La sécurité collective de l’Union Africaine (UA) : Eléments pratiques de résolution pacifique des différends

Regards Géopolitiques 12(1), 2026

Ladislas Nze Bekale
Docteur en Études européennes et internationales et Docteur en Histoire militaire et études de défense, diplômé de l’ENA. Fonctionnaire à la Commission de l’Union africaine, enseignant vacataire et chercheur.

Résumé
La présente contribution aspire à établir l’effectivité de la sécurité collective de l’Union Africaine comme dispositif de résolution des différends. Elle tente de répondre à la préoccupation selon laquelle : Quelle est l’articulation des aspects relatifs à la résolution pacifique des différends de la sécurité collective de l’UA ? En conséquence, à partir de l’analyse de la mobilisation des méthodes judiciaires et de la diplomatie préventive, cet article parvient à en déterminer l’effectivité. En revanche, en dépit de l’existence de ce système de sécurité collective contribuant à la résolution pacifique des différends, il est regrettable de constater une persistance inquiétante des différends dont certains se transforment en conflits. En conséquence, l’article s’achève par un réquisitoire appelant à une révision de ce système.

Mots clés : Union Africaine, sécurité collective, résolution, pacifique, différends.

Summary
This contribution seeks to establish the effectiveness of the African Union’s collective security as a dispute resolution mechanism. It attempts to answer the following question: What is the relationship between the aspects relating to the peaceful resolution of disputes and the collective security of the AU? Consequently, based on an analysis of the mobilization of the methods of preventive and judicial diplomacy, this article succeeds in determining their effectiveness. On the other hand, despite the existence of this collective security system contributing to the peaceful resolution of disputes, it is regrettable to note a worrying persistence of disputes, some of which are turning into conflicts. The article therefore concludes with an indictment calling for a review of this system.

Keywords: African Union, Collective security, Resolution, Pacific, Disputes.

Introduction

La sécurité collective repose sur la perception d’une indivisibilité et d’une solidarité de la paix entre États. Tous doivent être concernés par les problèmes de sécurité de chacun, paix internationale et sécurité des États étant intimement liées. Cela implique un mécanisme de garanties internationales, dans l’intérêt commun, pour maintenir et au besoin pour rétablir la paix entre eux (de Montbrial, Klein, 2000 :305). La sécurité collective pour l’Union Africaine est fondamentalement dirigée par un ensemble d’idées, des instruments juridiques, politiques et des moyens opérationnels. Ces éléments concourent indispensablement à la prévention et à la résolution des conflits en Afrique. En considérant que l’intégration africaine se construit à partir des Communautés économiques régionales, en substance cette sécurité collective repose sur la politique commune de défense et de sécurité de l’UA étant donné qu’elle proscrit l’usage de la force entre les États membres et privilégie les méthodes pacifiques pour la résolution des différends. Aussi, cette sécurité collective est finalement réorganisée par le principe de subsidiarité, lequel responsabilise les acteurs et les institutions régionales et sous régionales.  

Parallèlement à l’interdiction de recours à la force, la Charte des Nations Unies édicte l’obligation pour les États de régler pacifiquement leurs différends. Les États sont libres de choisir le mode de règlement du différend, non juridictionnel ou juridictionnel. Ce mode de règlement quel qu’il soit peut-être prévu à l’avance par un traité, c’est-à-dire que les États s’engagent si un désaccord surgit avec une partie à la convention à se soumettre à tel ou tel moyen de règlement (Roche, Tamzini, 2021 :103). Il faut bien rappeler que la résolution pacifique des conflits constitue un domaine de prédilection des organisations internationales, tout comme les États en sont des acteurs incontestés étant donné qu’ils sont garants des principaux instruments juridiques de prévention des conflits. L’Article 52 énonce clairement et codifie l’importance des organes régionaux dans le règlement pacifique des différends au moyen de ces accords. C’est la raison pour laquelle l’Acte constitutif de l’Union africaine et l’Architecture africaine de paix et de sécurité intègrent et mettent en évidence « la primauté de la diplomatie préventive comme premier pas vers la prévention et le règlement des conflits sur le continent » (ONU, 2016). Ces clarifications sont pertinentes à la Charte de l’ONU et à la sécurité collective prônée par l’UA, car en pratique cette dernière a institué des organes, des moyens politiques et opérationnels concourant à la résolution pacifique des conflits. De ce fait, le caractère systémique de la résolution pacifique des conflits touche indéniablement la communauté internationale du global au local en transitant par les niveaux continental et régional.

En revanche, la persistance des conflits et des foyers de tension en Afrique sème le doute quant à l’efficacité des moyens et des techniques employés par l’Union Africaine. Et pour cause, à l’ouverture de l’Assemblée de l’Union Africaine en février 2024, s’exprimant sur la situation sécuritaire du continent, certains Chefs d’État affirmaient  que des « solutions vont être avancées concernant certains des 35 conflits qui se tiennent en Afrique, en particulier celui qui ravage le Soudan depuis ». Alors que le terrorisme et l’extrémisme violent continuent de menacer la survie même de certains de nos Etats, une épidémie de changements anticonstitutionnels a secoué le Continent ces deux dernières années, mettant à rude épreuve les progrès en matière de démocratie observés jusqu’ici en Afrique (Dhoihir, 2024 :3). Dans le cadre de son mandat de gestion et de règlement des conflits, le Protocole relatif au Conseil de paix et sécurité (CPS) donne à l’organe le pouvoir de « recourir à diverses méthodes, y compris l’utilisation de bons offices, la médiation [et la négociation tout comme], la conciliation et l’enquête] » (Art. 6.c). C’est-à-dire que l’organe en charge de la gouvernance de la sécurité collective de l’UA peut avoir recours à tous les procédés diplomatiques classiques pour prévenir les conflits. Il s’agit de procédés définis par la doctrine en matière de résolution pacifique des différends, lesquels éclairent le Pacte de non-agression de l’UA et les autres textes y relatifs.

D’ailleurs, le Pacte de non-agression précise : « les États parties à un différend cherchent en premier lieu une solution par voie d’arbitrage, de règlement judiciaire ou recourent à tout autre moyen pacifique » (art.15). En d’autres termes, dans l’hypothèse d’un conflit les pays de l’UA privilégient obligatoirement les moyens de résolution établis par l’organisation. À la suite de l’Acte constitutif, du Protocole sur le CPS et la Charte de l’ONU, cet énième instrument juridique de l’UA souscrit à l’usage et la mobilisation des moyens diplomatiques pour la résolution pacifique des différends. Elle se définit comme un « ensemble de moyens politiques et juridiques permettant de résoudre un conflit [ou un différend] entre États, sans recourir à la force, soit par l’établissement d’une négociation directe, soit par l’intervention d’un tiers » (Nay, 2008 :462). 

Diverses disciplines universitaires continuent d’éclairer ce domaine « notamment les relations internationales, l’économie, les études de développement, le droit, la psychologie et la psychothérapie, la gestion, les études de la communication, l’anthropologie, la sociologie et la recherche sur la paix. Partant de l’hypothèse que le conflit peut être un catalyseur de changement personnel et social positif, la résolution des conflits, via des méthodes pacifiques et non violentes, se concentre sur la prévention, la réduction, l’arrêt ou la transformation des conflits violents » (Whoodhouse, 2020 :16). Etant un article de science politique, notamment de relations internationales, le cadre théorique est le constructivisme, pour ses auteurs, « les études en termes de système, qui cherchent à expliquer la socialisation et la diffusion des normes, prennent sérieusement en considération » (A. Klotz, C. Lynch, 1999 :57) les dimensions internationales, régionales et nationales de la politique.

La principale méthode utilisée est l’analyse documentaire à partir d’une combinaison d’approches, celles du droit international et des relations internationales, en plus de la discipline précédente, l’histoire des relations internationales a également contribué à la réalisation de cet article. En outre, la problématique de cette contribution se demande quels sont les principaux éléments du système de résolution pacifique des différends de l’Union Africaine ? Pour répondre à cette question centrale, l’hypothèse émise est que la sécurité collective de l’Union Africaine permet d’établir des techniques de résolution pacifique des conflits à partir d’éléments pratiques, respectivement les techniques de la diplomatie préventive (1) auxquelles il faut adjoindre le règlement judiciaire (2).

La théorie de la diplomatie dans sa dimension prévention et résolution des différends met en évidence divers mécanismes ou procédés. Elle peut ainsi solliciter l’implication d’un acteur extérieur. Dans ces conditions, plusieurs moyens ou possibilités s’offrent à la diplomatie préventive et aux acteurs de la prévention et de la résolution des différends. En effet, « le recours à un tiers ne vise pas seulement à faciliter la négociation mais également pour fonction d’apaiser les tensions et de garantir le respect de la future solution négociée. Plusieurs techniques permettent le règlement des différends » (Nay, 2008 :462).  Les deux plus fréquentes sont les bons offices (1) et la médiation (2).  Ces méthodes ont traversé l’histoire diplomatique et des relations internationales à tel point que qu’elles sont toujours d’actualité, car elles accompagnent encore les techniques de recherche de la paix.

1. Les bons offices, la médiation et la négociation comme modes de résolution des différends

1.1.        L’emploi des bons offices 

Les bons offices sont un « mode de règlement des conflits internationaux consistant dans l’interposition d’une tierce puissance qui cherche à rapprocher les parties pour les amener à entamer une négociation » (Guillien, Vincent, 2005 :82). Dans des situations d’hésitation ou difficiles notamment lorsque le dialogue est compliqué ou rompu, la diplomatie préventive peut recourir selon le cas à des personnalités influentes. Il s’agit pour elles de faire usage de leurs bons offices pour influencer les parties au différend d’entamer ou de reprendre les discussions. En plusieurs circonstances, l’Union Africaine a constamment fait usage de cette technique de règlement pacifique des différends. Il s’agit de « l’interposition d’un tiers dans des relations […] suffisamment conflictuelles pour rendre impossible entre les parties un contact direct, du fait d’obstacles politiques, parfois doublés de difficultés légales » (Combacau, Sur, 2012 :565). C’est ainsi que, pour s’appuyer sur l’exemple du conflit dans l’est de la RDC, l’UA a nommé le Président angolais pour employer ses bons offices afin de relancer le dialogue pour la recherche d’une sortie de crise pacifique entre le Rwanda et la RDC. Alors que les discussions ont parfois été interrompues pour plusieurs raisons notamment l’implication de l’armée rwandaise aux côtés du M23. Cependant, à la suite de son élection à la tête de l’Union Africaine, le Président angolais a désigné un successeur pour ce rôle dans la crise congolaise, il s’agit du Président togolais Faure Gnassingbé. Le poids et l’influence de l’angolais sur la scène africaine n’ont pas suffi à mettre fin à ce conflit, le Président togolais sera-t-il suffisamment influent sur ses homologues rwandais et congolais ? 

Les bons offices se distinguent de la médiation par la discrétion qui est attachée à la mission. En outre, ils ne visent pas nécessairement à dégager une solution de sortie de crise. Le tiers se présente avant tout comme un facilitateur (Nay, 2008 :40). Il vient « offrir ses services pour aider les parties à débuter la négociation, notamment en organisant la rencontre » (Roche, Tamzini, 2021 :104). Les bons offices visent essentiellement à faciliter la négociation entre les parties (Ruzié, Téboul, 2021 :235). Les parties au différend demeurent cependant libres d’en accepter ou non le résultat (Nay, 2008). En conséquence, pendant l’exercice de son activité des bons offices le Président angolais Joao Lourenço s’est abstenu de déclarations, de prise de position et d’une communication prolifique sur les discussions jusqu’à son élection à la tête de la Conférence des Chefs d’État de l’UA. En revanche, à la suite de cette désignation l’incompatibilité des actions de bons offices et de Président en exercice de l’Union a obligé le Président Lourenço à se décharger de ses activités de bons offices.

 Aussi, la crise sur l’exploitation des eaux du Nil apparait comme un cas approprié pour mettre en évidence le rôle de facilitation des discussions libres acceptées par les parties. En effet, plusieurs pays sont impliqués notamment certains de l’Afrique de l’Est (Éthiopie, Ouganda, Soudan et le Sud Soudan) et l’Égypte. Pour ce faire, le président de l’UA, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, a été l’instigateur d’une réunion extraordinaire du Bureau de l’UA pour faciliter les négociations entre l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan à propos du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne. Bien que les négociations soient toujours en cours, l’implication de l’UA a contribué à apaiser les tensions qui avaient atteint leur point culminant à la suite de l’échec d’une tentative de médiation des États-Unis (ISS, 2022 :4). En fait le Président de l’UA à l’époque, a désigné un groupe de dignitaires africains pour mener des bons offices. « Trois anciens présidents africains (Joaquim Chissano, Ellen Johnson Sirleaf et Kgalema Motlanthe) [ont été nommés par Cyril Ramaphosa] comme envoyés spéciaux de l’UA en Éthiopie » (ISS, 2022 :6). Ces missions de bons offices sont parvenues à inciter les parties au différend sur le Nil à ouvrir une discussion sur cette crise potentiellement conflictuelle. Pour ce faire, il apparait essentiel que toutes les parties au différend acceptent ou adhèrent volontairement aux actions de bons offices du facilitateur et donc de l’UA. Comme cela a été mentionné précédemment, le leadership des personnalités choisies pour mener des activités de bons offices constitue un critère de choix extrêmement important. Tout autant que les dynamiques, politiques, diplomatiques, économiques, sécuritaires et géopolitiques autour du différend.

1.2.           Les pratiques de la médiation par l’Union Africaine

La médiation est définie comme un mode de règlement politique des conflits internationaux consistant dans l’interposition d’une tierce puissance qui ne se borne pas à persuader les parties de s’entendre (comme dans les bons offices), mais leur propose une solution (Guillien, Vincent, 2005 :401). En effet, dans ce processus, le tiers intervenant comme médiateur, propose une solution sans pouvoir l’imposer (Roche, Tamzini, 2021). Ainsi, les techniques de règlement pacifique des différends présument la participation d’intermédiaires plus actifs et moins discrets que dans la mobilisation des bons offices, il s’agirait dans ce contexte de faire appel à médiateur.

Pour s’arrimer au contexte africain, spécifiquement celui de l’organisation panafricaine pour laquelle « la médiation apparaît donc comme un mode de règlement pacifique adapté aux tensions internes et troubles intérieurs des États, qui atteignent un seuil intolérable et nécessite l’intervention de l’Organisation continentale. En même temps que la médiation sert à la résolution des diverses crises dans les États membres, elle permet d’éviter la voie judiciaire longue et truffée d’incertitudes et fait émerger sur la scène internationale, des acteurs autres que les États » (Metou, 2018 :43). Au nombre des mécanismes de médiation l’UA par l’entremise du CPS dispose de la latitude d’instituer « des Comités ad hoc de médiation composés d’un État ou d’un groupe d’États » (Art. 8-5).  Il s’agit d’une équipe de personnalités de haut niveau qui sont souvent, mais pas exclusivement, d’anciens chefs d’État et de Gouvernement ou des Ministres (Amani, 2020 :114). On peut citer le Comité ad hoc de Haut niveau de l’UA sur la Libye, présidé par S.E. Sassou Nguesso, Président de la République du Congo, ou encore le Comité ad hoc de haut niveau de l’UA sur le Soudan du Sud, désigné en 2015. Cet organe a été actif pour soutenir l’effort de médiation sous conduite de l’IGAD et depuis 2019 pour faciliter le compromis entre les parties à l’Accord revitalisé sur le règlement du conflit au Soudan du Sud sur le nombre et les frontières des États du Soudan du Sud (Idem).

La médiation est particulièrement efficace et appropriée pour régler les conflits à parties multiples ayant entre elles des relations qu’elles souhaitent préserver à court ou long terme, les conflits qui exigent de la discrétion ou ceux qui sont sous-tendus par d’autres problèmes que les faits connus ou les événements en cause (Uwazie, 2011 :4). La médiation est utilisée dans les contextes où l’objectif principal est d’empêcher ou d’arrêter la violence. Il faut considérer la médiation comme un projet très spécialisé, incorporant un ensemble de connaissances ainsi qu’un ensemble de stratégies, de tactiques, d’habiletés et de techniques (Union Africaine, 2009, p. 14). Ainsi, la complexité du conflit dans l’est de la RDC relevant du mythe de Sisyphe exige un renouveau du processus de médiation. La nouvelle équipe d’éminentes personnalités récemment nommée prend en compte une multiplicité de paramètres pour s’adapter à la complexité de ce conflit.   

En mars 2025 le conflit en RDC a connu une évolution en termes de moyens régionaux de résolution de ce conflit. En effet, la SADC et l’EAC ont récemment nommé 5 nouveaux médiateurs pour une approche représentative des régions concernées par ce conflit, en prenant également en compte les problématiques relatives à l’égalité et à la jeunesse. Cette évolution est aussi symptomatique de l’évolution de la situation avec la prise de trois villes minières par le M23 dans l’est de la RDC. C’est ainsi que les anciens Chefs d’État Olusegun Obasanjo (Nigéria), Sahle-Work Zende (Éthiopie), Uhuru Kenyatta (Kenya), Cathérine Samba Panza (Centrafrique) et de l’ancien Vice-Président Kgalema Motlanthe (Afrique du Sud) ont été choisis par les deux CER pour relancer un processus de paix sans cesse remis en cause par les armes. C’est pour toutes ces considérations qu’en « matière de règlement pacifique des différends que la médiation de l’organisation, régionale plus proche des parties en conflit que l’organisation mondiale, peut être plus efficace » (Charpentier, Batyah, 2012 :105). Les médiations africaines d’aujourd’hui ont certes pour objectif de contribuer à la résolution des crises internes dans les États africains, mais elles visent surtout à laisser les Africains régler, eux-mêmes, pacifiquement, leurs différends, en utilisant leurs propres mécanismes (Metou, 2018 :44).

1.3.          Les usages de la négociation par l’Union Africaine

L’Union Africaine a constamment recours à la négociation pour ne pas dire que c’est un espace de négociation. Elle « constitue un ensemble d’activités visant l’établissement d’accords entre acteurs internationaux en vue de satisfaire les intérêts matériels et symboliques des parties en présence » (Nay, 2008 :347). C’est ainsi que l’UA a mené « la facilitation pour [l’organisation] des pourparlers de paix entre le Gouvernement de la République centrafricaine et 14 groupes d’opposition armés à la fin de 2018 et au début de 2019 » (Amani, 2020 :79). En consultation avec toutes les parties impliquées dans un conflit, l’UA déploie les efforts et prend toutes les initiatives appropriées pour prévenir, gérer et résoudre les différends (Nze Bekale, 2019 :587). C’est le mode de règlement le plus simple : les Etats en cause acceptent une rencontre entre leurs représentants, dans le but de chercher à régler le différend de bonne foi. Les Etats doivent se comporter de telle manière que les négociations aient un sens (Roche, Tamzini, 2021). Dans la négociation, chaque interlocuteur tente alors, par un jeu de concessions mutuelles, de trouver les compromis nécessaires pour ajuster son offre aux attentes de ses partenaires, en cherchant à protéger au mieux ses intérêts (Nay, 2008). Les négociations tendent alors « à un rapprochement des points de vue jusqu’à l’acceptation d’une solution commune par les parties » (Ruzié, Téboul, 2021 :234).

Au sens large le mot négociation désigne l’ensemble des modes diplomatiques, les tiers, quand ils y prennent part, ne font que prêter leur concours aux parties au différend, lesquelles sont maîtresses en dernière instance du sort qu’elles lui réservent (Combacau, 2012). Ce processus repose donc sur « la négociation, l’information et la coopération avec et entre les belligérants sans qu’une tierce partie ait beaucoup d’autorité formelle sur eux ni de véritable capacité à imposer des règlements » (Union Africaine, 2013 :14). Ce sont les parties qui doivent aboutir à un règlement de leurs litiges par des négociations (Charpentier, Batyah, 2012 :101). A cet, effet comme exemple, les pourparlers, entre le Gouvernement de la République Fédérale Démocratique d’Éthiopie et le Front Populaire de Libération du Tigré (TPLF), qui ont été lancés le 25 octobre 2022, visant à obtenir un Accord de Cessation des hostilités entre les parties, ouvrant ainsi la voie au rétablissement de la paix, de la sécurité et de la stabilité dans la région du Tigré (Union Africaine, 2022 :1). Tout comme l’on peut évoquer les négociations en cours entre l’Ethiopie, le Soudan et l’Egypte débutées depuis 2020, avec des échecs et des reprises la dernière datant de 2022, avec l’espoir d’aboutir une solution.

2. La conciliation, l’enquête et le règlement judiciaire des différends

Une Commission d’enquête [1] est un mécanisme de résolution des différends qui peut être utilisé par les parties à un différend dans les cas impliquant une divergence de vue entre celles-ci sur les faits à l’origine du différend (Union Africaine, 2016 :43). Tandis que, la conciliation [2] est un processus par lequel les parties conviennent de soumettre un litige à une commission qui a été mise en place par les parties et qui procédera à une enquête objective et à l’évaluation de tous les aspects de ce litige (Union Africaine, 2016 :44). Les méthodes judiciaires de résolution (3) des différends impliquent le règlement d’un différend par un tribunal ou tribunal arbitral habilité (Union Africaine, 2016 :46).

2.1. L’enquête 

L’enquête sous-entend une « procédure ayant pour but d’établir des faits qui sont à l’origine d’un conflit, afin de faciliter le règlement de ce dernier grâce à un examen moins passionné du problème par les parties (Guillien, Vincent, 2005 :263). En fait l’enquête est le plus souvent utilisée comme point de départ à l’une des autres modalités de règlement des différends (Roche, Tamzini, 2021). Dans ces conditions plusieurs types de commission peuvent créées, « commission spéciale, commission permanente ou commission spéciale dans un cadre permanent […] Les parties sont libres sont libres de décider de la suite aux constatations de la commission » (Ruzié, Téboul, 2021 :236). Dans le conflit au Sud Soudan, le 30 décembre 2013, le CPS a mandaté la création de la Commission d’enquête sur le Soudan du Sud pour enquêter sur les violations des droits de l’homme perpétrées pendant le conflit et faire des recommandations sur les options pour assurer la reddition de comptes et la réconciliation (Amani, 2020 :121).

Conformément à son mandat, la Commission a mené des consultations avec les différentes parties prenantes Sud-Soudanaises, a effectué une visite dans les régions du pays touchées par la violence et a soumis son rapport au Président de la Commission de l’UA, le 15 octobre 2014. Le rapport a documenté et analysé les différentes violations perpétrées, au cours du conflit (Amani, 2020). Il convient aussi de mentionner le rapport d’enquête consécutif à l’assassinat d’Idriss Deby et à la suspension de la Constitution par les militaires, lequel précise que « la priorité absolue doit être accordée au rétablissement de la paix, de la stabilité et de la sécurité et au retour à un ordre démocratique dirigé par des civils, en gardant à l’esprit que ces deux éléments sont essentiels, cruciaux, se renforcent mutuellement et sont interconnectés » (Union Africaine, 2021 :2). Mais se refuse de sanctionner l’installation d’un régime dirigé par un militaire au Tchad pour des raisons sécuritaires.

2.2. La conciliation

La mission de prévention des conflits de l’UA est mesurable à la mobilisation d’une variété de moyens de prévention et de résolution des différends. Au nombre des moyens de résolution pacifique des conflits ou différends, la conciliation est un « mode de règlement politique de conflits internationaux consistant dans l’intervention d’une commission chargée, en mettant en œuvre une procédure contradictoire, d’examiner l’affaire et de proposer des solutions » (Guillien, Vincent,2005 :143). La conciliation implique un processus par lequel les parties conviennent de soumettre un différend entre elles à un mécanisme qu’elles ont mis en place pour entreprendre une enquête et une évaluation objectives de tous les aspects du différend et proposer des recommandations spécifiques non contraignantes sur la manière dont le différend pourrait être réglé (Amani, 2020 :14). Il s’agit de l’intervention « d’une commission composée de personnes ayant la confiance des parties en vue de mettre d’accord les adversaires […] A défaut d’un accord entre les parties, le rapport pourra préconiser une solution » (Ruzié, Téboul, 2021).

A partir de quelques exemples on note qu’en pratique l’UA a souvent eu recours à la conciliation. L’exemple de la scission du Soudan en deux Etats, Soudan du Sud et Soudan apparait comme une illustration adéquate de l’usage de la conciliation par l’Union Africaine. « Lors de la négociation de l’Accord post-sécession, signé en septembre 2012, le Soudan et le Soudan du Sud ont convenu de soumettre leur différend sur les cinq zones frontalières en litige à un Groupe d’experts créé dans le cadre du Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’UA. Le Groupe avait la responsabilité d’examiner tous les facteurs juridiques et matériels et d’émettre son avis juridique sur le règlement du différend frontalier sur les cinq zones frontalières » (Amani, 2020). Ainsi, « la conciliation est pleinement un mode diplomatique de règlement des différends et notamment en ce qu’elle n’aboutit pas à une sentence revêtue de l’autorité juridictionnelle, mais elle comporte une organisation procédurale et une plus grande autonomie » (Combacau, Sur, 2012 :566). Dans le cas du Soudan et du Sud Soudan « l’autorité juridique de ce processus était basée sur le communiqué de la 329ème réunion du CPS, tenue le 3 août 2012, qui, au terme de son paragraphe 7 (5), s’est félicité de l’accord auquel les Parties sont parvenues sur la création d’un Groupe d’experts chargé d’émettre un avis non contraignant, faisant autorité, sur le statut des zones contestées (Amani, 2020).

2.3.          Le règlement juridictionnel des différends

Le règlement juridictionnel des différends permet de faire intervenir des organes indépendants qui rendent une décision obligatoire pour les Etats parties au litige. Il faut rappeler qu’en application du principe de souveraineté un Etat est libre de refuser la compétence d’un tel organe, d’où la nécessité du consentement préalable des Etats au différend. Le règlement juridictionnel peut prendre deux formes l’arbitrage et le recours à une juridiction internationale (Roche, Tamzini, 2021 :106). En matière d’arbitrage on peut avoir recours à la Cour permanente d’arbitrage (CPA) alors que pour une action juridictionnelle, la Cour de justice de l’UA et la Cour internationale de justice. Comme exemple d’arbitrage, à la suite du conflit entre l’Ethiopie et l’Erythrée, les deux pays ont sollicité la CPA et cette dernière a permis la création d’une Commission du tracé de la frontière entre l’Érythrée et l’Éthiopie. Le différend a été soumis à cette Commission d’arbitrage, qui a publié ses arrêts définitifs en août 2009 (Union Africaine, 2016 :47).  L’article 18 l’Acte constitutif de l’UA créé une Cour de justice de l’Union dont le Protocole est rentré en vigueur depuis 2009, cependant l’organe n’est toujours pas opérationnel. Les Etats ont donc recours à la Cour internationale de justice comme on l’a vu récemment dans le litige entre la RDC et l’Ouganda ou entre le Gabon et la Guinée Equatoriale.  Pour des questions spécifiques notamment des crimes contre l’humanité ou de guerre les Etats peuvent recourir à la Cour pénale internationale comme en Centrafrique, au Kenya etc.

Pour rendre justice dans cas spécifique l’UA a créé des mécanismes judiciaires spécifiques, notamment, les chambres africaines extraordinaires (CAE) au sein du système judiciaire sénégalais afin « de poursuivre et de juger le ou les principaux responsables des crimes et violations graves du droit international, de la coutume internationale et des conventions internationales ratifiées par le Tchad, commis sur le territoire tchadien du 7 juin 1982 au 1er décembre 1990 ». Ou encore « le Tribunal mixte pour le Soudan du Sud est un tribunal hybride placé sous l’égide de l’UA, qui sera chargé de mener des enquêtes sur les crimes graves commis depuis le 15 décembre 2013 au Soudan du Sud, notamment les homicides délibérés de personnes civiles, les viols et autres violences sexuelles, le recrutement forcé d’enfants et les déplacements forcés, et d’engager des poursuites à l’encontre des responsables présumés ».

Conclusion

La sécurité collective suscite périodiquement les passions. Ses partisans voient en elle un facteur déterminant de stabilité et de paix, une étape nécessaire et inévitable dans l’avènement de l’humanité réconciliée (Bentebibel, 2022 :68). Cette idéalisation soutenue par un idéalisme de la sécurité collective semble limitée, du moins les effets de la sécurité collective de l’Union Africaine. Car en dépit de l’existence d’un système de sécurité collective, il n’en demeure pas moins que le continent reste confronté de manière persistante aux différends, même ceux considérés comme conflictuels.  En effet, un membre du Comité des représentants « l’UA n’a pas été en mesure de trouver des solutions appropriées. Par conséquent, les régimes putschistes du Niger, du Mali et du Burkina Faso ont annoncé leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Ces départs affectent le processus d’incorporation des États au sein de l’UA ». C’est probablement la conséquence d’un système de sécurité collective fébrile et sensible aux positions des États et des organisations régionales.

À l’instar du système mondial, l’approche de la sécurité collective en Afrique n’accorde pas une priorité suffisante à la prévention, en particulier quand il s’agit de s’attaquer aux causes profondes des conflits. Cela s’explique en partie par le fait que la prévention est une prérogative nationale, de sorte que l’adhésion stricte à la souveraineté limite les possibilités d’intervention extérieure. La prévention des conflits est également moins attrayante pour les dirigeants que les mesures sécuritaires et militaires (Dawit, 2023 :6). Les dirigeants de l’UA ont toutefois fait preuve d’un manque persistant de volonté politique, entravant la capacité de l’organisation à traiter efficacement certaines questions centrales, notamment celle des conflits armés, entrainant de graves conséquences pour les civils et des atteintes généralisées aux droits fondamentaux. L’UA n’a pas répondu avec la même énergie à toutes les crises du continent, manquant parfois à ses obligations et invoquant le principe de subsidiarité vis-à-vis des organes régionaux pour justifier son inaction (HRW, 2025).  

 Il est à noter que les nouvelles formes de changements anticonstitutionnels de Gouvernement en Afrique rendent impérative l’introduction de nouvelles stratégies et l’adoption de mesures pratiques novatrices afin de renforcer les dispositions institutionnelles existantes en matière de prévention et de lutte contre les coups d’État. Ces mesures devraient être associées à des dispositions innovantes pour gérer les situations de transitions post-coup d’État (ISS, 2023 :4). Les anachronismes que portent la sécurité collective de l’Union Africaine appellent à revisiter l’ensemble de ses mécanismes et particulièrement ceux relatifs à la résolution des différends. C’est pourquoi « un examen critique du cadre actuel de l’UA est nécessaire pour déterminer son efficacité dans la mise en œuvre de l’action collective en matière de sécurité. Cette évaluation devrait se concentrer sur l’amélioration des principes normatifs, la clarification des rôles de l’UA et des CER, et la mise à jour des politiques et instruments pertinents au sein de l’Architecture africaine de paix et de sécurité » (Houdaigui, 2023 :15).

L’Afrique devrait revoir en profondeur le concept de sécurité collective et analyser les facteurs qui l’entravent. Elle a besoin d’un mécanisme de coopération qui s’attaque à l’insécurité persistante et s’adapte à l’évolution de la politique mondiale. L’UA et les organismes régionaux devraient prendre l’initiative d’organiser un dialogue sur l’approche de l’Afrique. Une discussion franche et ouverte est essentielle, notamment sur l’interprétation étroite de la souveraineté et le manque de priorité accordée à la prévention des conflits (Dawit, 2023 :6).

Au-delà des limites du système de prévention des conflits de l’UA, il convient de préciser qu’il peut être renforcer. En effet, la prédominance des acteurs étatiques dans l’ensemble des processus de prévention des conflits a tendance à politiser excessivement les mécanismes de prévention. Une évolution serait d’instituer des approches inclusives impliquant, les femmes, les jeunes, la société civile, les autorités traditionnelles et religieuses. Ainsi, les mécanismes de prévention gagneraient en représentativité et peut-être en efficacité, aussi ces mécanismes pourraient être soumis à des évaluations périodiques pour en mesurer l’efficacité. Au titre des améliorations, il est souhaitable que les processus de résolution pacifique des différends soient plus réactifs, la réaction à temps constitue une des faiblesses de ce système. En définitive, il est essentiel que l’UA, les CER et les Etats membres investissent massivement dans la prévention structurelle des conflits en mettant en œuvre l’Agenda 2063 comme politique de développement du continent.

Bibliographie

Acte constitutif de l’Union Africaine. (2000). Lomé, 11 juillet.

Amani Africa (2020). Manuel du Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA. Addis Abeba, Amani Africa Media and Research Services.

Bentebibel Doria Yasmina (2022). La sécurité collective : Portée, limites et perspectives. Strategia, 09 (2) :57-71.

Charpentier Jean, Batyah Sierpinski (2012). Institutions internationales (18e édition). Paris, Dalloz Mementos.

Combacau Jean, Sur Serge (2012). Droit international public, 10ème éd., Montchrestien, Lextenso éditions.

Dawit Yohannes (2023). Nouvel agenda pour la paix : l’heure du bilan pour la sécurité collective en Afrique ? Institut d’études de sécurité. Addis Abeba, le 10 August.

Dhoihir Dhoulkamal (2024). Allocution de son Excellence, ministre des Affaires étrangères des Comores. 44ème session ordinaire du Conseil exécutif. Addis Abeba, 14-15 février.

Guillien Raymond, Vincent Jean (dir.) (2005). Lexique des termes juridiques, 15ème éd., Paris, Dalloz.

Houdaigui Rachid (2023). Reconstruction post conflit en Afrique. Rapport général. APSACO 7ème édition. Rabat, 10-11 juillet.

HRW, (2025), Union Africaine : Evènements de 2024.

ISS (2023). La déclaration de Lomé contre les coups d’État, un outil qui a fait son temps : Des stratégies pratiques et innovantes sont nécessaires pour prévenir et combattre les coups d’État en Afrique. PSC Insights PSC Report. Addis Abeba, septembre.

ISS (2022). L’UA doit faire face aux liens entre gouvernance et conflits en Afrique. Rapport sur le Conseil de paix et sécurité. 14 janvier 2022.

Klotz Audie, Lynch Cecelia (1999). Le constructivisme dans la théorie des relations internationales. Critique internationale, (2) :51-62.

Metou Brusil Miranda (2018). La médiation de l’Union africaine dans la résolution des crises internes de ses États membres. Revue québécoise de droit international, 31 (2) :40-69.

Montbrial (de) Thierry, Klein Jean (2000). Dictionnaire de stratégie. Paris, PUF.

Nay Olivier (dir.) (2008). Lexique de science politique : Vie et institutions politiques. Paris, Dalloz.

Nze Bekale Ladislas (2019). Les principes et les instruments de la politique de défense et de sécurité de l’Union Africaine. Annuaire Français des Relations internationales, (XX) :573-598.

ONU (2016). Déclaration du Président du Conseil de Sécurité, sur la Coopération entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales et sous régionales aux fins du maintien de la paix et de la sécurité internationales. 7694e séance. New York, le 24 mai 2016.

Pacte de non-agression et de défense commune de l’Union Africaine (2005). Abuja, 31 janvier.

Protocole d’accord de coopération dans le domaine de la paix et la sécurité entre l’Union Africaine, les Communautés économiques régionales et les Mécanismes de coordination des brigades régionales en attente de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique du Nord, juin 2008.

Protocole relatif au Conseil de paix et sécurité de l’Union Africaine (2002). Durban, 9 juillet.

Roche Catherine, Wafa Tamzini (2021). L’essentiel du droit international. Paris, Gualino.

Ruzié Davie, Teboul Gérard (2021). Droit international public. 26ème éd. Paris, Dalloz.

Union Africaine (2022). Communiqué sur l’Accord de Cessation des hostilités entre le Gouvernement de la République Fédérale Démocratique d’Éthiopie et le Front Populaire de Libération du Tigré (TPLF). Pretoria, 2 novembre.

Union Africaine (2021). Communiqué de la 996eme réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine sur l’examen du rapport de la Mission d’enquête en République du Tchad. Addis Abeba, 14 mai.

Union Africaine (2016). Résolution des conflits frontaliers en Afrique : Le guide de l’utilisateur. Programme Frontière de l’Union Africaine (PFUA). Addis Abeba.

Union Africaine (2013). La Médiation dans les processus de paix Conception, élaboration et processus. Manuel pratique pour l’Union Africaine, Tome 1. Addis Abeba.

Union Africaine (2009). Vers le renforcement des capacités de Médiation de l’Union Africaine. Rapport basé sur un séminaire organisé par la commission de l’Union Africaine. Addis-Abeba, 15 – 16 octobre.

Uwazie Enerst (2011). Le règlement extrajudiciaire des différends en Afrique : Prévention des conflits et renforcement de la stabilité. Bulletin de la sécurité africaine, (16) : 1-8.

Woodhouse Tom (2020). Maintien de la paix et résolution des conflits internationaux. Bradford, Harvey J. Langholtz.

Les instruments de l’Union africaine au prisme de l’implication de la jeunesse et des autorités traditionnelles à la reconstruction post conflit en Centrafrique et au Mali

RG v9n1, 2023

Nze Bekale Ladislas

nzebekale@yahoo.fr

Diplômé de l’ENA, Docteur en Histoire Militaire et Etudes de défense, Chef d’Unité à la Commission de l’Union africaine, membre du Réseau Consultatif des Nations Unies pour la Réforme du Secteur de la Sécurité. Enseignant vacataire au département d’histoire (Université Omar Bongo-Gabon), Chercheur au Centre d’Analyse et de Prospective sur les Afriques UQAM (Canada) et Chercheur associe au GRESHS (Ecole Normale Supérieure-Gabon).

Résumé

L’Union Africaine, comme institution chargée de la gouvernance de la sécurité collective du continent, développe une importante activité de reconstruction et de développement post conflit. Elle prône une popularisation de cette politique, à travers une approche participative ouvertes aux populations. Ses instruments énoncent les idées fondamentales relatives à cette implication. Ainsi, Cet article tente de confirmer la corrélation entre la doctrine de l’institution africaine et l’appropriation de ce processus par des catégories spécifiques de la population au Mali et en Centrafrique, notamment les détenteurs de l’autorité traditionnelle et la jeunesse.

Mots clés : Union Africaine, Post conflit, Popularisation, Mali, Centrafrique.

Abstract

The African Union as an institution in charge of the governance of the collective security of the continent, develops an important post-conflict reconstruction and development activity. It advocates popularizing this policy, through a participatory approach. Its instruments set out the fundamental ideas relating to this involvement. This article attempts to confirm the correlation between the doctrine of the African institution and the appropriation of this process by specific categories of the population in Mali and the Central African Republic, in particular the holders of the traditional authority and youth.

Keywords: African Union, Post conflict, Popularization, Mali, Central Africa Republic.

Introduction

La consolidation de la paix peut contribuer à prévenir l’éclatement de violents conflits, préparer la voie aux processus de rétablissement de la paix et les soutenir, aider à la reconstruction des sociétés après les conflits. En d’autres termes, la consolidation de la paix est utile avant qu’un conflit ne se déclare, pendant et après le conflit (Hilde, 2004). Il va sans dire que cette dimension du renforcement de la paix nécessite une vision et des actions opérationnelles. De ce fait, « la notion de post-conflit est devenue une grille de lecture et d’action internationale commune. Défini par les Nations unies, le concept de post-conflit désigne un modèle idéal de transition après une guerre, au sein duquel institutions internationales, Etat et acteurs civils, privés et associatifs œuvreraient ensemble pour surmonter les tensions et reconstruire une paix durable » (Cattaruzza, Dorier, 2015). La reconstruction post conflit est donc définissable comme une politique, non exclusive,  ouverte à une diversité d’intervenants. « La nécessite d’une reconstruction de l’Etat dans une période post-conflit s’intègre dans le cadre plus large de l’ambition de consolidation de la paix après les conflits armés. A ce titre, elle contribue comme toutes les activités de consolidation de la paix à créer un cadre propice à une paix durable, et à éviter ainsi une résurgence des hostilités » (Amvane, 2013). En dehors des programmes de démobilisation et de réintégration, elle met l’accent sur la reconstruction axée sur les communautés de base (BAD, 2001). Ceci pour étayer une certaine logique de démocratisation de la reconstruction post conflit par l’ouverture de cette politique aux populations, c’est-à-dire qu’elles sont à la fois réceptrices de l’ingénierie de la reconstruction et contributrices à la conduite de l’action y relative. D’une part « la popularisation est perçue comme l’auto saisissement par le peuple d’une réalité. D’autre part, elle est une action volontariste menée par certains acteurs faisant du peuple une cible » (Batchom, 2016) de l’action publique. Une paix viable et durable dépend non seulement de l’engagement des leaders politiques mais aussi de l’acceptation de la paix au sein de la population. La consolidation de la paix requiert la réconciliation et la promotion d’un règlement pacifique des conflits a tous les niveaux de la société : dans la hiérarchie militaire, politique, religieuse et dans celle des entreprises, dans la couche médiane de la société et à la base (Hilde, 2004). Pour consentir à cette idée d’une consolidation participative de la paix, l’Union Africaine suggère une appropriation nationale et locale de la reconstruction post conflit. Pour l’institution, « ce principe est critique pour s’assurer que les activités de la [Reconstruction et le Développement Post Conflit] RDPC, correspondent aux besoins et aspirations locales, encouragent une compréhension commune d’une vision partagée, optimisent et maximisent le soutien à la RDPC à travers le réengagement de la population envers sa gouvernance et garantissent la durabilité des efforts de relance » (Union Africaine, 2006). Cette dilation de l’action publique, de l’international aux populations, souscrit à l’idée selon laquelle « le réalisme qui conférait à l’Etat un rôle décisif dans les relations internationales, est inadéquat pour éclairer notre temps » (de Sernaclens, 2006). D’ailleurs les institutions étatiques « n’ont plus les capacités de promouvoir une identité collective nationale surplombant la multiplicité des réseaux de solidarité constituant leur société civile et la diversité des allégeances individuelles » (de Sernaclens, 2014). Les successeurs lointains de Kant et Tocqueville aux Etats unis ne considèrent pas les Etats (qu’ils ne voient pas unitaires) comme les seuls acteurs de la scène internationale : ils la partagent avec la société civile et des entités transnationales (Boene, 2018). L’action individuelle et l’action sociale s’inscrivent et s’analysent désormais à des niveaux multiples : elles s’élaborent en référence à un espace national de moins en moins prioritaire, alors que le local, le régional supranational et, de plus en plus, le transrégional acquièrent une importance sans cesse réévaluée (Badie, 2018). Cette reconfiguration de l’espace publique consolide « la montée en puissance des acteurs non étatiques, encore appelés « acteurs transnationaux ou acteurs globaux, [et] constitue la seconde révolution. Cette catégorie est hétéroclite et memo contradictoire, faite d’acteurs organisés à vocation solidariste, comme les ONG, à vocation de prosélytisme, comme les acteurs religieux, cherchant à jouer de leur influence, comme les médias, ou tout simplement individuels et agrégés, comme chaque être humain accomplissant un acte international » (Badie, 2016).

La pensée sécuritaire rénovée de l’UA soutient donc « des approches de consolidation de la paix plus inclusives et participatives, qui tiennent compte des besoins des femmes et des jeunes, ainsi qu’à promouvoir les possibilités et le potentiel des sociétés en tant qu’agents de changement positif, afin de renforcer la cohésion sociale et d’assurer une croissance et un développement durables » (Union Africaine, 2022a). Parce que la RDPC est d’abord et avant tout un processus plus politique que technique, l’UA offre un leadership et un contrôle stratégique des termes d’engagement de l’ensemble des acteurs impliqués dans les efforts de RDPC sur le continent (Union Africaine,2006). Pour l’institution « un lien organique entre le gestionnaire de la RDPC et la population en général est impératif » (Ibid.). Les organisations communautaires et autres organisations de la société civile, notamment féminines, [la jeunesse ; les autorités traditionnelles et religieuses sont invitées] à participer activement aux efforts visant à promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité en Afrique (Ibid., p. 27). Les politiques publiques internationales ne sont pas exclues de cette volonté d’ouvrir la participation citoyenne au contrôle de la réalisation de ces politiques à toutes les échelles de l’action publique (Nze Bekale, 2022). Les politiques publiques internationales définissent « l’ensemble des programmes d’action revendiqués par des autorités publiques ayant pour objet de produire des effets dépassant le cadre d’un territoire stato-national » (Petiteville, Smith, 2006 : 357). Ces postulats sont observables dans la vision de l’UA, qui fait de la société civile au sens large un acteur de la reconstruction post conflit aux côtés des acteurs institutionnels. Cette redondance pédagogique prouve que « la sécurité, traditionnellement monopolisée par l’Etat, cesse d’être un sujet tabou. Le choix de cette démarche citoyenne semble indiquer un changement dans la fabrique des politiques de sécurité, au regard de la place centrale de la société civile dans ce processus. Concept dont l’usage est très controverse en Afrique, la société civile est ici perçue dans sa conception large c’est-à-dire englobant l’ensemble des acteurs organisés existant en dehors de la sphère étatique (Auer, 1999 ; Lavigne Delville, 2015 ; Gibbon, 1998 ; Otayek, 2009)[1].  Un ensemble de réformes mises en œuvre principalement depuis les années 2000 a accéléré l’ancrage de la participation citoyenne. C’est enfin le paradigme de la Réforme du Secteur de la Sécurité dans le contexte de la lutte contre le terrorisme (Saidou, 2019). Le corpus doctrinal de la participation populaire à la lutte contre le terrorisme en Afrique débute avec la définition de la participation politique qui constitue (Nze Bekale, 2022b) un « ensemble des pratiques (voter, manifester, militer, participer à des réunions) et des manifestations d’intérêt (s’informer sur la politique, parler de politique) des gouvernés à l’égard des affaires publiques touchant la commune, la région, l’Etat et même l’humanité entière » (Nay, 2008). D’autres sont des « formes de participation protestataire [ou de réplique contre une menace] » (Ibid.). La reconstruction post conflit, aux dires du cadre de reconstruction post conflit de l’UA mais pas exclusivement, favorise ces différentes manifestations de la participation populaire.

En travaillant sur une thématique de science politique, notamment les relations internationales, le constructivisme comme cadre théorique parait adapté à cette contribution. Tout comme sa vision « des relations internationales et de la politique étrangère se concentre sur les structures normatives internationales et de leurs effets et l’interaction entre les structures internationales et les agents locaux du changement » (Lauterbach, 2011). Pour les constructivistes, « les règles et les normes jouent un rôle essentiel pour guider le comportement des acteurs internationaux et structurer la vie internationale en général » (Lynch, Klotz, 1999). Une approche se plaçant au niveau du système ne repose pas sur la seule interaction des Etats pour expliquer la (re)formation des intérêts. La plupart des constructivistes insistent sur l’importance des institutions internationales, des structures sociales mondiales, comme composantes du système international (Ibid., p.57). Cette approche élargit donc le débat sur la nature des différents agents à l’œuvre sur la scène internationale (Ibid., p.58). En incluant explicitement les communautés épistémiques, les catégories sexuées, les mouvements sociaux, les réseaux d’ONG ou de mouvements thématiques dans la rubrique agent (Ibid.). Il s’agit de considérer « pour principal objet les croyances, cultures, discours, cadres cognitifs, habitus, identités, idéologies, normes, représentations, symboles et visions du monde (termes ici rassembles sous la notion de conceptions collectives ou partagées) et étudie leurs incidences sur les interventions de paix (Autesserre, 2011). Ce remodelage de la scène internationale, s’accommode avec la gouvernance comme régulatrice et normative des interactions entre les différents agents constitutifs de cet espace. Selon l’institution africaine, « la gouvernance politique implique la répartition et l’exercice du pouvoir du niveau national aux niveaux locaux. Elle englobe la promotion de la bonne gouvernance démocratique et ses valeurs centrales, tel que requis dans le préambule de l’Acte Constitutif » (Union Africaine, 2006). Les éléments centraux de la bonne gouvernance politique, comprennent la participation politique, dans les situations post conflits, nécessitent la promotion d’une politique inclusive (Ibid.). Des systèmes de gouvernance cohésifs et réceptifs allant du niveau national aux niveaux populaires. Ainsi, le rôle et la participation des femmes [les jeunes et la société civile], y compris leur accès au pouvoir et à la prise de décision, nécessitent d’être particulièrement soulignés et encouragés (Ibid.). Dans ce contexte, il est convenable de souligner, d’un point de vue pratique que « les activités de l’UA visent à coordonner et harmoniser les efforts en vue de relever les défis politiques auxquels le pays [en situation post conflit] est confronté, afin d’assurer la stabilité à long terme, le développement et la prospérité du pays » (Union Africaine, 2017). Sous-entendu une action inclusive nécessitant l’avis des populations. Par exemple « dans le cadre des projets à impact rapide en Somalie, l’UA a alors soutenu les principaux projets consistant à l’appui à l’administration locale à Afgoye, dans le District de Shabbelle inférieur, la rénovation et l’achat de matériels de bureau au profit du poste de police de Caterpillar » (Ibid.). Des initiatives réalisées en consultation, si non avec la participation des populations, une situation favorable à l’adaptabilité de la politique de RDPC de l’UA dont le Conseil de paix et sécurité (CPS) demande « d’examiner d’urgence le projet de politique révisée en matière de RDPC, en tenant compte des contributions de tous les États Membres » (Union Africaine, 2022b). Un exercice qui permettrait d’intégrer les aspirations des populations en tant que partie prenante de la reconstruction post conflit. Dans le même ordre d’idées, le CPS invite la Commission de l’UA, le Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs « (MAEP) et les partenaires concernés à convoquer une conférence sur la gouvernance locale, la paix, la sécurité et le développement » (Union Africaine, 2022c) probablement courant 2023.

A propos de la méthodologie, « la multiplication des régimes internationaux et l’institutionnalisation des relations internationales dont ils sont porteurs constituent des facteurs particulièrement propices à des approches de sociologie de l’action publique » (Petiteville et Smith, 2006, p.359). Ces méthodes et la sociologie des relations internationales facilitent l’analyse et la compréhension des « groupes sociaux divers dans la construction et la mise en œuvre des formes pratiques comme symboliques de l’activité politique, et d’autre part sur les représentations collectives des agents qui font exister ces différents groupes » (Saurugger, 2008). Elles sont donc mobilisées pour la réalisation de cette étude tout comme le droit international. La problématique centrale de cet article interroge l’alignement, de la participation de la jeunesse et des autorités traditionnelles à la reconstruction post conflit au Mali et en Centrafrique sur les instruments de l’Union Africaine. L’objectif de cet article est donc d’établir l’opérationnalisation des dimensions théoriques de la politique de reconstruction post conflit de l’UA, notamment celles relatives à la contribution des populations, par la jeunesse et les autorités traditionnelles au Mali et en Centrafrique. De ce fait, l’hypothèse suivante est émise : il est possible d’établir une corrélation entre la théorie de l’UA et le rôle de la jeunesse et des autorités traditionnelles dans la reconstruction post conflit. Etant un processus endogène exigeant une approche holistique, elle est difficilement concevable sans une véritable participation des jeunes (1) et des autorités traditionnelles (2).

1. La fondamentale ouverture de la reconstruction post conflit à la jeunesse au Mali et en Centrafrique

La participation politique est restée identifiée au seul taux de participation annoncé lors des soirées électorales. De nouvelles formes sont apparues ou simplement revendiquées qui ont pour nom démocratie participative, débat public, démarches citoyennes et visent à assurer une meilleure présence des citoyens dans les circuits de la décision publique (Duran et Truong, 2013). De cette possible participation aux politiques, la reconstruction post conflit se présente comme étant accessible, si on se réfère à l’invitation des textes de l’UA (1) aux Etats membres plaidant pour une participation de la jeunesse à la consolidation de la paix. Cette implication est rendue effective par le Mali et la Centrafrique (2) à travers une variété d’initiatives.

1.1. L’Union Africaine et la participation de la jeunesse à la reconstruction post conflit

    Les jeunes représentent une forte proportion des personnes qui subissent les effets des conflits armés, y compris comme refugies et déplacés, et que le fait qu’ils soient privés d’accès à l’éducation et de perspectives économiques est fortement préjudiciable à l’instauration durable de la paix et à la réconciliation (ONU, 2015). La plupart des jeunes Africains n’ont pas choisi la voie de la violence. Beaucoup ont mené des manifestations dont un nombre record a été observé à travers l’Afrique ces dernières années. Cela soulève la question de savoir comment les jeunes peuvent s’engager de manière significative et constructive dans leur pays, en poussant à des reformes et à une sécurité améliorée (Biar Ajak, 2021). Comme, les politiques publiques sont du même coup de plus en plus liées à des procédures de consultation et de participation susceptibles d’assurer une emprise spécifique des assujettis et des citoyens sur l’action publique en même temps qu’elles sont sources d’information pour les pouvoirs publics (Duran et Truong, 2013). L’avis et l’expertise, de la jeunesse en tant qu’acteur sociopolitique, sont inévitables dans l’élaboration et la réalisation de l’action publique. C’est pourquoi les jeunes « devraient prendre une part active à l’instauration d’une paix durable et œuvrer à la justice et à la réconciliation, et que l’importance démographique de la jeunesse actuelle est un atout qui peut contribuer à instaurer durablement la paix et la prospérité économique, si tant est que des politiques inclusives soient en place » (ONU, 2015). En effet, « la jeunesse africaine est impliquée dans une variété d’activités visant à résoudre les conflits et à renforcer la cohésion sociale. Ces efforts ont exploité le talent et la créativité de la jeunesse africaine, et les ont canalisés afin de reconstruire les liens sociaux, d’encourager le dialogue et de faciliter l’apaisement et la réconciliation » (Biar Ajak, 2021). Les Etats Membres [particulièrement ceux de l’UA] doivent envisager de formaliser une approche du développement inclusif commune aux différents organismes des Nations Unies essentielle pour prévenir tout conflit et asseoir durablement la stabilité et la paix, et soulignant à cet regard combien il importe d’identifier et de s’attaquer à l’exclusion politique, économique sociale, culturelle et religieuse et à l’intolérance, ainsi qu’à l’extrémisme violent, qui peuvent faire le lit du terrorisme comme autant de facteurs de conflit (ONU, 2015). Le rôle et l’implication, de la jeunesse africaine à la paix et la sécurité, sont établis notamment les possibilités offertes à cette jeunesse pour ses actions dans la construction et la consolidation de la paix au niveau continental, régional, national et de la micro-gouvernance. « Aux niveaux, continental, des Communautés économiques régionales (CER) et des Etats, des mécanismes exclusivement dédiés à la jeunesse africaine ont été institués pour permettre une interaction constructive entre les organes de l’UA et de la jeunesse. En revanche, on observe une contradiction entre le rôle des Etats membres et la responsabilisation de la jeunesse sur ces questions, ainsi apparaissent une série d’actions spontanée de la jeunesse dans différents contextes lorsque la paix et la sécurité sont compromises » (Nze Bekale, 2022c). En ce qui concerne les initiatives et les activités de reconstruction post conflit la jeunesse est plus qu’interpellée sur ce terrain. Pour ce faire, il est loisible d’examiner successivement la rhétorique institutionnelle et les conditions de construction d’un espace participatif de la jeunesse à la consolidation de la paix en Afrique. « Il importe de concevoir des politiques pour la jeunesse qui viennent renforcer les activités de consolidation de la paix et notamment favoriser le développement économique et social, appuyer les projets de développement de l’économie locale et offrir aux jeunes des perspectives d’emploi et de formation technique, en stimulant l’éducation, l’esprit d’entreprise et l’engagement politique constructif de la jeunesse » (ONU, 2015).La jeunesse africaine est particulièrement critique envers les institutions régionales et continentales, elle estime qu’elles sont insuffisamment à l’écoute des populations et particulièrement de la jeunesse. Face à ce qui surgit comme un dialogue de sourd, il faut établir les moyens d’interaction entre l’UA et la jeunesse en matière de paix et sécurité (Nze Bekale, 2022c). Pour l’Agenda 2063 de l’UA, « les mécanismes nationaux et autres mécanismes de règlement pacifique de conflits seront fonctionnels et une culture de paix sera prodiguée aux jeunes Africains par le biais de l’intégration d’une éducation de paix dans tous les programmes scolaires. L’Afrique disposera de mécanismes bien construits pour le règlement des conflits, la désescalade des conflits et la réduction de la menace ». Les jeunes seront les pionniers de nouvelles entreprises de savoir et apporteront une contribution significative à l’économie. D’ici 2063 toutes les formes d’inégalité, d’exploitation, de marginalisation et de discrimination systématiques des jeunes seront éliminées et les questions concernant les jeunes seront intégrées dans tous les programmes de développement (Union Africaine, 2015). Ainsi l’UA reconnait, le rôle important que la jeunesse africaine joue aux niveaux national, régional et continental, en contribuant à la promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité, ainsi qu’au développement en Afrique, dans le cadre de la mise en œuvre de la Feuille de route principale de l’UA sur les Mesures Pratiques pour Faire taire les armes en Afrique d’ici 2020, et de l’Aspiration numéro 4 de l’Agenda 2063 (Union Africaine 2020a). Le communiqué 899 du CPS incite donc « les Etats Membres sortant de conflits de redoubler d’efforts et de s’attaquer de manière globale aux causes profondes des conflits en reconstruisant, notamment, des sociétés inclusives, en renforçant les capacités des institutions publiques ». Tout autant que ces dernières sont sollicitées pour l’implication « des jeunes dans la conception et la mise en œuvre réussie des processus de réconciliation et de cohésion nationales, en vue de renforcer l’inclusion et la participation de toutes les composantes de la communauté nationale, y compris à travers un processus continu de décentralisation ». Ils sont donc invités à continuer d’intégrer et de faciliter la participation des jeunes à toutes les étapes des processus de paix et au développement national, entre autres, en relevant tous les défis qui empêchent une participation effective et significative des jeunes à la gestion des affaires de leurs pays, tant dans les zones rurales que dans les zones urbaines, comme étant déterminant pour Faire taire les armes en Afrique (Union Africaine, 2020b.).  

    L’Union Africaine considère la participation comme un processus politique crédible pouvant favoriser la construction d’une intégration dirigée par des citoyens africains parmi lesquels les jeunes du continent (Nze Bekale, 2022a, p.246). Pour ces raisons, il faudra promouvoir la formation des jeunes pour soutenir les activités de reconstruction et de stabilisation des zones touchées par la guerre, en veillant à ce que les besoins spécifiques des jeunes femmes et hommes soient satisfaits, et les capacités des jeunes à agir en tant qu’agents de secours et de relèvement dans les situations de conflits et post-conflits soient renforcées et consolidées (Union Africaine, 2020a p.15). Des institutions responsables, inclusives et réactives contribuent à la prévention des conflits et aident à identifier les priorités nationales pour la construction et le maintien de la paix, y compris la mise en œuvre de stratégies pertinentes. La consolidation de la paix est mieux soutenue lorsque le grand public profite de ses dividendes, qui comprennent une coexistence pacifique et sure (Union Africaine, 2020c p.11). Le tryptique jeunesse, paix et sécurité relève d’une question transversale qui recoupe les programmes de protection sociale, de consolidation de la paix et d’autonomisation. Dans toutes les situations de conflit en Afrique, les jeunes ont été et sont au centre de l’instabilité, à la fois comme victimes, acteurs et, de plus en plus, comme moteurs potentiels du changement. Les organisations et réseaux locaux dirigés par des jeunes ont une compréhension nuancée du contexte local et savent comment naviguer dans les environnements dans lesquels ils opèrent. (Ibid., p.15).

    1.2. L’effectivité de la participation de la jeunesse à la reconstruction post conflit

    Le CPS a signifié l’impérieuse nécessité de faire « des efforts collectifs, ainsi que des approches inclusives de RDPC, qui facilitent la participation active des femmes et des jeunes » (Union Africaine, 2021), sous le contrôle des autorités nationales et des partenaires internationaux. Cette dynamique peut être lue comme un outil de cadrage en douceur de l’échelon local, permettant de canaliser certaines personnalités et tendances centrifuges en leur donnant une représentation à cet échelon mineur de la vie politique (Dorier et Mazurek, 2015). Le Mali a ainsi institué un programme spécifiquement dédié à la jeunesse pour sa contribution à la reconstruction post conflit. En soulignant l’essentialité d’instituer des mécanismes, cadres appropriés pour la promotion de la culture de la paix, de la tolérance, avec une implication inconditionnelle de la jeunesse (Nze Bekale, 2022c, p. 6).

    L’accord de paix exprime clairement « la reconnaissance, la promotion de la diversité culturelle, linguistique et la valorisation de la contribution de toutes les composantes du peuple malien, particulièrement celle des jeunes, à l’œuvre de construction nationale »[2]. Le programme de gouvernance locale redevable (PGLR) post conflit a été conçu à partir d’une analyse des causes des conflits et des conséquences qu’ils pourraient engendrer. Par son caractère social sensible et souvent violent, la gestion des conflits liés au foncier est le domaine par excellence de l’administration et des vieux sages des communautés villageoises. Toutefois sous l’influence des jeunes leaders, des jeunes ont pu occuper des postes au sein des commissions chargées de la gestion des conflits. Evidemment, avec l’extension du PGLR, le nombre de conflits recensés a augmenté aussi. De 2018 en 2019, le nombre de conflits réfères aux commissions a presque doublé dont la moitié est gérée (46%) et résolue à la satisfaction des parties en conflit (Wennik, Keita, Fomba, 2020). Cette initiative montre l’importance du rôle de la société civile [avec une jeunesse particulièrement active], comme acteur du tissu social, mais aussi comme interlocuteur pertinent et particulièrement représentatif des besoins et préoccupations des populations (Giarmana, 2009). La majeure partie de population malienne est composée des jeunes hommes et femmes qui aspirent participer à la prise de décision politique au niveau local. Une certaine autonomie financière et économique donne plus de garantie que les jeunes prendront leur part de responsabilité dans le processus démocratique à la base (Wennik, Keita, Fomba, 2020). Il est impérieux que la jeunesse soit impliquée au contrôle [de la reconstruction post conflit] et que les institutions politiques et administratives considèrent ses aspirations (Nze Bekale, 2022c). Le mouvement des jeunes n’a plus été un objectif en soi mais est devenu un moyen (résultat) pour contribuer à l’objectif spécifique, améliorer la gestion des affaires publiques locales qui, à son tour, concoure à l’objectif global, contribuer au développement des services sociaux de base. L’amélioration de la gestion des affaires publiques s’est étendue à la redevabilité des organismes de gestion des services publics et leur gouvernance en général (Wennik, Keita, Fomba,2020). Dans le cadre des actions de reconstruction post conflit, « les jeunes ont effectué le diagnostic suivant les principaux thèmes du PGLR en faisant un état de lieux de leurs communes et en identifiant les activités pouvant être menées sous les thèmes. Les rapports de diagnostic ont été restitués aux acteurs locaux clés et adaptés par la suite (Ibid. p . 19).

    La réalisation de cette prospection constitue un moyen de consolidation de la connaissance et de la compréhension de la réalité sur les contributions multiples et multiformes de la jeunesse à la paix et à la sécurité en Afrique (Nze Bekale, 2022c). Les jeunes ont élaboré des plans d’action, inspirés des résultats du diagnostic institutionnel local, qui ont été adaptés et validés par les acteurs locaux clés au Mali (Wennik, Keita, Fomba, 2020). Les preuves ont montré que certaines des initiatives du RDPC les plus innovantes sont celles qui tirent leurs priorités clés d’interactions adéquates avec la communauté cible d’une manière organique et ascendante plutôt que conçue, imposée et mise en œuvre de l’extérieur. Quelle que soit la situation dans laquelle ils se trouvent, les groupes de jeunes dans les sociétés sortant d’un conflit reconnaissent la nécessite de s’impliquer activement (Union Africaine, 2020b p109). Sur le plan de l’organisation, le PGLR se caractérise par un dispositif d’intervention ascendant avec une base locale formée par les jeunes leaders qui constituent une avant-garde dans la mobilisation pour [ une reconstruction post conflit résiliente des institutions et de] la gouvernance redevable. Ils sont accompagnés et appuyés dans la mise en œuvre de leurs plans d’action par un réseau de conseillers qui sont bien ancrés dans le milieu (Wennik, Keita, Fomba, 2020). Toutes ces activités de refondation post conflit de l’Etat, de par leur caractère inclusif, ont enregistré une participation massive et efficiente des jeunes (Union Africaine, 2020b). L’UA considère la jeunesse comme un acteur indispensable de la construction d’une Afrique prospère et en paix au regard de sa participation potentielle aux différentes initiatives de paix à travers l’Afrique (Nze Bekale, 2022a,p. 247). Un groupe de jeunes engagés dans la reconstruction post conflit a élaboré un « document de stratégie appelant les jeunes à être conscients de leur rôle dans l’établissement et la consolidation de la paix et insiste sur le fait que le développement et l’amélioration des conditions de vie pourront être réalisés à travers un investissement soutenu dans la paix et la sécurité. Enfin, le groupe reconnait qu’il existe des variations dans les perceptions des jeunes quant à leur rôle dans la société au sein de leur pays et dans la région du Sahel » (Wennik, Keita et Fomba, 2020). S’appuyant sur les instruments de l’UA et les cadres politiques nationaux, ainsi que l’accord de paix d’Alger, la jeunesse malienne démontre pleinement son engagement aux processus multiples de reconstruction post conflit, on peut éventuellement présumer que cette logique se poursuive en Centrafrique.

    Les principes de subsidiarité et de complémentarité entre les différents acteurs de l’UA sont la preuve d’une continuité, du niveau continental, du moins l’impulsion d’une vision sur jeunesse, paix et sécurité par le CPS, à la CER dont les pouvoirs sont aussi la transposition des politiques africaines à son niveau. Précisément la mise en œuvre d’un cadre politique et institutionnel adéquat à la participation de la jeunesse à la paix et à la sécurité (Nze Bekale, 2022c, p. 7). Conscient du fait que « la population de la RCA est très jeune (60% de la population est âgée de moins de 24 ans) et les jeunes sont disproportionnellement touchés par le sous-développement et les impacts néfastes des crises. Ils sont souvent empêchés de participer pleinement aux processus politiques, et leur accès aux opportunités socio-économiques est restreint. Leur marginalisation fragilise la stabilité et la paix, car elle fait d’eux une proie facile pour les milices souhaitant les recruter » (Banque mondiale, 2016). Les autorités sont déterminées à « accompagner les efforts, aux niveaux national et local, pour faire participer davantage les jeunes, les organisations confessionnelles et, dans la mesure du possible, les personnes déplacées et le refugiés au processus de paix, notamment à l’Accord de paix de Khartoum » (ONU, 2015). Il convient donc de reconnaitre les impacts en termes de genre de la crise sur les jeunes, et d’identifier les besoins, rôles et potentiels spécifiques et souvent divergents de la jeunesse dans le processus de consolidation de la paix, de relèvement de l’économie et de construction d’une société plus juste, équitable et solidaire. La réponse aux besoins et rôles spécifiques des jeunes hommes et des jeunes femmes leur permettra de jouer leur rôle d’agent de changement positif (Banque mondiale, 2016). La participation des jeunes, est particulièrement importante au niveau préfectoral [et au-delà], où son implication sera nécessaire pour faire le suivi de la mise en œuvre des dispositions de l’accord. Ils assureront la mise en œuvre rapide des dispositions de l’Accord et aideront à résoudre tout différend entre l’Etat el les groupes armes de manière pacifique, à travers le dialogue (ONU, 2015). Dans le domaine de la RDPC, l’une des initiatives les plus concrètes des jeunes est la Plateforme interconfessionnelle de la jeunesse centrafricaine (PIJCA) visant à prévenir et gérer les conflits sectaires en Centrafrique. Son objectif principal est de favoriser le dialogue en vue de mettre fin à la violence, de promouvoir la paix et de reconstruire leurs communautés respectives. Le groupe a joué un rôle de premier plan pendant le pic de violence à Bangui, en organisant plusieurs activités pour atteindre et persuader les groupes belligérants de travailler sur une médiation pacifique (Union Africaine, 2020b). La Centrafrique et d’autres pays africains confrontés aux problèmes sécuritaires « ont aujourd’hui recours aux citoyens [y compris la jeunesse] et à la société civile pour combattre l’extrémisme. Par conséquent, la doctrine soutenant la lutte contre le terrorisme, consacre une participation active des populations » (Nze Bekale, 2019) aux actions sécuritaires. Cette participation s’entend naturellement des actions relatives à la reconstruction post conflit.  En Centrafrique en raison de son identité multiconfessionnelle et de son expérience croissante dans le soutien au retour à la paix et à la réconciliation à travers ses projets pour les jeunes ex-combattants ainsi que les femmes à Bangui et dans d’autres villes comme Boeing, Boda, Berberati et Carnot, [un groupe de jeunes impliqué dans la consolidation de la paix] a acquis une réputation publique en tant que groupe de jeunes crédible et influent à l’avant-garde de la contribution positive à la paix et à la sécurité en RCA (Union Africaine, 2020b, p.29).

    La libéralisation de l’action et de l’espace politique, la gouvernance et la participation sont des préceptes permettant d’agir inclusivement, pour une meilleure gestion des affaires à tous les niveaux de la vie publique (Nze Bekale, 2022b, p. 333). Alors que les Etats membres se sont engagés à réaliser les obligations, en la matière, émanant de l’UA, sur le terrain de la paix, la jeunesse est d’une visibilité déconcertante à l’opposé de la tiédeur de l’action des Etats membres (Nze Bekale, 2022c, p. 12). Les initiatives concrètes et visibles de désarmement et de démobilisation (DDR), de Réforme du secteur de la sécurité (RSS) sont limitées. Un groupe de jeunes en RCA a démontré l’importance d’accorder une plus grande attention aux questions de DDR/RSS, en particulier en ce qui concerne la réhabilitation et la réintégration des anciens combattants ou délinquants dans la société (Union Africaine, 2020c, p. 28). En outre, le PIJCA a fourni un soutien matériel et financier à d’anciens jeunes vi combattants pour leur permettre de gagner leur vie comme la pêche et l’agriculture, en particulier à Kulamandja. Cette évolution a considérablement contribué à réduire la vulnérabilité économique des jeunes ex-combattants et les a rendus moins disposés à retourner dans les tranchées (Ibid.) Il a également encouragé et facilité une aide humanitaire sure, notamment celle d’ONG nationales et internationales ainsi que du personnel de la Mission des Nations Unies en République centrafricaine, MINUSCA, dans le 4eme arrondissement de Bangui. Notamment, ce quartier était à une époque l’épicentre de violentes batailles dans le pays (Ibid.).

    2. Les autorités traditionnelles et religieuses : Des acteurs importants à la reconstruction post conflit

    Les acteurs internationaux jouent depuis près de quinze ans un rôle supplétif dans le traitement social de la reconstruction. Ils agissent à travers des programmes autonomes, ou par financement de projets ministériels, suivant la grille d’action standard : Désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) (Dorier et Mazurek, 2015). La participation des populations contribue à la vulgarisation et à l’inclusivité de ces actions post conflit, ainsi « la démocratie participative [facilitant une participation populaire aux politiques] est toujours partie prenante de dispositifs institutionnels, il est alors pertinent d’en évaluer la portée, tout particulièrement sur les participants eux-mêmes » (Ibid., p. 6). La reconstruction post conflit en, tant que processus inclusif, peut en administrer les preuves sur la participation des autorités traditionnelles et religieuses (1). En effet, l’Union Africaine en fait des acteurs essentiels tout comme les Etats rendent leur participation effective (2).

    2.1. L’Union Africaine et l’implication des autorités traditionnelles et religieuses à la reconstruction post conflit.

    La gouvernance est assurée par « un ensemble complexe de relations politiques entre de nombreux acteurs différents-officiels et non-officiels-nationaux et locaux -qui interagissent de différentes façons ». Ces acteurs peuvent comprendre, par exemple, un assortiment de municipalités, de chefferies traditionnelles, de regroupements associatifs et d’institutions religieuses (Mohamed et Mechoulan, 2918). Les organisations de la société civile [particulièrement les autorités traditionnelles et religieuses] jouent un rôle de régulateur social, en remplaçant l’État dans les fonctions régaliennes qu’il ne peut assumer (Giarmana, 2009) encore plus dans la reconstruction post conflit. La gouvernance locale peut servir de laboratoire à des manières innovantes d’élaborer les politiques (Ibid., p. 3), particulièrement dans la mise en œuvre des politiques de reconstruction post conflits inclusives et participatives. La gouvernance locale dispose d’un avantage particulier sur ce terrain, en ce sens qu’elle regorge les connaissances relatives aux dynamiques et subtilités locales indispensables à la consolidation de la paix. Comme composantes de l’organisation et du fonctionnement de certaines dimensions de la gouvernance locale, « la symbiose, entre mécanismes traditionnels et démocratie participative par le biais des différents conseils mis en place dans les villages et quartiers [mais pas uniquement], constitue un facteur de maintien et de consolidation de la paix tout en contribuant à la culture de la paix à la base » (Nze Bekale, 2021a). Les populations d’Afrique ont fait des mécanismes traditionnels, qui ont servi autrefois à la sécurité des villages ou des lieux d’habitation contre le banditisme, des moyens de lutte contre la progression (Nze Bekale, 2021b) de l’insécurité à l’époque contemporaine tout comme des moyens de prévention des conflits et de consolidation de la paix. « Afin de maintenir un environnement pacifique et de promouvoir la paix d’une part, [l’on doit] permettre aux acteurs communautaires et traditionnelles d’y participer pleinement par des initiatives de cohésion et de dialogue social dans une perspective de consolidation de la paix d’autre part. Pour atteindre ces aspirations, la société africaine s’appuie sur les détenteurs du pouvoir et de l’héritage traditionnels symbolisés par des connaissances particulières utilisables pour préserver la paix et la résolution des conflits. Le pouvoir et le rôle des autorités traditionnelles sont indispensables dans la gouvernance de la paix en Afrique notamment dans la posture d’une localisation de la culture et de la paix » (Nze Bekale, 2021a, p. 7).

    Les autorités traditionnelles et religieuses sont d’importants interlocuteurs de la popularisation des politiques publiques et subséquemment de la vulgarisation (Nze Bekale, 2022a, p. 240) de la reconstruction post conflit. « Le poids des chefs traditionnels en tant qu’autorités morales, tant aux yeux des populations que des gouvernants au sommet de l’Etat, leur permet de régler des différends qui, normalement, sont du ressort des institutions étatiques » (Ibid.). Elles sont généralement des intermédiaires entre les populations et les autorités tout en jouant le rôle d’éducateurs et de promoteurs de la culture de la paix dans les villages et quartiers. La Charte africaine de la décentralisation reconnait la position des traditions, des détenteurs de l’autorité et des savoirs traditionnels dans les sociétés africaines étant donné que l’instrument juridique envisage de façon tacite la responsabilité des autorités traditionnelles dans la gestion des conflits et la promotion de la paix (Ibid., p. 6). Les actions de promotion et de consolidation de la paix en Afrique sont indissociables des autorités et savoirs traditionnels, en ce sens que la paix et la pacification des sociétés sont inséparables de l’environnement culturel des populations (Ibid., p. 8).

    La reconstruction post conflit selon l’UA demande une appropriation nationale et locale, sous-entendu que toutes les composantes du pays à tous les niveaux de la vie politique et sociale sont sollicitées pour la garantie de son caractère inclusif et populaire. Le principe d’inclusion « est critique pour s’assurer que les activités de la RDPC correspondent aux besoins et aspirations locales, encourage une compréhension commune d’une vision partagée, optimise et maximise le soutien à la RDPC à travers le réengagement de la population envers sa gouvernance et garantit la durabilité des efforts de relance » (Union Africaine, 2006). La gouvernance dans les situations de post conflits nécessite la promotion de la politique inclusive et du pluralisme de façon à contribuer positivement à l’édification de la nation. Ainsi, le point de concentration des activités dans cet élément constitutif a trait à la transformation du leadership et de la société, à travers des processus de développement de la vision nationale collective fournissant des systèmes de gouvernance cohésifs et réceptifs allant du niveau national aux niveaux populaires (Ibid., p. 15) y compris le niveau communautaire notamment avec son leadership traditionnel. Il faut donc veiller à « guider l’élaboration, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation des politiques de décentralisation, de gouvernance locale et de développement local aux niveaux continental, régional, national et sous-national »[3] et, particulièrement dans le cadre de la reconstruction post conflit des institutions et de l’État. Les gouvernements locaux ou les autorités locales exercent leurs fonctions et responsabilités en tenant compte du développement intergénérationnel et la durabilité de l’environnement[4]. L’explicitation du terme intergénérationnel met en évidence l’importance du rôle des autorités traditionnelles et des anciens dans les processus de paix. Donc, une reconnaissance tacite des acteurs traditionnels. Il convient de préciser que l’UA insiste sur le rôle des autorités traditionnelles dans la RSS particulièrement en reconstruction post conflit. « Dans plusieurs cas, mais pas forcément dans tous les contextes africains, les prestataires informels, coutumiers et traditionnels de sécurité apportent un appui crucial à l’Etat dans les prestations de sécurité en faveur des populations. Aussi, pour s’assurer qu’ils travaillent conformément aux normes légales, à l’état de droit et aux droits de l’homme, les prestataires informels et coutumiers de sécurité et les acteurs de la justice traditionnelle doivent être pris en compte dans les processus de RSS, quand cela est nécessaire. A cet égard, les processus RSS sur le continent africain devraient impliquer beaucoup plus d’acteurs qu’il ne serait nécessaire dans d’autres contextes » (Union Africaine, 2014). Il est donc recommandé aux états membres de fournir de l’espace et des pouvoirs à la supervision traditionnelle et communautaire, en reconnaissant les autorités traditionnelles africaines, d’une façon qui soit conforme aux dispositions du présent cadre d’orientation (Ibid. p. 21). Le CPS a d’ailleurs souligné qu’il est absolument indispensable « d’intégrer le rôle important des chefs traditionnels dans la conception et la mise en œuvre réussie des processus de réconciliation et de cohésion nationales, en vue de renforcer l’inclusion et la participation de toutes les composantes de la communauté nationale, y compris à travers un processus continu de décentralisation » (Banque mondiale, 2016).

    2.2. Les dimensions opérationnelles de la participation des acteurs traditionnels et religieux

    Au Mali, plusieurs activités de la mission de l’ONU et de l’UA « sont destinées à accompagner les initiatives traditionnelles pour gérer les différends et renforcer les moyens locaux, faisant ainsi écho à l’idée que le retour de l’autorité de l’Etat doit apporter un plus grand pouvoir d’agir aux autorités locales et traditionnelles. » (Mohamed et Mechoulan, 2018). On comprend l’importance des autorités traditionnelles qui viennent appuyer les institutions régaliennes et qui apparaissent comme indispensables à la reconstruction post conflit de l’Etat et des instituions au Mali tout comme leur consolidation. Ainsi, « les Parties demandent à la classe politique ainsi qu’à la société civile, notamment les communicateurs traditionnels et les autorités traditionnelles et religieuses, d’apporter leur plein concours à la réalisation des objectifs de l’accord »[5]  et d’intégrer les dispositifs traditionnels et coutumiers sans préjudice du droit régalien de l’état en la matière[6] . Les conflits communautaires sont la manifestation de divers décalages entre les acteurs : communautés, villages, fractions, institutions locales. Ils expriment aussi des oppositions normatives entre plusieurs systèmes de valeurs historiques, sociologiques, institutionnelles et organisationnelles (Dakouo, 2017). La gestion traditionnelle des conflits, souvent appelée méthode endogène, est cette forme de gestion qui fait référence à la mobilisation du capital social, du patrimoine culturel des sociétés et des ressources religieuses. Dans ce registre, une diversité d’acteur est impliquée : les chefferies, les leaders communautaires, les imams, les marabouts, les cadis. Les repères historiques des sociétés, les valeurs symboliques, éthiques et morales, de même que les conventions sociales intercommunautaires établies au fil de l’histoire constituent les références majeures dans la résolution des conflits (Ibid. p. 289). Ici, il est davantage fait recours à l’intervention des chefs coutumiers et des leaders religieux, à l’intermédiation des griots et hommes de castes, des chefs de quartiers de conseillers qui interviennent en premier lieu, des maires et adjoints qui sont saisis au cas où le chef de quartier n’arrive pas à régler les désaccords, au règlement à l’amiable entre les parties, aux pourparlers , aux chefferies traditionnelles qui gèrent les litiges au village, à l’utilisation du capital social (le cousinage à plaisanterie ou Sanankouya, pactes entre les ethnies, pactes entre les villages) (Ibid.).

    L’accord de paix centrafricain rappelle naturellement l’importance des autorités traditionnelles dans la reconstruction post conflit de l’Etat et des institutions Les autorités veulent donc « mener un plaidoyer auprès des autorités traditionnelles, ainsi qu’auprès des Etats voisins, des partenaires internationaux réunis au sein du Groupe internationale de Soutien à la République centrafricaine (GIS-RCA), des organisations régionales et internationales, afin de solliciter un soutien collectif et unanime à la réalisation des objectifs, de cet accord »[7] . La Centrafrique veut « développer et mettre en œuvre un plan d’action des mécanismes traditionnels de réconciliation, en étroite concertation avec les chefferies traditionnelles » (ONU, 2015) pour que ceux-ci participent pleinement à la consolidation de la paix au sein de « la Commission Vérité, Justice, Réparation et Réconciliation (CVJRR) avec le lancement, dans les meilleurs délais, de consultations nationales et l’adoption d’une loi sur cette Commission ; travailler avec les partenaires internationaux et les associations concernées à la création d’un programme de soutien et de réparation en faveur des victimes » (Ibid.). En Centrafrique, si dans les villages [les autorités traditionnelles] jouissent encore d’un brin d’autorité morale, c’est de moins en moins le cas dans les villes et notamment à Bangui, où beaucoup de résidents ne connaissent même pas leur chef de quartier du fait que certains quartiers, périphériques notamment, se peuplent et se densifient sans cesse à travers des constructions anarchiques, rendant difficile un contrôle effectif des zones concernées (Réseau Africain de Réforme du Secteur de la Sécurité, 2016). Un Sultan de son côté, s’emploie inlassablement à favoriser la restauration de la chefferie en RCA : il s’agit du Sultan de Bangassou, Maxime Faussin Mbringa-Takama. Il a initié une Concertation nationale de la chefferie traditionnelle pour la fin 2016. La tenue d’une telle concertation étant une recommandation du Forum de Bangui (Ibid., p. 10). De manière générale les mécanismes traditionnels et autorités n’ont pas l’importance observée au Mali dans la consolidation de la paix.

    Pour ce faire il est recommandé de « donner un second souffle aux mécanismes traditionnels de médiation entre agriculteurs et éleveurs grâce à l’organisation, par des ONG spécialisées dans la prévention des conflits, de rencontres informelles entre les représentants des différentes communautés. Les forces internationales devraient s’assurer que l’interdiction de siéger au sein de ces arènes de concertation et d’échanges soit intégrée parmi les mesures de confiance aux groupes armés. Encourager la diffusion grâce aux radios communautaires soutenues par les ONG locales et les organismes religieux de messages de coexistence pacifique rappelant les intérêts communs et les échanges entre éleveurs et cultivateurs, en ciblant les femmes [et les jeunes] qui jouent traditionnellement un rôle clé dans les relations intercommunautaires » (Crisis Group, 2014). Au regard de la pré domination morale de ces mécanismes, il ressort des deux études que la population continuait de recourir aux méthodes traditionnelles de règlement des conflits et ce, en dépit de la multiplicité de nouveaux mécanismes mis en place ces dernières années. Cependant, comme ces nouvelles initiatives se sont souvent appuyées sur des structures traditionnelles préexistantes, il était difficile de les distinguer précisément. Dans la zone frontalière, la majorité des personnes interrogées se tournaient vers les chefs traditionnels pour une médiation des conflits tandis que 14% mentionnaient les comités locaux, une structure plus récente, comme un mécanisme efficace. Cette tendance était encore plus prononcée à Bossangoa où la majorité des répondants affirmaient recourir aux chefs de village pour régler les conflits 43% (Conciliation ressources, 2020). Il faut envisager d’apporter un appui stratégique aux structures traditionnelles de règlement des conflits et aux processus menés par le gouvernement tels que le Comité de mise en œuvre préfectorale (CMOP) établi par le gouvernement centrafricain pour appliquer l’Accord de paix signé le 6 février 2019. C’est l’occasion d’apporter l’analyse des conflits et les compétences nécessaires en matière de consolidation de la paix pour que les membres du CMOP et d’autres structures de paix remplissent leurs fonctions consistant à encourager les populations à prendre part aux mécanismes de dialogue local et de réconciliation, à faire remonter au gouvernement national les opinions des communautés et à communiquer les politiques publiques à travers le pays (Ibid., p.10).

    Conclusion

    Cette contribution confirme la posture de l’UA comme institution pleinement impliquée dans la sécurité collective en Afrique. Et qu’elle œuvre finalement à un partage des responsabilités et instruments relatifs à la pacification du continent, ceux-ci apparaissent de plus en plus inclusifs comme on peut le relever avec la popularisation de la reconstruction post conflit. Une posture que l’on peut confronter aux données issues de deux pays africains pris dans un conflit d’usure. A partir des exemples du Mali et de la Centrafrique, il se dégage une prise en considération de des prescriptions et de la pensée de l’UA dans réalisation de la reconstruction post conflit de ces pays. En effet, pour l’UA la reconstruction et le développement post conflit sont des politiques exigeant un caractère inclusif. Cette perspective œuvre particulièrement à consolider le caractère holistique et ouvert, tout en recherchant l’efficacité de la reconstruction. De ce fait, les acteurs touchés par les conflits et concernées, par la reconstruction, peuvent naturellement identifier et évaluer leurs besoins au cours de la réalisation de ce processus. La reconstruction demande alors l’implication de la société civile, en tant qu’expert et acteur multisectoriel des enjeux sociaux. Ainsi, la reconstruction ne saurait s’effectuer et revendiquer un caractère inclusif tout comme une efficacité en l’absence des femmes, des jeunes et des autorités traditionnelles. Si l’UA plaide pour la participation de tous les acteurs à la reconstruction post conflit, elle a également élaboré des normes relatives à cette politique, applicables par les acteurs politiques et institutionnels aux différents niveaux de gouvernance de la reconstruction post conflit. En revanche, il faudra peut-être sensibiliser les décideurs de cette organisation continentale sur la nécessité la préparation et l’institution d’un mode opératoire pour une fluidité de la reconstruction post conflit. Cependant, l’effectivité de la participation populaire de la participation de la jeunesse et des autorités traditionnelles à la reconstruction post ne présume en rien leur efficacité, en effet il faudrait un travail complémentaire à cet article en menant une enquête de terrain pour établir leur efficacité.

    Bibliographie

    Accord pour la paix et la réconciliation (2019). Khartoum. 6 février 2019.

    Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger (2015). Bamako. 1er mars 2015.

    Amvane, Gabriel (2013). Enjeux et perspectives de la reconstruction de l’Etat malien. Civitas Europa, 2(31) : 219-231

    Autesserre, Séverine (2011). Construire la paix : conceptions collectives de son établissement, de son maintien et de sa consolidation. Critique internationale, 2 (51) : 153-157

    Badie, Bertrand (2018). Préface, De l’international au mondial, Paris. Espace mondial, l’Atlas.

    Badie, Bertrand (2016). Le monde par le fil du social. La Pensée, 3 (387) : 21-27

    Banque mondiale (2016). Plan National de Relèvement et de Consolidation de la Paix (RCPCA) 2017-2021. Bangui : Groupe de la Banque mondiale.

    Biar Ajak, Peter (2021). La jeunesse africaine engagée pour la paix et la sécurité. Centre d’études stratégiques de l’Afrique. 11 mai.

    Batchom, Paul Elvic (2016). La guerre du peuple : de la popularisation de la guerre contre Boko Haram au Cameroun. Études internationales, 47 (2-3): 285-304.

    Cattaruzza, Amaël et Dorier, Elisabeth (2015). Post conflit : Entre guerre et paix ? Hérodote, 3 (158) : 6-15

    Charte africaine des principes et valeurs de la décentralisation, de la gouvernance et du développement local 27 juin 2014.

    Conciliation ressources (2020). Paix et sécurité en République centrafricaine : points de vue des communautés de Bossangoa et des zones frontalières de l’Ouest. CDH. Londres.

    Crisis Group (2014). La face cachée du conflit centrafricain. Briefing Afrique n°105 Nairobi-Bruxelles. 12 décembre.

    Dakouo, Ambroise (2017). Les mécanismes locaux de règlement des conflits face à la mise en œuvre de la réforme du secteur de la sécurité au Mali. Afrique et Développement, 42 (3) : 283-303.

    De Senarclens, Pierre (2006). Théorie des relations internationales depuis la fin de guerre froide. Politique étrangère, (4) Hiver : 747-759.

    De Senarclens, Pierre (2014). Nation et nationalisme 1914-2014, Politique étrangère, 2014(1): 145-156.

    Dorier, Elisabeth et Mazurek, Hubert (2015). Dynamiques territoriales du post conflit et de la reconstruction au Congo Brazzaville. Hérodote, 3 (158): 132-159.

    Duran, Patrice et Truong, Fabien (2013). La participation politique : Nouvelles dimensions, nouveaux problèmes. Idées économiques et sociales, 3 (173) : 4-7.

    Giarmana, Virginie (2009). Travailler à la reconstruction de la paix dans des situations de fragilité ou de postconflit : l’exemple de Saferworld en Somalie, au Soudan et en Ouganda. Humanitaire, (22) : 1-7.

    Hilde, Johnson Les cadres stratégiques de la consolidation de la paix, Afrique contemporaine, l (209) : 7-21.

    Klotz, Audie et Lynch, Cécilia (1999). Le constructivisme dans la théorie des relations internationales. Critique internationale, 2(2) : 51-62.

    Lauterbach, Toby (2011). Le constructivisme, la culture stratégique et la guerre d’Irak. ASPJ Afrique & Francophonie, 2(4), 61-92. .

    Mohamed, Youssef et Mechoulan Delphine (2018). Les opérations de paix et la prévention pour la pérennisation de la paix : Le rétablissement et l’extension de l’autorité de l’Etat. Note thématique, (6)ISPINT.

    Nay, Olivier (dir.) (2008). Lexique de science politique : vie et Institutions politiques. Paris, Dalloz.

    Nze Bekale, Ladislas (2022a). Les dimensions participatives et populaires du cadre politique de réforme du secteur de la sécurité de l’Union Africaine (UA). Dans Paul Batibonak (dir.), Gouvernementalité, territorialité et statolité africaines en crise. Visages et mirages de la statolité critique Africaine. Yaoundé, Ed. Monange, 231-252.

    Nze Bekale, Ladislas (2022b). La doctrine internationale et la participation populaire à la lutte contre le terrorisme en Afrique. Revue Internationale de Droit et Science Politique, 2(6): 320-342.

    Nze Bekale, Ladislas (2022c). L’Union Africaine et l’intégration de la jeunesse aux problématiques de paix et sécurité : Entre rhétorique et action. Note de recherche, 70. Institut de Recherche et d’Etudes sur la Paix.

    Nze Bekale, Ladislas (2021a). La localisation de la paix, la justice et des institutions efficaces : Quelle contributions de la Charte africaine des valeurs et principes de la décentralisation de l’Union Africaine ? 26ème congrès de l’AISP sur le néonationalisme à l’heure de la mondialisation. Lisbonne 10-14 juillet 2021.

    Nze Bekale, Ladislas (2021b). Les dynamiques d’organisation de la participation populaire à la lutte contre le terrorisme en Afrique. Res Militaris, an online social science journal, 11 (1) : 1-13.

    Nze Bekale, Ladislas (2019). La participation citoyenne à la lutte contre le terrorisme en Afrique francophone : Une contribution à la mondialisation de l’érosion du régalien ? Revue gabonaise de Science Politique. Politiste. (5) : 379-423.

    Organisation des Nations Unies (ONU) (2015). Résolution 2250. Adoptée par le Conseil de sécurité à sa 7573e séance. 9 décembre 2015.

    Petiteville, Franck et Smith, Andy (2006). Analyser les politiques publiques internationales, Revue françaises de science politiques, 56 (3) : 357-366

    Réseau Africain de Réforme du Secteur de la Sécurité (ASSN) (2016). Les chefs de quartiers, de villages et les chefferies traditionnelles en RCA : Analyse sociétale africaine, Bangui, OIF.

    Saidou, Abdoul Karim (2019). La participation citoyenne dans les politiques publiques de sécurité en Afrique : analyse comparative des exemples du Burkina Faso et du Niger, Revue internationale de politique de développement, 11 (1) : 1-16

    Saurugger, Sabine (2008). Avons-nous besoin d’une sociologie des relations internationales pour analyser l’intégration européenne ? Politique étrangère, 2 (25) : 193-216.

    Union Africaine (2022a). Communiqué de presse : L’Union africaine et Interpeace signent un protocole d’accord pour renforcer les efforts de consolidation de la paix en Afrique. Addis Abeba. 6 septembre.

    Union Africaine (2022b). Communiqué du Conseil de paix et de sécurité, 1122ème réunion, Addis-Abeba, 28 novembre.

    Union Africaine (2022c). Conclusions de la 2ème retraite conjointe du Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs et du Conseil de Paix et Sécurité de l’Union Africaine, 14-15 novembre, Durban Afrique du Sud.

    Union Africaine (2021). Communiqué du Conseil de paix et sécurité, 1047ème réunion. Addis Abeba. 12 novembre.

    Union Africaine (2020a). Cadre continental pour les jeunes, la paix et la sécurité. Commission de l’UA. Addis-Abeba.

    Union Africaine (2020b). Etude sur le rôle et les contributions des jeunes à la paix et la sécurité en Afrique. Un rapport d’experts indépendants commandé par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine, Commission de l’UA, Addis-Abeba.

    Union Africaine (2020c). Rapport du Président de la Commission de l’UA sur la position commune concernant l’examen de l’architecture de la consolidation de la paix des Nations Unies. Commission de l’UA. Addis Abeba.

    Union Africaine (2017). Troisième Rapport intérimaire du Président de la Commission sur les efforts déployés par l’Union Africaine dans la reconstruction et le développement post conflit en Afrique. Conseil de paix et sécurité, Addis-Abeba.

    Union Africaine (2014). Cadre d’orientation de la réforme du secteur de la sécurité. Addis Abeba, CUA, 35p.

    Union Africaine (2015). Document cadre de l’Agenda 2063. Commission de l’UA. Addis-Abeba.

    Union Africaine (2006). Cadre de Reconstruction et de Développement Post Conflit. Addis-Abeba : Commission de l’UA.

    Wennink Bertus, Keïta Amagoin et Brahima Fombia (2020), Evaluation finale du Programme Gouvernance Locale Redevable au Mali, KIT, Amsterdam.


    [1] Cité par Abdoul Karim Saidou, (2019), « La participation citoyenne dans les politiques publiques de sécurité en Afrique : analyse comparative des exemples du Burkina Faso et du Niger », Revue internationale de politique de développement, 11(1), p.l.

    [2] Article l -b Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, Bamako, le 1er mars 2015.

    [3] Article 2-f Charte africaine de la décentralisation, de la gouvernance et du développement local.

    [4] Article 10-5 Charte africaine de la décentralisation, de la gouvernance et du développement local.

    [5] Article 51 Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, Bamako, le 1er mars 2015.

    [6] Article 46 Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, Bamako, le 1er mars 2015.

    [7] Article 28 Accord pour la paix et la réconciliation. Khartoum. 6 février 2019.