Regards géopolitiques 11(4), 2025
Heesuk CHO
Titulaire d’un master en Études européennes et internationales de l’Université Paris 8, doctorante en Histoire contemporaine à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, France.
heesuk.cho@etu.univ-montp3.fr
Résumé
Les technologies liées aux énergies renouvelables progressent rapidement. Cependant, la coopération internationale reste faible, ce qui limite aussi l’évolution des politiques énergétiques. En Asie du Nord-Est, la forte concurrence pousse chaque pays à privilégier sa propre stratégie, tandis que les initiatives de coopération demeurent insuffisantes. Dans un contexte de rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine, la Corée du Sud cherche à diversifier ses partenariats énergétiques. Pour un pays pauvre en ressources comme la Corée du Sud, le Canada, riche en ressources, pourrait être un partenaire potentiellement prometteur pour l’avenir.
Mots-clés : Corée du Sud, énergies renouvelables, Coopération internationale, Politique énergétique
Abstract
Renewable energy technologies are advancing rapidly. However, international cooperation remains weak, which also limits the development of energy policies. In Northeast Asia, intense competition leads each country to prioritize its own strategy, while cooperative initiatives remain insufficient. In the context of growing U.S.–China rivalry, South Korea is seeking to diversify its energy partners. For a resource-scarce country like South Korea, Canada, rich in resources, could be a potentially promising partner for the future.
Keywords : South Korea ; renewable energies ; international cooperation ; energy policy.
Introduction
La crise énergétique mondiale est de plus en plus considérée non seulement comme un problème d’épuisement des combustibles fossiles, mais aussi comme un enjeu fondamentalement lié au changement climatique, et notamment au réchauffement planétaire. Cette prise de conscience a mis en lumière les limites des politiques énergétiques traditionnelles et souligné l’urgence d’un changement systémique. En réponse, le développement des énergies renouvelables s’est imposé comme une stratégie cruciale pour relever simultanément les défis du climat et de la sécurité énergétique.
De plus, la transition énergétique est stimulée par plusieurs facteurs, tels que les accords internationaux comme l’Accord de Paris et les innovations technologiques. Bien que l’énergie renouvelable nécessite encore des investissements initiaux élevés, le coût à long terme de production d’électricité à partir de sources comme le solaire et l’éolien est généralement plus faible, car les dépenses en combustible sont minimales. Par ailleurs, les progrès dans les technologies des énergies renouvelables, les systèmes de stockage de l’énergie et la mobilité électrique accélèrent le passage aux énergies propres. Ces tendances rendent la décarbonation techniquement possible et économiquement intéressante pour de nombreux pays.
Cependant, la transition énergétique ne se déroule pas de manière uniforme à travers le monde. Même si le changement climatique reste une préoccupation mondiale majeure et influence les politiques énergétiques, chaque pays avance à son rythme et selon ses propres conditions. Certains pays, comme le Canada, disposent de plusieurs sources d’énergie à des coûts relativement faibles et peuvent décarboner progressivement leur secteur électrique. D’autres, comme la Corée du Sud, doivent faire face à une géographie difficile et à un manque de ressources domestiques, ce qui les rend fortement dépendants des énergies fossiles traditionnelles pendant de nombreuses années, même au cours d’une transition vers des sources plus propres (Kucharski, 2024).
Dans ce contexte, le projet de transition énergétique de la Corée du Sud reconnaît l’importance de la coopération internationale. Cela pourrait conduire à une collaboration plus étroite avec les pays voisins, en particulier dans la région de l’Asie du Nord-Est. Cependant, malgré les capacités technologiques et le potentiel économique en matière de transition énergétique de pays comme le Japon, la Chine et la Corée du Sud, la coopération énergétique en Asie du Nord-Est se heurte à des obstacles structurels persistants. Ces difficultés ne se limitent pas aux collaborations régionales : des contraintes similaires existent également à l’intérieur de la Corée du Sud. Ces constats amènent naturellement à s’interroger sur les raisons pour lesquelles la Corée du Sud éprouve des difficultés, tant au niveau international que national, à atteindre ses objectifs en matière d’énergies renouvelables. Ils soulèvent également la question de la manière dont ces contraintes peuvent ouvrir la voie à de nouvelles coopérations, à la fois régionales et internationales.
Pour répondre à cette question, il est nécessaire d’adopter une perspective plus globale de la transition énergétique, au-delà d’une analyse limitée à la mise en œuvre des politiques. Dans cette optique, cette étude examine, premièrement, les vulnérabilités de la coopération énergétique avec les pays voisins de l’Asie du Nord-Est et les raisons pour lesquelles la Corée du Sud cherche à établir de nouveaux partenariats, notamment avec les nations d’Asie du Sud-Est ou le Canada. Deuxièmement, elle examine les facteurs internes afin de mieux comprendre les problèmes internes de la Corée du Sud en matière de transition énergétique.
- La coopération énergétique régionale et internationale de la Corée du Sud
1.1. Interconnexions des réseaux électriques : faisabilité technique et contraintes régionales
Les énergies renouvelables sont de plus en plus considérées comme une solution au problème du manque d’énergie. Cependant, comme d’autres ressources naturelles, elles sont distribuées de manière inégale selon les régions. Par exemple, les zones riches en vent ou en soleil se trouvent souvent loin des grandes villes où la demande en électricité est élevée. Pour surmonter cette limite, des interconnexions des réseaux électriques entre pays sont mises en place. Ces réseaux permettent de partager l’électricité entre pays et d’intégrer les ressources renouvelables, augmentant ainsi la stabilité et l’efficacité économique du système énergétique (Song, 2018).
Dans la région de l’Asie du Nord-Est, dès la fin des années 1980, les instituts de recherche spécialisés dans l’énergie ont commencé à discuter de projets visant à relier l’ensemble de la région par un réseau électrique. En 1998, l’Energy Systems Institute (ESI) basé à Irkoutsk, en Russie, a proposé de développer les ressources hydroélectriques et thermiques au charbon de l’Extrême-Orient russe, y compris Sakhaline, pour les exporter vers les pays voisins comme la Corée, la Chine, le Japon et la Mongolie, représentant ainsi la première initiative à l’échelle régionale (Lee et al., 2018).
Dans les années 2000, avec la montée de la nécessité de répondre au changement climatique, le projet de Super Grid a été proposé, visant à développer conjointement des sources d’énergie propres comme l’éolien et le solaire en Mongolie et l’hydroélectricité en Russie, et à les partager via des lignes à longue distance. Par la suite, différentes initiatives multilatérales ont vu le jour. La Japan Renewable Energy Foundation (JREF) a proposé en 2011 l’« Asia Super Grid », un réseau régional s’étendant du Nord-Est asiatique jusqu’à l’Inde et l’Asie du Sud-Est, basé sur l’intégration du réseau électrique japonais. En 2014, le Korea Energy Economics Institute, l’ESI russe, la JREF japonaise et le ministère de l’Énergie de Mongolie ont présenté conjointement le projet « Gobitec and Asia Super Grid », prévoyant la création d’un parc éolien et solaire de 100 GW dans le désert de Gobi en Mongolie (Lee et al., 2018).
Aux débuts de ces discussions en Asie du Nord-Est, la technologie était considérée comme le facteur le plus important, en plus des variables politiques et diplomatiques. Dans le passé, les limites techniques, comme l’incapacité de convertir la tension et la fréquence utilisées en Chine et en Russie, ainsi que l’incertitude sur la récupération des investissements, empêchaient à la fois d’importer de l’électricité en cas de besoin et d’exporter l’excédent (Song, 2018 ; Yoon, 2017).
Aujourd’hui, grâce aux avancées dans des technologies telles que la transmission en courant continu haute tension (HVDC), les smart grids et les systèmes de surveillance des réseaux électriques étendus, les bases pour une transmission longue distance et l’intégration de vastes réseaux électriques sont largement établies. En particulier, la HVDC est adaptée aux interconnexions transnationales sur de longues distances, par exemple entre la Russie et le Japon, la Corée et le Japon, ou la Corée et la Chine, ce qui en fait une technologie prometteuse pour ces projets (Lee et al., 2018).
Sur cette base technologique, d’un point de vue théorique, les projets multilatéraux de réseaux électriques pourraient contribuer à atténuer les conflits régionaux et à renforcer la coopération énergétique. Dans la région Asie-Pacifique, il existe de nombreux forums multilatéraux, tels que la coopération trilatérale Corée-Japon-Chine, le Forum régional de l’ASEAN sur la sécurité (ARF), l’ASEAN + trois (Chine, Japon, Corée) (ASEAN+3), le Sommet de l’Asie de l’Est (EAS) et la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC). De nombreux efforts ont été déployés, via ces consultations multilatérales ou bilatérales, pour concrétiser ces projets (Baek et Jang, 2015).
Cependant, en raison de nombreux obstacles politiques et économiques difficiles à surmonter, la mise en place effective de réseaux électriques multilatéraux n’a pas encore été réalisée et ces projets restent principalement au stade de discussion. En particulier, les trois pays Corée, Japon et Chine ont longtemps priorisé la sécurité de leur approvisionnement électrique national. L’énergie est généralement considérée comme étroitement liée à la sécurité nationale, et de nombreux pays incluent des préoccupations énergétiques dans leur politique diplomatique. En raison de leur forte dépendance aux importations d’énergie et des dynamiques concurrentielles qui en résultent parfois pour sécuriser ces approvisionnements, ces pays sont beaucoup plus sensibles aux risques et aux vulnérabilités que les pays dont l’énergie est sécurisée.
Dans ce contexte, le niveau de confiance mutuelle reste faible, et ces pays montrent une tendance marquée à ne pas dépendre de leurs voisins pour leur sécurité énergétique. De plus, la Corée du Sud, le Japon, la Chine et la Russie présentent des différences fondamentales dans leurs stratégies énergétiques et leurs approches concernant la question nord-coréenne. Ces différences entre États expliquent pourquoi, malgré la faisabilité économique et technique des projets de réseaux électriques, les obstacles liés à la question nucléaire nord-coréenne, à l’instabilité politique, à l’insuffisance des bases institutionnelles et au manque d’accords régionaux limitent le progrès concret (Yoon, 2017).
Jusqu’à présent, bien que la réussite des projets multilatéraux de réseaux électriques requière une coopération étroite entre gouvernements, entreprises, instituts de recherche et associations d’experts, la plupart des recherches sur le Super Grid en Asie du Nord-Est se sont concentrées sur la faisabilité technique et économique de projets spécifiques.
Pour favoriser une coopération véritable entre les pays concernés, il est indispensable d’analyser l’environnement énergétique et les politiques de chaque État, de saisir leurs positions politiques et stratégiques à l’égard du projet, et d’identifier les aspects législatifs et réglementaires à prendre en compte pour sa mise en œuvre (Lee et al., 2018).
Au-delà des considérations techniques, économiques et institutionnelles, il faut souligner que la réussite du Super Grid dépend avant tout d’une volonté politique constante et des « capacités diplomatiques » mobilisées par les acteurs concernés (Yoon, 2017).
1.2. Développement des partenariats énergétiques internationaux : Asie du Sud-Est et au-delà
Constatant les limites de la coopération énergétique en Asie du Nord-Est, la Corée du Sud cherche désormais à renforcer ses investissements verts et sa coopération technologique avec les pays d’Asie du Sud-Est. Ces initiatives visent à améliorer la collaboration régionale, à sécuriser l’accès aux ressources essentielles pour la transition énergétique et à soutenir le déploiement des technologies propres. L’Asie du Sud-Est dispose en effet d’un potentiel considérable en matière d’énergies renouvelables, notamment dans le solaire, l’éolien, l’hydroélectricité, la géothermie et la biomasse. La région possède également des minéraux critiques indispensables aux infrastructures énergétiques (IEA, 2025). Étant un pays pauvre en ressources naturelles, la Corée du Sud considère la coopération avec l’ASEAN non seulement comme un moyen de diversifier ses chaînes d’approvisionnement et de favoriser le transfert de technologies, mais aussi comme une stratégie fondamentale pour obtenir les ressources et les partenariats nécessaires à sa transition énergétique.
Toutefois, les initiatives publiques mises en œuvre par Séoul restent modestes en comparaison avec les grands programmes régionaux de pays comme la Chine et le Japon. Parmi les efforts coréens, figurent le soutien au développement de panneaux solaires en Indonésie (2022–2023) et l’engagement financier d’environ 100 millions USD par la Korea Trade Insurance Corporation pour une usine de tours éoliennes au Vietnam en 2023. En outre, le ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Énergie a annoncé en décembre 2024 un projet visant à exporter, d’ici 2030, pour 15 milliards USD d’infrastructures liées aux réseaux électriques, comprenant des centrales, des systèmes HVDC et des réseaux de distribution. Cependant, cette initiative n’en est encore qu’à ses débuts (Zero Carbon Analytics, 2025).
Contrairement aux financements menés par l’État, les entreprises sud-coréennes se sont fortement impliquées dans les secteurs des réseaux électriques et des énergies renouvelables en Asie du Sud-Est. Elles ont participé à des projets d’installation de réseaux intelligents à Singapour, en Thaïlande et au Vietnam, ainsi qu’à divers projets solaires et éoliens dans la région. Près de 20 000 entreprises sud-coréennes ont investi dans l’ASEAN, allant des petites et moyennes entreprises aux grands conglomérats. Parmi les investissements récents, on peut citer l’implantation de Hyundai Motor en Indonésie dans les domaines des batteries, des véhicules électriques et de la fabrication de composants, ce qui a contribué à promouvoir les secteurs de haute technologie et les industries d’avenir. Ces initiatives permettent non seulement d’assurer l’approvisionnement en nickel nécessaire aux batteries, mais aussi de positionner la Corée du Sud comme un acteur majeur sur le marché régional des véhicules électriques de l’ASEAN, qui fonctionne comme un marché intégré (Lee, 2024).
Ces collaborations technologiques et commerciales dépassent le cadre des seules actions des entreprises sud-coréennes et s’inscrivent dans un contexte plus large où les pays de l’ASEAN cherchent activement à diversifier leurs partenariats en réponse à des impératifs stratégiques et économiques.
Dans un contexte de concurrence croissante entre les États-Unis et la Chine, la région fait face à des vulnérabilités économiques et sécuritaires significatives. La Chine exerce une influence considérable sur les réseaux électriques et les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques des pays de l’ASEAN, tandis que les politiques américaines connaissent des fluctuations et des changements de priorités qui créent une incertitude pour ces pays (Huda, 2025).Cela rend difficile la prévisibilité et la stabilité nécessaires pour soutenir la transition énergétique. Dans ce contexte, l’engagement avec plusieurs partenaires, y compris la Corée du Sud, peut constituer une opportunité pour les pays de l’ASEAN d’atténuer les risques, de renforcer les infrastructures énergétiques et de progresser dans leurs objectifs de transition énergétique durable.
Comme l’ASEAN, la Corée du Sud se trouve également dans une situation où la diversification de ses partenariats régionaux et internationaux est devenue essentielle. Face à la rivalité entre les États-Unis et la Chine, la Corée du Sud fait partie des pays d’Asie qui entretiennent à la fois des liens historiques durables avec la Chine et une alliance de sécurité cruciale avec les États-Unis. Cette double réalité exerce une pression sur Séoul, la rivalité croissante influençant le commerce, la technologie et les chaînes d’approvisionnement. De plus, le rôle de la Chine en tant qu’allié et soutien indispensable de la Corée du Nord complique encore la position stratégique de Séoul, nécessitant une gestion prudente de ses relations avec Pékin (Lee, 2020).
La Corée du Sud entretient des liens économiques étroits avec la Chine, ce qui expose le pays à des risques tangibles en cas de tensions bilatérales. Par exemple, après le déploiement du système de défense antimissile THAAD par les États-Unis en Corée du Sud en 2016–2017, la Chine a imposé une série de mesures de rétorsion économique, notamment des restrictions dans le secteur du tourisme, du divertissement et sur certains produits importés. Cette situation a mis en évidence les vulnérabilités liées aux relations économiques de la Corée du Sud avec la Chine, incitant de nombreuses entreprises sud-coréennes à envisager le transfert de leurs sites de production vers des pays tels que le Vietnam, l’Indonésie, l’Inde ou d’autres destinations (Lee, 2020).
Plus récemment, la Corée du Sud a été rappelée aux risques d’une dépendance excessive aux États-Unis. Les entreprises sud-coréennes avaient investi massivement aux États-Unis, notamment dans les batteries pour véhicules électriques et les technologies avancées. Cependant, des perturbations récentes, comme l’incident de Géorgie, où U.S. Immigration and Customs Enforcement a détenu des techniciens sud-coréens pendant environ une semaine sans confirmer de violation, ont montré la vulnérabilité des coopérations économiques basées sur les alliances (Chidi, 2025 ; Kim, 2025). Bien que la crise immédiate se soit terminée, ses implications à long terme persistent. Elles soulèvent des questions sur la stabilité et la prévisibilité de l’environnement d’investissement aux États-Unis, ainsi que sur la fiabilité de ce pays en tant que partenaire pour les investissements étrangers. En d’autres termes, cette expérience illustre que même des alliés proches peuvent adopter des politiques guidées par des priorités nationales, ce qui peut éroder la confiance et exposer les partenaires à des vulnérabilités inattendues. (Lincicome, 2025).
Ces vulnérabilités se manifestent de manière particulièrement marquée dans les industries émergentes, telles que les batteries pour véhicules électriques, où les perturbations peuvent affecter non seulement des installations individuelles, mais aussi l’ensemble des écosystèmes industriels. Le secteur des véhicules électriques, élément central des industries écologiques émergentes, est étroitement lié au déploiement des énergies renouvelables, soulignant l’importance stratégique des décisions d’investissement pour la transition énergétique de la Corée du Sud. L’incident de Géorgie illustre ainsi la nécessité, pour les entreprises et le gouvernement, de diversifier de manière stratégique les partenariats internationaux.
Dans ce contexte, la Corée du Sud, qui manque de ressources naturelles, a besoin d’une coopération avec des pays riches en ressources comme le Canada, afin d’assurer sa sécurité énergétique et de soutenir sa transition énergétique. En 2023, les deux pays ont signé un protocole d’accord (MOU) centré sur la coopération dans le domaine des minéraux stratégiques et de la transition énergétique, établissant ainsi une base institutionnelle solide. Cette coopération couvre les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, les carburants propres et les technologies neutres en carbone, ainsi que la recherche conjointe et les investissements dans des industries avancées telles que les énergies renouvelables, les batteries et les semi-conducteurs (Gouvernement du Canada, 2023).
Plus récemment, en juin 2025, le nouveau président sud-coréen Lee Jae-myung a participé à une session élargie du sommet du G7 et a présenté, sur le thème de la sécurité énergétique, la position et la vision de la Corée du Sud concernant la diversification énergétique, les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques et l’innovation technologique, incluant l’intelligence artificielle et d’autres technologies émergentes (Mofa, 2025). Le président a également précisé que la Corée contribue à la stabilité des chaînes d’approvisionnement en minéraux en tant que présidente du Minerals Security Partnership et a réaffirmé l’intention de renforcer la coopération bilatérale et multilatérale avec les pays du G7, les partenaires et les nations détentrices de minéraux critiques (Mofa, 2025).
Dans le prolongement de cette intervention, il a eu une rencontre bilatérale avec le Premier ministre canadien Mark Carney. Les deux dirigeants ont convenu de renforcer la coopération dans des secteurs stratégiques tels que la sécurité énergétique, la lutte contre le changement climatique, l’intelligence artificielle et l’industrie de la défense, tout en élargissant leur collaboration au commerce et à l’investissement, et en coordonnant leurs efforts respectifs en tant que présidents respectifs de l’APEC et du G7 afin de maximiser les synergies entre les deux forums multilatéraux (Son, 2025 ; Mofa, 2025).
Ces initiatives se sont poursuivies en juillet 2025, lorsque le ministre canadien de la Défense et un représentant spécial du président sud-coréen ont discuté de la sécurité énergétique, des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques et des priorités de coopération technologique, renforçant ainsi les bases de la collaboration bilatérale (Park, 2025).
Grâce à ces progrès continus, et bien que cette coopération n’en soit encore qu’à ses débuts, la combinaison de l’expertise technologique de la Corée du Sud et des ressources abondantes du Canada recèle un potentiel considérable et peut créer des synergies stratégiques importantes. Ces forces peuvent être mobilisées pour des projets communs et le développement technologique. Concrètement, le Québec, partenaire pour l’accès à des minéraux critiques tels que le lithium, le graphite et le nickel, garantit un approvisionnement stable en matières premières stratégiques, tandis que la Corée du Sud met à profit son savoir-faire dans la fabrication de batteries avancées et les technologies de stockage d’énergie. Cette coopération, qui va au-delà du simple transfert de technologies ou d’investissements, peut renforcer l’ensemble des écosystèmes industriels des deux pays et soutenir les efforts conjoints en matière de transition énergétique.
Enfin, le rôle du gouvernement doit continuer à soutenir les entreprises pour qu’elles jouent un rôle central dans le développement de projets communs et l’utilisation des ressources et technologies disponibles.
Comme l’a souligné Justin Méry, ministre canadien du Commerce international, lors de la 2ᵉ édition du Dialogue des PDG Corée–Canada organisée avec le Business Council of Canada en avril 2024 au FKI Tower Conference Center à Séoul :
« Pour garantir le succès de cette coopération, les entreprises et le secteur privé doivent en être le moteur principal, tandis que le gouvernement s’efforce de faciliter et non d’entraver cette collaboration. » (Kim, 2024).
Autrement dit, si le gouvernement joue pleinement son rôle de facilitateur en soutenant la coopération bilatérale, en créant un environnement favorable et en éliminant les obstacles, les entreprises pourront prendre l’initiative dans le développement de projets communs et l’exploitation des ressources et technologies disponibles. Une telle approche permet non seulement d’assurer la continuité et la stabilité de la collaboration entre la Corée du Sud et le Canada, mais elle renforce également le potentiel stratégique des deux pays pour atteindre des objectifs partagés à long terme dans les domaines de l’énergie, des technologies et des ressources critiques.
2. Facteurs domestiques influençant la transition énergétique en Corée du Sud
2.1 Dépendance économique aux combustibles fossiles
Dans les années 1970 et 1980, la Corée du Sud a connu une forte croissance économique, rendue possible par des industries d’exportation à forte intensité de main-d’œuvre reposant sur des salaires bas. Depuis la fin des années 1980, cependant, elle fait face à des limites structurelles liées à la hausse des salaires, à l’émergence de concurrents comme la Chine, et à la stagnation de la productivité. À cette époque, la croissance reposait principalement sur l’augmentation des ressources mobilisées – telles que la main-d’œuvre et le capital – plutôt que sur l’amélioration de la productivité. Il était donc difficile de poursuivre une croissance durable sans un véritable effort d’innovation technologique (Yoo et Oh, 2013 : 202). Face à ces défis, le gouvernement a lancé en 2009 une stratégie de diversification autour de 17 secteurs industriels moteurs de croissance, répartis en trois domaines : technologies vertes, industries technologiques convergentes, et services à haute valeur ajoutée. Dans ce cadre, les énergies renouvelables – notamment le solaire, l’éolien et les biocarburants – ont été désignées comme secteur stratégique visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, renforcer la sécurité énergétique et ouvrir de nouvelles perspectives de croissance (Lee, 2021: 252). Parallèlement, face à l’urgence climatique et dans un contexte d’essor mondial des énergies renouvelables, la Corée a également connu des avancées notables dans ce domaine, soutenue par ses propres politiques d’innovation technologique.
Cependant, en dépit de ces progrès, la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité sud-coréenne en 2023 – incluant l’éolien, le solaire, l’hydroélectricité conventionnelle et d’autres sources – ne représentait que 9,64 % du total. Ce chiffre reste largement inférieur à la moyenne mondiale (30,25 %), à celle des pays de l’OCDE (33,49 %) et même à la moyenne asiatique (26,73 %) (Kim, 2024 : 12) (voir Figure 1). Cette situation contraste fortement avec la tendance mondiale, où les énergies renouvelables ont produit un niveau record de 30 % de l’électricité mondiale en 2023 (Kim, 2024 : 12).
Figure 1 : Part de l’électricité renouvelable dans le mix énergétique de la Corée du Sud, 2023 (%)
Source : IEEFA, KEPCO, Ember, cités par Kim (2024)
Si l’on inclut l’énergie nucléaire – bien qu’elle ne fasse pas toujours l’unanimité lorsqu’il s’agit de la classer comme énergie propre – la part de l’électricité à faible émission de carbone en Corée du Sud est de 40,32%. Cela reste toutefois en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE, qui atteint 49,96 % (voir Figure 2) (Kim, 2024 : 12).
Figure 2 : Part de l’électricité décarbonée dans le mix énergétique de la Corée du Sud, 2023 (%)
Source : IEEFA, KEPCO, Ember, cités par Kim (2024)
Cela a été souligné à plusieurs reprises dans des études nationales et internationales, notamment par l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (2024), le ministère de l’Industrie et de l’Énergie (2024) et l’Institut coréen de l’économie de l’énergie (2023), démontrant que le mix énergétique de la Corée du Sud reste fortement orienté vers les énergies fossile (Kim, 2024).
En fait, la Corée du Sud s’est appuyée, de manière historique, sur les énergies fossiles pour assurer sa sécurité énergétique. L’idée largement répandue selon laquelle ces sources fournissent une énergie stable et peu coûteuse a freiné le développement des énergies renouvelables, souvent jugées peu rentables et peu fiables (Kim, 2024 : 9). Cette situation s’explique en grande partie par la structure même de l’économie sud-coréenne. De nombreuses études montrent que le pays reste fortement dépendant d’un modèle industriel très énergivore, centré sur des secteurs comme la chimie lourde, la production de matériaux ou encore les équipements industriels, qui nécessitent une consommation d’électricité très élevée (Han, 2021 : 126). En particulier, des industries comme les semi-conducteurs, la sidérurgie et la pétrochimie, qui jouent un rôle clé dans les exportations et l’emploi, ont besoin d’un approvisionnement énergétique constant et à prix compétitif pour rester performantes. Parallèlement, la promotion des véhicules électriques est essentielle pour atteindre les objectifs de transition énergétique, mais leur diffusion, ainsi que le développement des centres de données, de l’intelligence artificielle et des systèmes de fabrication intelligents, augmente fortement la demande en électricité (Han, 2021 ; Lee, 2020). Cette situation crée un véritable dilemme : la Corée du Sud ne peut pas accélérer pleinement sa transition énergétique tout en garantissant un approvisionnement électrique stable et compétitif, en raison de ses ressources limitées, ce qui met en jeu à la fois sa compétitivité industrielle et sa sécurité énergétique.
Cette tension est accentuée par les changements fréquents dans les priorités énergétiques liés aux alternances gouvernementales. En particulier, les politiques relatives à l’énergie nucléaire, aux énergies renouvelables et aux combustibles fossiles sont régulièrement ajustées selon l’orientation politique du moment, reflétant un arbitrage constant entre les besoins industriels immédiats et les objectifs énergétiques à long terme.
2.2 Considérations politiques
Les progrès technologiques dans le domaine des énergies renouvelables jouent un rôle crucial pour améliorer leur viabilité économique future, mais ils dépendent fortement des politiques publiques (Cho et Cho, 2024). Les politiques coréennes en matière d’énergies renouvelables ont évolué avec les administrations présidentielles successives, reflétant les priorités et visions propres à chaque dirigeant.
Après la crise financière mondiale de 2008, le gouvernement de Lee Myung-bak (2008-2013) a adopté une politique de croissance verte à faible émission de carbone, intégrant des objectifs ambitieux en matière d’énergies renouvelables et divers programmes de subventions et de diffusion technologique (Han, 2019). Toutefois, cette stratégie relevait moins d’une conviction écologique que d’une réponse rapide au contexte international, la croissance verte devenant un mot d’ordre politique souvent instrumentalisé. Le projet de restauration des quatre grands fleuves, présenté comme écologique, illustre cette ambiguïté en étant avant tout un projet d’infrastructure destiné à stimuler l’économie.
Sous le gouvernement de Park Geun-hye (2013-2017), les politiques de soutien aux énergies renouvelables ont été réduites et les aides financières diminuées, tandis que le slogan « croissance verte » avait pratiquement disparu (Ham, 2013).
Après l’échec des politiques de transition énergétique des gouvernements Lee Myung-bak et Park Geun-hye, le gouvernement Moon Jae-in (2017-2022) a manifesté une volonté affirmée de conduire une transition énergétique.
L’expansion des énergies renouvelables constituait un engagement central de sa campagne présidentielle, qui fut institutionnalisé à travers trois des 100 Tâches Nationales Prioritaires : le développement de l’énergie verte, la sortie du nucléaire et la lutte contre le changement climatique (Park et Koo, 2018). Le 8ᵉ Plan fondamental pour l’approvisionnement et la demande d’électricité à long terme (2017-2031), conjointement avec le Plan de mise en œuvre Énergies renouvelables 3020, visaient à faire passer la part des énergies renouvelables de 6,2 % en 2017 à 20 % d’ici 2030, et à accroître la capacité installée de 15,1 GW à 63,8 GW (Han, 2019 : 94).
Par ailleurs, la Corée a changé sa politique énergétique en passant d’une approche large, qui incluait les déchets et la bioénergie, à une focalisation plus claire sur le solaire et l’éolien (Song, 2018). Pour soutenir cette transformation, plusieurs politiques structurantes ont été adoptées, notamment la réintroduction du FIT et du RPS, ainsi que des réformes relatives aux systèmes de stockage d’énergie (ESS), à l’efficacité énergétique et à la fiscalité énergétique (Han, 2019 : 95). Song (2018), Han (2019) et Park (2017) ont évalué ces efforts comme constituant un tournant dans le discours sur la transition énergétique en Corée du Sud. Cependant, ils ont également souligné certaines limites, notant que les objectifs et les orientations des principaux plans étaient fréquemment contradictoires et que de nombreuses initiatives restaient déclaratives, sans feuille de route concrète pour leur mise en œuvre. Par exemple, avec l’introduction rapide de programmes tels que le FIT, sans cadre de développement systématique, les acteurs privés se sont précipités sur le marché. Cela a entraîné une surchauffe et une spéculation autour des projets photovoltaïques dans certaines collectivités locales, suscitant des inquiétudes quant à des développements non réglementés et négligeant les conditions écologiques locales (Han, 2019). De plus, l’absence de critères institutionnels standardisés entre les municipalités a conduit à un environnement réglementaire fragmenté, où les arrêtés et directives administratives étaient appliqués de manière incohérente (Han, 2019).
Pendant ce temps, alors que le monde se concentre à nouveau sur les valeurs vertes pour atteindre divers objectifs tels que vaincre le COVID-19, répondre à la crise climatique et favoriser la croissance économique, un centre d’orientation industrielle se reflète dans le New Deal en Corée, comme annoncé par l’administration en 2020 (Goo, 2021 : 17). Cette politique reposait sur trois piliers : le Digital New Deal, le Green New Deal, et le renforcement de l’emploi ainsi que des filets de sécurité sociale. Parmi ceux-ci, le Green New Deal visait à atteindre une société neutre en carbone à travers la transformation écologique des infrastructures de vie et des systèmes énergétiques, ainsi que par l’innovation dans les industries vertes (Ministère du Territoire, des Infrastructures et des Transports, 2020). Toutefois, dans la pratique, la politique s’est principalement concentrée sur le soutien aux industries telles que les véhicules électriques et à hydrogène, sans présenter d’objectifs concrets de réduction des émissions de gaz à effet de serre (Goo, 2021:17). D’après l’analyse de Lee et Woo (2020), le New Deal coréen a davantage constitué une opportunité de soutien aux entreprises qu’une réponse véritable à la crise climatique ou à la restauration de la biodiversité. Ce constat met en lumière la priorité accordée à la croissance industrielle par rapport aux considérations environnementales. Sur ce point, comme l’expliquent Gil et Jeong (2009), le fait d’intégrer des préoccupations environnementales dans les politiques industrielles n’est pas problématique en soi et cela peut même être une approche positive si c’est fait de manière équilibrée. Le problème, selon eux, apparaît lorsque la politique affirme vouloir concilier développement économique et protection de l’environnement, mais qu’en réalité, elle accorde presque toujours la priorité aux intérêts économiques. Finalement, la politique finit par s’éloigner de ses objectifs initiaux.
Il est vrai que, en Corée du Sud, la conception et la mise en œuvre des politiques ont souvent été marquées par une logique de politique industrielle. Cette approche a parfois limité la cohérence et l’efficacité des politiques environnementales. Néanmoins, les efforts déployés sous l’administration Moon Jae-in pour développer les énergies renouvelables peuvent être vus comme une avancée importante vers une véritable transition énergétique, notamment dans le contexte de la crise climatique. Cependant, cette dynamique a été brutalement interrompue avec l’arrivée au pouvoir du gouvernement Yoon Suk-yeol le 10 mai 2022. Le gouvernement Yoon a commencé à réduire l’agenda de la transition énergétique et l’a officiellement exclu lors de la formulation des 110 principales tâches nationales (Lee, 2022).
Au lieu de cela, le gouvernement Yoon a promu l’expansion de l’énergie nucléaire et la revitalisation de l’industrie nucléaire dans le cadre de sa politique nationale. L’accent mis sur l’énergie nucléaire peut se comprendre dans le contexte de la transition énergétique, bien que tous ne soient pas d’accord, puisqu’il s’agit d’une source alternative pour un pays pauvre en ressources. Cependant, le véritable problème réside dans la négligence des politiques de développement des énergies renouvelables, ce qui a pratiquement conduit à l’abandon du principe d’une transition énergétique équitable. La réduction des aides gouvernementales aux énergies renouvelables a entraîné une baisse de la production, en particulier dans le secteur solaire, ce qui a accéléré la délocalisation à l’étranger des installations de fabrication dans les domaines de l’énergie solaire, éolienne, des batteries rechargeables, des véhicules électriques et de l’hydrogène vert (Kim, 2024).
Parmi les mesures les plus controversées de l’administration Yoon figure le projet « Grande Baleine », visant l’exploration de gaz en haute mer dans la mer de l’Est. Bien que les chances de succès n’aient été estimées qu’à 20 %, le projet a été annoncé et promu par le président sans justification scientifique solide, suscitant de vives critiques (Jang, 2024).
Ainsi, la politique de transition énergétique proposée par l’administration Yoon repose sur la logique traditionnelle de la stabilité de l’approvisionnement et de la compétitivité industrielle, et les politiques environnementales visant à lutter contre la crise climatique ont été exclues des priorités. En fait, la transition énergétique n’est pas un simple slogan ou une rhétorique politique, mais un défi complexe fondé sur des considérations à long terme en matière d’environnement, d’économie et de qualité de vie. Néanmoins, le problème fondamental tient au fait que la Corée du Sud privilégie la compétitivité industrielle au détriment des politiques environnementales. Cette priorité peut être comprise dans le cadre plus large de l’État développementiste sud-coréen, où l’intervention stratégique de l’État et le soutien aux secteurs industriels spécifiques ont historiquement été considérés comme des leviers essentiels de la croissance économique. Effectivement, au cours des dernières décennies, la politique énergétique de la Corée du Sud a fonctionné comme un moteur de la croissance économique et de l’industrialisation, la logique de l’intervention stratégique de l’État et de la promotion industrielle étant profondément ancrée dans le secteur de l’énergie (Park et Koo, 2018).
Avec l’entrée en fonction du président Lee Jae-myung en juin 2025, la politique énergétique de la Corée du Sud se concentre sur la transition décarbonée centrée sur les énergies renouvelables et sur la réponse à la crise climatique. La création du ministère du Climat et de l’Énergie, effective le 1er octobre 2025, symbolise la volonté politique d’intégrer la résolution des problèmes climatiques et le renforcement de la compétitivité industrielle, marquant un tournant important dans la structure auparavant inefficace, fragmentée entre le ministère de l’Industrie et le ministère de l’Environnement.
Pour illustrer cette volonté politique, le gouvernement planifie plusieurs initiatives concrètes. Parmi elles, le projet « Autoroute énergétique », basé sur un réseau HVDC reliant les côtes ouest, sud et est, vise à acheminer de manière stable l’électricité renouvelable produite localement vers les pôles industriels (Koh, 2025). Parallèlement, l’élargissement de la participation au programme RE100 et l’instauration d’un système différencié de tarification de l’électricité soutiennent la gestion de la demande et l’implication du secteur privé (Seong, 2025). Ces mesures, bien qu’elles ne représentent qu’une partie des actions entreprises, visent à poser les bases d’un système énergétique plus efficace et durable, grâce au développement de l’énergie décentralisée et à la répartition régionale de la consommation.
Malgré l’histoire de changements fragmentés de politiques tous les cinq ans, le nouveau gouvernement dispose désormais d’une opportunité pour relever de nouveaux défis et coordonner plus efficacement les politiques industrielles et environnementales. Cependant, des défis subsistent, tels que les tensions entre les partisans de la sortie du nucléaire et les forces pragmatiques, la résistance des communautés locales lors de l’implantation d’installations renouvelables et les questions de compensation équitable, ainsi que les difficultés financières liées à la construction des infrastructures et à la modernisation des réseaux électriques. Le succès de cette politique dépend d’un plan concret, d’une coopération efficace entre secteur public et privé, d’un soutien financier et technique, et surtout d’une volonté politique constante et cohérente.
Conclusion
Les progrès technologiques dans le domaine des énergies renouvelables sont essentiels pour accélérer la transition énergétique et améliorer leur viabilité économique future. Cependant, sans une volonté politique claire et cohérente, ces avancées technologiques ne peuvent garantir des résultats durables.
Comme nous l’avons vu, les expériences internationales, notamment en Asie du Nord-Est et lors de l’incident en Géorgie, montrent que le manque de confiance, la coopération fragmentée ou des cadres institutionnels rigides peut limiter le déploiement efficace de la technologie. Ces expériences soulignent que le déploiement efficace des technologies énergétiques dépend non seulement des progrès technologiques, mais aussi de la coordination institutionnelle, de processus réglementaires prévisibles et d’un engagement politique durable.
De la même manière, à l’intérieur du pays, des problèmes de coordination interne peuvent empêcher les initiatives en énergie renouvelable d’atteindre tout leur potentiel. En Corée, le paradigme historique de la politique industrielle et technologique, centré sur l’efficacité économique, limite encore l’expansion des énergies renouvelables malgré leur rôle crucial dans la lutte contre le changement climatique. Par ailleurs, la politique énergétique n’a pas seulement manqué de cohérence dans ses orientations en faveur des énergies renouvelables, mais elle a également consolidé la structure industrielle existante sans pleinement considérer les impacts environnementaux.
La transition énergétique vers la neutralité carbone doit s’appuyer sur une planification à long terme et sur la pérennité des politiques publiques, plutôt que sur des gains à court terme. Cela nécessite une coopération active entre les différents ministères concernés, tant au niveau national qu’international.
Le rôle des gouvernements dans la promotion d’une collaboration industrielle transfrontalière basée sur la confiance est également crucial. Plutôt que d’adopter une logique de gains et pertes strictement nationaux, les gouvernements peuvent créer un environnement où les entreprises ont confiance que leurs investissements, leur expertise et leur main-d’œuvre seront respectés et utilisés efficacement.
La Corée du Sud progresse vers une transition énergétique durable tout en renforçant sa résilience industrielle et environnementale à long terme. Les technologies nécessaires et la volonté politique sont déjà en place, et la Corée du Sud poursuit activement ses objectifs en matière de climat et de transition énergétique dans le cadre des initiatives du président Lee Jae-myung.
Pour un pays pauvre en ressources comme la Corée du Sud, les partenariats avec des nations riches en ressources représentent plus que de simples déclarations. Dans ce contexte, les partenariats stratégiques avec des pays comme le Canada constituent une partie intégrante de la stratégie internationale de la Corée du Sud, permettant la recherche conjointe, l’échange de technologies et le développement d’une capacité industrielle durable.
En fin de compte, les deux pays peuvent approfondir leur compréhension mutuelle, renforcer la confiance et développer des réseaux industriels et technologiques résilients, mais uniquement en intégrant les capacités technologiques, la cohérence des politiques et une volonté politique durable. Ces réseaux peuvent ensuite s’adapter aux incertitudes géopolitiques et fournir une base pour une coopération à long terme.
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