Faillite de l’État congolais et ethno-sécurité Tutsi à l’Est de la RDC

Regards géopolitiques, v9 n4 (2023)

Jean Paul Bagabo Richard

Doctorant en études internationales à l’École supérieure d’études internationales de l’Université Laval, au Canada. jean-paul.bagabo-richard.1@ulaval.ca , richbagab@gmail.com

Détenteur d’un Master en Development Studies à Kigali Independent University « ULK », au Rwanda. Enseignant et chercheur au département de science politique de l’Université de Goma, en RD Congo. Également intervenant dans le programme de peacebuilding à l’International Centre of Nonviolence (ICON), Durban University of Technology, en Afrique du Sud, depuis 2021. Les intérêts de recherche incluent les études de migration, la violence politique, les conflits armés et paix, l’analyse géopolitique de l’Afrique des Grands Lacs en intégrant les facteurs environnementaux et de développement.

Résumé : L’interminable violence en République démocratique du Congo (RDC) est inscrite dans la faillite de l’État ne parvenant pas à assurer la sécurité de la population et l’intégrité territoriale. Cette situation est entretenue par les acteurs politiques impliqués dans les conflits à l’Est de la RDC, utilisant la fibre ethnique pour leurs gains politiques et géopolitiques. L’« anti-tutsisme », idéologie considérant la population tutsi comme bouc émissaire de la crise congolaise, est exploité par, d’une part, des politiciens congolais en quête de positions de pouvoir mobilisant l’animosité contre les Tutsi ; d’autre part, le gouvernement rwandais se portant protecteur des Tutsi pour avancer son agenda: expansion territoriale vers le Kivu/RDC. Cet article examine le rôle que joue la faillite de l’État congolais dans l’instrumentalisation ethnique pour les avantages politiques et géopolitiques.    

Mots-clés : État, Tutsi, conflit, ethnicité, RD Congo-est.

Abstract : The interminable violence in the Democratic Republic of Congo (DRC) is a part of the State’s failure to ensure the security of population and territorial integrity. This situation is maintained by the political players involved in the conflicts in eastern DRC, using the ethnic fiber for their political and geopolitical gains. « Anti-tutsism », ideology that sees the Tutsi population as scapegoats for the Congolese crisis, is exploited by, on the one hand, the Congolese politicians seeking power positions that mobilise animosity against the Tutsi ; on the other, the Rwandan government acting as protector of the Tutsi to advance its agenda : territorial expansion towards Kivu/DRC. This article examines the role the Congolese state failure plays in ethnic manipulation for political and geopolitical advantages.

Keywords : State, Tutsi, conflict, ethnicity, East-DR Congo.

Note liminaire : La République démocratique du Congo (RDC) a connu une succession de noms différents, partant de l’État indépendant du Congo, 1885-1908 ; du Congo belge, 1908-1960 ; de la République du Congo, 1960-1964 ; de la RDC, 1964-1971 ; de la République du Zaïre, 1971-1997 ; de la RDC, 1997 jusqu’à nos jours.

Introduction

Après les indépendances des pays de la sous-région des Grands Lacs Africains (Burundi, Ouganda, RDC et Rwanda) de 1960 à 1962, ces États postcoloniaux ont été caractérisés par les crises institutionnelles, politiques ainsi que les guerres civiles. Ces crises ont pour origine  la gestion catastrophique de l’accès du Congo belge à l’indépendance par la Belgique dans le contexte de la guerre froide où le premier ministre congolais Lumumba appelant le soutien de l’URSS d’une part ; et d’autre part, la Belgique et les États-Unis soutiennent les guerres de sécession des provinces du Katanga et du Sud-Kasaï riches en minerais en 1960, et puis le coup d’État de Mobutu en 1965 pour garder leur zone d’influence dans la région (Traore, 2013).

En 1989, la chute du mur de Berlin marque la fin de la guerre froide et l’avènement des vagues de la démocratisation : début  du multipartisme en Afrique en général et en RDC en particulier. Ce phénomène s’accompagne de la mobilisation politique de l’ethnicité par des acteurs, ceux-ci tentant d’utiliser le levier ethnique pour attirer les sympathies des populations, mais contribuant à précipiter l’effondrement de l’État congolais au lieu de le renforcer à travers la recherche d’une légitimité politique renouvelée des dirigeants (Ajello, 2013). Dans la province du Nord-Kivu à l’Est de la RDC, les luttes ethniques s’exacerbent entre les groupes Hunde, Nande, Nyanga, et Tembo dits « autochtones » contre les groupes banyarwanda[1] Hutu et Tutsi dits « allogènes » (population de culture rwandaise vivant en RDC depuis des générations). Face à cette situation, l’État congolais s’est vu incapable de maintenir l’ordre relatif ou un minimum de sécurité intérieure dans ses frontières.

La dernière décennie du XXe siècle, qualifié de « chaotique » par Roland Pourtier (2021), a été marquée par la tragédie du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994, qui a été arrêté grâce à la victoire du Front Patriotique Rwandais (FRP), un mouvement armé majoritairement tutsi, dont plusieurs membres étaient exilés en Ouganda et en RDC depuis 1959 (HCR, 1984). Après avoir perpétré le génocide au Rwanda, les membres de la milice « interahamwe » constitués des extrémistes hutu rwandais sont entrés en RDC avec armes et bagages, profitant de la déliquescence du pouvoir congolais de l’époque pour s’attaquer aux Tutsi congolais ou Banyamulenge (Tutsi du Sud-Kivu) et au régime du Rwanda post-génocide depuis le territoire congolais. La poursuite de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) contre la milice interahamwe, a ainsi déclenché pour le gouvernement rwandais la première guerre de la RDC dite la guerre de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Zaïre (AFDL) en 1996-1997 et s’en est suivi d’autres guerres décidées par le Rwanda et l’Ouganda (guerres du RCD en 1998-2003, du CNDP et M23[2] de 2005 à nos jours). Et parfois des affrontements ont opposé les armées de ces deux pays (Ouganda et Rwanda) pour le contrôle des sites miniers et les intérêts géostratégiques, le cas de la guerre dite des six jours à Kisangani/RDC en 2000 (Kadiebwe, 2009). Ces dernières ont connu dans une certaine mesure des résistances des milices locales « Maï-maï » de groupes « autochtones ». Toutes ces guerres ont été marquées par deux ambitions majeures du Rwanda, d’une part, la neutralisation de la menace de la milice interahamwe loin de ses frontières, à travers le contrôle de territoires en RDC procurant une profondeur stratégique ; et d’autre part, l’occupation directe ou indirecte d’une partie des provinces du Kivu par le Rwanda où il revendique des « droits historiques » (Braeckman, 1999 et Mararo, 2002). 

Au regard de ce qui précède, cette réflexion tente de poursuivre un double objectif : en premier lieu, identifier en quoi la menace sécuritaire contre les Banyarwanda de la RDC surtout les Tutsi est consécutive à la faillite de l’État congolais. En second lieu, montrer la manière dont la faillite de l’État congolais est un catalyseur de l’instrumentalisation des facteurs ethniques à des fins politiciennes et géopolitiques. 

Pour expliquer les comportements des acteurs politiques et sociaux impliqués dans les conflits armés congolais en contexte de la crise de l’État, les méthodes compréhensive et interactionniste sont employées. La méthode compréhensive développée par Max Weber s’intéresse à la manière dont les acteurs sociaux comprennent la réalité dans laquelle ils évoluent et le sens qu’ils donnent à leurs actions. Dans cette méthode, l’analyse des discours occupe une place importante, car elle permet la mobilisation politique. Contrairement à la méthode compréhensive abordant le « dire », la méthode interactionniste se focalise sur le « faire » c’est-à-dire l’action qui est le produit des acteurs en interaction avec les autres. La capacité d’agir et d’influer sur des acteurs sociaux dans leur environnement social ou politique dépend de facteurs externes ; ceux-ci peuvent faciliter les prises de décision et les actions des individus mais aussi les entraver. La mise en relation de ces méthodes permet de confronter les changements sociaux aux actions conduites par les acteurs et à leurs représentations mentales (Morvan, 2005 et Verhaegen,1993).  

1. Faillite de l’État congolais et problématique de la sécurité des Tutsi     

A. Analyse du concept « État fragile » au regard de la crise congolaise

Les nouveaux États postcoloniaux en Afrique se sont dotés du modèle de l’État occidental au sens wébérien : l’État comme « une entreprise politique de caractère institutionnel dont la direction administrative revendique avec succès, dans l’application des règlements, le monopole de la contrainte physique légitime » (Braud, 2017 : 199). Bien que ces États postcoloniaux assument théoriquement cette mission de la protection territoriale et de la population, ils ont du mal à l’exercer ; ce qui pousse certains spécialistes (Chataigner, 2013 et Roche, 2010 notamment) à les qualifier d’« États faillis ». De même, ces États ont des difficultés à développer une certaine protection sociale, mission assignée à l’État providence, mais ce n’est pas ceci qui en fait des États faillis, car ce concept renvoie à l’impuissance généralisée de l’État.

La crise de l’État postcolonial est interprétée différemment par les spécialistes en science politique dont certains parlent de l’effondrement de l’État ou « state collapse » (Zartman, 1995), de la privatisation de l’État (Bayard, 2006), de l’État importé (Badie, 1992), de l’État failli/défaillant « Failed/Failing State » (Woodward, 2017), de la distinction de l’État vulnérable de l’État en crise (USAID, 2005), etc.  Selon François Gaullume (2011), la définition universitaire la plus précise d’États fragiles, relativement aux notions connexes comme États faillis ou défaillants, est à ce jour celle de crisis states (État en crise). Chataigner (2013) souligne que le Research Centre de la London School of Economics and Political Science (LSE) rattachait sa définition du Failed State à la notion de state collapse, définie comme « une situation où l’État est incapable de remplir ses fonctions de base, et notamment d’assurer la sécurité intérieure comme extérieure » (Chataigner, 2013 :189).  

L’USAID utilise le terme d’« États fragiles » pour désigner généralement un large éventail d’États défaillants, elle distingue les États vulnérables d’États en crise. Les « États vulnérables » sont définis comme incapables ou peu désireux d’assurer de manière adéquate la fourniture des services de sécurité et de base à des parties importantes de leur population où la légitimité du gouvernement est en cause ; tandis que les « États en crise» sont définis comme ceux où le gouvernement central n’exerce pas de contrôle significatif sur son propre territoire ou est incapable ou peu disposé à assurer la fourniture de services vitaux à des parties importantes de son territoire où la légitimité du gouvernement est faible ou inexistant et où les conflits violents sont une réalité ou un grand risque (Dubuy, 2012). L’État fragile recouvre plusieurs stades de fragilité étatique. Chataigner (2013 : 189) précise « un État en crise était en danger d’effondrement (state collapse), car il est soumis à un stress aigu, alors qu’un État fragile était susceptible d’entrer en crise dans au moins l’un de ses sous-systèmes, de par sa vulnérabilité aux chocs internes et externes ».     

Le concept d’État fragile est une expression courante utilisée depuis le début des années 2000 pour désigner des pays dont les structures publiques sont particulièrement faibles et donc incapables de fournir les services essentiels à leurs populations. Les États fragiles renvoient, d’une manière générale, à tous les pays soumis à l’extrême pauvreté, exposés à des crises institutionnelles répétées ou traversés par les guerres. Selon Nay (2017), la fragilité d’un État peut résulter de ces trois facteurs interdépendants : primo, un manque d’autorité (incapacité à contrôler l’ensemble du territoire national), secundo, un manque de légitimité (défiance des citoyens à l’égard du gouvernement en place) et tertio, un manque de capacité (dysfonctionnements des administrations publiques et absence de ressources empêchant la mise en place de services publics de base). Cette causalité s’applique, selon Mugisho (1999) et Dubuy (2012), à des cas aussi variés que diversifiés des pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine dont le seul dénominateur commun est l’implosion des structures d’autorité et de légitimité qui, du même coup, anéantit la souveraineté de l’État concerné. La classification du Fund for Peace relève quatre États les plus fragiles que sont la Somalie, le Tchad, le Soudan, et la RDC (Dubuy 2012).  Au fil de la moitié des 32 ans du règne du Président Mobutu (1965-1997, le gouvernement zaïrois (Congo) parvenait tant soit peu à fournir les services sécuritaires et socio-économiques à ses citoyens malgré la légitimité contestation du pouvoir de Mobutu issu d’un coup d’État. À partir des années 1980, l’État congolais est entré en crise, caractérisé par la détérioration de l’économie nationale due à la zaïrianisation (nationalisation des biens hérités de la colonisation belge) et à la corruption généralisée de l’État, des guerres ethniques orchestrées parfois par le pouvoir et des contestations violentes de la légitimité des dirigeants (Lanotte, 2003).     

Après les attentats du 11 septembre 2001, la notion « d’État fragile » a pris une place de plus en plus importante au cœur des réflexions stratégiques et politiques des États occidentaux, car la fragilité de l’État représente non seulement une menace pour la sécurité de sa propre population, mais aussi un risque pour la sécurité des autres États (Dubuy, 2012). Ainsi, la question de la menace de sécurité ne reste pas au niveau étatique mais s’élargit au niveau régional. Pour Serge Sur (2006), il s’agit non seulement des troubles internes, mais des prolongements extérieurs c’est-à-dire les incursions des États prédateurs, afflux de réfugiés, contagion de l’insécurité, de sorte que la paix et la sécurité internationales sont à leur tour menacées.   

Le 6 avril 1994, les présidents Habyarimana du Rwanda et Ntaryamira du Burundi ont été assassinés près de la capitale rwandaise Kigali dans la destruction de leur avion. Cet attentat a déclenché le génocide contre plus de 800 000 Tutsi et certains Hutu modérés massacrés par les extrémistes hutu interahamwe. Cet holocauste a marqué la faillite manifeste de l’État rwandais, ce quia eu une double conséquence à l’Est de la RDC ; d’une part l’arrivée massive de près de deux millions des réfugiés hutu rwandais et milices interahamwe. D’autre part, l’explosion de la violence interethnique au Kivu dans l’Est de la RDC, c’est-à-dire les combats violents entre les quatre protagonistes ethniques : réfugiés rwandais hutu, Banyarwanda hutu et tutsi congolais, et les milices des groupes dits autochtones (Nande, Hunde, Nyanga, Tembo, etc) qui accusaient les Hutu de vouloir créer un « Hutuland », une région sous contrôle des Hutu (Turner, 2013). De nombreux tutsi congolais sont forcés de fuir vers les pays voisins. Ainsi, entre mars et juillet 1996 seulement, près de 12 500 personnes majoritairement tutsi quittent la région de Masisi en RDC pour se réfugier au Rwanda ; et plus de 2 000 autres se réfugient en Ouganda par peur d’être tués par les miliciens interahamwe (Lanotte, 2003). A côté de ces milices locales, la coalition des armées ougandaises, rwandaises et leurs alliés congolais de l’AFDL en 1996 combattent contre le régime Mobutu, et la même coalition se réactive en 1998 contre le régime Kabila leur ancien allié accusé de ne pas respecter les compromis politiques. Pour le président Laurent Kabila, la question était celle de son autonomie par rapport à ses mentors politiques, ce qui a déplu à Kigali et Kampala. Même après le retrait officiel de ces armées étrangères en 2003, date du début de la transition congolaise, les antagonismes entre la RDC, le Burundi, l’Ouganda et le Rwanda suscitèrent plusieurs conflits liés à la haine et à des violences contre les Banyarwanda, surtout la population tutsi, et nourrissaient de violents combats en 2004 à Bukavu, en 2006-2009 à Masisi et à Rutshuru entre les FARDC et les troupes du Général Nkunda, puis en 2012 à Goma, et depuis 2021 entre les FARDC et le M23. Ainsi, cette région de l’Est de la RDC devient la plus meurtrière de la sous-région, comptant 252 groupes armés locaux et 14 groupes armés étrangers, selon les statistiques d’avril 2023 du Programme de Désarmement, Démobilisation, Relèvement Communautaire et Stabilisation (P-DDRCS).  

La crise de l’État congolais renvoie aux concepts polémiques (protectorat et État fantoche) en science politique : la situation de l’État congolais d’une part, est comparéé à celle d’un protectorat où l’existence de l’État dépend d’un pouvoir plus puissant, fréquemment étranger, qui lui dicte son action et dont il défend les intérêts. Durant la transition de 2003 à 2006, le gouvernement congolais de Joseph Kabila était  très dépendant des acteurs internationaux « faiseurs de paix internationaux » dont leur rôle demeure mitigé (Autesserre, 2010). Et d’autre part, l’État congolais ressemble à un État fantoche selon le terme de Nay (2017) désignant un territoire contrôlé militairement par des puissances étrangères, par des mouvements insurrectionnels. Ainsi, depuis 1999, plus de 20 000 casques bleus dans le cadre de la Mission de l’organisation des Nations unies au Congo (MONUC) ont été déployés au Kivu et en Ituri pour préserver l’intégrité territoriale de la RDC. Cette situation rappelle la présence des soldats de l’ONU, de 1960 à 1964, lors de la crise politique de l’après indépendance. Face à la résurgence du M23 depuis 2021, le gouvernement congolais a recouru aux forces régionales de l’East African Community (EAC) (contingents burundais, kenyans, ougandais, sud-soudanais) et les mercenaires roumains ainsi que des civils armés « Wazalendo », milices maï-maï, Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR), etc. Aussi, une décision a été prise le 8 mai 2023 lors du sommet des chefs d’États et des gouvernements à Windhoek en Namibie, pour déployer les forces de la South African Development Community (SADC) au Kivu.      

Le débat sur les relations entre la fragilité de l’État et les préoccupations de sécurité ont été relancées par l’École de Copenhague qui a élargi l’éventail des menaces au-delà de la portée militaire et de la sécurité de l’État comme proclamé dans le courant réaliste des théories de sécurité apparues au début du XXe siècle.  Selon Eric Dufès (2003), l’approche de l’École de Copenhague s’articule autour de trois idées : (1) un problème devient un problème de sécurité quand les agents sociaux le constatent, et non quand un État est sous le risque des conflits. 2. Les préoccupations sécuritaires de l’État et celles des individus doivent se rapprocher. 3. la sécurisation : la sécurité s’ouvre à quatre nouveaux secteurs (la sécurité politique, la sécurité économique, la sécurité environnementale et la sécurité sociétale). Donc, les acteurs de sécurité doivent agir en termes de sécurité globale ou la sécurisation intersectorielle (Walschot, 2021). Dans le contexte de l’État fragile, la « sécurisation » est menacée, voire mise en panne. Ainsi, pour Dubuy (2012) l’État fragile correspond à deux types de situations convergentes ; d’une part, l’État fragile est en situation de crise politico-sécuritaire (guerre civile, absence totale de contrôle de l’État) et d’autre part, l’État fragile a une faible gouvernance et donc c’est difficile ou impossible de mener la perspective du développement.

Pendant les périodes de crises politico-sécuritaires et socio-économiques, le lien existant entre les institutions étatiques et la population peut se déliter en cas de dysfonctionnement du système des services sociaux, d’une part ; et d’autre part, peut se voir renforcer en cas d’invasion, comme dans le cas du soutien du peuple ukrainien à son gouvernement au cours de la guerre d’agression russe en Ukraine depuis février 2022. Depuis près de trois décennies de conflits armés à l’Est de la RDC et six décennies de mauvaise gestion du pays, les structures sociales étatiques ont été rendues quasi-inexistantes (Morgan, 2005). En 1960, l’économie congolaise était la deuxième du continent africain du point de vue industriel, elle a été ruinée par les trente ans de mauvaise gouvernance du Président Mobutu. Depuis les années 1990, les différents indicateurs socio-économiques sont tous catastrophiques, avec un indice de développement humain (IDH) parmi les plus faibles d’Afrique (0,429), une espérance de vie ne dépassant pas 50 ans, une croissance économique annuelle négative chronique (-6,8% pour la décennie 1989-1999). Et trente ans après (2019), ces indicateurs restent presque les mêmes, l’IDH faible (0,480) classe la RDC au 175e rang parmi 189 pays et territoires, et le revenu national brut (RNB) par habitant a diminué de près de 37.3 % entre 1990 et 2019. Tous les secteurs sont touchés par la crise économique, un bon nombre de Congolais sont au chômage et les fonctionnaires perçoivent de salaires ne leur permettant pas de subvenir financièrement à l’éducation, à l’accessibilité à l’eau, l’électricité, etc., une population laissée pour compte des Organisations non gouvernementales (ONG) en cas de calamité naturelle, etc. La population vit dans un état de misère généralisé avec un taux croissant de jeunes sans terre et pourtant celle-ci reste la seule source de revenu. Dans cette dynamique de l’exclusion sociale que réapparaissent, à partir des années 1990, les miliciens « Maï-Maï » constitués par des « jeunes marginalisés qui ne trouvent plus comme débouchés que le fusil qui devient ainsi le premier et souvent le seul instrument de promotion sociale rapide » (Lanotte, 2003 :81), pour dissimuler leurs motivations économiques individuelles, ces miliciens mettent en avant l’idéologie ethnique « anti-tutsisme »  comme instrument pour justifier leur usage illégitime de la violence (Acker et Vlassenroot, 2001, et Willame, 1997). Une idéologie qui assimile les Tutsi congolais aux étrangers (Tutsi rwandais), un sentiment qui mobilise une partie de la population congolaise qui s’unit à leur gouvernement. En 2022 lors de la guerre du M23 mouvement soutenu par le Rwanda, les campagnes de mobilisation populaire dans les rues de villes de Goma et Bukavu avec comme slogan « tous derrière nos Forces Armées de la RDC (FARDC) contre l’agression rwandaise ». Ces manifestations se terminent souvent par les représailles contre les Tutsi.      

B. La population tutsi comme bouc émissaire de la crise de l’État congolais

Quand l’État est en crise, souligne Redekop (2002), il y a perte de vitalité des structures, la protection sécuritaire est en déliquescence, le consensus social ne fait que se dégrader, la menace devient permanente du point de vue identitaire et le sacré s’écroule alors qu’il a pour destinée de renforcer le mental social vis-à-vis de forces menaçantes incontrôlables. Dans une condition pareille, la communauté est en proie à la violence et elle se lance aveuglément dans la recherche d’un bouc émissaire[3] c’est-à-dire celui (individu ou groupe), sur qui on fait retomber les responsabilités de crise pour la paix.

Vers le début des années 1990, le président Mobutu était contesté par une bonne partie des Zaïrois (Congolais) suite à son incapacité de répondre à leurs besoins sécuritaires et socio-économiques. Face à cette situation Mobutu avait mis en œuvre la politique « diviser pour régner » en s’appuyant sur les groupes ethniques politiquement minoritaires dont les Luba et Tutsi, … A cette époque, Mobutu a cherché à créer l’image victimaire du Tutsi commode pour reprendre le contrôle du Kivu face à des politiciens locaux zaïrois en quête de positionnement politique au Nord et Sud-Kivu qui propageaient l’idée du Tutsi adepte de la sécession du Kivu (Mararo, 2002); mais par la suite, le FPR a envahi deux fois la RDC (guerres de l’AFDL en 1996 et du RCD en 1998) puis il a entretenu un foyer de guerre au Kivu à travers son soutien à des mouvements comme le CNDP ou le M23. La figure du Tutsi en a été durablement affectée par ces guerres du Rwanda en RDC, mais aussi bien avant par la guerre du FPR au Rwanda en octobre 1990 lorsque de nombreux Tutsi du Kivu rejoignaient les rangs du FRP. Ces départs ont été perçus comme un signe de haute trahison par la population locale des groupes dits autochtones et des Banyarwanda hutu qui se sont coalisés de manière opportuniste contre les Banyarwanda tutsi (Lanotte, 2003).   

L’action contre l’individu ou groupe ciblé comme un bouc émissaire est violente et peut prendre plusieurs formes notamment le meurtre, l’abus physique ou la torture, le discours de haine, le bannissement, etc. La forme de violence contre le bouc émissaire est limitée par les outils disponibles émis dans les discours de haine en l’occurrence, le Président Laurent Kabila qui annonçait dans son discours de 1998 à Kinshasa : « prenez les flèches et les lances pour écraser l’ennemi afin d’éviter d’être esclave des Tutsi » (Lanotte, 2003 :104), propos qu’a causé la mort de centaines de Tutsi congolais. Et depuis la résurgence du M23 en 2021, le Général Aba Van Ang, Commissaire divisionnaire adjoint de la Police Nationale Congolaise a fait appel « aux policiers et à la population civile du Nord-Kivu à Goma de se procurer un outil pouvant servir à tuer comme machettes afin d’en finir avec les ennemis (Tutsi) ».

En passant en revue les discours de propagande de guerres récurrentes à l’Est de la RDC, de la guerre de l’AFDL en 1996 à l’activisme du M23 depuis 2021, la fibre ethnique joue un rôle social centrifuge et attise le déclenchement des guerres dans cette région. Pour les Tutsis la problématique de la sécurité de Tutsi est mise en avant. Dans les provinces de l’Est de la RDC, les dirigeants congolais ont toujours mis en parallèle la présence des Tutsi et les guerres au Kivu (Muan’a-buanga, 2014). Par conséquent, certains dirigeants désignent les Tutsi comme « ennemi objectif » de l’État congolais menacé dans son intégrité territoriale. La guerre de l’AFDL a été précédée par les discours de haine contre les Tutsi, qui s’en suivi par les meurtres et leur exil forcé. Pour la guerre du RCD en 1998, les menaces étaient décidées du haut sommet de l’État contrairement à la guerre précédente où la menace était surtout d’ordre local, le Président Laurent Kabila souhaitant se débarrasser des Tutsi congolais et rwandais qui l’avaient porté au pouvoir en 1996-97, et qu’il trouvait gênants une fois installé à Kinshasa.  

Les récents épisodes des guerres du CNDP et du M23 ont été marqués par les discours du général tutsi, Nkunda et du gouvernement rwandais justifiant les opérations militaires sur le sol congolais ayant le but de lutter contre un prétendu nouveau génocide à l’encontre des Tutsi au Kivu, et qui serait planifié par les éléments des FARDC en collaboration avec les milices à caractère ethnique : la milice hutu rwandais interrahamwe et les Mai-mai. Selon le rapport de Human Rights Watch (HWR) de février 2023, les Tutsi ont été victimes de massacres de plusieurs ordres dans l’Est de la RDC. Pour certains observateurs (Turner, 2013, Maindo, 2012), les attaques contre les Tutsi marquent l’importance des « effets de contagion » dans la généralisation de la violence ethnique : ainsi, par exemple on observe que le « clivage principal entre Hutu et Tutsi s’est très largement diffusé dans la région des Grands Lacs et notamment dans l’Est de la RDC où les conflits locaux sont de plus en plus souvent interprétés à travers le prisme d’un affrontement entre populations bantoue et nilotique » (Maindo, 2012 : 16). De même, dans la province de l’Ituri en RDC, les affrontements entre Walendu et Bahema sont ramenés à des différences d’identité raciale et au Kivu entre les Bantous (Nande, Hunde, Hutu, etc) et les Nilotiques (Tutsi ou Banyamulenge).

Au Nord-Kivu, les Tutsi sont de grands propriétaires terriens et éleveurs des bovins, 80% des terres arables de la partie sud de la province du Nord-Kivu appartiennent aux Tutsi grâce à la politique de la Zaïrianisation (nationalisation) sous le Président Mobutu. A part l’agropastorale, les Tutsi ont investi dans les infrastructures de transport, de télécommunication, etc., leur puissance économique leur a permis de s’imposer politiquement au niveau local et national. Ce qui a suscité le sentiment des contestations chez les groupes « autochtones » déclarant que la terre et le pouvoir politique leur appartiennent et non aux Tutsi « immigrés ou étrangers rwandais » (Autesserre, 2010). Ceci a favorisé l’idée que les Banyarwanda soient considérés comme illégitimes à participer à la Conférence nationale souveraine (CNS) débutant en août 1991[4] chargée d’élaborer un projet de la nouvelle constitution pour les élections futures . Cette politique d’exclusion se solde par la guerre de Masisi en 1993[5], laquelle opposa les groupes « autochtones » aux Banyarwanda au Nord-Kivu. Le bilan humain et matériel était lourd, de centaine de morts, le bétail volé et le tissu économique détenu par les Tutsi détruit ; ce qui les a rendus plus vulnérables que d’autres, et dont la majorité ont fui à Goma et à Rutshuru par peur d’être persécutés (International Alert, 2010). Cependant, il n’est pas aisé de déterminer de manière pérenne quel groupe ethnique est victime des conflits violents dans la région du Kivu où la violence est interminable depuis les années 1990. Lors de la guerre de l’AFDL, les chercheurs de Médecins sans frontières (MSF) ont révélé en 1997 des cas de représailles commises par des combattants tutsi (ou Banyamulenge) contre les civils hutu, hunde, etc. Dans un cycle de violence ethnique, souvent les victimes d’aujourd’hui peuvent devenir bourreaux demain, ainsi de suite ; tout est une question de rapports de force ou enjeux politiques du moment.  

2. L’ethnicité comme outil de conquête et d’exercice du pouvoir dans le contexte de l’État congolais en crise  

La crise de l’État ramène progressivement la société à ce que l’on peut qualifier d’état de nature, perçu comme un monde dans lequel, règnent la peur et la guerre (selon Hobbes) et où les notions de règles communes partagées sont presqu’inexistantes. Dans ce contexte de crise de l’État, le sens du contrat social s’effondre et pourtant c’est lui qui constitue l’État et la société. Dans une situation de l’état de nature, c’est la loi du plus fort qui est la meilleure ; les droits et libertés ne sont pas protégés. La course au pouvoir devient rude. Dans ce sens, le pouvoir est à comprendre dans l’approche dite interactionniste où Max Weber le définit comme « toute chance de faire triompher, au sein d’une relation sociale, sa propre volonté, même contre des résistances ; peu importe sur quoi repose cette chance » (Braud, 2017 : 91). Dans les relations internationales, l’équivalent sémantique du pouvoir est plutôt le mot puissance fondée sur les seuls rapports de pouvoir (économiques et militaires). La notion de puissance, comme l’autorité suppose la guerre. Considérant les intentions des acteurs, Clausewitz définit la guerre comme un acte de violence dont le but est de forcer l’adversaire à exécuter notre volonté.

Pour Weber, le pouvoir est basé sur la volonté de celui qui l’exerce, indépendamment au point de savoir quelles ressources à utiliser ; tandis que la domination met l’accent sur les ressources mobilisables et les contraintes subies (Braud, 2017). Dans la situation de la faiblesse étatique, le pouvoir est centrifuge, la centralisation de l’État, l’une des caractéristiques de l’État moderne comme décrit Weber est mis en cause, plusieurs pôles de décisions émergent. Pour chaque acteur émergeant, l’heure est à la mobilisation des ressources pour consolider sa domination. En Afrique, l’ethnicité est souvent utilisée comme ressource ou objet de conquête et d’exercice du pouvoir, mais aussi facteur de distinction ou d’exclusion (Traoré, 2013).  

Maindo (2012) distingue trois approches des constructions identitaires ou d’ethnicité : les thèses essentialistes ou primordialistes, interactionnistes et instrumentales. Pour les thèses essentialistes, les identités sont des données innées et immuables. Dans ce sens, l’ethnicité renvoie à l’idée d’un groupe social dont les membres partagent une même langue et religion, un sentiment d’origine commune, revendiquant une histoire et un destin communs et distinctifs, possèdent une ou plusieurs caractéristiques distinctives et ressentent un sens d’originalité et de solidarité collectives. Dans cette logique, Kanyamachumbi (2019), Chrétien et Prunier (2016), et Saint-Exupéry (2009), soulignent que les Hutu et Tutsi de la RDC constituent une même ethnie, car la plupart d’eux viennent de l’espace « Rwanda » et leur langue est le kinyarwanda, leur mythologie religieuse est Kigwa et Gihanga. Alors que les thèses interactionnistes soulignent les rapports vers les autres (in group et out group) dans la construction identitaire. Autrement dit, l’ethnicité est à la fois un puissant facteur d’intégration du « in-group » et un facteur belligène majeur envers le « out-group » (Braud, 2017). Dans le cas des Banyarwanda (Hutu et Tutsi), ce ne sont pas d’autres groupes ethniques (Nande, Hunde, Nyanga, etc.) qui les distinguent, mais eux-mêmes en se basant sur les critères subjectif et objectif (Mbonabucya, 1998); rôle aussi du colonisateur belge qui s’est appuyé sur la minorité tutsi pour contrôler la majorité hutu, en soulignant la différence sociale pour l’ériger en différence ethnique (Saint-Exupéry, 2009). Cependant, face aux autres groupes ethniques de la RDC, les Hutu et Tutsi se présentaient habituellement sous une identité commune telle que « Banyarwanda du Zaïre (RDC) » (Rukatsi, 2004). Enfin, les approches instrumentales rappellent que les identités relèvent surtout des stratégies des acteurs qui les mobilisent et les construisent au gré de leurs intérêts dans les relations sociales. Dans le contexte de l’État congolais en crise, cette approche illustre bien la dynamique comportementale de deux types d’acteurs politiques majeurs (État congolais et gouvernement rwandais).    

A. État congolais acteur majeur de l’exploitation de l’ethnicité l’ethnicité

L’État congolais est d’abord un acteur majeur de l’exploitation de l’ethnicité comme stratégie de la conquête et conservation du pouvoir. L’État est ici perçu comme un ensemble des individus de différents groupes politiques, ethniques, etc., qui s’affrontent en mettant en œuvre des stratégies pour être investis du pouvoir légitime décisionnel leur permettant de distribuer les ressources. Pour Traoré (2013 :116), « L’ethnicité, loin d’être une identité primordiale antérieure à l’État contemporain, est indissociable de la formation de celui-ci et que les identités ethniques sont d’abord et avant tout des produits dérivés de l’État ». Le processus de la constitution de l’État en Afrique a été et est redevable de facteurs spécifiques comme l’ethnie, car celle-ci est sa première composante sociale. Avant que la communauté nationale (État) existe, les communautés ethniques existaient, comme dans la logique de l’État-Nation (Amselle, 1985). Autrement dit, l’argument officiel des indépendances des États africains n’est pas de transcender les identités ethniques, mais d’aller au-delà pour créer une identité nationale, calquée sur le modèle occidental.    

Traoré (2013) note que, d’une part, les politiques d’exclusion ou de répression d’un groupe ethnique produisent des crises dont la responsabilité est attribuée à l’État. C’est le cas à titre illustratif du génocide contre les Tutsi qui a été mis sous la responsabilité du gouvernement rwandais de l’époque. Cependant, la crise peut naitre parfois lorsqu’une communauté ethnique estime être frappée d’exclusion, se sent en insécurité et doit se défendre. Le cas de l’exclusion politique des leaders banyarwanda par des dirigeants nationaux zaïrois et leurs alliés des groupes dits « autochtones » lors de la CNS en 1991 illustre cette attitude, ces derniers accusent les Banyarwanda d’être des étrangers c’est-à-dire n’ont pas droits politiques. Une stratégie de les discréditer à la perspective électorale des années 1990, qui n’a pas eu lieu suite à la guerre de Masisi de 1993 dont l’un des griefs était de saboter le processus électoral (Mararo, 2002). Ce phénomène de la mobilisation de l’ethnicité n’est pas nouveau, il a été décrit aussi en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays. Cela découle aussi de la gouvernance de nombre de pays africains, où, pour de nombreuses raisons, les gouvernements successifs ont surtout misé sur le clientélisme ethnique pour asseoir leur pouvoir plutôt que sur la construction d’une citoyenneté à l’occidentale. 

Les identités ne sont pas des configurations closes ni stables, mais ce sont des constructions sociales et politiques évolutives et fluides, compte tenu du contexte du moment, ce qui laisse dire que l’ethnicité n’est en soi une force politique mais bien plutôt un langage, un canal par lequel se joue la compétition politique (Renan, 1882 ; Thiesse, 1999 ; Anderson, 2006 et Maindo, 2012). Avant le génocide contre les Tutsi au Rwanda, les Banyarwanda congolais agissent sous un front commun pour s’imposer politiquement. Pendant la guerre de l’AFDL en 1996, la relation entre les Hutu et Tutsi congolais était dégradée et compliquée suite à l’arrivée de la milice hutu rwandaise radicale, qui s’est coalisée aux milices locales dont les Hutu congolais et les Maï-maï pour s’attaquer aux Tutsi. Cependant, lors de la guerre du RCD en 1998, les leaders hutu et tutsi ont renoué leur alliance pour défendre leurs intérêts et lutter contre l’exclusion et la discrimination dont leurs communautés respectives faisaient face lors du gouvernement de la transition en 2003. Ils étaient groupés au sein des organisations supplétives du RCD-Goma (mouvement dit rwandophone[6], Tous pour la Paix et Développement (TPD), CNPD, etc) qui devaient faire face à la fragilité du RCD dès la transition de 2003. C’est pourquoi certains observateurs, comme Juakali Kambale, considèrent que seuls les Hutu qui ont participé au pouvoir rebelle dans la partie sous contrôle du RCD-Goma se reconnaissent dans la communauté dite rwandophone (Mararo, 2006).  

B. Gouvernement rwandais comme acteur majeur de l’exploitation de l’ethnicité

Le second acteur majeur est le gouvernement rwandais, pour justifier ses interventions militaires directes ou sous couvert des rebellons (AFDL, RCD, CNDP et M23) a toujours mis en avant la sécurité de la population tutsi, victime du génocide au Rwanda en 1994 et qui continue à être confrontée à des discours de haine et attaques armées de la part des milices interahamwe sous le regard de l’État congolais et de la MONUSCO. Pour certains observateurs (Dubuy, 2012 et Mugisho, 1999), les interventions rwandaises en RDC sont interprétées comme le devoir de « responsabilité de protéger », concept consacré par l’Assemblée Générale de l’ONU dans le Document final du Sommet mondial de 2005, qui serait un argument fondant l’intervention d’une coalition d’États sous l’égide de l’ONU et entreprise dans le cadre du système de sécurité collective conformément à la Charte, notamment son Chapitre VII, pour sauver les populations contre le génocide, les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l’humanité  dont leurs  autorités nationales n’assurent manifestement pas la protection. Les interventions militaires de l’Ouganda et du Rwanda en RDC pour soutenir des rébellions (AFDL, RCD, CNDP-M23) avec comme objectif d’enrayer la persécution des Tutsi. Selon leur discours, dans ce sens, le concept de responsabilité de protéger n’est pas conforme au sens du Document final du Sommet mondial de 2005 de l’ONU, car ces interventions n’étaient pas autorisées par le Conseil de sécurité comme il a été le cas de l’intervention de la coalition en Libye en mars 2011 sous la résolution 1973, qui a été présentée comme la première mise en œuvre de la responsabilité de protéger pour aider les populations civiles faisant l’objet d’une répression massive de la part du régime de Kadhafi. Le concept est contesté car il a conduit au chaos et a fragilisé l’État, comme le cas de la Libye, de la RDC avec les forces de l’EAC et de la MONUSCO, etc. Derrière chaque intervention, il se cache des intentions inavouées des acteurs sauveurs de populations martyrisées.

Pour d’autres observateurs, (Mbaya et Nsenda 2013, Sidibe, 2009 et Biyoya, 2009), les interventions du Rwanda en RDC entrent dans la perspective de la recherche de la matérialisation de ses ambitions géopolitiques. A l’aube de la guerre de l’AFDL de 1996, les dirigeants du Kivu persécutaient les Tutsi ou Banyamulenge en les forçant à s’exiler au Rwanda. Face à cette situation, le Président rwandais Pasteur Bizimungu réagissait en exhortant les dirigeants congolais de leur remettre leurs terres. Le Rwanda a cherché à récupérer ses terres qui auraient été rattachées au territoire congolais dans les provinces du Kivu à l’époque coloniale,  ce qui ramène à l’ irrédentisme d’État rwandais , une doctrine est officiellement théorisée et assumée par le gouvernement de Kigali et qui semble toujours disposé à militer pour constituer le « Grand Rwanda », le Président rwandais Paul Kagame ne l’a pas caché, lors de son voyage au Bénin en avril 2023. Il a alors déclaré que lors de la conférence de Berlin en 1885 qui a présidé au partage de l’Afrique, certaines terres ont été détachées du Rwanda dont certaines seraient au Kivu à l’Est du Congo et au sud de l’Ouganda. Selon Lanotte (2003), Paul Kagame va même jusqu’à parler de Berlin II, c’est à dire un deuxième partage de l’Afrique avec les Africains sans les Européens et dans le cadre duquel le Rwanda pourrait reprendre ses terres perdues. Cette approche est défendue aussi par les intellectuels rwandais dont le philosophe Abbé Alexis Kagame, dans le livre intitulé La notion de génération appliquée à la généalogie dynastique et à l’histoire du Rwanda des Xème et XIème siècles à nos jours (1959), dans lequel il  professe que l’arrivée de la première population parlant le kinyarwanda en RDC remonte à la première moitié du XVIe siècle, qui vit actuellement dans les zones de l’Est de la RDC: Rutshuru, Sud-Lubero, Goma, Nyiragongo, Masisi, Walikale, l’île d‘Idjwi, Kalehe et Mulenge (Ndaywel è Nziem, 1998 et Turner, 2013). Selon Sidibe (2009), le Rwanda aurait besoin des terres du Kivu pour plusieurs raisons dont fondamentalement celle de l’espaceterritorial nécessaire à sa survie. Le Rwanda est l’un des pays qui a la grande densité de la population au monde avec une moyenne de 500 habitants par km2 et sa population ne cesse de grimper (National Institute of Statistics of Rwanda, 2022). Selon le rapport de 2022 de National Institute of statistics of Rwanda, en 2012 la population du Rwanda était de 10,5 millions d’habitants, et de 13,2 millions en 2022 avec un taux de croissance annuelle de 2,3%. Avec une projection de 23,6 millions d’habitants en 2052, dans 30 ans la population du Rwanda va presque doubler. Le Rwanda avec sa superficie de 26 340 km2, ne sera pas capable de fournir à sa population les moyens nécessaires à sa subsistance dans l’état actuel de l’économie et des structures agraires. En 1925, l’administration coloniale belge décrivait le territoire rwandais comme surpeuplé et estimait qu’il faudra déplacer une partie de sa population vers le Congo belge sous peuplé, et pourtant, à cette époque le Rwanda ne comptait que à peu près 2 millions d’habitants (Tesfaye, 2009).  Certes, il peut y avoir des difficultés foncières mais la surpopulation ne peut pas être la seule raison d’une décision migratoire, car tout dépend de la gestion foncière justement et de la réforme agraire. Néanmoins, la raison fondamentale de l’émigration des Banyarwanda vers le Congo belge était de servir pour la main-d’œuvre. Comme le Congo, le Rwanda et le Burundi constituaient une seule colonie « Congo-Ruand-Urundi », cela a fait la force du pouvoir belge d’émigrer les Banyarwanda sans peine. Par contre, pour réaliser ses ambitions en RDC , le gouvernement Rwandais post-génocide fait face à plusieurs contraintes dont l’une est d’ordre local, la résistance des groupes dits « autochtones » du Kivu organisés en milice armée ; et l’autre diplomatique, c’est-à-dire le principe fondamental de l’Union africaine (UA) de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. 

Cependant, les multiples discriminations, voire les persécutions récurrentes qui sont commises à l’encontre des populations banyarwanda, surtout de la minorité tutsi qui n’est pas protégée par l’État congolais comme il se doit. En guise de conséquence, il peut se manifester un irrédentisme ethnique  qui se traduit par une forme de fragmentation de l’État congolais occupé par ces populations en faveur de la  mère patrie, le Rwanda  sous le modèle de la théorie « sécession- remède ». Traoré (2013) pose la question de la relation entre la sécession et l’irrédentisme, et précise que toute sécession n’est pas forcement d’ordre irrédentiste au sens strict du terme, mais tout irrédentisme vise la sécession. Cette dernière a comme objectif ultime et exclusif la création d’un nouvel État. Face à l’incapacité de l’État congolais de protéger la population de l’Est du pays à des massacres des groupes armés (miliciens CADECO dans la province de l’Ituri, au Nord-Kivu l’ADF, groupe allié à l’Al-Qaïda, et au Sud-Kivu les groupes maï-maï et leurs alliés interhamwe hutu rwandais et burundais). Deux arguments sont soutenus au sein de la population : (1) une partie propose la création d’un État au Kivu qui sera en mesure de résoudre les problèmes sécuritaires. Les velléités sécessionnistes sont toujours manifestes à l’Est de la RDC depuis l’indépendance, sécession katangaise et depuis 2018, plusieurs manifestations populaires d’ordre violent, au Katanga et à Bukavu/Kivu brandissant les drapeaux de ceux qui seraient respectivement des républiques du Katanga et du Kivu. Par contre, (2) une autre partie éprouve toujours un sentiment national d’attachement à l’unité de la RDC.

En plus de dirigeants congolais et du gouvernement rwandais qui sont impliqués dans la crise de l’État congolais, il y a également des acteurs internationaux. La crise de l’État congolais date de son accession à l’indépendance de la Belgique en 1960. Dans ce contexte d’effondrement de l’État congolais, s’en est suivi la volonté des pays occidentaux de contrôler les richesses naturelles de la RDC, ainsi que les incohérences de l’ONU (Traore, 2013). Dans son livre L’enjeu congolais : L’Afrique centrale après Mobutu, la journaliste belge Colette Braeckman (1998 : 160) note que la RDC se retrouve au centre d’une véritable compétition « pour l’accès libre et exclusif des ressources naturelles … où les Américains et leurs alliés Sud-Africains, avec des concurrents européens, les Allemands et Français. Mais de nouveaux venus s’engagent aussi à la course : Chine, la Malaisie qui se montre de plus en plus désireuse d’investir en Afrique ». Braeckman estime de plus, qu’après l’échec de la partition du Congo à l’époque de la guerre du RCD de 1998 à 2003 où le pays était divisé entre les belligérants, les puissances occidentales et les groupes d’intérêts ont cherché à instaurer un État faible qui ne puisse pas gêner l’action des multinationales en RDC (Ki-zerbo, 2003). 

Conclusion

Au sens weberiano-westphalien, la crise de l’État congolais est sans doute à chercher à partir de la période postcoloniale où les règles et institutions politico-administratives de l’État n’ont pas bien fonctionné. Les missions régaliennes de l’État dont celle d’assurer le contrôle et la protection du territoire national et de la population qui s’y trouve, n’étaient pas en application. Certains auteurs (Mugisho, 1999 et Mwaka, 2003) n’hésitent pas à dire que depuis quelques années l’« État congolais a cessé virtuellement d’exister, réduit à l’impuissance pour longtemps, il devient ainsi une zone de non-pouvoir à la fois propice à toute forme de violences et exposé aux convoitises de toutes sortes » (Mugisho, 1999 : 297)

Moins nombreux sont ceux qui doutent de la faillite de l’État congolais, il suffit qu’une quelconque incidence sécuritaire ou environnementale advienne pour dévoiler ou tester sa faillite. Les cas de la résurgence du M23 en 2021, l’impuissance de l’armée congolaise face à cette rébellion a poussé l’État de faire appel aux forces étrangères de l’EAC, mercenaires roumains, milices locales maï-maï, interahamwe hutu rwandais, etc. L’éruption du volcan Nyiragongo en 2021 et l’éboulement des terres dans le territoire de Kalehe ont mis à nu l’incapacité de l’État de secourir les populations sinistrées qui ont été laissées pour compte des ONG comme MSF, la Croix rouge, etc.  

Cette étude a démontré que la crise de l’État congolais est un catalyseur de l’exploitation ethnique pour des raisons politiques, géopolitiques et économiques. Dans ce contexte, la question de la sécurité de Tutsi a été le levier de commande pour avancer les agendas des acteurs politiques impliqués aux conflits dans l’Est de la RDC. D’une part, pour les dirigeants congolais, l’instrumentalisation de l’idéologie « anti-tutsisme » pour regagner la confiance de la population afin de maintenir leur carrière politique. Cette politique remonte aux tentatives de Mobutu d’instrumentaliser la frustration anti-banyamulenge en 1995-1996 et mieux présente la façon dont le gouvernement a récupéré le discours du Tutsi comme cause des malheurs de la RDC. Ce dernier a exposé les Tutsi à la violence (meurtre, abus physique et émotionnel, bannissement, etc.) de la part des personnes convaincues de cette idéologie propagée dans la région.

D’autre part, pour le gouvernement rwandais, la protection de la population tutsi menacée est mise en avant pour ses interventions militaires directes ou sous couverte des rebellions AFDL, RCD, CNDP et M23, à des fins géopolitiques. Du fait que le Rwanda a un déficit d’espace territorial nécessaire à sa survie, le gouvernement de Kigali ne cesse de dire qu’il a des « droits historiques » sur une partie des terres du Kivu, car avant la conférence de Berlin de 1885, ces terres appartenaient au royaume du Rwanda. Cette situation de crise de l’État congolais favorise aussi les actions des multinationales des pays (États-Unis, France, Royaume-Unis, Canada, Allemagne, Inde, Russie, Chine, Afrique du sud, etc.) s’engageant à la course de l’exploitation des ressources naturelles de la RDC sans être gêné.  

Face à ce phénomène de la faillite de l’État postcolonial, il y a lieu de s’interroger : la construction de l’État est-elle une façon de lutter contre sa faillite ? ou la lutte contre la faillite de l’État est-elle une porte d’entrée pour rétablir durablement la paix ou encore pour rompre le cycle des conflits ?, ou plutôt, cette faillite de l’État, si ce n’est pas un redéploiement de l’État qui doit faire face à de nouvelles configurations de la société : nouveaux acteurs, défis,… (terrorisme, pauvreté, changement climatique, etc.). Voici les questions qui nécessitent de réflexions pour approfondir la nôtre.

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[1] Ce groupe constitue près de 60% de la population du Nord-Kivu. De 1920 à 1960, entre 200 000 et 300 000 Rwandais furent déplacés vers le Congo belge sous la Mission d’Immigration des Banyarwanda (MIB) pour la main-d’œuvre dans les plantations du Kivu. Ces immigrés ont rejoint d’autres populations banyarwanda qui y vivaient bien avant la colonisation. A partir de 1945, le Congo belge, le Rwanda, et le Burundi constituaient une seule colonie appelée « Congo-Ruand-Urundi » (De Saint-Moulin, 1976, Guichaoua, 1992 et Lanote, 2003).

[2] Mouvement du 23 Mars (M23) groupe armé ayant été créé depuis 2012, succédant le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) mouvement politico-militaire du Général Nkunda tutsi congolais émané, en 2005, de cendres du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) mouvement créé par le Rwanda et l’Ouganda en 1998.

[3] La théorie du Bouc Emissaire de Girard est un système interprétatif global, une théorie unitaire visant à expliquer le fonctionnement et les évolutions des sociétés humaines affectées par la violence (Girard, 2011 et Redekop, 2002).

[4] La CNS apporta un soutien moral à la loi de 1981 sur la nationalité réservant la nationalité zaïroise (ou congolaise) aux descendants des personnes se trouvant sur le territoire national à la date du 18 Février 1908. La plupart des Banyarwanda ont été exclus de la nationalité, car elles étaient arrivés entre 1930-1957. Cependant, dans pareil cas la discrimination ou exclusion vise souvent la totalité de la population banyarwanda sans distinction (Guichaoua, 1992 et Turner, 2013).

[5] Cette guerre de 1993 rappelle celle de 1965 la « guerre de kanyarwanda » opposa à Masisi ces deux antagonistes (Banyarwanda et autochtones) pour les enjeux politiques électoraux (Mararo, 2002).

[6] Une organisation sans structure formelle initiée, en janvier 2004, par Eugène Serufuri (hutu) gouverneur du Nord-Kivu 2000-2006, avec d’autres leaders banyarwanda Félicien Nzitatira (tutsi), François Gachaba (hutu), Dunia Bakarani (tutsi), etc. Le mouvement visait à créer une nouvelle alliance entre Hutu et Tutsi congolais ; et il coexistait à côté du TPD mouvement créé, en octobre 1998 avec comme premier président Eugène Serufuri, par les mêmes acteurs ayant créé le RCD-Goma (Mararo, 2006).

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