Syrie : Chronique d’une fin de règne imprévue. Bachar Al-Assad face au réalisme géopolitique de ses alliés

Regards géopolitiques 12(1), 2026

 

Ornella Sonhaye

 Ornella Sonhaye est diplômée de la maîtrise en études internationales de l’Université Laval. Elle occupe actuellement le poste de coordonnatrice de programme à l’Université d’Ottawa, où elle supervise notamment des programmes de leadership destinés aux cadres œuvrant dans les domaines de la sécurité et du renseignement. Ses intérêts de recherche portent principalement sur la géopolitique, la sécurité internationale, ainsi que l’analyse des conflits au Moyen-Orient et en Afrique.

Résumé

Après treize années de guerre civile, Bachar al-Assad qui s’était imposé comme le grand vainqueur a été renversé. En décembre 2024, la chute de son régime a été actée et la contre-offensive menée par une coalition de groupes armés a finalement mis fin à son règne. Plusieurs facteurs peuvent expliquer pourquoi le régime syrien n’a pas pu maintenir sa mainmise sur le pays. Tant sur le plan intérieur qu’extérieur, des forces opposées ont exercé une pression sur Assad et ses alliés, les empêchant de reproduire le scénario de 2012 qui avait assuré sa victoire.

 Mots clés: Syrie, Hezbollah, Russie, Iran, al-Assad.

 Abstract

After thirteen years of civil war, Bashar al-Assad, who had established himself as the ultimate victor, was overthrown. In December 2024, the fall of his regime was confirmed, and the counteroffensive led by a coalition of armed groups ultimately brought an end to his rule. Several factors help explain why the Syrian regime was unable to maintain its grip on the country. Both domestically and internationally, opposing forces exerted pressure on Assad and his allies, preventing them from reproducing the 2012 scenario that had secured his victory.

Key words: Syria, Hizbollah, Russia, Iran, al-Assad.

 

Introduction

Le 8 décembre 2024, nous nous sommes réveillés avec l’annonce du départ de Bachar al-Assad. S’en était fini, le régime syrien incarné par la dynastie des al-Assad venait de s’effondrer après de plus de dix années de guerre civile et près de quarante ans de règne (Brousseau, 2024; Belhadj, 2013). Après avoir survécu aux soulèvements populaires du printemps syrien de 2011, Bachar al-Assad avait effectué un retour triomphal sur la scène internationale en 2019 (Pierret, 2023). Celui qui a succédé à son père dans les années 2000 semblait entrevoir des éclaircis mais, c’était sans compter sur plusieurs facteurs aussi bien internes qu’externes; politiques, militaires et économiques qui sont venus contrecarrer ses plans et entrainer sa chute.

Après une contre-offensive militaire fructueuse et n’ayant quasiment pas rencontré de résistance, la coalition des forces insurgées et djihadistes s’est emparée du pouvoir. La page Assad venait définitivement de se tourner, entrainant avec elle des répercussions géopolitiques dans la région (Agence France-Presse, 2024a, 2024f). La chute rapide et spectaculaire d’Assad interroge et questionne sur les facteurs qui expliquent qu’en 2024 tout se soit écroulé tel un château de cartes. Réactions mitigées ou teintées d’espoir, le peuple syrien, selon son bord politique, célèbre ou porte un regard de méfiance (Al Mounes et Al Khoury, 2024; France 24, 2024). Notre article a pour objectif d’analyser les facteurs qui ont pu concourir dans une certaine mesure à ce que le régime Assad n’ait pas survécu en 2024 alors qu’auparavant celui-ci s’était largement maintenu et a consolidé ses positions grâce à l’appui et au soutien de ses alliés. Pourquoi le remake de 2012 n’a pas eu lieu et quels sont les facteurs et conjectures géopolitiques qui ont contribué à la situation que nous avons observée en décembre 2024 ?

1. 2011 à 2018 : La guerre civile syrienne et le triomphe de Bachar Al-Assad

Nous l’avouons, la chute du régime syrien nous a surpris. Il est important de noter que le retour de Bachar al-Assad sur la scène internationale, tel un phœnix renaissant de ses cendres, nous a laissé penser que la Syrie repartait du bon pied et que sa reconstruction s’amorçait. Avec son come-back en 2019, le régime d’Assad avait mis les chancelleries occidentales devant le fait accompli tant sa victoire avait été étincelante relevant pour plusieurs d’un miracle (Baczko et al., 2016; Pierret, 2023). La situation, si on s’y fiait, devait y aller en crescendo. Ceci, dans la mesure où le régime vivait une renaissance politique pouvant permettre de faire tabula rasa du passé et de rebâtir la nation sur de nouvelles bases. Force a, cependant, été de constater que les choses ne se sont pas déroulées comme prévu.

 1.1. Le Hezbollah à la manœuvre pour sauver le régime Assad

Dans notre mémoire d’études de deuxième cycle intitulé : Dimension internationale de la guerre civile syrienne : Cas de l’intervention militaire des milices chiites (Sonhaye, 2022), nous avons analysé et expliqué le rôle prépondérant qu’ont eu à jouer les milices chiites dans la guerre civile et comment ces dernières ont contribué à la victoire et au maintien de Bachar al-Assad. Que ce soit le Hezbollah libanais, la division des Fatimides (Liwa Fatemiyoun) d’Afghanistan et les milices chiites irakiennes regroupées au sein des Haach al Chaabi, elles se sont toutes lancées, à partir de 2012, dans l’aventure syrienne pour soutenir le régime (Smyth, 2015b, 2018; Leroy, 2015). Mais, une en particulier, le Hezbollah libanais s’est démarqué et a été le fer de lance de la reconquête du pouvoir par le régime.

Lorsque les manifestations du printemps syrien de 2011 ont débouché sur une militarisation de la résistance, les carottes étaient cuites pour le régime selon plusieurs analystes (Baczko et al., 2016; Belhadj, 2013). En effet, les revendications socio-politiques et économiques que réclamaient les populations syriennes se sont mutées au fil des mois en une demande pure et simple de la démission de Bachar al-Assad. La violente répression dont ont usé les forces de sécurité a facilité la militarisation de la révolte populaire, entrainant ainsi une situation conflictuelle armée (Baczko et al., 2016; Belhadj, 2013).

Face à cette situation, le régime et l’armée syrienne se sont retrouvés engagés dans une guerre civile face à des groupes rebelles déterminés qui ont ouvert plusieurs fronts et conquis des territoires stratégiques à l’instar des villes d’Alep et d’Idlib (Baczko et al., 2016; Burgat et Paoli, 2013). Cependant, le régime a pu compter sur le Hezbollah libanais qui est intervenu pour le maintenir au pouvoir (Ouahmane, 2016; Smyth, 2015b). Son intervention ne s’est pas limitée à un soutien verbal visant à dénoncer les groupes rebelles et à mobiliser toute la communauté contre la résurgence d’un mouvement djihadiste visant à diviser l’Oumma[1] (Leroy, 2015; Sonhaye, 2022). Elle fut également militaire, et ce dans tout le sens du terme. La milice a ainsi déployé des hommes, de l’équipement militaire et a mené des opérations offensives pour permettre à Assad de récupérer une grande partie de son territoire et de recouvrer une certaine légitimité populaire (Leroy, 2021; Smyth, 2015b).

Notre recherche a démontré que le Hezbollah tirait un avantage stratégique et avait le plus à gagner au maintien du régime Assad (Sonhaye, 2022; Leroy, 2015; Bensaada, 2013). Bien que son leader de l’époque, Hassan Nasrallah, ait tenté d’expliquer leur intervention pour des raisons confessionnelles et politiques en soutien à un allié de l’axe de la résistance, plusieurs n’ont pas été dupes de ses réelles intentions (Leroy, 2015; Smyth, 2015a). En effet, il est important de noter que « la puissance de la milice et sa capacité de dissuasion reposent sur son arsenal militaire provenant d’Iran et transitant par voie terrestre par la Syrie » (Clarke et Serena, 2017 ; Guillemot, 2012 ; Kızılkaya, 2017; Sonhaye, 2022 :132). Le maintien d’Assad servait donc la milice, car elle le voyait comme une assurance lui permettant d’accroitre ses intérêts et de survivre dans un environnement régional hostile et convoité par les puissances étrangères (Sonhaye, 2022).

La Syrie étant quasiment la seule voie de transit dont disposait le Hezbollah pour faire liaison avec l’Iran, il fallait, de ce fait, que le gouvernement en place lui soit favorable (Sonhaye, 2022; Guillemot, 2012). Cimino, confirmera ce point en précisant qu’« en cas de chute du régime, les facilités logistiques d’approvisionnement du Hezbollah seraient affectées, affaiblissant de fait un levier majeur de Téhéran contre l’État hébreu » (Cimino, 2016, p. A4) » (Sonhaye, 2022 :132). Le Hezbollah, en 2012, devait donc intervenir pour assurer sa survie et préserver ses intérêts politiques et militaires durement acquis.

1.2. La Russie et l’Iran : les « gatekeepers »[2] du régime Assad

À part le Hezbollah libanais, le régime Assad a aussi pu compter sur deux autres alliés qui, depuis 2012, l’ont soutenu et lui ont apporté un appui indéfectible. Ces alliés étatiques étaient pertinents parce qu’ils ont pu déployer leur appareil diplomatique dans le but d’y mener des négociations pour retarder le déclin d’Assad (Baczko et al., 2016; Burgat et Paoli, 2013). La Russie et l’Iran ont été, dans une certaine mesure, les pièces maitresses qui à l’époque ont contribué à assurer la survie du régime (Sonhaye, 2022). Parlant d’États, en plus de moyens militaires plus considérables, ils disposaient également de canaux diplomatiques privilégiés au sein d’organisations internationales pour plaider la cause de la Syrie et de ses dirigeants et aussi pour bloquer d’éventuelles sanctions (Baczko et al., 2016; Cousseran et al., 2016).

Ainsi, en 2014, la Russie n’a pas hésité, sur demande du gouvernement syrien, à fournir une assistance militaire aérienne à l’armée syrienne (Tabler, 2013). Le rôle de l’aviation russe fut décisif dans le tournant qu’a pris la guerre et a permis au régime de renverser le rapport de force sur le terrain face aux rebelles (Baczko et al., 2016). De plus, grâce au soutien diplomatique qu’a offert Moscou au régime, Assad réussit à tirer profit de la situation pour pouvoir rebondir (Baczko et al., 2016; Tabler, 2013). Pour la Russie aussi, intervenir en Syrie en faveur d’Assad revêtait des enjeux géopolitiques et stratégiques visant à préserver ses intérêts et ses positions dans la région. Il faut noter que la Russie dispose de bases militaires dans les villes côtières de Tartous et Hmeimim (Baczko et al., 2016; Agence Reuters, 2024). Ces bases, selon plusieurs experts, permettent aux Russes d’avoir un pied-à-terre au Moyen-Orient, mais également d’avoir accès à des eaux chaudes. La Russie consolidait ainsi ses positions stratégiques dans le but de facilement se projeter sur certains théâtres d’opérations au cas où elle aurait à défendre son territoire (Aberkane, 2024).

Nous ne pouvons pas revenir sur le maintien au pouvoir de Bachar al-Assad sans parler du soutien de l’Iran. La république islamique, dès 2012, a mobilisé toutes les forces possibles pour sauver le pouvoir de son allié. L’Iran a ainsi fourni une assistance militaire en y déployant des conseillers pour former et définir les stratégies opérationnelles et offensives permettant à l’armée syrienne et aux milices chiites de se projeter sur le terrain (Baczko et al., 2016; Smyth, 2014, 2015a, 2025b).

Plusieurs généraux et stratèges de la force spéciale des Gardiens de la révolution, al-Qods, à l’instar de Quassem Soleimani, ont dessiné une ligne directrice dans la stratégie de guerre de l’armée syrienne et de ses alliés (Smyth, 2014, 2015a; Levitt, 2013; Weiss, 2015). Téhéran n’a pas ménagé ses efforts et a été à l’avant-garde de la mobilisation de certaines milices notamment les milices chiites irakiennes et afghanes (Sonhaye, 2022). Notre recherche a permis de démontrer que la division des Fatimides, composée essentiellement d’Afghans de confession chiite, a été structurée, équipée, mobilisée et dirigée par les Gardiens de la révolution (Sonhaye, 2022; Rasmussen et Nader, 2016). Ce qui plaçait Téhéran et l’appareil militaire iranien au cœur de la stratégie offensive en Syrie (Sonhaye, 2022; Redondo, 2020).

La mobilisation des milices chiites a été une opération savamment pensée et structurée par l’Iran pour conserver la Syrie dans le giron de l’axe de la résistance et par conséquent pour éviter d’affaiblir ses propres positions et sa survie dans la région (Djalili, 2012; Douillet, 2018). Pour l’Iran, maintenir le régime Assad était important pour lui permettre de disposer d’une continuité territoriale avec son proxy au Liban. Perdre cet avantage n’aurait fait qu’accentuer les obstacles pour la République islamique d’accroitre son influence régionale et à damner le pion à ses concurrents (Coville, 2014; Sonhaye, 2022). Cela aurait également constitué une vulnérabilité dans le cas où des fronts contre Israël ou l’Arabie saoudite viendrait à s’ouvrir. Ainsi, maintenir ses positions en Syrie, via un régime allié et acquis à sa cause, était donc primordiale pour permettre à l’Iran d’assurer sa survie. L’actualité de la guerre des douze jours entre Israël et l’Iran vient confirmer ce point, car le changement de régime a laissé le champ libre à l’État hébreux d’utiliser l’espace aérien syrien pour attaquer l’Iran; ce qui, selon plusieurs analystes, ne se serait pas produit sous le régime Assad (Bouzedoudjen, 2025; Duclos, 2025).

2. 2018 à 2024 : Le basculement jusqu’à la chute du régime Assad

2.1. Bachar al-Assad aurait été abandonné par une partie de ses alliés

Comme nous avons pu le constater, le maintien du régime Assad au pouvoir après la guerre civile a principalement reposé sur le soutien et l’appui de ses alliées. Que ce soit la Russie, l’Iran ou le Hezbollah, chacun a joué sa partition pour sauver Assad parce qu’ils avaient des intérêts géopolitiques et stratégiques à préserver et à accroître, et qu’à ce moment le jeu en valait la chandelle (Chainay, 2024; Sonhaye, 2022). Cependant, force a été de constater qu’après la chute du régime en 2024, le principal narratif évoqué fut celui de la thèse du lâchage de Bachar al-Assad par ses principaux alliés, à savoir Moscou et Téhéran. Le régime syrien se serait donc effondré parce que ces derniers ne sont pas venus à son secours comme ce fut le cas en 2012. Il est important de relever que plusieurs années s’étaient écoulées. L’instabilité régionale et les difficultés de l’Iran ont rendu difficile une réunion similaire des facteurs pour entreprendre un second sauvetage du soldat al-Assad.

2.1.1. La Russie occupée à gérer l’opération spéciale en Ukraine

 Dans le cas de la Russie, les conditions qui ont prévalu à son intervention en 2014 n’étaient pas les mêmes qu’en 2024. Les Russes, depuis 2022, sont occupés sur le front ukrainien. Un front très stratégique pour la survie de la Russie puisque l’opération militaire spéciale qu’elle a entamé le 24 février 2022 se localise à sa frontière (Baud, 2024). En Ukraine, elle y mène des opérations de grande envergure en y déploiement des hommes et de l’équipement militaires (Baud, 2024; Moreau, 2024). Pour compliquer le tout, l’armée ukrainienne perpètre des attaques directement contre le territoire, les infrastructures et les intérêts russes. S’inscrivant dans un temps long et menant une guerre d’attrition, la Russie concentre donc toutes ses capacités militaires et stratégiques à régler et à endiguer ce problème (Baud, 2024; Moreau, 2024).

Le conflit qui oppose la Russie à l’Ukraine a complètement rabattu les cartes. Asséné de sanctions économiques et subissant une intense propagande antirusse, Moscou qui faisait face à plusieurs vents contraires a dû privilégier sa survie. Ainsi, bien qu’en bonne posture offensivement sur le théâtre des opérations ukrainiennes, les Russes ne pouvaient pas se permettre d’ouvrir un second front à des milliers de kilomètres juste parce qu’il fallait sauver le régime vacillant d’Assad (Baud, 2024).

La Russie a, selon nous, choisi de privilégier ses intérêts ceci dans le but de ne pas disperser ses forces. Il fallait avancer tactiquement pour éviter de se retrouver embourbé sachant que les groupes rebelles, soutenu par des puissances régionales tel que la Turquie, avait déjà pris de l’avance et que l’armée syrienne ne disposait pas assez de capacités pour permettre au régime de reprendre l’avantage (Bensoussan, 2024; Daroux, 2024; Omerta, 2024c). En Syrie, elle a sauvé les meubles qui pouvaient l’être, notamment en sécurisant Assad et sa famille du côté de Moscou et en lui offrant les garanties nécessaires pour ne pas finir comme Kadhafi ou Saddam Hussein, envoyant ainsi un message de sa fiabilité à ses autres partenaires (Al Mounes et Ketz, 2024). La Russie a ainsi manœuvré stratégiquement pour préserver les intérêts qui pouvaient l’être sur le moment pour ensuite faire l’état des lieux et voir comment rebondir par la suite. Ce qui lui permet jusqu’à présent de conserver ses deux bases militaires dans le pays (Agence Reuters, 2024).

2.1.2. Le régime des mollahs face à ses propres turpitudes

La même analyse peut s’appliquer à l’Iran. Téhéran, en 2024, n’était pas dans les mêmes dispositions qu’en 2012. La République islamique est secouée depuis les cinq dernières années par des crises sociales en lien avec la libéralisation de l’espace public. Des manifestations populaires composées principalement de femmes et dénonçant l’oppression sociale et les restrictions de liberté ont mis en ébullition la société iranienne (Duchesne, 2022; Amnesty International, 2025). Le régime des mollahs est ainsi constamment confronté à la résurgence de contestation de son pouvoir et de son autorité. En plus de cela, il faut relever que la structure politique et l’appareil étatique iranien sont traversés par de grandes dissensions entre la branche libérale et celle plus conservatrice qui s’affrontent sur les moyens à mettre en place pour ramener le pays sur le devant de la scène et s’ouvrir à d’autres partenariats (Ahmadi, 2024; Kia, 2025). Ce qui crée de l’instabilité dans le déploiement des orientations politiques et stratégiques, faisant ainsi craindre à certains un effondrement structurel de l’appareil et du système étatique (Kia, 2025).

À cela, s’ajoute le fait que l’Iran doit gérer sa position d’hégémonie régionale. Bien qu’ayant normaliser ses relations diplomatiques avec l’Arabie saoudite, le pays est en alerte sachant que plusieurs États ourdissent des complots dans son dos (Le Monde, 2023; Kajja, 2023). La situation dans la bande de Gaza avec le conflit israélo-palestinien a placé la République islamique sur le devant de la scène parce qu’elle est censée être le chef de file de l’axe de la résistance et donc le premier rempart contre l’État hébreu (Djalili, 2012; Leroy, 2014). Elle s’est, de ce fait, retrouvée dans une situation très délicate et a dû manœuvrer à préserver sa survie et ses intérêts vitaux face aux menaces d’Israël qui ont fini par se concrétiser en juin 2025 (Tandon et Gamal-Gabriel, 2024; Bouzedoudjen, 2025).

Dans le cas de l’Iran, un autre facteur peut être relevé. Il s’agit de celui de l’assassinat du général Quassem Soleimani (Duclos, 2020). Commandant des forces al-Qods, il était le cerveau des opérations qui a dessiné la stratégie militaire de l’armée syrienne et de ses alliés chiites (Levitt, 2013). Sa mort en 2020, par une frappe ciblée américaine, fut une perte considérable pour la stratégie de guerre iranienne (Duclos, 2020; Le Stradic, 2024). Soleimani a été à la manœuvre dans la création de la division des Fatimides, dans la mobilisation des milices irakiennes et dans la projection des capacités du Hezbollah sur le théâtre des opérations (Smyth, 2014, 2015a, 2025b). Avec son assassinat, l’Iran a perdu un stratège qui connaissait bien la région et qui était capable d’implémenter et de déployer une stratégie en collaboration et en convergence avec plusieurs autres alliés (Karimi et Gambrell, 2024; Le Stradic, 2024).

Le cerveau des opérations militaires de 2012 ayant été éliminé, il était difficile pour l’Iran de remettre la machine en marche, remobiliser les troupes et repartir au combat dans les conditions de 2024. La République islamique a donc dû se replier et se résigner devant l’avancée rapide de la coalition des forces insurgées. À cela, s’ajoutait la situation dans laquelle se trouvait son fidèle proxy libanais (Makooi, 2024). Car, s’il fallait sauver quelqu’un en premier c’était le Hezbollah. L’Iran, devant cette situation, a de ce fait choisi de privilégier ses intérêts et sa survie au détriment du régime Assad.

2.1.3. Le Hezbollah en mode survie : le Liban d’abord, la Syrie après !

Tout comme la Russie et l’Iran, les conditions dans lesquelles se trouvait le Hezbollah lui étaient très défavorables. En décembre 2024, la milice s’est retrouvée dans une situation de désorganisation avec une grande partie de son exécutif complètement décimée. Le front ouvert avec Israël dans la continuation du conflit à Gaza lui a fait perdre des plumes (Tandon et Gamal-Gabriel, 2024; Al Khoury, 2024). Rappelons qu’au sortir de la guerre en 2017, le Hezbollah avait renforcé ses positions, revampant ainsi son image et sa stature de milice hautement organisée et équipée capable de mener des guerres asymétriques (Leroy, 2015; Smyth, 2018). Elle a accrue ses compétences auprès d’armées régulières et a bâti une solide réputation après ses succès en Syrie.

Cependant, au Liban la crise politique et économique est passée par là, enlisant le pays et accentuant les tensions sociales (Cochrane, 2020; Noé, 2025). La milice, ciblée comme un agent perturbateur, s’est tant bien que mal stabilisé mais, c’était sans compter sur la campagne de déstabilisation et de destruction engagé par l’État Hébreux pour l’affaiblir et annihiler ses capacités de projection et d’action (Iskandarani, 2024; Agence France-Presse, 2024c). Pour preuve, l’infiltration des services secrets israéliens au sein du dispositif sécuritaire de la milice, avec l’attentat des pagettes en plein cœur de Beyrouth, l’a rendu encore plus vulnérable (Agence France-Presse, 2024d). Dans la continuité des évènements de la guerre à Gaza, le Liban et les positions du Hezbollah ont été pilonnés et le parti de Dieu fut encerclé (Al Khoury, 2024).

Un autre évènement majeur avant la chute d’Assad fut l’assassinat, en septembre 2024, d’Hassan Nasrallah (Agence France-Presse, 2024b; Bisaillon, 2024). À la manœuvre en 2012, celui qui fût le leader du parti de Dieu a été un acteur important dans le sauvetage du régime notamment en mobilisant ses troupes et sa communauté derrière l’intervention en Syrie (Leroy, 2015; Sonhaye 2022). Largement affaibli après l’assassinat de ce dernier, le Hezbollah se devait donc de se concentrer sur sa survie, sa reconstruction et son repositionnement (Iskandarani, 2024; Agence France-Presse, 2024). Bien qu’en décembre 2024, quelques troupes se soient lancées pour tenter d’aider le régime, cela était rédhibitoire et n’avait pas la même portée qu’en 2012 (Mroue et Chehayeb, 2024).

Ayant vu ses capacités militaires annihilées, l’organisation ne pouvait pas entreprendre une seconde intervention pour sauver son allié. En effet, prendre le risque, dans ces conditions, d’ouvrir un autre front en Syrie reviendrait tout simplement au Hezbollah à se suicider.

La milice ne pouvait pas se le permettre si elle voulait continuer d’exister et de peser sur la scène politique libanaise et régionale (L’Orient-Le Jour, 2024). Il ne fallait donc pas s’attendre à ce que le Hezbollah se sacrifie encore pour Assad sachant qu’elle était plongée dans un coma artificiel, s’accrochant comme elle le peut pour s’en sortir.

2.2. Les sanctions économiques : la loi César enfonça le clou !

La victoire du régime en 2017 et le retour triomphal d’Assad sur la scène internationale devaient être le point de départ d’une véritable reconstruction de la Syrie. Consolidé par ces alliés, des vents favorables devaient permettre d’accompagner le régime dans un nouvel élan politique et économique pour l’aider à tourner la page et écrire un nouveau chapitre de son histoire. Cependant, c’était sans compter sur le durcissement des sanctions économiques contre le régime et ses affidés (Barthe, 2020; Mohammedi, 2020). En conséquence, à l’interne, les facteurs économiques ont été un caillou dans la chaussure d’Assad ayant grandement contribué à sa chute.

La loi César, votée par le Congrès américain, fut le clou qui scella le cercueil du régime (Simon et Alloush, 2020; Saadé, 2024). En plus des précédentes sanctions et des embargos économiques qui ont été appliqués sur la Syrie, cette loi, entrée en application en 2020, a largement contribué à asphyxier le pays. Bien que le but de la loi ait été de mettre une pression maximale sur le régime, cela a plutôt favorisé la dégradation des conditions socio-économiques des populations. La loi visait principalement à sanctionner des individus ou sociétés étrangères qui voudraient participer à la reconstruction de la Syrie via l’approvisionnement en services ou en investissements de toutes sortes (Global Public Affairs – U.S. Department of State, 2020; Simon et Alloush, 2020). Ce qui n’a donc pas motivé les étrangers à investir pour redonner une bouffée d’air et un second souffle à l’économie syrienne (Saadé, 2024; Mohammedi, 2020).

Privée d’investissements, sanctionnée de toutes parts et faisant face à des embargos sur des biens essentiels, la Syrie s’est retrouvée empêtrée dans une crise économique sans précédent (Agence France-Presse, 2020; Chesnot, 2020). La livre syrienne ayant perdu de sa valeur, cela engendra une inflation record plongeant encore plus les populations dans la pauvreté. La pénurie de liquidités et l’augmentation exponentielle des prix contribuèrent à entrainer une fatigue générale au sein de la population (Barthe, 2020; Daou, 2020; QG TV, 2024). La dégradation de la situation économique ayant beaucoup affecté l’armée syrienne cela s’est fait ressentir lorsque les groupes insurgés se sont lancés à l’assaut de Damas en 2024.

La dévaluation de la monnaie a entrainé la clochardisation de plusieurs corps de l’armée (QG TV, 2024). Premier rempart du régime contre les insurgés, plusieurs soldats et officiers, en raison de la situation, ont dû déserter les rangs de l’armée dans le but d’améliorer leur condition de vie (Omerta, 2024a, 2024c; J’suis pas content TV, 2024). Leurs salaires n’ayant pas été revalorisés, ceux qui étaient censés protéger le régime n’étaient plus motivés à donner leur vie de crève la faim pour sauver encore une fois Bachar (J’suis pas content TV, 2024). Sous la pression économique, l’armée s’est délitée, expliquant ainsi qu’aucune grande résistance n’ait été opposée aux groupes insurgés qui se sont relancés dans la conquête du pouvoir (Makki, 2022; QG TV, 2024).

La population syrienne, dans son ensemble, même celle loyale à Bachar al-Assad a été frappée de plein fouet par la crise économique. En plus de la guerre qui a détruit le pays et désorganisé les structures administratives et sanitaires, les Syriens devaient aussi faire face à une inflation galopante et à une rareté de certains produits de première nécessité (Cochrane, 2020; Daou, 2020). La guerre avait déjà engendré l’exil d’une partie de la population (Baczko et al., 2016; Reygada, 2024). Dans la même veine, les conditions économiques en constante dégradation ont également contribué à une saignée massive des cerveaux et de la force productive qui pouvaient aider à reconstruire le pays. Lorsque les groupes rebelles ont lancé leur offensive, les populations, fatiguées de la guerre et de la crise économique, sont restées pantois et spectateurs des événements (Cochrane, 2020). Même si une partie de la population était prête à se battre, elle ne pouvait pas le faire le ventre vide (Reygada, 2024; Omerta, 2024b).

 

Conclusion

 En conclusion, plusieurs facteurs aussi bien internes qu’externes expliquent la chute du régime Assad en décembre 2024. L’avancée rapide des forces rebelles, bénéficiant du soutien des puissances régionales, leur ont permis de reconquérir des villes stratégiques et d’encercler le régime à Damas, sans possibilité de pouvoir compter sur son armée défaillante. En 2012, les alliés d’Assad n’avaient pas hésité à venir son secours. Il ne s’agit donc pas de conclure qu’en 2024 sa chute leur incombe largement. Plusieurs facteurs, que nous avons énumérés, ont influencé la décision aussi bien de Moscou, de Téhéran que du Hezbollah de ne pas remettre le couvert une seconde fois. Chacun a dû privilégier ses intérêts stratégiques et se repositionner pour l’après Assad.

Sur le plan interne, la dégradation des enjeux sécuritaires et la crise économique ont été des facteurs qui ont nui au régime. Aussi bien l’armée que les populations ne pouvaient pas, dans ces conditions, faire preuve de sursaut patriotique pour faire bloc derrière Assad ne sachant pas de quoi sera fait le lendemain. Malgré sa résilience, le peuple syrien se questionnait sur les solutions que pouvait lui proposer le régime pour sortir du marasme économique et lui permettre de se reconstruire. Des solutions qu’elle a attendu depuis plus d’une dizaine d’années. La chute d’Assad et la situation dans laquelle se trouve la Syrie nous rappelle malheureusement celle de l’Irak, de l’Afghanistan et de la Lybie. Elle s’ajoute donc à la longue liste des fails states où les puissances étrangères s’affrontent pour leurs intérêts stratégiques.

Il est de ce fait important de se questionner sur l’avenir de la Syrie et le devenir de la région après l’effondrement du régime Assad et l’affaiblissement de son allié dans l’axe de la résistance, le Hezbollah.

 

Références 

Agence France-Presse (2020). Syrie : durcissement des sanctions contre l’usage des devises étrangères. Radio-Canada (Montréal), 18 janvier.

Agence France-Presse (2024a). Chute de la dynastie Assad : les quelques jours qui ont fait basculer la Syrie. France 24 (Paris), 8 décembre.

Agence France-Presse (2024b). Craintes d’embrasement après la mort d’un chef du Hezbollah dans une frappe israélienne. Radio-Canada (Montréal), 31 juillet.

Agence France-Presse (2024c). Entrée en vigueur du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah. Radio-Canada (Montréal), 24 novembre.

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[1] La communauté mondiale des musulmans.

[2] Les gardiens

La République islamique d’Iran au pourtour du détroit d’Ormuz : enjeux sécuritaires et stratégies navales

Owen Berthevas

Regards géopolitiques v10n4, 2024

Owen Berthevas est analyste-cartographe indépendant. Diplômé d’un Master en Géopolitique à l’Université de Reims Champagne-Ardenne, il se passionne pour l’étude des relations entre espace et pouvoir. Après ses études, il fonde « Horizons Stratégiques », une entreprise spécialisée dans la cartographie et l’analyse géopolitique. Son ambition :  transmettre un savoir-faire et exploiter la puissance des cartes pour décrypter les dynamiques géopolitiques et stratégiques.

Courriel : oberthev@gmail.com

Cet article a été publié par Diploweb le 21 avril 2024, https://www.diploweb.com/La-Republique-islamique-d-Iran-au-pourtour-du-detroit-d-Ormuz-enjeux-securitaires-et-strategies.html, il apparait ici dans le cadre de l’accord de partenariat CQEG – Diploweb.

Résumé : Depuis 2016, la posture navale adoptée par la République islamique d’Iran dans les eaux du Golfe Persique est passée d’une stratégie historiquement défensive à une posture pleinement offensive. Cette nouvelle stratégie se caractérise par un développement conséquent des composantes navales, tant sur le plan matériel que doctrinal. L’Iran s’affirme comme un acteur enclin à entraver la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz, porte d’entrée sur le Golfe, porte de sortie vers l’Océan Indien et le reste du monde. Pour renforcer son emprise navale sur la région, le littoral iranien s’est militarisé dans le but de soutenir les manœuvres navales, parfois conjointes à des alliés d’envergure. Pour faire face à la supériorité navale américaine dans les eaux du Golfe, la République islamique d’Iran a recours à une stratégie asymétrique et utilise des moyens non conventionnels.

Mots-clés : Iran, Golfe Persique, Bandar Abbas, détroit d’Ormuz, stratégie navale, asymétrie

Summary : Since 2016, the naval posture adopted by the Islamic Republic of Iran in the waters of the Persian Gulf has moved from a historically defensive strategy to a fully offensive posture. This new strategy is characterized by the significant development of naval components, both in terms of equipment and doctrine. Iran is asserting itself as an actor inclined to hinder maritime traffic in the Strait of Hormuz, the gateway to the Gulf and the exit gateway to the Indian Ocean and the rest of the world. To strengthen its naval hold on the region, Iran’s coastline has been militarized to support naval maneuvers, sometimes in conjunction with major allies. To counter American naval superiority in the waters of the Gulf, the Islamic Republic of Iran is resorting to an asymmetrical strategy and using unconventional means.

Keywords : Iran, Persian Gulf, Bandar Abbas, Strait of Ormuz, naval strategy, asymmetry.

Introduction

Depuis le 7 octobre 2023, date du retour du conflit israélo-palestinien avec ce qu’on appelle désormais « la guerre Israël-Hamas », le spectre de l’importance iranienne dans ce conflit n’a de cesse d’être exacerbé. En Occident, l’Iran est vu comme un acteur responsable de la déstabilisation actuelle au Proche-Orient. Il est reproché au régime iranien de financer des groupes armés pro-palestiniens, dont le Hamas fait partie. Plus récemment l’Iran s’inscrit directement en confrontation militaire avec le régime israélien. L’offensive iranienne du 13 mars 2024, à l’encontre d’Israël a été soutenue par le Hezbollah libanais et les rebelles yéménites houthis, tous deux soupçonnés d’être financés par le gouvernement iranien. En parallèle, de récentes attaques en mer Rouge, orchestrées par les Houthis et visant à paralyser le trafic maritime mondial, sont venus mettre les gouvernements occidentaux en alerte. Un nouveau théâtre d’opération s’est ouvert, détournant l’attention, du moins médiatique, du conflit russo-ukrainien. Ces évènements ont provoqué l’intervention militaire coordonnée des armées américaines et britanniques en mer Rouge pour, selon elles, garantir la sécurité du commerce internationale. Ce contexte d’instabilité régionale est renforcé par la stratégie iranienne de régionalisation des conflits et de soutien tacite aux entités chiites alliées. Pour autant, bien que le régime ne soit pas officiellement impliqué, l’Iran œuvre à la réhabilitation de ses forces armées en vue d’anticiper une potentielle confrontation avec ses rivaux. Confrontation pour laquelle, les éléments nécessaires à son déclenchement n’ont jamais été aussi près d’être réunit.

Pour comprendre la posture qu’adopte la République islamique d’Iran, à l’aune du conflit entre Israël et le Hamas, il est important de remonter dans les années 1980 et de suivre les évolutions de la pensée stratégique du régime. Le Golfe Persique et le droit d’Ormuz se sont avérés être des éléments charnières dans la doctrine stratégique iranienne. Nous nous concentrerons ici plus précisément sur les composantes navales du régime iranien, conscient de l’importance des espaces maritimes dans les conflits dans lesquels l’Iran est susceptible d’être engagé. D’autant plus que les agissements Houthis en mer Rouge disposent de similitudes notables avec les manœuvres iraniennes au pourtour du détroit d’Ormuz depuis 1980.

Le détroit d’Ormuz est un véritable goulet d’étranglement large de 55 kilomètres. Au même titre que le détroit de Bab-el-Mandeb, il est un espace de forte concentration de flux de marchandises. Près de 90% du pétrole produit dans le Golfe, soit entre 20 et 30% du total mondial (Paglia, 2021), quitte la région sur des tankers par ce haut lieu (Brunet et al, 1993) de la mondialisation. Les articles 38 et 39 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), confèrent aux navires internationaux le droit de traverser, sans entrave, le détroit d’Ormuz. Des couloirs de navigation sont érigés à travers les eaux territoriales iraniennes et omanaises. Toutefois, la République islamique d’Iran n’a pas ratifié la CNUDM. Le régime iranien se réserve le droit d’ignorer ces règles et d’envisager une fermeture complète du détroit d’Ormuz. Mohammad Reza Rahimi, alors vice-président iranien, déclare le 27 décembre 2011 que « si le pétrole iranien est mis sous sanctions, alors pas une goutte de pétrole ne passera par le détroit d’Ormuz ». Cette déclaration s’inscrit telle une réponse à l’intensification des sanctions internationales allant à l’encontre de la République islamique depuis sa proclamation en 1979.

Le tournant historique et stratégique : la guerre Iran-Irak (1980-1988)

La menace d’une fermeture du détroit d’Ormuz s’inscrit tel un outil dissuasif pour l’Iran. La posture navale iranienne dans le Golfe est, depuis la Révolution islamique, en perpétuelle reconfiguration. Toutefois, la dissuasion reste une caractéristique historiquement charnière dans la doctrine navale du régime. Ali Bagheri Dolatabadi et Mehran Kamrava, respectivement chercheurs iranien et qatari se sont focalisé sur cette évolution stratégique. Leurs travaux permettent de souligner que la République islamique d’Iran a adopté au lendemain du conflit avec l’Irak une posture navale dite « défensive », avant d’adopter au début des années 2000 une stratégie alternative « défensive – offensive » et d’entamer depuis le milieu des années 2010 une stratégie pleinement « offensive » (Bagheri Dolatabadi  et Kamrava, 2022).

Dès septembre 1980, la naissante République islamique fait face à l’invasion de son voisin, l’Irak. Saddam Hussein, alors à la tête du régime irakien, souhaite se prémunir de toutes potentielles révoltes populaires similaires à celles survenues en Iran entre 1978 et 1979. En parallèle, il souhaite endosser le rôle d’hégémon dans les eaux du Golfe Persique, assuré par l’Iran, depuis le départ de l’armée britannique. Le conflit armé s’étend depuis la terre, dans les eaux du Golfe. L’Irak entreprend des manœuvres militaires en direction d’infrastructures pétrolières iraniennes. En réponse, Hachemi Rafsandjani, alors président iranien, fait part de la volonté iranien de paralyser le trafic maritime pétrolier dans le Golfe (Encyclopédie Universalis, nd), depuis le détroit d’Ormuz. Le Koweït, allié de l’Irak et inquiet pour ses exportations pétroliers, lance un appel à l’aide international en 1987, auquel les États-Unis répondent. Ces derniers lancent l’opération Earnest Will. Elle vise à offrir aux pétroliers koweïtiens une escorte navale. S’ensuit de nombreux évènements, impliquant tour à tour les Gardiens de la Révolution iranienne en charge de la sécurité au large du détroit d’Ormuz et la marine américaine. L’US Navy inflige à la marine iranienne, des pertes matérielles considérables mais au-delà de l’aspect matériel, l’issu de ce conflit marque un tournant dans la configuration stratégique iranienne en mer.

En 1988, l’Iran est militairement, économiquement et socialement affaibli. Le gouvernement, soucieux de protéger les intérêts de la République islamique entame un examen complet et une révision de sa stratégie militaire navale (Bagheri Dolatabadi et Kamrava, 2022). Cette période de transition est marquée par l’adoption d’une posture avant tout défensive. L’objectif étant d’éviter toute potentielle confrontation avec les États arabes voisins le temps de reconstruire l’arsenal militaire défait après le conflit contre l’Irak. Jusqu’au début des années 2000, l’Iran ne dispose pas de moyens militaires à la hauteur de ses ambitions. Le régime laisse planer le doute quant à l’efficacité et l’effectivité de ses forces militaires, dans le but de décourager tout potentiel adversaire d’entreprendre des manœuvres offensives, à l’encontre de la République islamique.

Le 29 janvier 2002, George W. Bush, dans son discours sur l’état de l’Union inclut l’Iran, au même titre que l’Irak et la Corée du Nord, dans « l’axe du mal » (Bush, 2002). Accusé de soutenir le terrorisme au lendemain des attentats du World Trade Center, la République islamique est témoin des invasions américaines successives de l’Afghanistan en 2001 et de l’Irak en 2003. L’US Navy renforce, en parallèle, sa présence dans le Golfe Persique en vue de mener une potentielle attaque depuis la mer. L’omniprésence américaine encourage les dirigeants iraniens à revoir leur doctrine auparavant uniquement défensive et dissuasive. L’Iran développe alors ses capacités offensives afin de rendre toute attaque éventuelle contre le régime, prohibitive pour l’adversaire (Bagheri Dolatabadi et Kamrava, 2022). Pour se faire, les deux forces armées navales iraniennes voient leurs effectifs renforcés. La coopération entre la Marine de la République islamique (IRIN) et la Marine du Corps des Gardiens de la révolution (IRGCN) est retravaillée et leurs moyens sont accrus. En 2007, le gouvernement iranien redéfinit les zones de responsabilité de ses deux marines, en des districts navals. Les opérations stratégiques menées dans le Golfe Persique sont alors confiées aux Gardiens de la révolution alors que celles en haute mer sont du ressort de la Marine régulière. Le quartier général de l’IRIN est installé à Bandar Abbas, ville portuaire d’une importance capitale dans la reconfiguration stratégique iranienne dans le Golfe. L’Iran a en parallèle œuvrer à la militarisation de son littoral, depuis la côte mais aussi depuis les nombreuses îles sous contrôle du régime, dans les eaux du Golfe. L’instauration d’une stratégie dite « défensive – offensive » est toujours fondée sur le principe de dissuasion, mais elle permet au régime iranien d’allier acte et discours. Les forces navales iraniennes sont enclin à mener des actions de déstabilisation capables de surprendre l’ennemi au pourtour du détroit d’Ormuz.

Une nouvelle doctrine stratégique dite « offensive »

Ali Khamenei, Guide suprême de la Révolution iranien depuis 1989, déclare en 2016 qu’afin « de sécuriser, la nation, le pays et l’avenir, en plus de la capacité défensive, la puissance offensive doit être accrue »[1]. Progressivement, l’aspect offensif prend le dessus sur le caractère défensif. Le retrait américain de l’Accord sur le nucléaire iranien en 2018, conforme le régime des mollahs dans l’adoption de cette nouvelle philosophie stratégique.

Les composantes navales occupent un rôle central dans cette reconfiguration. La modernisation des forces maritimes opérée dès 2016, témoigne d’une ambition croissante d’assoir l’emprise iranienne au pourtour du détroit d’Ormuz et dans l’ensemble du Golfe Persique. Cette position est érigée à l’encontre de la politique étrangère des États-Unis et de la présence de la Ve flotte américaine stationnée à Manama depuis 1995. Toutefois, l’objectif pour Téhéran n’est pas de lutter pour la suprématie dans les eaux du Golfe, mais bien de contrecarrer celle des États-Unis à bas coût (Samaan, 2018). Cette doctrine a été plus conçue pour défier ce que les autorités iraniennes perçoivent comme les ambitions hégémoniques de Washington, que pour s’opposer aux rivaux régionaux (Therme, 2022). La rhétorique stratégique évolue à la fin de la décennie 2010, l’Iran ne se contente plus de simplement répliquer à une potentielle attaque. Le régime affirme être prêt à entamer un conflit armé dès le moindre faux-pas adverse. La doctrine iranienne visant à sanctuariser le territoire, se base une nouvelle fois sur une forme rhétorique dissuasive.

En parallèle, l’Iran a poursuivi son réarmement militaire. L’objectif étant de faire concorder l’aspect rhétorique avec la réalité matérielle. Le régime s’est attelé à développer sa capacité en matière de missiles. Ce type d’armement permet d’atteindre des cibles relativement éloignées des côtes iraniennes en un temps record. Le caractère amovible des véhicules transportant les systèmes de lancement est aussi un réel atout en temps de guerre. Le renforcement de l’armée de l’air, vise aussi à renforcer les capacités navales offensives iraniennes et à soutenir une potentielle fermeture du détroit d’Ormuz.

Le développement d’une réponse asymétrique

En réponse à la présence américaine, l’Iran a développé une stratégie asymétrique. Comme au temps de la Guerre Froide, cette stratégie réside en la capacité à convaincre l’adversaire potentiel que le prix à payer pour remporter la victoire est disproportionné au regard des dommages qui lui seront infligés (Rodier, 2010). L’asymétrie est une stratégie utilisée par les puissances révisionnistes, qui consiste à agir dans la zone grise pour ne pas être tenu responsable[2]. Pour la République islamique d’Iran, l’asymétrie passe par le développement de moyens militaires non-conventionnels mais aussi par l’adoption de stratégies méticuleusement définies.

Dans un premier temps, le régime iranien a fréquemment recours à la stratégie du déni plausible. Cette dernière réside en la capacité pour l’Iran de mener des attaques sans qu’il soit possible, à court terme, de retracer avec précision l’origine (Blandin, 2023). Pour Benjamin Blandin, cette pratique s’inscrit dans « une guerre de l’ombre ». Le Corps des Gardiens de la Révolution (CGRI) dispose de nombreux bateaux, vifs et furtifs, capables de se dissimuler dans la masse d’embarcations au pourtour du détroit d’Ormuz et d’agir dans la zone grise. Le géographe français Philippe Boulanger définit, dans son ouvrage intitulé Géographie militaire et géostratégie, les zones grises comme « des zones de non-droit, d’absence ou de faiblesse de l’État sur tout le territoire national ou sur une partie » (Boulanger, 2015). Téhéran laisse au CGRI la possibilité d’opérer dans l’ombre, l’objectif étant de contrôler officieusement le pourtour du détroit. Cette stratégie du déni plausible est facilitée par la présence de nombreux bateaux de pêche et de commerce stationnés dans les ports iraniens. Le régime profite de la présence de ces multiples embarcations pour y dissimuler des infrastructures et des bâtiments militaires. Distinguer un fast boat militaire au milieu d’une foule d’embarcations via des images satellites, n’est pas chose aisée. Pour les Occidentaux, lors de potentiels incidents, il est difficile de trouver des preuves viables et de justifier des représailles. La géographie du littoral iranien est alors extrêmement précieuse pour l’Iran. La bonne exploitation du littoral est une caractéristique charnière de cette stratégie navale asymétrique.

Dans un second temps, la République islamique a développé une stratégie de déni d’accès. Elle fait référence aux capacités, généralement à longue portée, conçues pour empêcher un ennemi en progression de pénétrer une zone opérationnelle. Cette stratégie est complémentaire avec le déni de zone qui réfère aux capacités généralement de courte portée, conçues non pas pour empêcher l’ennemi d’entrer, mais pour limiter sa liberté d’action dans la zone opérationnelle (US Department of Defense , 2012). Ce type de stratégie est une nouvelle fois issue de la Guerre froide. Présenté sous le prisme du contexte des conflits actuels, le déni d’accès est avant tout, la défense d’un territoire face à un envahisseur. En l’occurrence ici, l’Iran a érigé cette stratégie en réponse à la présence américaine dans le Golfe. Téhéran souhaite rendre l’accès à son espace maritime extrêmement risqué pour ses adversaires. Cette stratégie reste avant tout dissuasive (Lagrange, 2016) mais elle s’inscrit pleinement dans la logique de guerre asymétrique menée par la République islamique.

Afin de mettre en place ces stratégies, l’Iran s’est renforcé sur le plan technologique et militaire. Le régime dispose d’un arsenal de missiles de tous types, enclin à soutenir les manœuvres maritimes et contribuant directement à la dissuasion globale. L’Iran dispose notamment de missiles balistiques ayant une portée plus vaste que celle d’un missile tactique de croisière. Théoriquement, la capacité balistique iranien est jugée suffisante pour atteindre toutes les bases américaines dans la région (Razoux, 2022). Le gouvernement iranien, conscient du caractère dissuasif de ses missiles, met l’accent sur la médiatisation de ses progrès technologiques en la matière. Les exercices militaires dans le Golfe sont aussi fréquemment relayés par la presse nationale. L’aspect psychologique est central dans la doctrine iranienne.

Bandar Abbas, une ville portuaire d’importance capitale

La ville portuaire de Bandar Abbas est située sur les rives du Golfe Persique, au Nord du détroit d’Ormuz. Le port de Shahid Bahonar abrite la principale base navale iranienne. Cette dernière est pour l’Iran, le garant de la sécurité et du trafic maritime dans le détroit. L’ayatollah Khamenei souligne en juillet 2011, lors d’une visite de la base navale de Bandar Abbas, que « les forces navales de l’armée et du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique sont le symbole de l’autorité de la nation iranienne, dans la défense des intérêts de notre pays dans le Golfe Persique et la mer d’Oman  (Leader.ir, 2011)». Le CGRI a déplacé en juillet 2010, l’ensemble de son quartier général de la banlieue de Téhéran à Bandar Abbas afin de faciliter le contrôle opérationnel des forces (Nadimi, 2020). Toutefois, la situation géographique de la ville fait que la marine iranienne y ait également installée son quartier général. Bandar Abbas étant situé à la jonction entre les eaux du Golfe Persique, sous responsabilité de l’IRGCN, et la haute mer placée sous l’égide de la marine régulière. Les deux forces armées sont amenées à cohabiter et le port de Shahid Bahonar est à l’image de la structure militaire bicéphale du pays. Il est lui-même divisé en deux parties distinctes comme nous le montre l’image satellite ci-dessous. L’IRIN et l’IRGCN disposent d’installations respectivement disposées à l’est et à l’ouest de l’entrée du port. Le nord est quant à lui réservé aux activités civiles, mais la proximité avec les infrastructures militaires est notable. Cette disposition s’inscrit pleinement dans la stratégie de déni plausible mise en place par le gouvernement iranien et développée précédemment.

Fig. 1 : La division géographique du port de Bandar Abbas

Sources : Google Earth – OpenStreetMap – Preligens / Réalisation : Owen BERTHEVAS

Les technologies d’ISR (Intelligence, Surveillance and Reconnaissance)[3] permettent, partiellement, aux rivaux de l’Iran de détecter, au sein de ces infrastructures portuaires, les différents bâtiments de guerres opérationnels ou en construction, amenés à manœuvrer dans les eaux du Golfe Persique. La lecture d’articles publiés par la presse locale, est aussi une méthode permettent de dresser un inventaire plus ou moins précis de l’arsenal militaire iranien. À titre d’exemple, en 2019, les autorités iraniennes ont organisé une cérémonie médiatisée, depuis Bandar Abbas, pour présenter leur nouvelle gamme de sous-marins, le « Fateh » (Lagneau, 2019). Téhéran fait de la production nationale de son arsenal une priorité. Le ministère de la Défense iranien dispose notamment d’une « Organisation des Industries de la Marine » entièrement nationalisée et l’une de ses entreprises phare de conception navale, Shahid Darvishi, est implantée à Bandar Abbas. Cette ville portuaire est hautement stratégique pour l’Iran mais aussi pour ses potentiels rivaux. La forte concentration d’équipements et d’infrastructures militaires dans la ville reste un facteur de vulnérabilité.

Bandar Abbas joue aussi un rôle stratégique dans l’économie de la région. Les infrastructures aéroportuaires permettent une insertion directe dans le commerce international. De nombreux pétroliers accostent chaque jour dans le port en eaux profondes de Shahid Rajea et dans le port pétrolier de Foulad Jetty. La raffinerie inaugurée en 1996, à proximité de ce dernier, place Bandar Abbas au cœur du dispositif d’exportations maritimes de l’Iran (Michelis, 2019). La carte ci-dessous met en avant la connexion entre l’hinterland (arrière-pays) et Bandar Abbas. De nombreuses voies de communication, dont une voie chemin de fer, permettent la connexion vers le reste du pays mais aussi vers l’Europe et l’Asie. L’Iran est, en parallèle, au cœur du projet chinois des nouvelles routes de la soie. Cette initiative vise à faciliter les liaisons commerciales entre la Chine et l’Europe. Pour se faire, Pékin participe activement à la rénovation et la modernisation des ports de Bouchehr et Bandar Abbas ce qui contribue grandement au dynamisme économique du littoral iranien.

Fig. 2. Bandar Abbas, verrou stratégique et commercial pour l’Iran

Sources : Atlas des pays du Golfe – Google Earth – Google Maps – Middle East Institute – OpenStreetMap / Réalisation : Owen BERTHEVAS

Bandar Abbas dispose donc d’un double intérêt stratégique pour le gouvernement iranien. D’un côté, sur le plan militaire, cette ville portuaire s’affirme comme une base arrière stratégique à proximité directe du détroit d’Ormuz. Le présence de nombreuses infrastructures et bâtiments militaires permet au régime d’assurer un certain contrôle sur cette zone. De l’autre côté, malgré les sanctions économiques, Bandar Abbas reste une ville insérée à la mondialisation. Les flux maritimes mondiaux et régionaux lui confèrent un caractère économique et commercial stratégique.

La stratégie iranienne à l’origine d’une reconfiguration de l’ordre géostratégique régional ?

La stratégie navale iranienne repose sur un fort ancrage territorial depuis le littoral. Ce dernier dispose d’une multitude d’avantages géographiques sur lesquels l’Iran s’est appuyé pour renforcer son emprise au pourtour du détroit d’Ormuz. La République islamique s’appuie aussi sur un certain nombre d’îles situées dans le Golfe. Trois d’entre-elles sont une source de tensions historiques avec les Émirats Arabes Unis (EAU). En effet, le statut des îles d’Abou Moussa, de Petite et Grande Tomb est sujet de controverse entre iraniens et émiratis. Le conflit remonte à 1971, date de la création des EAU. L’Iran, alors sous domination du shah envahi quelques jours avant la proclamation d’indépendance des EAU, ces trois îlots, dont la superficie ne dépasse pas les 10km2. Depuis ce jour, ces trois îles sont revendiquées par les EAU mais restées sous contrôle iranien. La présence de quelques ressources pétrolières justifie en partie cette occupation, mais c’est avant tout leur position géographique, qui confère à ces îlots, leur intérêt stratégique. Dans le cadre de sa nouvelle posture stratégique, l’Iran a largement renforcé sa présence militaire dans ces îles du Golfe Persique (Bagheri Dolatabadi et Kamrava, 2022). Au même titre que les îles de Qeshm, Hormuz ou encore Larak, ces îlots revendiqués par les EAU, constituent une ligne de défense avancée et militarisée. L’installation de missiles balistiques et tactiques sur ces territoires insulaires permettent à l’Iran d’élargir son champ d’action en matière de dissuasion.

Ces actions de constante militarisation de la région ne sont pas sans répercussions de l’autre côté du Golfe Persique. Les États du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) œuvrent en conséquence, à la modernisation de leur arsenal militaire. Les marines des États du Golfe sont très longtemps restées cantonnées à un stade de développement embryonnaire par rapport aux forces aériennes et terrestres (Thievon, 2023). Selon Kévin Thievon, la composante navale fut historiquement délaissée par les pays du CCG puisque la présence de la Ve flotte américaine leur assurait une protection suffisante. Seulement, ces États ont cherché à se détacher progressivement du parapluie américain sous lequel ils se tenaient depuis la guerre Iran-Irak. Sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis ont accru leur velléité protectionnisme en se retirant notamment d’Afghanistan. Cette tendance au retrait a encouragé les États du Golfe à développer leurs capacités à assurer, eux-mêmes, la sécurité dans leurs eaux territoriales. Pour se faire, depuis 2010, les États membres du CCG ont affecté des budgets croissants au domaine militaire. Par exemple, le Qatar a augmenté de près de 518% son budget militaire entre 2010 et 2021 pour atteindre un total d’environ 11,6 milliards de dollars. Cette tendance à l’augmentation est notable pour tous les pays de la côte ouest du Golfe Persique. Toutefois, la modernisation navale opérée depuis 2010, ne repose pas uniquement sur l’achat à outrance d’équipements dernier cri et sur l’augmentation du budget alloué à la marine. En effet, elle repose aussi sur la transformation de la philosophie navale en mettant l’accent sur l’amélioration du moral et la formation des marins à l’utilisation de technologies de pointe (Thievon, 2023).

Le retrait progressif américain et l’émergence, sur le plan naval, de l’Iran tel un acteur enclin à endosser le rôle de leader régional a poussé les États du CCG à moderniser leurs marines respectives. A titre d’exemple, l’Iran est le seul État de la région qui dispose de sous-marins capables d’opérer dans le Golfe. Les partenariats iraniens, avec la Russie et récemment la Chine contribuent à renforcer la posture militaire du régime. L’adhésion de l’Iran à l’Organisation de Coopération de Shangaï en septembre 2021 a facilité le rapprochement sino-iranien. Comme évoqué précédemment, la Chine joue un rôle clé dans la redynamisation économique du littoral en Iran. Sur le plan militaire, les deux pays ont, aux côtés de la Russie, réalisés des manœuvres navales conjointes dans l’Océan Indien en 2022. L’objectif affiché était de « renforcer la sécurité commune » (RFI, 2022).

 

Conclusion

Les considérations géostratégiques et commerciales sont, en mer Rouge, similaires à celles observables au pourtour du détroit d’Ormuz. Les Houthis font planer la menace de leurs actions sur le trafic maritime mondial à l’instar des multiples mises en gardes iraniennes de fermeture du détroit. Une fois de plus, il est possible de faire le parallèle entre ces deux situations.

Fig. 3. L’Iran, mainmise sur le détroit d’Ormuz ?

Sources : AFP – Diploweb – Google Maps – IFRI – Le Monde – Le Monde Diplomatique – Outre-Terre / Réalisation : Owen Berthevas

Pour ce qui est du gouvernement iranien, la tactique asymétrique adoptée vise à handicaper l’hégémonie apparente de la marine américaine dans le Golfe tout en anticipant l’implantation de navires étrangers et alliés des États-Unis dans la zone. L’éventualité d’un déploiement militaire dans le Golfe étant une option étudie depuis le 7 octobre 2023. En revanche, la marine iranienne s’est alors affirmée comme la plus enclin, sur le plan régional, à mener des opérations d’envergure dans la région. Ces actions sont renforcées et consolidées par des relations économiques, commerciales et militaires de plus en plus fortes avec la Chine. La République islamique d’Iran n’est donc bel et bien pas en mesure d’assurer le leadership dans l’immédiat, mais la stratégie navale appliquée dans le Golfe confère au régime une plus vaste marge de manœuvre sur le plan militaire. En une trentaine d’années, la République islamique d’Iran s’est, sur le plan naval, considérablement renforcée. L’arsenal militaire iranien est en constante modernisation. Il repose sur de forts partenariats stratégiques et l’objectif étant de répondre aux nouvelles attentes du régime, toujours plus ambitieuses.

Références

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Khameinei.ir (2016). « Le commandant en chef visite l’exposition de l’industrie et de la Défense et rencontre des responsables et des experts du ministère de la Défense », Khameinei.ir, 31 août.

Bagheri Dolatabadi, Ali ; Kamrava, Mehran, (2022). “Iran’s changing naval strategy in the Persian Gulf: motives and features”, British Journal of Middle Eastern Studies, 1(1), 131-148.

Blandin, Benjamin, (2023). « Les stratégies de déni d’accès mises en place par l’Iran », IRIS Asia Focus, n°196, https://www.iris-france.org/wp-content/uploads/2023/04/Asia-Focus-196.pdf

Boulanger, Philippe, (2015). « Le développement des zones grises », in, P. Boulanger, Géographie militaire et géostratégie, Paris, Armand Colin, 147-172.

Brunet, Roger; Ferras, Robert ; Théry, Hervé (dir.) (1993). Les mots de la géographie, dictionnaire critique, 3e édition, Reclus – La Documentation Française, Paris – Montpellier, p. 252

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Encyclopédie Universalis, nd, « Irak – Iran. Attaques de pétroliers dans le Golfe », Universalis.

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Leader, ir (2011). « Le Guide suprême a visité la force navale de l’armée iranienne à Bandar Abbas », Leader.ir, 23 juillet.

Michelis, Léa, (2019). L’Iran et le détroit d’Ormuz. Stratégies et enjeux de puissance depuis les années 1970, L’Harmattan, Paris, p. 65

Nadimi, Farzin, (2020). “Iran’s Evolving Approach to Asymmetric Naval Warfare”, Policy Analysis, The Washington Institute for Near East Policy, https://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/irans-evolving-approach-asymmetric-naval-warfare-strategy-and-capabilities-persian

Paglia, Morgan, (2021). « Détroit d’Ormuz : la guerre des nerfs », Politique Étrangère, Institut français des relations internationales, 2021/2, 139-150.

Razoux, Pierre, (2022), « Que penser de l’arsenal balistique iranien ? », Les Grands Dossiers de Diplomatie, n°69, 83.

RFI Radio-France International (2022). « L’Iran participe à des manœuvres navales conjointes avec la Russie et la Chine dans l’Océan Indien », Radio France internationale, 20 janvier.

Rodier, Alain (2010). « La doctrine asymétrique des forces iraniennes », Centre Français de Recherche sur le Renseignement, note d’actualité n°206.

Samaan, Jean-Loup (2018). « Rivalités irano-saoudiennes : la dimension maritime », Moyen-Orient, n°38.

Therme, Clément, (2022), « La stratégie maritime de la République islamique d’Iran : défis et enjeux », Les Grands Dossiers de Diplomatie, n°69, 86-89.

Thievon, Kévin, (2023). “New Ambitions at Sea : Naval Modernisation in the Gulf States”, International Institute for Strategic Studies, https://www.iiss.org/research-paper/2023/06/new-ambitions-at-sea-naval-modernisation-in-the-gulf-states/

[1] « Le commandant en chef visite l’exposition de l’industrie et de la Défense et rencontre des responsables et des experts du ministère de la Défense », Khameinei.ir, 31 août 2016

[2] Entretien réalisé avec Mathieu, un chercheur aigri et spécialiste des rivalités navales dans le Golfe Persique.

[3] Renseignement, Surveillance et Reconnaissance en français

L’Iran et le Pakistan. Défis régionaux et initiatives de coopération (1979-2022)

Regards géopolitiques, v8 n4, 2022

 

Ève Cuenca (2022). L’Iran et le Pakistan. Défis régionaux et initiatives de coopération (1979-2022). Paris, L’Harmattan, coll. L’Iran en transition.

L’Iran et le Pakistan entretiennent une relation complexe. Au-delà des multiples déclarations d’amitié et d’une fraternité islamique ostensiblement répétée, leurs intérêts nationaux rentrent bien souvent en compétition. Malgré ces divergences, et malgré le tournant décisif de la Révolution iranienne de 1979 qui bouleverse en profondeur la politique étrangère iranienne et conduit Téhéran à s’opposer frontalement à Washington, le Pakistan, allié d’hier sous le parapluie américain, demeure aujourd’hui un partenaire stratégique du régime iranien malgré précisément le maintien de l’alliance américaine du Pakistan.

« Regard vers l’Est » iranien, influence culturelle et religieuse au « Pays des Purs » malgré les divergences entre la théocratie chiite et le Pakistan sunnite traversé, voire menacé par l’émergence de mouvements fondamentalistes, dont les talibans que lui-même a contribué à créer, nouveaux projets économiques et commerciaux… Téhéran et Islamabad multiplient les initiatives. Dès lors, comment expliquer la proximité durable des deux pays, malgré les différences, malgré les alliances divergentes ? Quelles voies de coopération s’ouvrent à eux et avec quelles répercussions pour l’Asie de l’Ouest et l’Asie centrale ?

Dans cet ouvrage, l’auteure, Eve Cuenca, persanophone spécialiste de l’Iran, se penche sur la dynamique particulière de ce binôme. Elle souligne la récurrence des considérations pragmatiques de sécurité dans l’évolution des relations entre les deux États, trafic de drogue, sécurité maritime dans le golfe Persique, malgré les divergences quant à leurs relations avec les États-Unis et avec l’Arabie saoudite, adversaire désormais majeur de l’Iran sur la scène régionale mais avec qui le Pakistan entretient des relations cordiales. Ce pragmatisme de nourrit des visées stratégiques des deux États, diversifier ses sources d’approvisionnement en énergie pour le Pakistan, et diversifier son interconnexion régionale vers l’Asie pour l’Iran, à travers la politique du Regard vers l’Est pour l’Iran, parfois au prix de projets de coopération avec l’Inde, grand ennemi du Pakistan, comme le projet de corridor Nord-Sud et le développement du port de Chabahar, parfois grâce à des projets conjoints de promotion de projet d’interconnexion mutuels. Il s’agit, pour des raisons différentes, de dépasser les divergences, bien réelles, pour opter pour des coopérations ad hoc multidimensionnelles, dans un cadre régional où les jeux d’alliances sont en pleine recomposition.

Cet ouvrage, bien écrit et bien illustré, constitue un intéressant exposé de ces jeux de redéfinition des relations interétatiques.

Frédéric Lasserre