-gagnant ». L’Inde souhaitait donner ainsi des gages de sa bonne volonté pour développer un projet dont les retombées économiques potentielles étaient fort importantes. Toutefois, le projet semble aujourd’hui mis sur la glace (même si les discussions bilatérales continuent à se produire), à la suite de la montée de tensions frontalières sino-indiennes et de la décision de l’Inde de ne pas poursuivre la coopération avec la Chine pour ce projet.  Aux yeux de New Delhi, qui souligne que les objectifs poursuivis par Pékin ne sont pas seulement économiques mais aussi géostratégiques, ce corridor est désormais perçu comme une menace pour sa sécurité nationale puisqu’il pourrait élargir l’influence chinoise dans le nord-est du pays.

Plusieurs raisons ont présidé à la disgrâce du projet aux yeux du gouvernement indien. Tout d’abord, alors que le projet de corridor BCIM était au départ le fruit d’une initiative régionale, son inclusion en 2013 dans le cadre de la BRI et la communication de la Chine à son sujet ont éveillé la perception, par les autorités indiennes, que le BCIM était devenu un projet largement contrôlé par le gouvernement central chinois, faisant peu de place aux acteurs régionaux et à la cogestion désirée par New Dehli (Uberoi, 2019).

Par ailleurs, l’Inde a eu le sentiment que les autorités chinoises étaient davantage préoccupées par le souci de vendre les services de leurs entreprises et de favoriser les exportations en provenance de Chine, plutôt que de développer l’essor bilatéral du commerce (Sajjanhar, 2016; Marchang, 2021), alors que le tissu économique indien n’était pas prêt par ailleurs à composer avec cette concurrence accrue (Thomas, 2019). New Dehli n’a pas apprécié non plus le soutien appuyé de la Chine en faveur du corridor Chine-Pakistan (CPEC), qui doit passer par le Cachemire toujours disputé entre Inde et Pakistan (Granger, 2022).

La détérioration du conflit frontalier avec la Chine dans l’Arunachal Pradesh et surtout dans l’Aksai Chin, dans la vallée de Galwan (ICG, 2023; Tirziu, 2023), ont grandement contribué aussi à conduire l’Inde à remettre en cause son soutien envers le corridor BCIM (Marchang, 2021; Chanda, 2021). Les incidents récurrents, qui ont fait plusieurs dizaines de morts en quelques années, alimentent le sentiment d’insécurité à New Delhi, mais aussi irritent les sensibilités nationalistes à Pékin.  Cette situation empêche l’Inde et la China d’adopter une position positive et proactive à l’égard d’un corridor de transport multilatéral.

Par ailleurs, l’Inde s’inquiète de la multiplication des projets portuaires impliquant des sociétés chinoises, donnant naissance au concept de « collier de perles » qui serait un réseau de points d’appui navals que construirait la Chine dans l’océan Indien pour l’encercler (Amelot, 2010; Samaan, 2012, Sheldon-Dupleix, 2016 ; Chanakya Forum, 2022). L’Inde s’inquiète aussi de la présence de militaires chinois au Myanmar : des conseillers chinois au sein du gouvernement birman, mais surtout l’apparition de ce qui est interprété par l’Inde comme une base d’écoute chinoise sur les îles Coco situées à seulement 70 km des îles indiennes d’Andaman. Selon certaines sources, ces îles auraient été cédées à la Chine, selon d’autres, elles sont une concession à bail (Frontier Myanmar, 2023; Selth, 2023). Dans le domaine économique, on assiste au développement de la rivalité entre l’Inde et la Chine – ils offrent au Myanmar des prêts et des projets d’infrastructure concurrents.

L’Inde a donc suivie une trajectoire politique la conduisant à lire de plus en plus des intentions politiques chinoises visant à réduire son influence régionale et à ne promouvoir que son seul intérêt dans le projet de corridor BCIM, ce qui a conduit le gouvernement indien à prendre ses distances, voire à développer des contre-projets destinés à concurrencer les initiatives chinoises, voire à soutenir des discours négatifs à l’endroit de la BRI, comme le concept du « piège de la dette » que Beijing aurait conçu pour entrainer sciemment des pays partenaires dans un endettement excessif (Chan, 2020), l’Inde soulignant ainsi que la Chine ne se conduirait pas différemment des puissances occidentales qui avaient permis le surendettement de nombre de pays en développement dans les années 1980.

La Chine elle-même nourrit un dilemme : comment mener de front une politique d’affirmation dans le dossier frontalier en Himalaya, de contrôle du rapprochement indien vers Occidentaux dans le cadre de la région indo-pacifique, mais aussi le développement rapide de bonnes relations avec les pays voisins de l’Inde et le succès des projets liés à la BRI ? (Singh, 2022).

New Delhi ne cache plus ses intentions de proposer une alternative maritime à ce corridor – le Kaladan Multi-Modal Transit Transport Project qui vise à relier le port de Calcutta au port birman de Sittwe, la capitale de l’état d’Arakan au Myanmar. D’autres initiatives régionales portées par l’Inde, dont la Bay of Bengal Initiative for Multi Sectoral Technical and Economic Cooperation (BIMSTEC), la Mekong Ganga Cooperation initiative et le projet de construction de l’autoroute trilatérale (Inde, Myanmar et Thaïlande), un projet particulièrement cher aux yeux de l’Inde (Khalid, 2022; Sinha, 2023), ou encore une connexion ferroviaire Inde du Nord-est – Myanmar – Thaïlande nourrissent des objectifs proches du corridor BCIM mais ne sont clairement pas présentées par l’Inde comme étant reliées à la BRI ou au corridor BCIM. Ces initiatives qui visent à améliorer la connectivité régionale sont réalisées sans la participation de la Chine.

4. Un projet semé d’embûches politiques

4.1. De sérieux problèmes d’instabilité

Outre la guerre civile chronique entre le gouvernement du Myanmar et plusieurs mouvements autonomistes dans les zones frontalières, surtout dans le nord-est du pays (Karens, Karennis, Wa, Kachins, Shan… ), qui a pris un tour plus actif et moins favorable à la junte fin 2023 (Rouiaï, 2024), dans le Nord-Est de l’Inde opèrent aussi de nombreux mouvements ethniques, religieux et politiques radicaux. C’est une zone où de différents trafics illégaux prolifèrent (drogues, armes principalement de fabrication chinoise, migrants, combattants/militants/terroristes) (Levaillant, 2024). Tout cela déstabilise la région et rend risqué tout investissement dans le développement d’infrastructures.

Dans les années 2009-2015, certains efforts ont été entrepris pour combattre ses mouvements. Par exemple, les autorités du Bangladesh ont mené une opération militaire pour éliminer les camps du mouvement de guérilla indien United Liberation Front of Assam sur son territoire, alors que le gouvernement du Myanmar a fait de même avec le National Socialist Council of Nagaland (NSCN). Mais il faut relativiser l’impact réel du développement de la coopération en matière de sécurité. Le Bangladesh et le Myanmar sont par exemple très critiqués par l’Inde pour leur incapacité à endiguer le trafic de la drogue sur leur territoire dont le volume s’approche de celui généré par l’Afghanistan jusqu’à l’avènement du régime des talibans en 2022 (Mikhailov, 2022).  Ce trafic se développe surtout vers l’Inde et augmente constamment à cause de la corruption des autorités locales. En réponse à ces critiques, en 2019, les autorités birmanes ont arrêté les leadeurs des différents mouvements et groupuscules séparatistes indiens (dont ceux du United Liberation Front of Assam et du People’s Liberation Army of Manipur) se trouvant sur leur territoire, groupes armés que New Delhi accuse de contrôler ces trafics illégaux leur permettant de financer leurs activités terroristes.

Dans ses déclarations au sujet de réticence de l’Inde à soutenir le projet du BCIM, Pékin souligne a contrario que la construction d’infrastructures de transport améliorant la connectivité de ces régions pourrait contribuer à la résolution de ces problèmes de séparatisme, en permettant la croissance économique et l’amélioration du quotidien des populations (Mikhailov, 2022).

4.2. Des relations dégradées entre les différents partenaires

Si l’attitude de New Delhi envers les perspectives du BCIM varie au gré de changements de la conjoncture internationale et de leurs préoccupations géopolitiques, la position du Myanmar et du Bangladesh demeure plus enthousiaste (surtout celle de Bangladesh et Myanmar après le coup d’État de 2021). On a vu cependant que la Chine n’inscrit plus guère la communication de sa coopération économique avec le Myanmar dans le cadre du projet BCIM, mais dans celui du CMEC, dans une optique bilatérale. De plus, les projets progressent lentement.

Le conflit entre les autorités birmanes et l’Armée du salut des Rohingya de l’Arakan qui a conduit au massacre des Rohingyas au Myanmar en 2017 a également eu un impact significatif sur la coopération interrégionale. Confronté au sanctions occidentales, le gouvernement du Myanmar s’est rapproché de la Chine. Mais par ailleurs, les répercussions du conflit ont tendu les relations entre les autres États. Ainsi, New Delhi et Dhaka ne voient pas de la même façon l’arrivée massive des réfugiés rohingyas qui transitent par le territoire du Bangladesh pour venir en Inde: pour l’Inde, il s’agit de radicaux et de terroristes potentiels qui franchissent illégalement la frontière entre l’Inde et le Bangladesh ; pour Dhaka, il s’agit de coreligionnaires persécutés, des musulmans bengalis déplacés de force dans l’Arakan au Myanmar par les autorités coloniales britanniques dans les années 1930 et 1940 (Mikhailov, 2022).

L’Inde a adopté une ligne dure sur cette question et ne soutient pas la demande de Dhaka de condamner le génocide contre les Rohingyas. En parallèle, New Delhi s’inquiète de la multiplication des cas de persécution d’hindous résidant dans l’état d’Arakan/Rakhine, en Myanmar, et au Bangladesh. Ces phénomènes ont été documentés par des experts indiens et des organisations internationales (Amnesty International en particulier). C’est un problème complexe et difficile à résoudre qui pourrait avoir un impact non-négligeable sur les relations trilatérales et dont nuire aux perspectives de la réalisation du projet du BCIM : 250 000 Hindous et 1 million de Rohingyas [sur une population de 3 millions de Rohingyas] vivent au Myanmar (Mikhailov, 2022).

Par ailleurs, la crise des Rohingyas a bien évidemment eu un impact sur les relations entre Myanmar et Bangladesh (Banerjee, 2023). De fait, les projets d’interconnexion entre les deux pays ne progressent plus. Après avoir construit une voie ferrée avec des entreprises chinoises entre Chittagong et Cox’s Bazar sur la côte du golfe du Bengale (International Railway Journal, 2023), au double écartement métrique et standard (BSS, 2023), il était prévu depuis 2010 de prolonger la voie en direction de Gundum au Bangladesh puis ensuite Maungdaw au Myanmar, prélude à la poursuite d’une voie vers la Thaïlande ; mais ce projet, qui devait être achevé en 2014 (Thailand Construction News, 2010), n’est plus à l’ordre du jour, compte tenu des relations dégradées entre les deux États (Saif, 2021; Mamun, 2022; Samad, 2023). Le Bangladesh maintient son intérêt officiel pour la BRI, mais tâche de naviguer entre ses deux grands voisins, Chine et Inde, ne serait-ce que pour tâcher de profiter de leur rivalité pour obtenir de meilleures offres (Kashinath, 2016; Rezwan, 2023).

Conclusion

La coordination entre les gouvernements et la résolution de ces problèmes sont essentielles pour faire progresser le projet de corridor entre Chine, Myanmar, Bangladesh et Inde. Bien que le projet BCIM soit officiellement en cours de développement, sa mise en œuvre complète pourrait prendre de nombreuses années en raison de la complexité des infrastructures à construire et des obstacles politiques à surmonter. À ces deux problèmes majeurs s’ajoutent d’autres défis, dont le faible niveau de coopération entre les pays participants, voire une profonde méfiance comme entre Inde et Chine, et le manque d’investissements. Cependant, il représente une initiative majeure visant à renforcer la coopération économique et la connectivité entre les pays de la région, ce qui pourrait avoir un impact significatif sur le développement régional à long terme.

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[1] Au Myanmar le réseau ferré est à écartement métrique, moins cher mais capable de supporter de moindres charges. En Inde c’est l’écartement très large (1,67 m) qui prévaut. La réalisation d’une voie ferrée de Calcutta au Yunnan en passant par le Bangladesh et le Myanmar pose donc crûment la question des normes de cette voie, et donc aussi de l’interconnexion possible de cette nouvelle voie potentielle avec les réseaux des pays traversés.

[2] En 2020, le Myanmar devait 3,3 milliards $ à la Chine, soit 24% de sa dette extérieure de 13,5 milliards $) (19% du PIB). Le Laos avait une dette extérieure de 17 milliards en 2021 (dont 22% dus à la Chine), soit 105% de son PIB.

[3] Voir https://eng.yidaiyilu.gov.cn/

[4] Voir https://w.wanfangdata.com.cn/index.html?index=true

La dissémination du mandarin comme dispositif du soft power chinois : un aperçu du programme TCSOL (Teaching Chinese to Speakers of Other Languages)

RG v7 n3 (2021)

Paola Carollo

Paola Carollo est candidate au doctorat en anthropologie à l’Université Laval.

Paola.carollo.1@ulaval.ca

En 2019 Paola Carollo a obtenu son diplôme de maîtrise en Teaching Chinese to Speakers of Other Languages et devient l’une des premières enseignantes italiennes de mandarin de la ville de Catane (Italie). Depuis l’automne 2020, Paola Carollo est candidate au doctorat en anthropologie à l’Université Laval.

Résumé

La Belt and Road Initiative (BRI) semble avoir stimulé la fièvre chinoise (hanyu rechao汉语热潮), soit une ruée vers l’apprentissage du mandarin. Étudiants et enseignants deviennent ainsi les protagonistes d’une mission : être les témoins d’une société riche, ouverte et bienveillante. Les  élèves-témoins, patiemment façonnés pour respecter et aimer la Chine, ainsi que les enseignants-modèles, nourris au sein des programmes TCSOL, sont appelés à jeter des ponts entre les cultures pour diffuser la connaissance de ce qui est présenté comme la vraie Chine.

 Mots clés : Belt and Road Initiative; soft power; éducation, enseignement du chinois; TCSOL

 

Abstract

The Belt and Road Initiative (BRI) seems to have boosted the Chinese fever (hanyu rechao 汉语 热潮), which is the growing interest in learning Mandarin. It entails that students and teachers become the protagonists of an important mission: they are the witnesses of a rich, open, and benevolent society. Students-as-witnesses, patiently shaped to respect and love China, as well as the teachers-as-models, nurtured within the TCSOL programs, are called to build bridges between cultures and spread in the world what is claimed to be true China.

Key words: Belt and Road Initiative; soft power; education, teaching Chinese; TCSOL.

 

Introduction

 Le 20 avril 2021, la Chine a célébré, en l’honneur de Cangjie, le créateur mythique des caractères chinois, la onzième Journée de la langue chinoise (UN news, 2011 : en ligne), un évènement fondé en 2010 par les Nations Unies afin de promouvoir le multilinguisme et la diversité culturelle (Nations Unies, 2021 : en ligne; UN news, 2011 : en ligne). Promu par le site Chinese Plus – une nouvelle plateforme pour l’apprentissage et la promotion du chinois – l’évènement a été accompagné par le slogan suivant : « le chinois crée des possibilités infinies » (zhongwen chuangzao wuxian jiyu中文创造无限机遇) (Chineseplus, 2021 : en ligne).

C’est à la lumière de l’éventail de possibilités offertes par la maîtrise du mandarin – surtout dans le cadre du projet draconien qui porte le nom de Belt and Road Initiative (BRI ; yidaiyilu一带一路 ) – que la fièvre chinoise (hanyu rechao汉语热潮 : la fièvre pour la langue chinoise, littéralement) ne fait que monter (shengwen 升温), comme de nombreux articles académiques et de presse affirment en faisant référence à la ruée vers l’apprentissage de cette langue.

D’importants journaux chinois, comme le China Daily (Zhongguo ribao wang 中国日报网) et le People’s Daily (Renmin ribao 人民日报) affirment que’il y aurait plus de 25 millions d’étudiants de chinois langue seconde (L2) dans le monde (Center for Language Education and Cooperation, 2021b : en ligne ; China Daily, 2021 : en ligne ; Kong, 2020 : en ligne). Parmi ceux-ci, seulement en 2018, 492.185 étudiants internationaux de 196 pays et régions du monde ont pris part à des programmes d’études dans 1.004 établissements d’enseignement supérieur en Chine, selon un rapport statistique du ministère de l’Éducation de la RPC (Ministry of Education, 2019 : en ligne). Ainsi, les images de jeunes étrangers qui apprennent le chinois sont diffusées largement sur le web et constituent le portrait du soft power tel qu’il se manifeste –  de manière à la fois subtile et colorée – dans les campus de Chine. En effet, c’est dans les universités chinoises que les étudiants internationaux sont attirés, entre autres par les nombreuses subventions et activités des Instituts Confucius – ces derniers étant les protagonistes de la dissémination du mandarin à travers la planète depuis 2004.

À la lumière de ce qui précède, on se demandera dès lors dans quelle mesure et pour quelles raisons la langue et la culture chinoises sont devenues des outils de soft power à l’ère de la Belt and Road Initiative. Quelles sont les stratégies de diffusion du mandarin ? Et pour finir, quel est le rôle joué par les apprenants ? Dans le contexte de la diplomatie culturelle chinoise, le contrôle sur la totalité des dispositifs d’enseignement de la langue semble gagner une grande importance pour la transmission d’un savoir conforme à l’image que la Chine veut transmettre au monde.

L’analyse qui suit repose sur l’examen de sources documentaires, à savoir des articles de chercheurs chinois, en anglais et en mandarin, trouvés sur la base de données chinoise CNKI (zhongguo zhiwang中国知网) et d’autres sites web, ainsi que sur l’expérience personnelle de terrain de l’autrice, apprenante de chinois et diplômée du programme de maîtrise en Teaching Chinese to Speakers of Other Languages (abrégé en TCSOL ci-dessous).

Cet article débute par une mise en contexte du rôle des Instituts Confucius dans le cadre de la diplomatie culturelle mondiale, pour ensuite développer les enjeux qui font de la langue chinoise l’une des protagonistes incontournables des efforts de la BRI. Pour finir, l’article propose de jeter un regard sur le programme TCSOL et sur l’importance de la formation des enseignants de la langue chinoise. À cet égard, les élèves et les enseignants sont chargés d’une mission internationale, devenant les vecteurs actifs du soft power made in China, comme la sociologue Claire Seungeun Lee (2018) définit ce phénomène dans son ouvrage éponyme.

 

  1. Les Instituts Confucius en tant qu’instruments de la diplomatie culturelle

Le politologue américain et chercheur en relations internationales Robert Jervis affirme, en 1970,  que dans le cadre des relations internationales, la réputation d’une nation à l’étranger est beaucoup plus utile que sa puissance économique ou militaire ( Jervis, 1970 : 6 dans Wang J., 2011 :1). Procédant du concept de soft power de Joseph Nye (2004), les efforts diplomatiques mondiaux s’appuient sur ce qu’on appelle la diplomatie culturelle, dans un souci d’améliorer la connaissance interculturelle des nations et d’exporter les « données représentatives de la culture nationale » (Kessler, 2018 : 263). Spécificité toute française, la diplomatie culturelle trouverait ses origines dans le mot francophonie et dans la fondation, en 1883, de l’Alliance française (Gazeau-Secret, 2013 : 103-4). En étant le véhicule de la pensée et de la culture, la promotion de la langue nationale devient donc une source d’intérêt majeure dans le cadre de la politique étrangère d’une nation.

La Chine, quant à elle, a bien compris les règles du jeu et, dès la fin des années 1970, des mouvements de grande revitalisation (weida fuxing 伟大复兴) culturelle ont suivi les réformes économiques démarrées par Deng Xiaoping (Deng et Smith, 2018 ; Lee, 2009 : 51 ; Wang J., 2011 :2 ; Zhang, 1994 ). À partir des années 1990, la troisième génération de leaders chinois (1992-2004) devient toujours plus sensible aux enjeux de soft power, cultivant une politique moins fondée sur la propagande et plus penchée vers des « nuanced public relations » (Lee, 2009 : 47, 56).  L’élection en 2002 du président Hu Jintao consacre une période de réformes dans le domaine culturel (Wang J., 2011), ainsi que l’apparition de l’idéal de peacefull rise  (heping jueqi 和平崛起) (Wang J., data : 41). Conçue en 2003 en réponse aux inégalités sociales internes et aux inquiétudes occidentales relatives à la menace chinoise (China threat), cette idée de montée pacifique envisage la création d’une société harmonieuse (hexie shihui 和谐社会) (Lee, 2009 ; Wang J., 2011), sur le plan à la fois domestique et international. Ici, les efforts du soft power ont été tournés vers la construction d’un « “harmonized world,” although centered on China » (Lee, 2009 : 44).

Cette nécessité a été reprise et synthétisée dans la proposition du dixième plan quinquennal (2001-2005), qui souligne, entre autres, la nécessité de promouvoir la diffusion de la langue chinoise à l’international à travers l’industrie culturelle (wenhua chanye 文化产业) dans une perspective de Going global (zouchuqu 走出去) (Lee, 2018 : 3 ; Zhu, 2010 [2001] : en ligne).

  1. Un aperçu du travail des Instituts Confucius

Dans ce contexte de revitalisation, à partir des années 80, la figure de Confucius non seulement a connu un nouvel essor, mais en outre « was [also] seen to have a vital role to play in the geocultural dissemination of China’s Sinocentric nationalism » (Lee, 2009 : 51).

Ainsi, dans le sillage des expériences européennes de promotion des langues nationales, la Chine lance à partir de 2004 ses avant-postes pour l’apprentissage du chinois à l’international : les désormais célèbres Institut Confucius. Entre 525 et 558 dans le monde, ces instituts représentent l’effort de promouvoir l’image positive de la Chine à l’international, de stimuler la population mondiale à l’apprentissage de la langue, de favoriser les relations entre la Chine et les autres pays et de former des entrepreneurs qui veulent implanter des activités en Chine (Institut Confucius au Québec, s.d. : en ligne). Ces objectifs sont souvent atteints par une offre très vaste de cours de langue, de calligraphie, de traduction, de cuisine, etc. En outre, des bourses d’études pour poursuivre l’apprentissage du chinois en Chine y sont offertes. Parmi celles-ci, on trouve des bourses de six mois (avec la possibilité d’entamer des études de médecine chinoise traditionnelle ou de taiji) ou d’un an, des bourses de deux ans pour le programme de maîtrise, tel le Master in Teaching Chinese to Speakers of Other Languages (dorénavant abrégé en MTCSOL) et d’autres programmes (Istituto Confucio di Napoli, 2021 : en ligne).

Le soft power culturel (wenhua ruanshili 文化软实力) à la base de ce programme ambitieux sera déclaré formellement par le président Hu Jintao dans le VIIe point (Promoting Vigorous Development and Prosperity of Socialist Culture) du rapport délivré lors du 17e congrès du Parti communiste chinois (PCC) en 2007 (Hu, 2007). Il est ensuite réaffirmé dans la proposition pour l’établissement des objectifs à long terme pour l’année 2035, à l’occasion du lancement du 14e plan quinquennal (2021-2025) pour le développement économique et social national. La proposition, élaborée en octobre 2020, souligne l’importance de la culture, de la langue et du soft power, en affirmant que « la Chine deviendra un pays fort en ce qui concerne la culture, l’éducation, le talent, le sport et la santé. […]. Le soft power chinois n’arrêtera pas de se renforcer » (Liu, B. 2020 : en ligne ; traduction libre ; Xu, 2020 : en ligne).

Dans la prochaine section, on mettra en lumière comment et pourquoi l’enjeu de l’apprentissage de la langue chinoise devient la cible des efforts des nombreuses institutions, dont le ministère de l’Éducation, occupant un rôle de premier plan dans le panorama académique.

  1. Pourquoi bâtir des routes sinophones : le point de vue chinois

L’abondance d’articles publiés en Chine dans les dernières décennies, ainsi qu’on peut le voir sur la base de données CNKI (Zhongguo zhiwang 中国知网), fait ressortir l’effort des chercheurs universitaires dans la contribution et la collaboration avec les institutions engagées dans la dissémination du chinois. En effet, une simple quête du mot fièvre chinoise (hanyure 汉语热) offre un total de 578 articles parus entre 2005 et 2021. Ce chiffre est quadruplé pour le thème enseignement international du chinois (hanyu guoji jiaoyu 汉语国际教育), qui propose un choix parmi plus de 2.250 articles, dont 2.024 ont fait leur apparition seulement entre 2013 et 2021. Mais encore plus impressionnant est le nombre de titres qui se réfèrent explicitement aux enjeux linguistiques qui caractérisent la BRI : seulement entre 2015 et 2021, ils totalisaient 4.162 articles publiés (CNKI.net). Dans le cadre de la recherche universitaire pour la diffusion du chinois (hanyu tuiguang 汉语推广), un soutien fécond est offert par les institutions, parmi lesquelles figurent le ministère de l’Éducation, le ministère de la Culture et le Hanban (Confucius Institute Headquarters, aujourd’hui nommé Center For Language Education and Cooperation), à son tour encouragé par le Front Uni (UFWD ; Zhonggong zhongyang tongyi zhanxian gongzuo bu中共中央统一战线工作部, usuellement abrégé en tongzhanbu 统战部[1]) et par le ministère de la propagande (xuanchuanbu宣传部) (Gao, 2020 : 6-7). Il en découle qu’un language-in-education planning –  considéré comme l’ensemble des politiques linguistiques explicites développées par les institutions gouvernementales d’un pays (Tollefson, 2016) – programme l’apprentissage du chinois et accompagne formellement la Belt and Road Initiative (BRI) (Gao, 2020).

Mais qu’est-ce que la BRI ? Lors de ses discours officiels, le président Xi Jinping ne semble pas avoir fourni de description précise du programme, se concentrant plus sur la présentation de la mission qui l’anime. En particulier, Xi a souvent souligné le fait que, quoique la BRI soit une initiative spécifiquement chinoise, « ses bénéfices rejoindront le monde entier » (Xi, 2017; traduction libre). Les mots-clés « interconnexion » et « interaction » (en chinois : hulian hutong 互联互通), « coulent le long des artères de la BRI » (Xi, 2016a : en ligne; traduction libre) afin de construire ce que Xi définit comme un « réseau de coopération mutuellement bénéfique » (huli hezuo wangluo互利合作网络) (Xi, 2016b : en ligne; traduction libre) capable de « forger de manière conjointe une ‘route de la soie verte’, une ‘route de la soie saine’, une ‘route de la soie intelligente’ ainsi qu’une ‘route de la paix’ dont les pays et les peuples peuvent profiter » (Xi, 2016b : en ligne; traduction libre). Pour ce faire, la Chine s’engage à développer cinq connexions (wutong 五通), qui se déploient dans la coordination des politiques, la connectivité des infrastructures, le libre commerce, l’intégration financière et les liens entre les peuples (people-to-people) (Gao, 2020: 8). Comment atteindre dès lors ces objectifs et, en particulier, la cinquième connexion ? Selon la Chine, la réponse à ces questionnements réside dans l’apprentissage du chinois.

  1. La réponse des universitaires

 Publié à la section « théorie » ( lilun 理论) de la page web de l’agence de presse du PCC (zhongguo gongchandang xinwenwang 中国共产党新闻网), un article paru en 2015 dans le journal People’s Daily (Renmin Ribao 人民日报) et publié par Li Yuming, professeure à la Beijing Language and Culture University, porte le titre suivant : « One Belt One Road » requiert une langue qui lui ouvre la voie » (  « yidaiyilu »  xuyao yuyan pulu  “一带一路”需要语言铺路). Dans cet article, Li soutient que, afin de bâtir la tolérance culturelle au sein d’une communauté de profit (liyi gongtongti 利益共同体), de responsabilité (zeren gongtongti 责任共同), mais surtout d’une communauté de destins (mingyun gongtongti 命运共同体) (Li, 2015), il faut maitriser une langue commune, différente de l’anglais – cette dernière étant incapable de bâtir des relations qui vont au-delà de l’échange d’information (Li, 2015). Afin d’unifier les cœurs des peuples (minxin xiangtong民心相通), il est donc important que ces derniers utilisent une langue volontairement et de bon gré (leyi shiyong yuyan 乐意 使用语言) (Li, 2015). Selon l’auteur, cette langue serait le chinois.

Au-delà d’être un outil pour la communication, l’utilisation du chinois comme lingua franca aurait d’ailleurs le potentiel de sauver les pays des griffes de l’impérialisme de l’anglais (ang. English Imperialism ; ch. Yingyu diguo zhuyi 英语帝国主义) (Gao, 2020 :8) – terme utilisé par le linguiste anglais Robert Philippson (1992) pour se référer à la suprématie de l’anglais comme langue d’échange. Sans vouloir imposer – au moins en théorie – un autre impérialisme linguistique (Gao, 2020 : 10), la préservation des langues parlées dans les pays signataires des ententes doit être promue (Gao, 2020 : 9 ; ministère de l’Éducation RPC, 2016 : en ligne).

Mais la logique circulaire à la base de ce discours ne change pas la donne. Au contraire, elle la confirme : en effet, puisque la Chine est l’investisseur principal et le planificateur de l’initiative, les efforts doivent viser à « étendre la position de leader de la langue chinoise dans les gouvernements et les principales zones de construction des pays le long de la route » (Gao, 2020 :11 ; traduction libre) en assurant son utilisation dans « les domaines clés, les projets importants et les grands projets » (Gao, 2020 : 11 ; traduction libre).

En outre, selon la rhétorique utilisée, la maîtrise du chinois ne peut qu’ouvrir les portes pour la naissance des rapports gagnant-gagnant (Shen, 2015 ; The Ministry of Education of the People’s Republic of China. (2020) [2016]: en ligne). Si d’un côté les partenaires gagnent des possibilités d’emploi majeures dans le cadre de la BRI, d’un autre côté la Chine obtient prestige et statut, stimulant le sentiment d’appartenance parmi les Chinois d’outremer (haiwai huaren海外华人) et les minorités ethniques (shaoshu minzu 少数民族) (Gao, 2020 :13).

Pour finir, d’autres chercheurs, dont Tan Honghui, professeur à la Yangze University, dans un article publié dans le London Journal of Research in Humanities and Social Sciences (2018), plaide pour la dissémination du chinois afin de réaliser une sécurité linguistique (linguistic security ; Tan, 2018 : 63). Ce faisant, la langue véhiculerait une sécurité culturelle (Tan, 2018 : 63) (ou bien idéologique ?) qui devrait mener, selon cette théorie, vers une sécurité nationale. Dans le cadre de cette vision, la langue est le médium à travers lequel différentes formes de cultures voyagent : « cultural identity, cultural exchange, cultural rights, cultural ecology and cultural security » (Tan, 2018 : 63); cette dernière, toujours selon l’auteur, étant une condition dans laquelle une nation défend sa souveraineté culturelle et « make the culture sustainable » (Tam, 2018 :63). Selon cette interprétation, les confins des termes « culture » et « idéologie » semblent s’affaiblir. Réifiée, la culture semble être considérée comme un héritage à défendre, comme un environnement en danger à préserver, comme une ressource à rendre soutenable. Véhicule de la culture, la langue apparaît d’ailleurs comme une arme de défense censée protéger l’unité nationale contre les dangers internes et externes.

Le prochain paragraphe mettra en lumière un programme qui fait partie des stratégies pour la dissémination de la langue et de la culture chinoise, le Teaching Chinese to Speakers of Other languages (TCSOL). Une attention particulière sera accordée à son programme de maitrise (MTSCOL).

  1. Le programme Teaching Chinese to Speakers of Other languages (TCSOL)

 « Fasciner à travers la culture, renforcer les liens entre les peuples » (ganshou wenhua meili cujin minxin xiangtong 感受文化魅力 促进民心相通) est le titre d’un article publié le 27 mars 2021 dans le journal People’s Daily et partagé sur le site du Center for Language Education and Cooperation (Zhongwai yuyan jiaoliu hezuo zhongxin中外语言交流合作中心). Cet article soutient que les échanges avec la Chine et l’apprentissage du chinois permettent d’avoir une connaissance plus réaliste de l’histoire et de la culture du dragon de l’Est (Bo, Zhou, Qi, Huan, 2021), permettant d’en « admirer la tolérance, l’ouverture et la créativité » (Bo, Zhou, Qi, Huan, 2021 ; traduction libre). La Chine est toujours plus attentive à son image et aux contenus qu’elle veut véhiculer. Mais qui sont les vecteurs de la culture qu’elle veut diffuser ? L’attention toujours croissante des institutions chinoises envers l’enseignement semble mettre en évidence deux protagonistes : les élèves et les enseignants. Le site internet du Center For Language Education and Cooperation – qui depuis l’année 2020 a remplacé l’ancien Hanban (aussi appelé Confucius Institute Headquarters), organisme gouvernemental affilié au ministère de l’Éducation – présente une panoplie d’offres et d’opportunités pour les élèves et les enseignants qui veulent s’engager dans l’apprentissage ou l’enseignement de la langue et de la culture chinoises.

L’objectif national, manifesté lors de la rencontre pour le lancement du 14e plan quinquennal (2021-2025) pour le développement économique et social national serait de « bâtir une plateforme de communication en langue chinoise, construire un système de communication global de la langue et de la culture chinoises et un système international de normes d’éducation en langue chinoise » (Yin, 2021 : en ligne). Ce projet prend le nom de une plateforme, deux systèmes (yi pingtai liang tixi 一平台 两体系). Évoquant le célèbre slogan « un pays, deux systèmes » énoncé par Deng Xiaoping à propos de la rétrocession de Hong Kong à la République populaire de Chine en 1997, le programme vise à bâtir une plateforme éducative qui, d’un côté, souhaite former des professionnels de la langue et de la culture chinoise, tant à l’étranger qu’en Chine et, de l’autre côté, vise à faire des universités chinoises des pôles d’attraction pour les étudiants internationaux dans tous les domaines (Yin, 2021). L’ambition de la Chine ne s’arrête pas donc à la diffusion du mandarin ; elle vise aussi à renforcer le rôle international des institutions universitaires et du système éducatif.

Afin de « bâtir une quantité suffisante d’enseignants d’excellente qualité » (Yin, 2021), différents programmes d’enseignement du chinois langue seconde (L2) ont été mis en place dans le cadre des certificats TCSOL. Parmi les possibilités offertes par le projet, on trouve des programmes qui se déroulent à l’international, comme le Chinese Language Teacher Volunteer Program – qui, depuis 2004, envoie des milliers d’enseignants à l’international –  et le Cooperation on Teacher Training between Chinese and Foreign Universities, qui propose une coopération entre les universités chinoises et étrangères. D’autres projets, comme le Overseas Chinese Language Teacher Training Program in China et le Master in Teaching Chinese to Speakers of Other Languages attirent des futurs enseignants pour des programmes de formation en Chine (Center For Language Education and Cooperation, s.d. : en ligne).

  1. Un aperçu du Master in Teaching Chinese to Speakers of Other Languages

Des programmes de bourses des Instituts Confucius et des provinces chinoises offrent la possibilité de suivre un programme de maîtrise en enseignement du chinois : le Master in Teaching Chinese to Speakers of Other Languages (MTCSOL). L’objectif de ce programme est de former des enseignants « ayant une solide éthique de travail et une bonne compréhension de la Chine et de la culture chinoise » (Zhejiang University of Science and Technology, s.d : en ligne). Il s’adresse aux étudiants internationaux qui maitrisent le mandarin, mais qui sont surtout « passionnés par la langue et la culture chinoises et dédiés à l’enseignement de la langue, ainsi qu’à la promotion des échanges internationaux entre la Chine et les autres pays » (Zhejiang University of Science and Technology, s.d : en ligne).

Le professeur modèle que le programme vise à créer doit recevoir sa formation sur la base du Manuel de référence du professeur de mandarin à l’international (guoji hanyu jiaoshi biaozhun 国际汉语教师标准, 2007, 2012), dont une nouvelle version mise à jour sortira en juillet 2021. Dans le cadre de ce manuel, les compétences que tous les programmes de MTCSOL doivent développer se déploient en cinq modules. Le premier, vise à former les connaissances et les compétences linguistiques (Ding, 2009), alors que des cours pour la communication interculturelle doivent être offerts pour satisfaire le deuxième module (Ding, 2009). Les cours du troisième module doivent se concentrer sur les théories de l’acquisition d’une langue seconde et les stratégies d’apprentissage, tandis que ceux du quatrième module ciblent l’étude des méthodes d’enseignement. Enfin, le cinquième module créé pour développer des qualités intégrées (zonghe suzhi 综合素质 ; Ding, 2009 ; traduction libre) « décrit principalement la qualité professionnelle des enseignants […] et leur éthique professionnelle » (Ding, 2009 : 14 ; traduction libre).

Selon l’expérience directe en MTCSOL de l’autrice entre 2017 et 2019 au sein de la Liaoning Normal University, le futur enseignant de chinois suit des cours sur les classiques de la pensée philosophique chinoise, sur les arts traditionnels, mais aussi des cours avancés de grammaire, de vocabulaire, de figures de style, de linguistique, etc. L’étudiant est appelé à travailler sur les méthodes d’évaluation et la construction de syllabi ; il/elle étudie les concepts de la psychologie de l’apprentissage d’une langue seconde, analyse les erreurs fréquentes (pianwu 偏误) commises par les apprenants du chinois, etc. Toutefois, une précision importante doit être soulevée : quoique les cours de base soient identiques pour les étudiants internationaux et les collègues chinois, à ces derniers est offert un choix plus vaste, dont des cours obligatoires (mais inaccessibles aux étrangers) sur l’idéologie marxiste-léniniste.

Une fois le programme complété, les étudiants chinois doivent se préparer aux examens pour recevoir l’habilitation à l’enseignement : le Certificate for Teachers of Chinese to Speakers of Other Languages (CTCSOL, guoji hanyu jiaoshi zhengshu 国际汉语教师证书). Les preuves sont articulées en deux examens écrits et deux colloques oraux (mianshi 面试), lesquels prévoient la préparation d’une séance de cours structurée selon la norme apprise au long de la formation (Zhang S. et al., 2017). En outre, depuis 2019, les étudiants provenant des pays signataires des ententes de la BRI peuvent voyager vers Pékin pour participer à ce concours qui, si réussi, fournira une porte d’entrée privilégiée pour un poste d’enseignant dans les instituts Confucius opérant dans les pays d’origine des candidats.

Pourtant, c’est une fois fait retour dans leur pays d’origine que la vraie mission des diplômés va débuter. Ainsi, des témoignages d’anciens élèves, devenus des enseignants de chinois, occupent un espace important à la section News du site Center For Language Education and Cooperation, qui republie les textes parus dans les principaux journaux de Chine. On trouve, par exemple, un article publié dans le journal Xinhua reprenant le témoignage d’une jeune Tanzanienne qui espère pouvoir donner aux élèves « the opportunity to appreciate the charm of Chinese and understand the profound Chinese culture » (Xinhuanet, 2021 : en ligne). On lit aussi une panoplie d’histoires différentes, comme celle d’un enseignant du Pakistan qui a à cœur la réussite aux études de ses élèves (Misbah Saba, Li H., 2021 : en ligne), ou encore, l’histoire d’un éminent sinologue italien qui explique sa technique d’enseignement (Wang X., 2020).

 

Conclusion

« Une langue est un dialecte avec une armée et une marine », affirmait le linguiste Max Weinreich (1894-1969). En effet, le choix d’une langue standard pour la communication, ainsi que les normes qui en configurent le bon usage, sont des conventions étroitement liées à des enjeux de pouvoir étatique. Mais face à un programme pharaonique de développement mondial des infrastructures, à un capital économique impressionnant, à un discours idéologique omniprésent, à un maniement savant du charme d’une culture millénaire, et à un appareil d’institutions qui travaillent, de manière centralisée et efficace, à la formation des étudiants et des futurs enseignants, « une armée et une marine » semblent passer au second plan quant à leur pouvoir de favoriser l’usage d’une langue.

Les efforts draconiens mis par les institutions chinoises sur la diffusion du chinois attirent ainsi une quantité exponentielle d’apprenants internationaux. De plus, le financement des études, les cérémonies, les spectacles, les activités culturelles, les environnements joyeux et multiculturels dans lesquels les étudiants internationaux sont impliqués façonnent les témoins d’une société riche, ouverte et bénévole. Les élèves et les enseignants internationaux deviennent ainsi les témoins de celle qui aime à se considérer comme la vraie Chine, « ouverte, tolérante et créative » (Jiang, Zhou, Ye, Yan , 2021 : en ligne). La gratitude, mais aussi l’impression d’avoir un service à rendre à la Chine sont les sentiments qui accompagneront les élèves témoins dès leur retour dans leur pays.

Du côté de la recherche universitaire, le prestige (Gao, 2020), la sécurité nationale (Tan, 2018), l’augmentation de la valeur de la langue (Li, 2014), ainsi qu’une augmentation du capital symbolique, culturel, social et économique – pour emprunter les célèbres termes de Bourdieu (1979) – semblent être les objectifs que la promotion de la langue chinoise veut atteindre. La dissémination de la langue et la culture semble ainsi huiler les rouages de la Belt and Road Initiative et fait des élèves et des enseignants du futur les véhicules du soft power chinois.

Ainsi, des photos de jeunes du monde entier envahissent les sites web chinois et sont affichées aux murs le long des couloirs des établissements universitaires. Des étudiants de partout dans le monde s’exhibent dans des spectacles souvent organisés en leur honneur. De jeunes universitaires sont filmés et photographiés lors des compétitions et des évènements. Vêtus de qipao (旗袍) et d’autres vêtements traditionnels chinois, ces mêmes étudiants-témoins participent à des concours de calligraphie, chantent des chansons traditionnelles et s’affrontent pour tester leur connaissance de la langue et de la culture chinoise lors des compétitions internationales et des concours d’éloquence. Mais indépendamment de la nature de l’activité, toute expérience sera ponctuellement marquée par le fatidique mot de la fin : « Je t’aime, Chine ! » (Wo ai ni, Zhongguo ! 我爱你中国!).

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[1] Fondé en 1921, le Front Uni travaille dans la consolidation de la légitimité et du pouvoir du Parti communiste chinois (PCC) parmi les masses. Lors de sa fondation, il visait surtout à rallier les élites traditionnelles, non communistes, au projet du Parti et à renforcer la coalition contre les ennemis du PCC. Considéré par Mao comme sa troisième arme magique (sangge dafa bao 三个大法宝), le Front Uni a travaillé dans le cadre du renforcement de l’autorité et de la légitimité du PCC tant en Chine qu’à l’étranger, élargissant son ingérence aussi dans le milieu économique mondial (Groot, 2018). Aujourd’hui, depuis la réforme de Xi Jinping menée à partir de 2015, le Front Uni englobe plusieurs départements, bénéficiant d’un pouvoir toujours plus centralisé (Groot, 2018).