Recension. La guerre d’après – La Russie face à l’Occident.

Regards géopolitiques 11(3), 2025

Carlo Masala (2025). La guerre d’après – La Russie face à l’Occident. Paris, Grasset.

Le titre original en allemand de ce court récit de 165 pages « Wenn Russland gewinnt. Ein Szenario » que l’on pourrait traduire par « Quand la Russie gagne. Un scénario » donne une idée plus claire du contenu. Le livre appartient en effet à la grande catégorie des romans de politique fiction, genre qui a connu son heure de gloire dans les années 1970 – 1980 et subsiste encore aujourd’hui. Plus spécifiquement, il se range dans la sous-catégorie des romans de politique fiction dits « sérieux » qui aspirent à la crédibilité, à une forme d’anticipation rationnelle, plutôt qu’à la fiction pure, et des thématiques centrées sur les relations internationales plutôt que sur les aspects militaires proprement dits.

Les amateurs de romans de Tom Clancy, dont le fondateur « Tempête rouge » (Albin Michel, 1987) et ses nombreux imitateurs seront déçus. Il ne s’agit pas ici d’un « techno-thriller » bourré de détails technologiques réels ou supposés sur le matériel militaire des parties en présences mais du résumé d’un scénario politique et stratégique hypothétique dans un futur proche. En ce sens, il se rapproche plus du roman The Third World War du général Sir John Hackett (Mac Millan, 1978) ou de Dragon Strike de Humphrey Hawksley et Simon Holberton (Sidgwick & Jackson, 1997, non traduit), mais là encore, ces livres sont d’un certain niveau de technicité et de détail dont ne s’embarrasse pas le présent ouvrage.

L’auteur, d’origine italo-autrichienne, est directeur de plusieurs centres de recherche et professeur à l’université de la Bundeswehr[1]à Munich, vaste établissement de 3 000 étudiants qui n’a pas d’équivalent en France puisqu’il engloberait les écoles de sous-officiers, d’officiers et l’Ecole de Guerre.  Il est l’auteur de plusieurs ouvrages traitant de relations internationales en langue allemande (non traduits) depuis 2022.

Le récit

Une introduction ouvre le livre sur les nouvelles conditions de la conflictualité en Europe, dont la guerre en Ukraine n’est qu’une des composantes.

Puis le scénario de politique fiction débute avec un coup de main russe brutal, spectaculaire et ultra-rapide en mars 2028 sur la ville estonienne de Narva, frontalière de la Russie à l’extrême est du pays, et un débarquement nocturne sur l’ile de Hiiumaa, 300 km plus à l’ouest, à l’entrée du golfe de Finlande.

La prise de Narva, aidée par un noyautage préalable intensif et la distribution secrète d’armes légères à des éléments russophones de la ville, est achevée en une nuit. Le débarquement d’un solide contingent de 400 troupes d’infanterie de marine sur Hiiumaa également.

Les 2 300 soldats de l’OTAN présents dans le pays, dont 600 fantassins américains à Vöru, à 180 km au sud-ouest de Narva, pris de vitesse, n’ont pas réagi. Même si l’auteur ne le mentionne pas explicitement, il semble que les forces aériennes et navales de l’OTAN présentes dans les pays baltes n’aient pas réagi non plus.

L’auteur enchaîne suite sur un long retour en arrière de trois ans avant les évènements.

D’abord, un cessez-le-feu sur le front Ukrainien que l’auteur présente comme une lourde défaite ukrainienne, une véritable capitulation, l’Ukraine devant céder 20% de son territoire à la Russie et l’arrêt des combats étant assorti d’une clause permanente de non-adhésion à l’OTAN. Lâchée par les Américains, les européens étant plus que jamais divisés et impuissants, l’Ukraine n’a pas d’autre choix.

C’est ce moment que choisit le président russe pour démissionner à la surprise générale et nommer à sa place un économiste de 38 ans réputé « modéré ».

Les années suivant cet armistice sont dures pour l’Ukraine : violations des droits de l’homme et guérilla latente dans les territoires occupés par la Russie ; désordre et pauvreté dans une Ukraine impossible à reconstruire rapidement, où le président Zelenski finit par perdre les élections.

En parallèle, le centre de gravité politique de l’Europe s’est encore une fois déplacé, avec entre autres l’élection d’un président français issue d’un parti d’extrême droite. Le continent est divisé sur la politique à mener vis-à-vis de la Russie et de son nouveau président, et manquant de ressources peine à se réarmer et continue de souffrir de déficits capacitaires graves. Les effectifs militaires américains en Europe sont finalement réduits, et au sein de l’OTAN on doute du réalisme des plans opérationnels de défense du flanc nord-est de l’alliance. La perspective de la menace s’estompe, sauf en Europe du Nord, pendant que la Russie, avec l’aide intéressée des grandes économies émergentes, se réarme à une vitesse accélérée.

La Russie met alors au point un plan, qu’elle assimile sur le plan opérationnel et politique à l’équivalent de la remilitarisation de la Rhénanie par l’Allemagne en 1936, pour capitaliser sur les faiblesses de l’OTAN tout en neutralisant ses points forts. En parallèle, une guerre hybride sera menée par la Russie et ses partenaires pour déstabiliser l’occident et le forcer à regarder ailleurs.

Une vaste opération migratoire clandestine est organisée depuis l’Afrique de l’Ouest vers l’Europe par la Méditerranée : les européens mordent à l’hameçon et transfèrent une grande partie de leurs forces navales de la Baltique vers la Méditerranée.

La Chine provoque de violents incidents navals en mer de Chine du Sud qui attirent d’importants moyens aéronavals américains dans la zone.

C’est à ce moment que les coups de main sur Narva et Hiiumaa se produisent. Ils s’accompagnent d’une poursuite de la guerre hybride menée jusque-là : assassinat du président d’une grande entreprise du complexe militaro-industriel allemand[2] ; attentats contre la principale base navale britannique de SNLE[3] sur l’estuaire de la Clyde ; chantage et menaces nucléaires menés directement auprès du conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis.

La Russie procède alors à une opération militaire de propagande : un SNLE de la classe Borei s’approche de l’ile Hans, minuscule territoire situé dans l’Arctique au nord de la mer de Baffin entre le Groenland et l’île canadienne d’Ellesmere et ayant fait longtemps l’objet d’un contentieux territorial entre le Danemark et le Canada[4], et des nageurs de combat russes y déposent une boite de caviar et une bouteille de vodka, prouvant ainsi la capacité d’un SNLE de s’approcher des côtes américaines.

Lorsque les chefs d’état de l’OTAN se réunissent quelques jours plus tard, le plan russe fonctionne : les présidents français, américains, hongrois et slovène refusent d’invoquer l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord. On devine que l’OTAN est en train d’imploser, et la scène finale montre les présidents russes et chinois se congratulant au téléphone : l’Occident n’est plus maître du jeu et une nouvelle ère s’ouvre.

Une critique stratégique et tactique.

Un certain nombre d’imprécisions, voire d’absurdités, nuisent à la crédibilité de la partie opérationnelle du récit. L’absence regrettable de la moindre carte dans le livre rendent ces absurdités plus difficile à détecter. On en trouvera ci-dessous quelques-unes où le recenseur jouera en quelque sorte le rôle de l’adversaire dans ce Kriegspiel[5].

Narva est bien une ville frontalière avec la Russie, à l’extrême est de l’Estonie, face à son équivalent russe Ivangorod. Mais les deux villes sont séparées par la rivière Narva, qui ne fait jamais moins de 140 m de large et sur laquelle ne passent que trois ponts (un pont routier à arches, un pont ferroviaire métallique et un pont-barrage avec une centrale hydro-électrique retenant l’eau du lac de Narva, avec une hauteur de chute de 25 m). L’auteur a-t-il envisagé que les troupes estoniennes puissent faire sauter ces ponts et le barrage à la première menace, retardant l’invasion des quelques heures nécessaires pour permettre aux troupes sous commandement britannique à moins de 150 km d’être engagées ?

Bilan alternatif proposé : Après une journée de durs combats, Narva tombe aux mains des troupes russes qui ne cessent de recevoir des renforts. Les unités britanniques arrivées en début de journée sur les lieux, après quelques escarmouches, se positionnent en bouchon à la sortie de la ville.

L’invasion de Hiiumaa pose des problèmes encore plus insolubles. L’île se situe à la sortie du golfe de Finlande et Kronstadt, la base navale de la flotte russe de la Baltique, est au fond du golfe, proche de la ville de Saint Pétersbourg, soit un trajet de l’ordre de 430 km. A la disposition de la flotte de la Baltique pour mener à bien l’invasion, un seul LST[6] de la classe Ropucha, l’Alexandre Shabaline (les autres LST de la classe Ropucha ont été déployés en mer Noire et plusieurs d’entre eux ont été endommagés ou détruits par les Ukrainiens) une demi-douzaine de LCI[7] et comme escorte deux frégates de la classe Neustrashimy et deux corvettes de la classe Steregushchiy. Le navire amiral de la flotte de la Baltique, un destroyer de la classe Sovremenny, est en réparation depuis 2019 et rien n’indique qu’il sera remis en service en 2028. On accordera à cette flotte russe la vitesse de 18 nœuds, qui est la vitesse maximale d’un Ropucha et sans doute un peu généreux, car les LCI ne peuvent sans doute pas tenir cette vitesse. Il faut donc plus de 13h à la flottille russe pour parcourir la distance entre Kronstadt et Hiiumaa, ce qui, pour débarquer avant l’aube vers 4h du matin, l’oblige à partir à 15h de Kronstadt en navigant dans l’étroit corridor des eaux internationales (15 km de large en moyenne) entre Estonie et Finlande. Le passage au crépuscule du 26 mars 2028 de la flottille à 35 km d’Helsinki et 35 km de Tallinn ne manque pas de panache, mais il est virtuellement impossible aux dispositifs d’alerte Finlandais (membres de l’OTAN, ils ne sont nullement concernés par les opérations hybrides en Méditerranée et disposent de tous leurs moyens) et Estoniens de ne pas la repérer, et de se poser des questions sur ces bâtiments amphibies visiblement chargés jusqu’au franc-bord de blindés et de troupes d’assaut. Dans le pire des cas, ils se feraient repérer à vue par la vedette des douanes finlandaises… Puisqu’il s’agit de politique fiction, le recenseur estime que le commandant russe ferait aussi bien d’emmener avec lui la fanfare de la flotte tant la furtivité de l’opération apparaît illusoire ! La patrouille d’alerte OTAN[8] basée à Siaulai (Lithuanie) est à 20 minutes de vol et celle de Ämari (Estonie) est encore plus près ; eux non plus ne sont pas concernés par les opérations hybrides en Méditerranée : ils n’auraient aucun mal à obtenir de Ramstein[9] l’autorisation d’une démonstration de force (un passage de deux F-16 à Mach 1 devant l’étrave de l’Alexandre Shabaline au plancher opérationnel de 30 pieds[10], soit 12 m d’altitude, devrait donner du travail aux vitriers de Kronstadt). Les chasseurs-bombardiers pourraient engager les bâtiments russes si ceux-ci violent les eaux territoriale Estoniennes en franchissant la limite des 12 milles nautiques. Bien sûr, les frégates russes (sans parler des chasseurs Su-35 basés à Kaliningrad) peuvent engager les avions de l’OTAN et les corvettes lance-missiles finlandaises, mais dans tous les cas le résultat est le même : l’effet de surprise est perdu.

Bilan alternatif proposé : Soit l’escadre russe rebrousse chemin (cas le plus probable), soit le débarquement échoue avec de lourdes pertes.

Troisième épisode peu crédible : le coup de bluff sur l’ile Hans. L’auteur omet de signaler que le détroit de Nares, au centre duquel se situe cette petite île, est un bras de mer de 700 km de long entre le Groenland et l’île d’Ellesmere, peu profond par endroits, dangereux pour la navigation, et dont la largeur minimale est inférieure à 30 km. La base aérienne américaine de Pituffik (ex-Thulé) au Groenland est à moins de 500 km. Risquer un SNLE ultra-moderne[11] dans une mer aussi fermée alors qu’il dispose à proximité des vastes espaces de l’océan Arctique et de l’Atlantique relève déjà de l’hérésie en « grammaire » nucléaire. Le faire venir en surface revient à l’exposer non seulement le faire repérer en l’exposant à tout ce dont les Etats-Unis disposent en matière de capteurs, incluant les satellites, mais aussi à l’obliger à une longue course d’évasion à travers le détroit à faible profondeur : 8 heures à 25 nœuds[12] pour retrouver une mer à peu près libre, assez de temps pour l’OTAN pour positionner un avion de patrouille maritime P8 Poseidon, ou un P3 Orion canadien, à la sortie du détroit et d’en enregistrer pour le compte de toutes les bases de données occidentales le détail de sa signature acoustique[13]. Qui plus est, l’emplacement de l’île Hans ne présente pas le moindre intérêt en termes de position de tir (d’autres zones de l’Arctique en mer libre sont nettement plus proches des cibles) si l’on souhaite exercer une gesticulation nucléaire sur le thème de la première frappe surprise. Sachant que la doctrine russe immuable depuis un demi-siècle est de cantonner les patrouilles de SNLE dans le « bastion » solidement défendu de la mer de Barents et de l’Arctique proche, et que les SNLE modernes peuvent naturellement tirer en immersion périscopique, cet épisode est passablement farfelu. L’auteur pouvait obtenir un résultat similaire et plus crédible sans risquer un précieux SNLE en envoyant des nageurs de combat déposer leur bouteille de vodka depuis un SNA de la classe Chtchouka (Akula en classification OTAN). Très rapide, furtif, capable de tirer des missiles de croisière à tête nucléaire, l’Akula est aussi un puissant message politique.

Bilan alternatif proposé : Après quelques réunions animées à l’amirauté, le projet est modifié. Le Gepard, un SNA récent de type Akula, se rapproche en plongée, à proximité de l’île Hans et y déploie brièvement des nageurs de combat avant de s’éloigner rapidement. Moins spectaculaire, l’avertissement n’en garde pas moins toute sa valeur auprès des états-majors.

Une critique politique

Si le livre souffre de ses invraisemblances sur le plan opérationnel, pour résumer par un manque d’analyse fine des moyens de riposte de l’OTAN, il est mieux construit sur le plan politique (donc sur la volonté de riposte). Dans ce domaine, les problèmes apparaissent plus comme des partis-pris scénaristiques que comme des erreurs et relèvent donc des choix narratifs de l’auteur. Un de ces choix pose tout de même question, c’est celui de présenter un hypothétique cessez-le-feu sur la ligne de front dans la guerre en cours avec l’Ukraine comme une capitulation ukrainienne. C’est faire fi des objectifs de départ de la Russie qui étaient l’occupation rapide de l’ensemble du territoire ukrainien et la création d’un état croupion hostile à l’Occident. On pourrait argumenter que tout ce qui n’atteint pas ces objectifs est un échec stratégique pour la Russie et voir dans le cessez-le-feu ce qu’il est : un match nul sanglant.

En revanche, le récit décrit avec pertinence l’émergence d’un nouvel alignement dans les relations internationales qui rend envisageable le scénario militaire. Les composantes décrites par l’auteur en sont :

  • Un exécutif américain plus isolationniste que jamais, faisant litière des traités et alliances traditionnels au profit d’une vision étroite et à court terme des intérêts de Etats-Unis ; position renforcée par une dilution des valeurs morales mettant les régimes autoritaires au même niveau que les démocraties ; et une crainte irrationnelle d’un conflit généralisé.
  • Une Europe qui dérive politiquement vers l’extrême-droite au point de présenter un véritable front commun des « démocraties illibérales ». L’auteur mentionne le refus d’activation de l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord par la Hongrie, la Slovénie, l’Europe du Sud (sans entrer dans le détail : donc quid de l’Italie ?), et la France, qui est le véritable point de bascule du scénario en raison de son poids politique et militaire.
  • Une Russie qui a, depuis le cessez-le-feu en Ukraine, habilement réussi à masquer ses véritables objectifs en se dotant d’une façade « modérée » alors que les fondamentaux impériaux (recréer un périmètre de contrôle politique similaire à celui de l’URSS et son glacis traditionnel à l’Ouest) subsistent. Cette façade suffit réactiver les tendances pro-russes d’une partie de la société européenne qui avaient été réduite au silence par la guerre en Ukraine).

Pour intéressant qu’il soit, le scénario politique présente plusieurs faiblesses. On a vu que le scénario de cessez-le-feu en Ukraine posait en soi problème ; deux biais sont identifiable dans le scénario de l’auteur : un germano-centrisme et un « OTAN-centrisme ».

Dans le récit, l’Allemagne est le bon élève de l’histoire et ne cesse de vouloir défendre la moindre parcelle du territoire Européen, ici en soutenant l’invocation de l’Article 5. C’est oublier les tendances centrifuges au sein même de la vie politique allemande, où l’on entend des voix s’élever pour un rapprochement avec la Russie symbolisé par une réouverture des gazoducs en mer Baltique. Si l’Allemagne accomplit sa part de la présence militaire occidentale dans les pays baltes, il n’est pas évident que le chancelier fédéral puisse prendre une position aussi tranchée que celle du scénario proposé.

L’autre biais du scénario, très révélateur du caractère « OTAN-centrique » des élites militaires allemandes, est l’absence presque totale de mention de l’Union Européenne en tant qu’acteur politique – à croire en lisant le livre qu’elle n’existe quasiment plus. Or, le Traité de Lisbonne comporte des clauses d’assistance mutuelle[14]  qui pourraient s’avérer d’un emploi plus souple que l’Article 5 du Traité de l’Atlantique Nord. L’UE a d’ailleurs été depuis le début de la crise un acteur majeur de l’aide financière et militaire à l’Ukraine.

Un dernier point mérite attention : dans le livre, les stratèges russes font l’analogie de leur opération avec la remilitarisation de la Rhénanie en 1936[15]. Certes, cette opération fut un succès qui illustra la faiblesse de la réponse des démocraties, mais dix ans et une guerre mondiale plus tard, ces mêmes démocraties avaient prévalu. Il y a donc des limites à cette perspective historique. Impliquer que l’occupation d’une petite ville frontalière Estonienne signifierait la dissolution de l’OTAN est une affirmation à nuancer au regard de l’évolution des capacités de réaction des démocraties, que l’on appelle familièrement la « théorie de l’édredon »[16]. La suite du scénario, qui reste à écrire, pourrait très bien être un sursaut de l’occident et en particulier de l’Union Européenne face au caractère manifestement existentiel d’une telle menace extérieure.

Les choix de l’auteur, pour critiquables qu’ils soient, ne remettent pas en cause la pertinence du scénario : c’est une des libertés que permet la politique-fiction. Malgré ses faiblesses, il représente une des évolutions possibles de la situation géopolitique de l’Europe. Comme nous le rappelle l’auteur, il donne dès à présent au lecteur matière à réflexion et action afin de se prémunir contre sa réalisation.

Jérôme Le Roy

Juillet 2025

[1] L’armée de la République Fédérale Allemande, créé en 1955, que l’on pourrait traduire en Français par « force de défense fédérale ».

[2] La ressemblance avec la tentative d’assassinat du Directeur Général de Rheinmetall en 2024 est évidente.

[3] Sous-Marin Nucléaire Lanceur d’Engins – SSBN en Anglais. Les SNLE sont le principal vecteur de la dissuasion nucléaire en raison de leur capacité de seconde frappe, c’est-à-dire de leur capacité à riposter après que leur pays ait subi une première frappe nucléaire détruisant ses moyens de riposte basés à terre.

[4] L’île, qui fait 1 500m dans sa plus grande dimension, est partagée entre ces deux pays depuis 2022.

[5] Vieille tradition popularisée par l’état-major impérial allemand et très pratiquée de nos jours dans les écoles de guerre, le Kriegspiel (wargame en anglais) que l’on peut traduire en français par « jeu de guerre » ou mieux encore par « jeu de simulation stratégique et tactique » permet de simuler, avec différents degrés de précision, les conflits armés présents, passés et futurs. De nombreux wargames très professionnels sont disponibles dans le commerce, avec ou sans l’aide de l’informatique.

[6] LST : Landing Ship Tanks – navire amphibie transporteur de chars.

[7] LCI : Landing Craft Infantry – chaland de débarquement d’infanterie.

[8] NATO Baltic Air Policing : permanence opérationnelle d’au moins quatre avions de chasse assurée par rotation par les membres de l’Alliance Atlantique.

[9] Le QG Air de l’OTAN

[10] Il existe de nombreux témoignages de pilotes décrivant ce type d’opération à très basse altitude. Les avions de la seconde guerre mondiale volaient nettement plus bas.

[11] La classe Borei est la plus moderne des classes de SNLE russes. 8 ont été construits. Un Borei emportes 16 missiles balistiques intercontinentaux Bulava (SS-N-32 en classification OTAN) à têtes multiples. Un Borei en patrouille de dissuasion peut représenter à lui tout seul 25% ou plus du potentiel russe de seconde frappe.

[12] A cette vitesse et à faible profondeur, tous les sous-marins, même les plus silencieux, « cavitent » c’est-à-dire que le déplacement génère des bulles d’air le long de la coque et de l’hélice, qui accroissent fortement le bruit rayonné.

[13] La localisation exacte des patrouilles de SNLE est classée secret défense pour un siècle, même si on en connaît les zones approximatives. Localiser un SNLE russe et l’observer en détail est une occasion qui ne se refuse pas : même le nombre et la géométrie des pales de son hélice propulsive sont classés secret défense.

[14] Article 47.2 du Traité de l’Union Européenne. Article 222 du Traité sur le Fonctionnement de l’Union Européenne.

[15] Le 7 mars 1936, en violation du traité de Versailles et des accords de Locarno, la Wehrmacht occupa militairement la rive gauche du Rhin sans réaction militaire des vainqueurs de 1918.

[16] Il ne s’agit pas à proprement parler d’une théorie mais plutôt d’une métaphore politique et historique comparant la réaction des démocraties face à une menace à celle d’un édredon dans lequel on enfonce le poing. Au début, l’édredon cède mais il se durcit progressivement au point de devenir bloquant.

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