Regards géopolitiques 11(2), 2025
Yaxin Zhou
Yaxin Zhou est candidate au doctorat en science politique à l’Université de Montréal, sous la direction de Frédéric Mérand. Ses recherches portent sur l’influence numérique chinoise en Asie du Sud-Est. Elle s’intéresse notamment à la symbiose entre le gouvernement chinois et ses multinationales numériques dans la puissance numérique chinoise et aux réactions des pays d’Asie du Sud-Est face au pouvoir chinois.
Résumé : L’influence de la Chine dans le secteur numérique ne cesse de croître dans le monde. Ce pouvoir numérique de la Chine représente une source de menace sécuritaire pour certains, et une opportunité de croissance pour d’autres. En Asie du Sud-Est, avec la multiplication des multinationales numériques chinoises, le pouvoir numérique chinois est particulièrement présent. Dans cette région d’une grande importance géopolitique, l’influence numérique chinoise suscite le débat. Cet article explore le mécanisme du pouvoir numérique de la Chine et soutient, à travers le cas de l’Indonésie, que les pays d’Asie du Sud-Est coopèrent stratégiquement avec la Chine plutôt que par contrainte.
Mots clés : Pouvoir numérique chinois ; Investissement chinois en Asie du Sud-Est ; Relation Chine-Indonésie ; Puissance moyenne ; Relation État-entreprise chinoise
Summary : China’s influence in the digital sector continues to grow globally. This digital power is seen by some as a security threat, and by others as an opportunity for economic growth. In Southeast Asia, the proliferation of Chinese digital multinational companies makes this power particularly visible. In this geopolitically significant region, China’s digital influence is a subject of ongoing debate. This article explores the nature of China’s digital power and argues, through the case of Indonesia, that Southeast Asian countries engage with China strategically rather than out of constraint.
Key words : Chinese digital power ; Chinese investment in Southeast Asia ; China-Indonesia relations ; Middle power; Chinese state-business relations
Introduction
Depuis le début de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine en 2018, les relations économiques et politiques entre la Chine et l’Occident sont marquées par des tensions et escalades, notamment dans le secteur numérique et de la haute technologie. Si la marque Made in China au début du siècle était considérée comme synonyme de gadgets manufacturés bon marché et en grande quantité, aujourd’hui, les produits et les technologies chinois issus de Made in China 2.0 suscitent davantage d’inquiétudes, tant sur le plan économique que sur le plan sécuritaire, dans les pays industrialisés.
En Asie du Sud-Est, en revanche, la perspective est bien différente. Étant les premiers partenaires commerciaux de la Chine depuis 2009, les pays de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN) sont également devenus le premier marché des exportations chinoises en 2020 (ASEAN Secretarait, 2025). En pleine crise de la Covid-19, les échanges commerciaux entre la Chine et ses voisins se sont intensifiés, notamment dans le secteur numérique, un secteur considéré comme essentiel à la prospérité économique et à l’amélioration du bien-être de la population (ASEAN Secretarait, 2023; Mondejar et al., 2021). En effet, aujourd’hui, les multinationales chinoises sont largement impliquées dans la construction de l’infrastructure numérique de la région, entre autres Huawei dans le secteur de la construction du réseau 5G et de fibres optiques, et Alibaba dans les investissements de plateformes de e-commerce, des centres de données et des villes intelligentes (Wang, 2024). En plus de relations commerciales et économiques, ces deux champions chinois fournissent également des formations aux fonctionnaires et aux chercheurs locaux (Bentley, 2022). Une connexion forte que même la mise en garde de Washington et de Bruxelles contre les dangers des technologies chinoises n’a pas pu entraver (Ruehl, 2023).
Ce contraste entre les pays industrialisés et les pays d’Asie du Sud-Est en pleine industrialisation nous amène à poser la question suivante : pourquoi ce choix chinois, malgré les risques éventuels qu’il représente ? Et quels sont les facteurs contribuant à ce choix ? Dans cet article, nous prenons le cas de l’Indonésie pour essayer de comprendre les raisons derrière ce partenariat entre la Chine et les pays en développement dans un secteur aussi stratégique et prometteur que celui de l’infrastructure numérique. L’Indonésie n’a pas toujours été un pays proche de la Chine. Le massacre de la communauté chinoise sous prétexte anticommuniste dans les années 1965-1966, ainsi que les émeutes de mai 1998 contre cette même communauté, ont laissé des souvenir sombres dans les relations entre les deux pays (Timmerman, 2020). Par ailleurs, l’Indonésie ambitionne aujourd’hui de devenir une puissance économique et politique majeure dans la région (Ministry of Industry of Indonesia, 2018). Un contexte historique et conjoncturel qui, en théorie, ne devrait pas favoriser les échanges entre Pékin et Jakarta ; pourtant, l’Indonésie fait partie des pays recevant le plus d’investissements chinois dans le secteur numérique depuis 2015 (Wang, 2024).
1. Le numérique, un intérêt partagé entre la Chine et l’Asie du Sud-Est
1.1. Pays en développement face à la Chine : dépendance ou stratégie ?
Dans le domaine des sciences politiques, l’ascension de la Chine sur la scène internationale en tant que puissance économique, politique et militaire suscite, de prime abord, des débats sur la nature et les conséquences de ce pouvoir dans le système libéral international. Selon Ikenberry (2008) et autres chercheurs (Wang, 2011; Zheng, 2005) basés en Chine, l’ascension de la Chine sera pacifique et il est dans l’intérêt des Chinois de respecter l’ordre libéral actuel construit par les pays occidentaux. Pour ces auteurs, la priorité de la Chine n’est pas de transformer l’ordre mondial, mais de répondre aux impératifs domestiques : l’amélioration des conditions de vie et de la justice sociale pour les Chinois qui vivent encore sous le seuil de pauvreté malgré le développement fulgurant du pays. Aux yeux d’autres chercheurs, notamment ceux de l’école réaliste, dans un système international anarchique où les États dépendent d’eux-mêmes pour assurer leur survie, une puissance montante — souvent la deuxième plus puissante du système — est condamnée à défier l’ordre et le statu quo établis par l’hégémon. Cela entraînerait une transition du pouvoir, souvent sous forme de guerre hégémonique (Gilpin, 1987; Mearsheimer, 2001).
L’intégration de la Chine dans les affaires internationales crée autant de dynamiques dans le Nord, où se joue la concurrence entre grandes puissances, que dans le Sud[1], où la Chine est perçue, d’un côté, par les pays occidentaux, comme un rival déloyal qui ne respecte ni les règles ni les valeurs, et de l’autre, par les pays en développement, comme un exemple de prospérité et une alternative à l’Occident (Brautigam, 2011).
L’exemple par excellence pour illustrer ce contraste de perception de la Chine est le projet d’infrastructure chinois, la Route de la Soie, lancé en 2013.
Alors que dans les médias occidentaux de nombreuses inquiétudes et critiques ont été soulevées autour du néocolonialisme, du piège de la dette, de la dépendance à la Chine et de l’exportation de l’autoritarisme chinois (Brautigam & Rithmire, 2021), les pays qui choisissent les entreprises chinoises pour la construction des infrastructures de transport, l’exploitation des énergies ou les télécommunications y voient des opportunités à travers les investissements chinois (Herscovitch & van der Kley, 2022).
La réalité est que les pays du Sud global — bien que de nombreux chercheurs occidentaux aient tendance à l’oublier, tandis que les travaux des chercheurs locaux le soulignent davantage — disposent d’une certaine autonomie face à la Chine. La vaste littérature sur les petits et moyens pays montre de manière éclairante comment les États du Sud global parviennent à tirer leur épingle du jeu face aux grandes puissances. Et c’est précisément le cas des pays d’Asie du Sud-Est face à la Chine. Dans ses recherches prolifiques sur les stratégies adoptées par les pays d’Asie du Sud-Est face à la Chine et aux États-Unis, le chercheur malaisien Cheng-Chwee Kuik (2021, 2024) a brillamment démontré que ces pays adoptent une stratégie de hedging, qui consiste à maximiser les gains économiques, à minimiser les risques sécuritaires, tout en refusant de s’aligner systématiquement sur une puissance régionale. Si la Chine représente une source d’opportunités en matière de richesse et de croissance, ces pays estiment néanmoins avoir besoin d’autres acteurs pour contrebalancer le poids de Pékin (Kuik, 2021, 2024).
Si Cheng-Chwee Kuik part d’une observation des réactions individuelles des pays face aux grandes puissances, Evelyn Goh (2014) et Kai He (2008) adoptent quant à eux une perspective institutionnaliste. Ils soutiennent que la stratégie régionale des pays d’Asie du Sud-Est consiste à créer un « enchevêtrement multiple » (par le biais de l’institution régionale ASEAN), visant à intégrer toutes les grandes puissances dans des réseaux institutionnels et économiques régionaux afin de diluer leur domination (Goh, 2014), d’équilibrer leurs pouvoirs (He, 2008) et de modérer leurs comportements (Ikenberry, 2019). Il s’agit d’un équilibre des puissances que Thazha Varkey Paul (2018) qualifie de « doux », fondé sur des moyens non militaires : alliances économiques, normes internationales ou diversification des partenariats. À travers ces analyses, on constate l’autonomie des pays d’Asie du Sud-Est, enchâssée dans une politique de hedging et soutenue par les pourparlers organisés dans le cadre de l’institution régionale. Le choix de la Chine s’inscrit ainsi dans une stratégie plus large.
1.2. Influence numérique, comment la Chine exerce-t-elle son nouveau pouvoir ?
De son côté, la Chine a trouvé un nouveau moyen d’exercer son pouvoir : le pouvoir numérique. Si, hier, ce pouvoir reposait principalement sur des aspects tangibles et matériels — sa population, la taille de son économie et ses capacités militaires — aujourd’hui, il se construit et s’exerce à travers un écosystème d’infrastructures numériques « à la chinoise » : un régime numérique centré sur la coopération entre États et sur la souveraineté numérique (Bradford, 2020), contrairement au régime occidental, qui valorise la participation des acteurs non-étatiques. Ce réseau numérique, porté à la fois par le gouvernement chinois et par les multinationales technologiques chinoises, s’étend dans les pays du Sud global, notamment en Asie du Sud-Est.
Pourtant, dans la littérature, cette expansion numérique chinoise dans les pays du Sud global reste sous-étudiée. Selon Heeks et al., (2024), plusieurs lacunes doivent être comblées dans les études portant sur l’influence numérique chinoise. D’abord, les recherches sont rarement fondées sur des théories solides ou des données empiriques. Les auteurs relèvent que les études sur l’expansion numérique chinoise dans le Sud global n’ont véritablement commencé qu’à partir de 2017 et que la plupart d’entre elles ne s’appuient pas sur des démarches théoriques et méthodologiques rigoureuses. Cette absence de données primaires et de cadre théorique adéquat divise les chercheurs en deux camps, selon leur vision générale de la Chine. Les chercheurs pro-Chine, souvent basés en Chine, estiment que les projets numériques chinois visent à renforcer la connectivité avec les partenaires du pays (Hong & Harwit, 2020; Luo, 2019). Faisant référence au slogan de la « communauté de destin pour l’humanité », proposé par Xi Jinping, ne mettant en avant que les aspects positifs. En revanche, les chercheurs critiques à l’égard du régime chinois, notamment basés aux États-Unis (Cheney, 2019; Hemmings, 2020), mettent en garde contre les risques sécuritaires associés à cette expansion numérique : exportation de l’autoritarisme numérique, interférences, et surveillance exercée par le gouvernement chinois via ses produits et infrastructures numériques.
Ensuite, il faut revoir l’hypothèse d’un exceptionnalisme chinois. Selon Heeks et al. (2022), malgré les divergences entre les chercheurs des deux camps, ceux-ci s’accordent à tort sur l’idée d’un exceptionnalisme chinois. Les sinophiles parlent d’une « recette » conçue par un pays du Sud global pour les pays du Sud global, en omettant les rapports de force. Tandis que les sinophobes dénoncent les dérives autoritaires des produits numériques chinois, comme si les pays et les entreprises occidentaux n’étaient jamais impliqués dans des opérations de surveillance.
Finalement, il faut mettre en lumière l’autonomie et l’agentivité des pays du Sud global ainsi que des multinationales numériques chinoises. Heeks et al. (2022) notent que dans la littérature le gouvernement chinois constitue toujours le centre de toutes les investigations, tandis que les pays du Sud global, ceux qui accueillent les investissements chinois et les multinationales chinoises, le maillon clé dans l’expansion numérique chinoise, sont souvent laissés de côté. Cela mène fréquemment à la conclusion d’une Chine superpuissante et prédatrice face à des pays en développement fragiles et vulnérables.
1.3. Asie du Sud-Est, une région en pleine transformation numérique
Du Vietnam aux Philippines, en passant par la Malaisie, Singapour et l’Indonésie, les pays sud-asiatiques cherchent à donner un nouvel élan à leur économie grâce aux infrastructures et aux technologies numériques. Si la région a repris son souffle après la crise asiatique de 1997 et qu’elle est considérée comme l’une des régions les plus dynamiques en termes de croissance économique et démographique (Lee, 2024), elle demeure en quête d’une nouvelle source de croissance.
Depuis la publication de la première feuille de route du développement numérique, ASEAN ICT Masterplan (2010-2015), les pays de la région visent les technologies de l’information et de la communication pour transformer la région en une zone de connexion (commerciale mais aussi sociale) grâce aux réseaux d’infrastructures interopérables, à une croissance durable basée sur l’économie numérique et à une communauté interconnectée grâce aux technologies de villes intelligentes ou à l’Internet des objets (Internet of Things) (ASEAN, 2021b). Avec l’accord de l’ASEAN sur l’économie numérique, la région prévoit une augmentation de la croissance à 1000 milliards en 2030, soit trois fois plus par rapport à l’année 2023, en l’espace de sept ans.
Cependant, tous les pays ne sont pas encore prêts à faire face à cette transition numérique rapide. Selon le rapport ASEAN Digital Integration Index publié en 2021, Singapour et la Malaisie ont obtenu les meilleures notes sur les six indicateurs mesurant la capacité numérique, tandis que des pays comme le Myanmar et le Cambodge se situent bien en dessous de la moyenne régionale (ASEAN, 2021a). Les défis sont nombreux, tant pour chaque pays que pour la région dans son ensemble, dans la transition numérique et la mise en place d’un marché régional de l’économie numérique. La plupart des pays de la région étant des économies en développement, pour être à la hauteur de leurs ambitions, ils ont besoin d’investissements étrangers, surtout dans la construction des infrastructures numériques de base qui servent d’échafaudage pour tout un écosystème.
Face aux opportunités de croissance, les pays sont plus pragmatiques que dogmatiques. Interviewés à propos des risques que pourraient comporter les investissements chinois, les dirigeants de la région sont quasiment unanimes : qu’il s’agisse d’investissements de l’Ouest ou de l’Est, ils sont tous les bienvenus, tant qu’ils contribuent au développement de la région (Huong, 2019; Sipalan, 2024).
2. Étude de cas : le pouvoir numérique chinois en Indonésie
Dans cette dernière partie de l’article, l’étude du cas indonésien nous permettra de répondre à deux questions : la première, comment le pouvoir numérique chinois s’exerce-t-il dans un pays emblématique du Sud global, l’Indonésie ? La deuxième, comment l’Indonésie répond-elle au pouvoir numérique de la Chine ? En d’autres termes, quelles sont les raisons pour lesquelles le gouvernement indonésien choisit les multinationales numériques chinoises pour un projet d’infrastructures ? Nous démontrons d’abord que le pouvoir numérique chinois s’exerce désormais à travers un réseau numérique, construit dans une relation de symbiose entre le gouvernement chinois et ses multinationales numériques chinoises ; nous soutenons ensuite que, pour que le pouvoir numérique se transforme en influence (que nous définissons par l’exercice efficace du pouvoir), la Chine a besoin du gouvernement indonésien, notamment des élites politiques indonésiennes, qui trouvent leurs comptes dans la collaboration avec la Chine.
2.1. Points de départ : les raisons derrières les comportements de Jakarta et de Beijing
De tous les pays d’Asie du Sud-Est, l’Indonésie représente un cas particulièrement intéressant. Considérée comme le leader politique de l’ASEAN, Jakarta cherche à renforcer sa puissance économique en vue de devenir une puissance régionale en Asie du Sud-Est, une croissance qui devrait être réalisée, selon Joko Widodo (Jokowi), président indonésien de 2014 à 2024, par la construction d’infrastructures et la transition numérique. Étant le quatrième pays le plus peuplé au monde et le plus grand marché numérique d’Asie du Sud-Est, l’Indonésie, dans son plan stratégique Made in Indonesia 4.0, s’est fixée comme objectif de se hisser au rang des dix premières économies d’ici 2030 (Ministry of Industry of Indonesia, 2018). Ayant à cœur de rattraper son retard dans l’industrie numérique, au début de son deuxième mandat (2019-2024), le président Jokowi a multiplié les directives et feuilles de route visant à renforcer la capacité du pays en matière d’attractivité pour les investissements étrangers, de ressources humaines, d’infrastructures informatiques et de communication, ainsi que dans des domaines stratégiques tels que les centres de données, l’intelligence artificielle et la gouvernance numérique (Fitriani et al., 2024). Pourtant, les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous. Sur les six indicateurs du rapport ASEAN Digital Integration Index de 2021, l’Indonésie ne dépasse la moyenne de l’ASEAN que dans deux domaines : la protection des données et le paiement numérique[2]. En effet, en raison de sa géographie fragmentée (composée de 17 000 îles), la construction des réseaux de télécommunications et des services relève d’un vrai défi. À cette complexité géographique, qui aurait demandé des efforts supplémentaires dans le déploiement des infrastructures, s’ajoute la difficulté financière du gouvernement de Jakarta : les grands chantiers exigent des investissements importants, ce qui pousse le gouvernement indonésien à solliciter des fonds étrangers (Betteridge, 2016).Haut du formulaireBas du formulaire
C’est ici que les intérêts du gouvernement indonésien et du gouvernement chinois convergent. Depuis le premier mandat de Xi Jinping en 2012, la Chine cherche à exporter ses surcapacités, un problème dont elle souffre depuis les années 1970 (Shen, 2018), à diffuser ses normes industrielles et à renforcer activement son influence géoéconomique et géopolitique à l’échelle internationale. En 2013, la surcapacité en fibre optique en Chine atteignait les 50% (Cyberspace administration of China, 2015; Zhang, 2014), ce qui a conduit à l’introduction du volet numérique dans les nouvelles Routes de la Soie (Belt and Road Initiative, ci-après BRI) et à la publication de l’Avis du Conseil d’État sur la promotion de la coopération internationale en matière de capacité de production et de fabrication d’équipements, où les télécommunications comptent parmi les 13 secteurs prioritaires pour la coopération industrielle internationale (State Council of China, 2015). Aujourd’hui, la situation est encore plus urgente pour la Chine qui fait face à un marché occidental de plus en plus réticent. Pour des raisons de sécurité, le champion chinois des télécommunications, Huawei, est aujourd’hui banni des réseaux 5G aux États-Unis, au Canada et en Europe. La plus grande plateforme de commerce électronique, Alibaba, a été désignée comme very large online platform par le Digital Services Act de l’Union européenne en 2023. Alibaba doit désormais faire face à des restrictions beaucoup plus strictes en matière de protection des droits des consommateurs, entraînant ainsi une augmentation considérable des coûts (Alibaba group, 2024). En résumé, le gouvernement chinois a besoin du marché extérieur, de la reconnaissance de ses normes et du renforcement de son influence dans le monde. Les multinationales numériques chinoises, quant à elles, cherchent une plus grande part du marché international et des gains économiques.
2.2. Pouvoir numérique chinois : d’une symbiose entre l’État et les entreprises
Les intérêts du gouvernement chinois et des multinationales numériques chinoises se rejoignent dans l’expansion de l’influence numérique chinoise dans les pays d’Asie du Sud-Est : une sphère d’influence indispensable pour Beijing et un grand marché lucratif et prometteur propulsé par la volonté politique pour les champions numériques chinois. Le projet représentatif de cette collaboration public-privé est le volet numérique de la BRI, la Route de la soie numérique (Digital Silk Road, ci-après DSR), lancé en 2017. Dès le départ, la DSR représente une nouveauté dans la relation entre l’État chinois et les entreprises chinoises. Contrairement aux autres projets de la BRI, les projets de la Route de la soie numérique sont menés majoritairement par des entreprises privées chinoises. Pour les infrastructures de télécommunication et de 5G, on trouve Huawei. Pour les plateformes de e-commerce et de fintech, Alibaba et Tencent se taillent la part du lion. Certes, ces entreprises sont inévitablement sous l’influence du gouvernement chinois, mais force est de constater qu’elles sont davantage orientées vers les bénéfices économiques et la taille du marché que vers l’énergie ou les enjeux géopolitiques (Zhou, 2024).
Les capitaux privés, jadis relégués au second plan dans l’économie socialiste chinoise, font aujourd’hui partie des stratégies nationales (Shen, 2018; State Council of China, 2016). Dans les projets d’investissements de la DSR notamment, ces deux acteurs nouent une relation d’interdépendance : d’un côté, le gouvernement chinois recourt de plus en plus aux entreprises privées pour réaliser ses stratégies d’État, l’objectif étant de réduire les dépenses publiques et de pallier le manque d’expertise du gouvernement dans le secteur numérique. De l’autre côté, les entreprises numériques chinoises ont besoin de la bénédiction financière et diplomatique de Beijing pour remporter les contrats des pays partenaires face aux autres concurrents. Plusieurs observations ont même révélé que, pour pouvoir bénéficier du soutien du gouvernement chinois, les entreprises chinoises ont converti leurs investissements en projets de DSR (Zeng, 2020).
L’expansion de l’influence numérique chinoise se fait donc dans cette symbiose État-entreprise, un phénomène qui a été décrypté en détail par Farrell & Newman (2019), dans leurs analyses sur le pouvoir des réseaux des États-Unis. L’argument principal de leurs recherches est que, grâce aux réseaux tissés par les multinationales américaines dans le monde, le gouvernement américain exerce un pouvoir disproportionné en termes de surveillance et de contrôleur d’accès sur tous les acteurs connectés aux réseaux.
Si dans le contexte des États-Unis, les réseaux ont été construits de manière organique, dans le sens où les entreprises américaines n’agissent pas de manière à plaire au gouvernement ou à suivre la direction de Washington, dans le contexte de la Chine, en revanche, la relation entre le gouvernement et les multinationales numériques est beaucoup plus proche et directe. Mise à part la structure de propriété opaque entre la Chine et le champion chinois de télécommunication Huawei, le parti communiste chinois possède une cellule du parti dans toutes les entreprises numériques et ces dernières sont tenues de partager les données avec le gouvernement quand c’est nécessaire selon la Loi de la sécurité nationale de 2015. En plus du contrôle éventuel que le gouvernement chinois pourrait se permettre d’exercer sur ses entreprises (mais dans la littérature actuelle, les preuves sont peu suffisantes selon Heeks et al., 2024), le gouvernement chinois facilite l’expansion des multinationales chinoises sur le marché international par ses soutiens financiers et diplomatiques. Derrière les multinationales numériques chinoises, il existe ainsi cet ombre du gouvernement chinois. Il n’agit pas toujours de manière explicite, mais s’assure d’un côté de la direction générale de l’expansion numérique chinoise et de l’autre de la docilité de ses entreprises devant les lignes rouges politiques.
Cette symbiose entre le gouvernement chinois et les multinationales chinoises permet à la Chine d’exercer son pouvoir numérique à travers trois effets majeurs de son réseau numérique : (1) L’effet de diffusion des normes : les multinationales numériques chinoises deviennent les vecteurs de diffusion des normes chinoises, notamment celle de la souveraineté numérique, selon laquelle toute activité numérique relève de la souveraineté de l’État. Cette vision est réaffirmée par la Loi sur la cybersécurité de 2017 et la Loi sur la sécurité des données de 2021, toutes deux faisant explicitement référence à la sécurité nationale. À cela s’ajoute, de manière plus controversée, une forme d’autoritarisme numérique, qui aurait permis à certains gouvernements de renforcer leur capacité de surveillance des populations grâce aux technologies chinoises(Yayboke & Brannen, 2020). (2) L’effet de lock-in : les entreprises numériques chinoises mettent en place un écosystème intégré (5G, centres de données, paiements numériques, e-commerce), duquel il devient difficile de sortir sans coûts importants. En Indonésie, par exemple, le pays est l’un des principaux récipiendaires d’investissements numériques chinois[3] en Asie du Sud-Est. Les entreprises chinoises sont impliquées dans une grande variété de projets d’infrastructures numériques : le réseau 5G (Huawei), le réseau de fibre optique Palapa Ring (Huawei), les plateformes de paiement numérique (Alipay et WeChat Pay), ainsi que les centres de données (Alibaba) (IISS China Connects, 2021). (3) L’effet de dépendance : les pays d’Asie du Sud-Est intégrés à ce réseau finissent par dépendre non seulement des technologies et des normes chinoises, mais aussi des financements de l’État chinois, celui-ci conditionnant souvent ses prêts à une collaboration avec ses entreprises (Heeks et al., 2024). Dans de nombreux projets d’infrastructures numériques, la participation chinoise est ainsi double : d’une part, des entreprises chinoises obtiennent les contrats ; d’autre part, le gouvernement chinois soutient financièrement ces projets par l’intermédiaire de ses banques commerciales.
2.3. Indonésie entre attrait économique et préoccupations sécuritaires
Face au pouvoir numérique de la Chine, l’Indonésie ne fait pas que subir, d’autant plus que dans le volet économique, les recherches n’ont jamais prouvé que la Chine force ses partenaires à accepter ses offres (Goh, 2014). Au contraire, les comportements de l’Indonésie confirment la théorie du hedging proposée par Cheng-Chwee Kuik (2021,2024). Selon lui, les pays d’Asie du Sud-Est, face aux puissances régionales (notamment la Chine et les États-Unis), adoptent une politique de hedging, qui consiste à maximiser les gains économiques tout en minimisant les risques sécuritaires. Dans le cas de l’Indonésie, face au pouvoir numérique de la Chine, tout en profitant de ses investissements importants et diversifiés, elle essaie de contrebalancer son influence croissante, notamment de trois manières.
La première consiste à maintenir une position de neutralité sur les dossiers politiques et sécuritaires sensibles. Contrairement au Laos et au Cambodge, Jakarta veille à garder une distance stratégique avec la Chine, afin d’éviter d’être perçue comme un de ses alliés. Ainsi, lorsqu’elle a été confrontée aux mises en garde des pays occidentaux concernant les risques sécuritaires posés par Huawei, l’Indonésie les a écartées d’un revers de la main (Priyandita et al., 2022).
La deuxième stratégie consiste à multiplier les partenariats dans le secteur numérique. Les multinationales chinoises sont loin d’être les seules présentes sur le marché numérique indonésien. À côté des investissements chinois, on retrouve les géants américains comme Google, Meta ou Amazon, ainsi que des entreprises singapouriennes telles que Shopee ou Grab. En équilibrant le poids des différents acteurs, Jakarta se donne non seulement la possibilité de négocier des conditions plus avantageuses avec ses partenaires chinois, mais aussi de préserver son ouverture à d’autres offres concurrentes.
Finalement, renforcer ses capacités domestiques. Sous le mandat du président sortant Jokowi, l’Indonésie a connu dix années de construction rapide et massive d’infrastructures. Parmi les réalisations notables figurent les routes à péage, qui représentent 72,7 % de l’ensemble jamais construit dans le pays (Febrianto & Amin, 2024), ainsi que le tout premier train à grande vitesse d’Asie du Sud-Est, reliant Jakarta à Bandung, réduisant le temps de trajet de trois heures à quarante minutes. Dans le secteur numérique, le gouvernement indonésien a intensifié ses efforts pour accélérer le déploiement des infrastructures et renforcer les capacités nationales. En 2018, le plan d’orientation économique Making Indonesia 4.0 a placé la construction d’infrastructures numériques et l’amélioration du capital humain au cœur de la feuille de route nationale (Ministry of Industry of Indonesia, 2018). En 2020, cinq directives ont été adoptées en l’espace d’un an pour renforcer la capacité numérique du pays. Elles visaient notamment à élargir l’accès à Internet, intégrer les technologies numériques dans les secteurs stratégiques, construire des centres de données, former des talents numériques, et faciliter le financement de la transformation numérique. Si les entreprises chinoises jouent un rôle important dans la mise en œuvre de ces ambitions, Jakarta insiste pour que cette collaboration favorise le développement numérique du pays sur le long terme, notamment à travers le transfert de technologies et la formation de compétences locales (Febrianto & Amin, 2024).
Conclusion
Dans le contexte de transformation économique et de transition géopolitique, la Chine a autant besoin de l’Indonésie que l’inverse, même si le niveau de dépendance et le rapport de force ne sont pas le même Si la Chine exerce son pouvoir numérique à travers l’effet de son réseau numérique, construit par ses multinationales dans le marché indonésien, voire régional, l’Indonésie, en particulier ses élites politiques, veille à ne pas développer une dépendance numérique et économique excessive. Le gouvernement indonésien, tout comme les gouvernements d’autres pays développementalistes d’Asie du Sud-Est, cherche à saisir les opportunités de croissance et à faire de la région sud-asiatique le prochain centre de prospérité et d’innovation. La présence d’un voisin puissant impose à Jakarta de naviguer entre croissance et sécurité, entre la Chine et l’Occident. Ce pragmatisme perdurera tant que Jakarta aura la possibilité de choisir entre plusieurs partenaires et qu’aucune grande puissance n’occupe une position dominante dans la région d’Asie du Sud-Est.
Bibliographie
Alibaba Group (2024). Alibaba 2024 Annual Report. Hangzhou.
ASEAN Secretariat (2021). ASEAN Digital Masterplan 2025. Jakarta.
ASEAN Secretariat (2025). ASEAN-China Economic Relation. Jakarta. https://asean.org/our-communities/economic-community/integration-with-global-economy/asean-china-economic-relation/, c. le 24 avril 2025
ASEAN Secretariat (2023). ASEAN Post-Covid Digital Policy Priorites-How do Covid-19 and emerging economic drivers change ASEAN digital policy priorities ?Jakarta.
Bentley, J (2022). All Politics is Local : Insights from Malaysia on the Belt and Road Initiative. Toronto. https://munkschool.utoronto.ca/belt-road/research/all-politics-local-insights-malaysia-belt-and-road-initiative, c. le 6 mai 2025.
Betteridge, B (2016). Jokowi faces challenges in launching his digital economy agenda | Lowy Institute. Jakarta. https://www.lowyinstitute.org/the-interpreter/jokowi-faces-challenges-launching-his-digital-economy-agenda, c. le 3 mai 2025.
Bradford, A (2020). The Brussels Effect: How the European Union Rules the World. Oxford, Oxford University Press.
Brautigam, D (2011). The Dragon’s Gift : The Real Story of China in Africa. Oxford, Oxford University Press.
Brautigam, D et Rithmire, M (2021). The Chinese ‘Debt Trap’ Is a Myth. The Atlantic (Boston), le 6 février.
Cheney, C (2019). China’s Digital Silk Road : Strategic tech-nological competition and exporting political illiberalism. Working Paper WP8.
Cyberspace administration of China (2015). 2014年全球光纤出货量达到2.96亿芯,供力同比增长13% [Global fiber shipments reached 296 million core kilometers in 2014, up 13% year-on-year ]. Beijing. https://www.cac.gov.cn/2015-04/30/c_1115146431.htm, c. le 6 mai 2025.
Farrell, H et Newman, A. L (2019). Weaponized Interdependence : How Global Economic Networks Shape State Coercion. International Security, 44(1) : 42‑79.
Febrianto, H et Amin, I (2024). Trans-Java toll road saves time. Jakarta. https://www.pwc.com/id/en/media-centre/infrastructure-news/september-2024/trans-java-toll-road-saves-time.html, c. le 6 mai 2025.
Fitriani, Dzakwan et al. (2024). Indonesia as Rising Technological User. Jakarta, Center for Strategic and International Studies (CSIS) (Coll. « Understanding contested norms on Indonesia’s digital technology »).
Gilpin, R (1987). The Political Economy of International Relation. Princeton, Princeton University Press.
Goh, E (2014). The Modes of China’s Influence: Cases from Southeast Asia. Asian Survey, 54(5) : 825‑848.
He, K (2008). Institutional Balancing and International Relations Theory: Economic Interdependence and Balance of Power Strategies in Southeast Asia. European Journal of International Relations, 14(3) : 489‑518.
Heeks, R et al. (2024). China’s digital expansion in the Global South: Systematic literature review and future research agenda. The Information Society, 40(2) : 69‑95.
Hemmings, J (2020). Reconstructing Order : The Geopolitical Risks in China’s Digital Silk Road. Asia Policy, 15(1) : 5‑22.
Herscovitch, B et van der Kley, D (2022). Why Indonesia has embraced Huawei. Foreign Affairs (New York), 28 juillet.
Hong, Y et Harwit, E (2020). China’s globalizing Internet:History, power, and governance. Chinese Journal of Communication, 13(1) : 1‑7.
Huong, L. T (2019). A Collision of Cybersecurity and Geopolitics : Why Southeast Asia Is Wary of a Huawei Ban. Global Asia, 14(3) : 40-46.
IISS China Connects (2021). IISS China Connects. Londres. https://chinaconnects.iiss.org/, c. 6 mai 2025.
Ikenberry, G. J (2008). The rise of China and the future of the West : Can the liberal system survive? Foreign Affairs, 87(1) : 23‑37.
Ikenberry, G. J (2019). After Victory : Institutions, Strategic Restraint, and the Rebuilding of Order after Major Wars. Princeton, Princeton University Press.
Kuik, C.-C (2021). Getting hedging right : A small-state perspective. China International Strategy Review, 3(2) : 300‑315.
Kuik, C.-C (2024). Southeast Asian Responses to U.S.-China Tech Competition : Hedging and Economy-Security Tradeoffs. Journal of Chinese Political Science, 29(2) : 509-538.
Lee, J.-O (2024). How ASEAN is building trust in its digital economy. World Economic Forum. Jakarta. https://www.weforum.org/agenda/2024/01/asean-building-trust-digital-economy/, c. le 6 mai 2025.
Luo, Xiao (2019). Building China-Latin America Digital SilkRoad : Challenges and roadmap. China International Studies, 77(2) : 48‑63.
Mearsheimer, J. J (2001). The tragedy of great power politics. New York, WW Norton.
Ministry of Industry of Indonesia (2018). Making Indonesia 4.0. Jakarta.
Mondejar, R et al. (2021). The Effects of Covid-19 on Digitalization in Southeast Asia : A Crisis Within a Crisis. Asian Perspective, n° 4.
Paul, T. V (2018). Restraining Great Powers : Soft Balancing from Empires to the Global Era. New Haven, Yale University Press.
Priyandita, G et al. (2022). Localization and China’s Tech Success in Indonesia. Washington, https://carnegieendowment.org/research/2022/07/localization-and-chinas-tech-success-in-indonesia?lang=en, c. le 6 ma 2025.
Ruehl, M (2023). EU and US warn Malaysia of ‘national security’ risk in Huawei’s bid for 5G role. Financial Times (Londres), 2 mai.
Shen, H (2018). Building a Digital Silk Road? Situating the Internet in China’s Belt and Road Initiative. International Journal of Communication, 12(2018).
Sipalan, J (2024). Huawei and Malaysia’s 5G future : Unpacking the embrace of Chinese tech. South China Morning Post (Hong Kong), 9 octobre.
State Council of China (2015). 国务院关于推进国际产能和装备制造合作的指导意见[Guiding Opinions of the State Council on Promoting International Cooperation in Production Capacity and Equipment Manufacturing ]. Beijing.
State Council of China (2016). 中华人民共和国国民经济和社会发展第十三个五年规划 [The 13th Five-Year Plan]. Beijing.
Timmerman, A (2020, mai 13). What Do the May 1998 Riots Mean for Young Chinese Indonesians? The Diplomat.
Wang, J (2011). China’s Search for a Grand Strategy : A Rising Great Power Finds Its Way. Foreign Affairs, 90(2) : 68‑79.
Wang, Z (2024). China’s Digital Silk Road (DSR) in Southeast Asia : Progress and Challenges. Singapore. https://fulcrum.sg/chinas-digital-silk-road-dsr-in-southeast-asia-progress-and-challenges/, c. le 6 mai 2025.
Yayboke, E et Brannen, S (2020). Promote and Build : A Strategic Approach to Digital Authoritarianism. CSIS Briefs.
Zeng, J (2020). Slogan Politics : Understanding Chinese Foreign Policy Concepts. New York, Palgrave Macmillan.
Zhang, Hailong (2014). 光纤产能过剩冷思考:4G丰满难改棋局 [Fiber optic overcapacity cold thinking : 4G fullness is difficult to change the chess game]. https://www.c114.com.cn/ftth/317/a815221.html, c. 6 mai 2025.
Zheng, B (2005). China’s « Peaceful Rise » to Great-Power Status. Foreign Affairs, 84(5) : 18‑24.
Zhou, Yaxin (2024). Les entreprises privées chinoises font le jeu de la politique étrangère de Pékin. The Conversation (Montréal), 4 décembre.
[1] Dans la littérature de science politique, le Nord désigne souvent les pays industrialisés et développés, situés dans l’hémisphère Nord, et le Sud, les pays en développement et moins avancés, situé dans l’hémisphère Sud. Cette classification est de plus en plus contestée tant elle masque les dynamiques entre les pays pourtant regroupés dans une même catégorie, et elle reflète de moins en moins le rapport de force actuel. Néanmoins, dans notre article, nous utilisons la notion de Nord et de Sud afin de donner une idée générale des différentes dynamiques à l’œuvre entre d’un côté le Nord (les pays occidentaux) et la Chine, et de l’autre le Sud (les pays non-occidentaux et en développement) et la Chine.
[2] Les quatre autres indicateurs sont : commerce digital et logistiques, compétences digitales et talents, innovation et entrepreneuriat et état de préparation d’infrastructures et d’institutions.
[3] En 2023, l’Asie du Sud-Est a reçu environ 50 % des investissements régionaux de la Chine, soit une augmentation de 27 % par rapport à l’année précédente. L’Indonésie est devenue le principal bénéficiaire de ces fonds, attirant environ 7,3 milliards de dollars américains (Falak, 2024). Les secteurs les plus ciblés sont l’exploitation minière, l’industrie manufacturière et les technologies. Bien que les multinationales chinoises ne révèlent que rarement le montant exact de leurs contrats, les données disponibles indiquent que, sur les 173 projets d’investissements numériques liés à la Digital Silk Road (DSR), 33 sont situés en Indonésie. Cela fait de Jakarta la principale destination des projets de la DSR en Asie du Sud-Est (Wang Zheng, China’s Digital Silk Road (DSR) in Southeast Asia: Progress and Challenges).
