Éditorial. A Gaza, la destruction systématique d’une société

Regards géopolitiques 12(1), 2026

A Gaza, la destruction systématique d’une société

Reuters, 24 octobre 2025, https://www.reuters.com/pictures/drone-views-show-scale-destruction-across-gaza-after-two-years-war-2025-10-27/

Alors que l’attention du monde est tournée vers les frasques du président américain, vers le Vénézuela et le Groenland en ce début 2026, le conflit à Gaza se poursuit malgré le cessez-le-feu, du fait des violations répétées et de la poursuite des bombardements par l’armée israélienne. Israël récuse la solution à deux États mais ne propose aucune alternative à la population palestinienne, ni dans la bande de Gaza, ni en Cisjordanie occupée où se poursuit la colonisation et où les attaques contre les habitants palestiniens se multiplient.

Le 20 janvier 2026, la guerre à Gaza avait provoqué 71 551 morts parmi la population palestinienne de Gaza. Le 16 septembre 2025, la Commission d’enquête internationale indépendante des Nations Unies sur le territoire palestinien occupé a conclu qu’Israël avait commis un génocide, au vu des pratiques de l’armée pendant le conflit. Les bombardements et destructions systématiques de toutes les infrastructures s’apparentent en effet davantage à une ligne politique qu’à des gestes posés dans une logique purement militaire de traque des combattants du Hamas terroriste. Déjà le 21 novembre 2024, à la suite d’une enquête pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, la Cour pénale internationale (CPI) a émis des mandats d’arrêt contre deux hauts responsables israéliens, Benjamin Netanyahou, le Premier ministre d’Israël, et Yoav Gallant, l’ancien ministre de la Défense d’Israël du cabinet de guerre israélien, alléguant leur responsabilité dans le crime de guerre de famine comme méthode de guerre. Le 15 décembre 2025, la Cour a rejeté à la majorité des juges la requête d’Israël pour mettre fin aux enquêtes sur les crimes de guerre à Gaza, selon les procédures de fonctionnement de l’instance. En représailles à cette décision de la CPI, le président Trump a décrété des sanctions personnelles contre des juges de la Cour face à ce que le secrétaire d’État Marco Rubio qualifie d’ « abus de pouvoir » de la CPI.

Ce raidissement israélien et étatsunien suggère fortement qu’Israël cherche, dans un contexte de choc consécutif aux attaques du 7 octobre 2023, à détruire toute installation palestinienne afin de rendre leur présence impossible.  Rayer Gaza de la carte ne détruira pas le Hamas, même si celui-ci est fort affaibli, et sème  les graines de bien d’autres conflits dans le futur.

Frédéric Lasserre

Directeur du CQEG