RG, vol10, n3, 2024
Jean-François Dupré (2024). Hong Kong conquise. Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal.
Comment, en quelques décennies à peine, le régime chinois a-t-il réussi à asseoir son contrôle politique sur l’ancien territoire britannique ? L’auteur, professeur à la TÉLUQ, politologue spécialiste de l’Asie de l’Est, connait bien Hong Kong pour y avoir vécu plusieurs années. Il livre ici, à travers cet essai (64 pages), une analyse descriptive de la stratégie déployée par le gouvernement chinois pour accélérer la prise en main politique de l’ancienne colonie britannique rétrocédée à la Chine en 1997.
Le compromis élaboré avec Londres en 1984 prévoyait une transition de longue durée, avec une forte autonomie économique (avec une monnaie et un territoire douanier distincts), juridique, politique. Pendant 50 ans, Hongkong doit pouvoir bénéficier du principe, initialement développé pour séduire Taiwan, d’ « un pays, deus systèmes ».
Conscient que la population hongkongaise était largement constituée d’opposants au régime communiste, Pékin s’efforce de se faire rassurant, avec comme argument complémentaire un fort succès économique qui attire, au tournant du siècle, un certain retour d’expatriés. La Loi fondamentale, quoique très ambigüe, évoque clairement une réforme politique et la mise en œuvre d’un processus de démocratisation. L’image d’une Chine respectueuse de son engagement de 1984 a pu faire illusion pendant plusieurs années.
L’auteur expose, tout au long des pages de son exposé historique, les mécanismes de la prise de contrôle politique du territoire. Le procédé s’est déroulé en plusieurs étapes. Tout d’abord, Pékin a favorisé la cooptation des élites économiques locales, leur garantissant un cadre pour poursuivre l’expansion économique tout en leur offrant des promotions politiques au sein de l’appareil gouvernemental de Hongkong.
Dans ce processus, le régime a su utiliser la contestation des partisans de la réforme démocratique, dont une frange s’est radicalisée dans son opposition au régime en arguant de la mauvaise foi du régime de Pékin, comme un prétexte pour accélérer sa mainmise politique sur la base d’arguments de sécurité, une tendance qui s’est manifestée lors du soulèvement de 2019 et de l’imposition de la Loi sur la sécurité nationale, qui a constitué le coup de grâce dans le processus d’assujettissement politique de la ville.
L’expérience hongkongaise a suscité de nombreux échos, non seulement du fait de la gestion par la Chine de la transition politique pourtant négociée avec les Britanniques et qui garantissait en théorie l’autonomie politique du territoire jusqu’en 2047, mais aussi parce que Pékin a utilisé initialement le même argument pour dorer son image auprès de la population de Hongkong que celui mis de l’avant pour séduire Taiwan. Dans ces conditions, une partie non négligeable de l’opinion taiwanaise s’est détournée de l’offre chinoise d’ « un pays, deux systèmes » : la subjugation politique de Hongkong est-elle un accident de parcours, ou l’illustration des méthodes du régime, qui par ailleurs se radicalise fortement depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping ?
Le lecteur trouvera dans cet essai, de lecture agréable, un exposé des méthodes politiques qui ont permis au gouvernement chinois de précipiter sa prise de contrôle du territoire en principe autonome de Hongkong.
Frédéric Lasserre
Directeur du CQEG
