Recension. Escudé, C. et Lescarmontier, L. (2025). Les pôles en 100 questions. Au centre des nouveaux enjeux géopolitiques et climatiques. Paris : Tallandier, 325 p.

Regards géopolitiques 11(4), 2025

Escudé, C. et Lescarmontier, L. (2025). Les pôles en 100 questions. Au centre des nouveaux enjeux géopolitiques et climatiques. Paris : Tallandier, 325 p.

Cet ouvrage s’adresse à un public désireux d’en savoir davantage sur l’Arctique. Il est construit en articulant de courts chapitres répondant à une centaine de questions sur l’Arctique et l’Antarctique.

Une première section, Histoire et géographie des pôles, aborde des éléments de géographie physique, de glaciologie, de climatologie : il s’agit de camper la réalité de l’environnement des deux pôles. La seconde section, Les pôles à l’ère de l’anthropocène, aborde essentiellement les impacts des changements climatiques dans ces régions. Les pôles habités, la 3e section, introduit les relations entre le milieu et les populations arctiques, les peuples autochtones, les villes arctiques, le statut du Groenland, l’agriculture en Arctique, bref de nombreux aspects qui dépeignent la relation entre sociétés et leur cadre de vie. La 4e section, Des pôles au cœur de la mondialisation, aborde les aspects économiques : ressources, navigation, exploitation minière, tourisme, revenu des populations autochtones. Une 5e section, Rapports de pouvoir dans les pôles, présente plusieurs aspects de politique et de relations internationales dans la région : importance de l’Arctique pour la Russie, gouvernance des espaces maritimes et des routes maritimes, place et ambitions de la Chine, impacts de la guerre en Ukraine. La 6e section, Régulations politiques et environnementales dans les pôles, expose des enjeux juridiques, institutionnels et de société : quelle gouvernance dans les régions polaires ? pourquoi certaines analystes affirment-ils, à tort, que le traité de l’Antarctique s’ouvrira à partir de 2048 ? que signifie le traité sur le moratoire sur la pêche dans l’océan Arctique central ? quelle place pour les gouvernements autochtones ? Une dernière section, les Pôles de demain, offre un peu de prospective.

Ce tableau brossé à travers des réponses courtes (quelques pages) à cent questions permet d’aborder de très nombreux sujets, organisés par grandes thématiques, et convient bien au lecteur non spécialiste mais désireux d’en savoir plus sur une région dont on parle de plus en plus, du fait des impacts majeurs des changements climatiques, des tensions régionales, de l’intérêt de puissances tierces come la Chine ou l’Union européenne. Ces courts chapitres, comme autant de petites touches dont l’ensemble finit par former un tableau structuré, sont clairement écrits et très accessibles, et présentent de nombreuses figures.

Les autrices font œuvre utile en critiquant plusieurs mythes tenaces au sujet de l’Arctique : la région dispose certes de ressources relativement abondantes, mais elles demeurent coûteuses à exploiter et ce n’est pas un eldorado ; les routes maritimes arctiques se développent mais ne deviendront pas à court terme des autoroutes rivalisant avec les grands axes via Suez, Malacca ou Panama ; si l’exceptionnalisme arctique n’est plus d’actualité avec le blocage du fonctionnement institutionnel du Conseil de l’Arctique du fait de la guerre en Ukraine, on est loin de l’avènement de tensions militaires exacerbées ; le traité sur l’Antarctique ne devient pas caduc en 2048…

L’œuvre n’est pas sans petits défauts. Ainsi, les Inuits ne vivent pas dans l’Arctique nord-américain depuis des millénaires : les Thuléens (ancêtres directs des Inuits modernes) sont arrivés relativement récemment en Amérique du Nord, au début du XIe siècle en Alaska, au XIIe siècle dans l’Est de l’Arctique canadien, et au XIIIe siècle au Groenland, remplaçant les populations dites dorsétiennes qui, elles, étaient présentes depuis au moins plusieurs siècles. Les Inuits sont arrivés au Groenland après les Vikings…

De même, dans la section sur le débat sur l’interdiction sur la chasse au phoque, il est bien fait mention de la dérogation que l’Union européenne a finalement accordé aux produits du phoque provenant des communautés inuites; mais le chapitre ne mentionne pas l’énorme colère que l’embargo sur les produits du phoque, en détruisant le marché, a provoqué chez ces communautés, contribuant à fortement ternir l’image de l’Union européenne et expliquant en bonne part le veto du Canada contre l’adhésion de l’UE comme observateur régulier au Conseil de l’Arctique – l’UE n’y étant qu’observateur ad hoc.

Si en 2021 le Groenland a mis un terme aux campagnes d’exploration pétrolière, ce n’est pas tant pour des raisons écologiques – le risque était assumé par le gouvernement autonome qui au contraire espérait fortement la découverte de gisements – mais parce que les compagnies pétrolières n’avaient rien trouvé de commercialement intéressant au cours de la décennie de campagnes qui avait précédé.

Ces quelques erreurs demeurent minimes et ne sauraient minorer l’intérêt de cet ouvrage comme excellent outil de vulgarisation. Certes non exhaustif, il aborde de très nombreuses facettes des réalités complexes de l’Arctique et de l’Antarctique contemporain et facilite le développement d’une vue d’ensemble des problématiques interreliées des régions polaires.

Frédéric Lasserre
Directeur du CQEG

Recension. Environmental and Technological Threats in the Arctic Region. Infrastructures, Geopolitics and Strategy.

Regards géopolitiques 11(3), 2025.

Landriault, M. ; M. Vullierme et M. Delaunay (dir.) (2025). Environmental and Technological Threats in the Arctic Region. Infrastructures, Geopolitics and Strategy. Londres : Routledge.

Cet ouvrage s’intéresse aux risques environnementaux et technologiques qui se dessinent en Arctique, dans un contexte de changements climatiques et de bouleversement des environnements naturels, et aux risques que posent, pas seulement sur le plan militaire, ces changements climatiques et la vulnérabilité qu’implique le développement de certaines technologies, notamment dans le domaine des télécommunications, par satellite ou par câbles. L’ouvrage s’efforce d’analyser le lien ou le développement parallèle entre changements environnementaux et déploiement de nouvelles technologies dans la région arctique, essentiellement l’Arctique canadien, et les risques que ces deux mouvements peuvent induire.

Une première partie, (re)ewed environnment, s’efforce de brosser un portrait de l’environnement actuel en Arctique, en particulier de ses dynamiques. Le lecteur sera peut-être un peu surpris de l’acception du concept d’environnement ici, qui ne se limite pas à l’environnement au sens d’écosystème, mais au sens très général de cadre et de paramètres. Ainsi, le premier chapitre dresse-t-il un utile et efficace portrait de la dynamique de la fonte du pergélisol : qu’est-ce que ce phénomène recouvre exactement et comment se manifeste-t-il ?

Le second chapitre développe la notion le senseurs sous-marins et des impacts que cette nouvelle technologie peut avoir sur la sécurité des infrastructures de télécommunication.  De plus en plus, les câbles sous-marins sont munis de senseurs capables de détecter mouvement et activité dans leur entourage, ceci afin de surveiller leur voisinage dans une logique de sécurité de leur intégrité – mais cette technologie permet aussi de les doter de moyens de surveillance à des fins militaires. De facto, cette nouvelle technologie renforce l’intérêt, pour une puissance adverse, de couper ces câbles qui constitue des moyens de surveillance des mouvements de ses bâtiments, ce qui accroit donc la vulnérabilité desdits câbles.

Un troisième chapitre aborde le concept d’interopérabilité militaire et d’intégration de la sécurité militaire (all-domain military approach), récent paradigme doctrinal de structuration des activités de commandement militaire, et la façon dont l’environnement arctique contraint les efforts en vue de mettre en place les système d’intégration en vue de développer cette inter0opérabilité

Une seconde partie rassemble plusieurs chapitres sur les infrastructures arctiques. Un chapitre aborde la Stratégie canadienne de défense de 2024, dont le volet arctique souligne les impacts majeurs des changements climatiques. L’analyse souligne les vulnérabilités inhérentes aux conditions arctiques (froid, isolement, distance) mais aussi aux changements climatiques. Précisément, le chapitre suivant analyse plus spécifiquement les formes des impacts des changements climatiques sur les infrastructures de transport en Arctique, fonte du pergélisol qui conduit à des affaissements, risque d’inondation accru, on aurait pu ajouter vulnérabilité du transport routier reposant sur l’aménagement des routes de glace en hiver.

Une troisième partie analyse le lien entre géopolitique, sécurité en infrastructures, avec un premier chapitre sur la quête européenne d’une meilleure sécurité pour les câbles sous-marins entre Asie et Europe, avec cependant la prise de conscience que les réalités environnementales (dérive d’iceberg plus fréquentes) et opérationnelles (accroissement majeur de la fréquence d’incidents avec coupure des câbles ces dernières années) indiquent que cette sécurité est fragile, les câbles en Arctique présentant malgré tout une vulnérabilité réelle. Le chapitre suivant détaille les vulnérabilités du système de télécommunication dans l’Arctique canadien, reposant essentiellement sur les services par satellite avec une vulnérabilité technique (peu de redondance) et opérationnelle (dépendance envers les opérateurs américains). Le chapitre suivant aborde la question du développement rapide des entreprises de minage de cryptomonnaie dans ;l’Arctique russe, qui bénéficie de l’éloignement comme protection, mais surtout de l’accès à des sources d’énergie bon marché, pétrole, gaz, électricité, un avantage concurrentiel majeur dans cette industrie très énergivore et qui leur permet de plus en plus de développer des centres de traitement de données (data centers) afin de développer des services informatiques dans le domaine de l’IA.

Cet ouvrage aborde une thématique intéressante, le lien entre technologies, anciennes et nouvelles, les changements climatiques et la vulnérabilité qu’induisent tant ces changements environnementaux et les fragilités de ces technologies. Les chapitres sont parfois inégaux mais plusieurs chapitres sont fort intéressants et proposent au lecteur une palette d’analyses dont l’ensemble permet de brosser un portrait pertinent de cette dynamique en cours dans l’Arctique.

Frédéric Lasserre

Directeur du CQEG

Les stratégies sur l’Indo-Pacifique de la Corée du Sud, du Canada et du Québec: y a-t-il des points de convergence?

Regards géopolitiques 11(3), 2025

 

Ponora Ang

 Ponora Ang est co-chef national du Groupe Asie-Pacifique du cabinet Fasken et avocat de premier plan en litige civil et commercial. Il est aussi reconnu par les sociétés provenant de l’Asie-Pacifique pour ses conseils pour des projets d’investissement au Canada. Il conseille régulièrement des sociétés d’État, des compagnies privées et des gens d’affaires de l’Asie désirant développer leurs activités commerciales au Canada, et au Québec en particulier.

pang@fasken.com

 

Résumé
La Corée du Sud a une stratégie Indo-Pacifique et c’est le cas également pour le gouvernement fédéral du Canada et le gouvernement provincial du Québec. Pouvons-nous identifier des domaines où il y a une convergence d’intérêts dans ces stratégies et sommes-nous en mesure de dresser une fiche descriptive conjointe identifiant les secteurs de coopération les plus prometteurs?

Mots-clés : Canada, Québec, Corée du Sud, Indo-Pacifique, Stratégie

 

Abstract
South Korea has an Indo-Pacific strategy, and so do the Canadian federal government and the Québec provincial government. Can we identify areas of convergence of interests in these strategies and could we build a joint factsheet, clearly identifying the most promising areas of collaboration?

Keywords : Canada, Québec, South Korea, Indo-Pacific, Strategy

 

Le but du présent article est d’étudier la Stratégie Indo-Pacifique de la Corée du Sud (The Government of the Republic of Korea., 2020) et les stratégies sur l’Indo-Pacifique du Canada (Stratégie du Canada pour l’Indo-Pacifique, 2022) et du Québec (Ministère des Relations internationales et de la Francophonie, 2021) et d’examiner s’il y a des points de convergence entre celles-ci. Nous faisons cela afin de vérifier s’il y a lieu pour le Québec de faire des efforts pour augmenter ses relations avec la Corée du Sud et s’il est raisonnable d’escompter que ces efforts vaudront la peine sur le plan économique.

La Stratégie canadienne mentionne explicitement la Corée du Sud 14 fois. La Stratégie québécoise contient 21 mentions de la Corée du Sud. Cela dit, la Stratégie sud-coréenne ne mentionne le Canada qu’à trois reprises.

Est-ce à dire que le jeu n’en vaut pas la chandelle? Si la Corée du Sud s’intéresse si peu (à première vue) au Canada (et au Québec) est-ce peine perdue? Ne lançons pas la serviette et examinons en quoi la Corée du Sud, le Canada et particulièrement le Québec ont à profit de se connaître davantage.

Commençons par faire un bref état des relations commerciales entre le Québec et la Corée du Sud.

En 2019, les échanges commerciaux entre le Québec et la Corée du Sud se chiffraient à 2,7 G$. En Asie, la Corée du Sud est au troisième rang des partenaires commerciaux du Québec, après la Chine (16,3 G$) et le Japon (4,3 G$). Globalement la Corée du Sud est au 11e rang des partenaires internationaux du Québec (Gouvernement du Québec, 2020).

En 2023, les exportations de marchandises en provenance du Québec à destination de la Corée du Sud se chiffrent à un peu plus d’un milliard de dollars. La Corée du Sud est demeurée le troisième partenaire commercial du Québec en Asie et occupe le 9e rang en matière d’exportation internationale (Gouvernement du Québec, 2024).

Qu’exportons-nous en Corée du Sud? Du minerai de fer; des pâtes mi-chimiques de bois; des déchets/débris d’aluminium; des avions, des hélicoptères et autres véhicules spatiaux; des déchets/débris de métaux précieux; des fèves de soja; de la viande de porc; des simulateurs de vol et leurs parties.

Qu’importons-nous de la Corée du Sud? Des automobiles; des huiles de pétrole raffinées; de l’argent (sous formes brutes, mi‑ouvrées ou en poudre), du caoutchouc synthétique en plaques, feuilles ou bandes et des profilés en fer ou en aciers non alliés.

Nos échanges avec la Corée du Sud représentent 1,4% de nos échanges commerciaux.

 

1. La Stratégie Indo-Pacifique de la Corée du Sud

Si l’on examine la Stratégie Indo-Pacifique de la Corée du Sud, on se rend compte qu’elle est d’abord et avant tout préoccupée par sa propre sécurité (Ballbach, 2023) et elle conçoit que la stabilité et la prospérité de l’Indo-Pacifique sont des moyens pour assurer sa sécurité et en même temps une fin en soi.

La Stratégie canadienne note que pas moins de la moitié des nouveaux arrivants au Canada proviennent de la région de l’Indo-Pacifique et que les plus grandes diasporas au Canada sont d’origine Indo-Pacifique.[1]

Cela dit, le Canada (et le Québec) peuvent légitimement clamer qu’ils ont quelque chose à offrir qui est susceptible d’attirer l’attention des Sud-Coréens, que nous méritons qu’on pense à nous! Commençons avec le fait que le Canada est un pays du Pacifique, un point que la Stratégie canadienne met en relief[2], point d’ailleurs que les Sud-Coréens reconnaissent quand ils traitent du Pacifique Nord, des États-Unis, du Japon et de la Chine, mais également du Canada[3], un pays avec lequel la Corée du Sud partage les mêmes valeurs. Le document va plus loin et mentionne que le Canada est un « partenaire stratégique global » (Gouvernement du Canada, 2022) :

With Canada, a comprehensive strategic partner with common values, we seek increased cooperation on climate change response, economic security through stabilized supply chains, and a rules-based order based on our respective Indo-Pacific strategies.[4]

À ce propos, il faut souligner qu’en mai 2023, le Canada et la Corée du Sud ont décidé de faire passer les relations entre nos deux pays au niveau de Partenariat stratégique global, initiative qui a été complétée l’année suivante par un plan d’action (Affaires mondiales Canada, 2025), reposant sur les cinq piliers suivants:

  • Pilier 1: Défendre le système international fondé sur des règles, la démocratie, la liberté, les droits de la personne et l’égalité des genres
  • Pilier 2: Renforcer les partenariats sur la sécurité et la défense, y compris en ce qui concerne le maintien de la paix et la sécurité maritime
  • Pilier 3: Accroître la prospérité et la sécurité économique, coopérer en ce qui concerne les chaînes d’approvisionnement, les minéraux critiques et les sciences, les technologies et l’innovation, et promouvoir le commerce et l’investissement
  • Pilier 4: Agir à l’égard des changements climatiques et de l’environnement, soutenir la sécurité énergétique et développer des sources d’énergie durables
  • Pilier 5: Renforcer les partenariats dans les domaines de la santé et de la culture

À propos du Pilier 3, soulignons que le plan d’action a ceci à dire à propos de nos ambitions concernant les minéraux critiques: Développer des minéraux critiques avec des normes ESG (environnement, social et gouvernance) élevées et renforcer les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques pour nous positionner en tant qu’acteurs compétitifs sur la scène mondiale dans les technologies propres, notamment les batteries et les véhicules zéro émission.

La Stratégie sud-coréenne souligne que la Corée du Sud est un pays commerçant, comme le Canada, et qu’elle est profondément attachée au libre-échange:

We will promote free trade and address protectionism through the Regional Comprehensive Economic Partnership (RCEP) and by taking part in discussions on the Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership (CPTPP), as well as by concluding new trade agreements.[5]

Sur ce dernier point, rappelons que le Canada et la Corée du Sud ont conclu un accord de libre-échange (Gouvernement du Canada, 2014) le 22 septembre 2014, seul accord bilatéral de libre-échange entre un pays de l’Asie et le nôtre.[6] Même si le Canada et le Japon n’ont pas un accord bilatéral de libre-échange, les deux pays font partie de l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP).

Dans un intéressant article (La presse, 2023) du Consul général de la République de Corée à Montréal et représentant au conseil de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), monsieur Jaewan Lee, celui-ci note que quand les Québécois pensent à la Corée du Sud, ils pensent au K‑pop, au film Parasite ou à la série Squid Game. Et à l’inverse quand les Coréens pensent au Québec, ils pensent à l’émission Goblin: The Lonely and Great God, qui met en scène le Château Frontenac, série incroyablement populaire en Corée et dans les pays avoisinants, regardé par plus de 245 millions de téléspectateurs.

Donc, le Canada et la Corée du Sud ont des points en commun sur lesquels on peut bâtir: ce sont des pays du Pacifique; tant la Corée du Sud que le Canada sont des pays démocratiques, des puissances moyennes attachées à la règle de droit et aux droits humains et ils sont déjà liés par un accord de libre-échange. Ce n’est pas rien.

1.1. Les champs d’intérêt de la Corée du Sud

1.1.1. La science et la technologie

Sans fausse modestie, la Corée du Sud se qualifie de leader de premier plan en matière d’innovation scientifique et technologique:

As a global leader in science and technology innovation, the Republic of Korea will facilitate regional cooperation in critical domains of science and technology, including semiconductors, artificial intelligence, quantum science, advanced biology, next generation telecommunications and space, and help close the digital gap in the region.[7]

Et, en vue d’atteindre cet objectif, la Stratégie sud-coréenne indique que la Corée va s’engager dans des réseaux collaboratifs avec d’autres nations, dont le Canada (Gouvernement du Canada, 2016).

Le Canada et la Corée du Sud ont par ailleurs déjà conclu, fin 2016, un Accord de coopération en science, en technologie et en innovation (Gouvernement du Canada, 2015).

1.1.2. Les changements climatiques

Même si la Stratégie sud-coréenne ne mentionne pas explicitement le Canada sous ce chapitre, les stratégies des trois gouvernements concernés traitent abondamment de ce sujet. La Stratégie sud-coréenne dit d’ailleurs explicitement que « [w]ith Canada, a comprehensive strategic partner with common values, we seek increased cooperation on climate change response »[8]. La Stratégie consacre quelques paragraphes sur les sujets du changement climatique et de la sécurité énergétique. Et à ce titre il est bon de souligner qu’en décembre 2023 le Canada et la Corée du Sud ont signé un protocole d’entente sur la coopération en matière de changement climatique (Gouvernement du Canada, 2023b). L’Accord souligne que les deux pays se sont engagés à atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Et, dans le premier Bilan de mise en œuvre de la Stratégie canadienne (Gouvernement du Canada, 2024a), on peut lire que: « [l]e Canada et la République de Corée ont organisé le premier dialogue annuel des ambassadeurs du Canada et de la Corée sur les changements climatiques dans le cadre du Partenariat stratégique global Canada-Corée, en septembre 2023 ».

1.1.3. Le rôle des expatriés ou de la diaspora

Soucieux de collaborer avec d’autres pays de la région et de l’extérieur de la région, la Stratégie sud-coréenne souligne qu’il y a 7,3 millions d’expatriés sud-coréens dans le monde et qu’elle compte sur eux pour faire avancer la liberté, la paix et la prospérité dans l’Indo-Pacifique.

1.2. Le plan d’action sud-coréen pour un Indo-Pacifique libre, pacifique et prospère

C’est à la fin de 2022 que le gouvernement sud-coréen a publié la Stratégie que nous venons de résumer et c’est en décembre 2023 que ce même gouvernement a publié son plan d’action pour y donner effet (Government of the Republic of Korea, 2023). Comme le document l’indique, le gouvernement sud-coréen entend publier chaque année un rapport[9]. Et, en décembre 2023, le gouvernement a bel et bien publié un premier rapport, rapport que nous examinerons également.

Commençons par le plan d’action, lequel identifie neuf axes d’intervention principaux, notre traduction de « nine core lines of effort ». Parmi ces axes d’intervention, il y en a quatre qui méritent qu’on s’y attarde pour nos fins.

1.2.1. La construction de réseaux de sécurité économique[10]

Le plan d’action souligne que la Corée du Sud sera l’hôte de la rencontre de l’Asia-Pacific Economic Cooperation Forum qui se tiendra en novembre 2025 à Séoul, événement auquel le Premier ministre du Canada est censé participer avec plusieurs chefs de gouvernement d’autres pays, dont l’Australie, le Brunei, le Chili, la Chine, Hong Kong, l’Indonésie, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, la Papouasie Nouvelle-Guinée, le Pérou, les Philippines, la Russie, Singapour, Taïwan, la Thaïlande et le Viêt Nam.

1.2.2. Les minéraux critiques ou stratégiques

Le plan d’action souligne que la Corée du Sud et le Canada ont signé le 17 mai 2023 un protocole d’entente sur les minéraux critiques (Gouvernement du Canada, 2023). Le plan d’action indique que la Corée du Sud entend identifier et explorer des projets de collaboration avec notre pays sur ce sujet. Notons que le gouvernement fédéral a une Stratégie sur les minéraux critiques (Gouvernement du Canada, 2023), stratégie qui est complétée par un rapport annuel, le premier rapport annuel ayant été publié en 2024 (Gouvernement du Canada, 2024). Soulignons également que le gouvernement fédéral du Canada et le gouvernement de la Corée du Sud ont signé en 2023 un Protocole d’entente entre le ministère des Ressources naturelles du Canada et le ministère de l’Industrie du Canada et le ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Énergie de la République de Corée sur la coopération en matière de chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, de transition vers les énergies propres et de sécurité énergétique (Gouvernement du Canada, 2023).

La Stratégie québécoise ne mentionne pas la Corée du Sud en toutes lettres sur la question des minéraux critiques et stratégiques, mais sous le titre « Renforcer les liens du Québec avec les donneurs d’ordres, les grandes sociétés et les fonds d’investissement de la région Indo-Pacifique », on peut lire que le Québec a pour ambition d’attirer davantage d’investissement direct étranger chez nous dans des « secteurs clés tels que les minéraux critiques et stratégiques, l’hydrogène vert et les bioénergies, l’électrification des transports et les industries créatives »[11]. Clairement, cela devrait viser principalement le Japon et la Corée du Sud.

Dans le même ordre d’idées, le gouvernement sud-coréen indique qu’il est de son intention de participer activement dans des groupes consultatifs sur les minéraux critiques tels que le Mineral Security Partnership Organisation, organisme fondé à Toronto en 2022 à l’occasion du congrès annuel de la Prospectors and Developers Association of Canada.

1.2.3. Renforcer la coopération dans les domaines critiques de la science et de la technologie et combler la fracture numérique[12]

Le gouvernement sud-coréen énumère six domaines dans lesquels il entend augmenter sa coopération avec les pays de pointe, soit les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, la physique quantique, la biotechnologie avancée, les réseaux de télécommunication de la prochaine génération et l’espace.

À propos de l’intelligence artificielle, le plan d’action déclare que la Corée du Sud entend promouvoir la collaboration institutionnelle, l’échange d’experts et des projets de recherche conjoints dans le domaine et donne comme exemple un projet de recherche conjoint sur l’intelligence artificielle entre nos deux pays.

Dans le même sens, le plan d’action indique que le gouvernement sud-coréen entend explorer de nouveaux sujets de coopération bilatérale sous les auspices du comité conjoint de coopération scientifique et technologique Canada-Corée. La dernière réunion de ce comité a eu lieu à Banff en juin 2024 et à cette occasion, la Fondation nationale de recherche de Corée et Prima Québec ont signé une lettre d’intention (Prima Québec, 2025). Prima Québec[13] est un regroupement cherchant à développer l’expertise québécoise dans le secteur des matériaux avancés et l’entente avec le National Research Foundation (NRF) of Korea vise à développer et renforcer la recherche et la collaboration entre le Québec et la Corée du Sud grâce à la participation d’entreprises québécoises et coréennes.

1.2.4. Prendre une position de leadership dans la coopération régionale en matière de changement climatique et de sécurité énergétique

Parmi les initiatives du plan d’action, on en remarque une qui implique le Canada, le Défi mondial sur la tarification du carbone (Gouvernement du Canada, 2023) qui est piloté par notre pays et qui a été annoncé à la 26e conférence des parties à Glasgow, en 2021. La conférence des parties est l’organe suprême de la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques. Ce projet vise à créer un partenariat de champions de la tarification du carbone du monde entier d’en étendre l’utilisation de renforcer les systèmes existants et de soutenir les nouveaux. La Corée du Sud est l’un des pays partenaires de cette initiative.

1.2.5. Promouvoir la compréhension et les échanges mutuels[14]

Sous ce titre le plan d’action sud-coréen identifie comme objectif la promotion de l’Année des échanges culturels Canada-Corée 2024- (Patrimoine Canadien, 2024). Cette initiative a pour but de célébrer les réalisations artistiques, créatives, sportives et intellectuelles entre nos deux pays. Donnons comme exemple l’exposition d’art médiatique Futur Voyage: Le temps de l’adaptation, un partenariat entre le consulat général de la Corée du Sud et la Société des arts technologiques. Cette exposition a présenté les œuvres d’une douzaine d’artistes coréens et canadiens à Montréal en 2023.

1.3. Le rapport annuel pour 2023 sur la stratégie Indo-Pacifique de la Corée du Sud[15]

Ce document porte essentiellement sur les enjeux sécuritaires de la Corée du Sud et les initiatives déployées à ces fins en 2023.

Quant aux autres enjeux, économique ou culturel, on fait état des initiatives de collaboration avec le Canada, notamment sur les minéraux critiques et la transition énergétique.

2. La Stratégie canadienne pour l’Indo-Pacifique. Bilan de la mise en œuvre 2022-2023.

Nous venons de voir ce qui intéresse les Sud-Coréens chez nous sur le plan économique, voyons maintenant ce que nous disons de la Corée du Sud en commençant par la Stratégie Indo-Pacifique du Canada.

Notons d’abord que la Stratégie canadienne mentionne la Corée du Sud à 14 reprises et qu’elle y consacre cinq paragraphes spécifiques. C’est donc dire que nous nous intéressons beaucoup plus à la Corée du Sud que celle-ci s’intéresse à nous!

Au Pacifique Nord, la Corée du Sud est le pays où les choses vont bien. Soulignons que le Gouvernement du Canada a publié en 2024 un bilan de la mise en œuvre 2022-2023 de la Stratégie canadienne (Gouvernement du Canada, 2024), bilan que nous examinerons maintenant.

La Stratégie canadienne identifie plusieurs domaines de collaboration entre nos deux pays, notamment dans les « domaines de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité, des infrastructures et des exportations énergétiques, des chaînes d’approvisionnement des minéraux critiques et des batteries de véhicules électriques, de l’agriculture et de l’agroalimentaire, ainsi que des infrastructures des corridors commerciaux ».[16]

Il y a encore des choses à faire sur le plan diplomatique entre la Corée du Sud et le Canada: la Stratégie envisage en effet qu’il y a lieu de commencer un dialogue de haut niveau sur la sécurité économique dans le cadre du partenariat stratégique global précédemment mentionné de même qu’il y a lieu d’établir un nouveau dialogue entre nos deux pays.

Mentionnons pour placer les choses dans leur contexte que le Japon est aussi un partenaire important du Canada dans le Pacifique Nord, le seul pays de l’Indo-Pacifique qui est également un partenaire du Canada au sein du G7. Le Canada et le Japon ne sont pas liés par un accord de libre-échange bilatéral, mais ils font tous deux partie de l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP).

Il y a à peu près 240 000 personnes dans la diaspora coréenne au Canada; ceux-ci se trouvent principalement en Ontario, en Colombie-Britannique et en Alberta. Au Québec, on compte à peu près 10 300 Coréens.

3. La stratégie québécoise

La Stratégie québécoise porte un titre révélateur sur son objet: « Cap sur la relance: Des ambitions pour le Québec – Stratégie territoriale pour l’Indo-Pacifique ». Comme l’indique la vice-première ministre Geneviève Guilbault dans le mot de la Ministre, la politique internationale du Québec met explicitement l’accent sur la dimension économique et la Stratégie québécoise s’inscrit dans cette vision des choses.

La Stratégie québécoise compte 21 mentions de la Corée du Sud et puisque cette stratégie se veut une pierre d’assise du « virage économique de la diplomatie québécoise », il faut bien admettre que la Corée du Sud est un pilier central de cette entreprise.

La Stratégie québécoise reconnaît que le centre de gravité économique et géopolitique mondial s’est déplacé en Asie-Pacifique et que le Japon et la Corée du Sud sont des investisseurs internationaux de premier plan.

La Stratégie note aussi que la Corée du Sud, le Japon et Singapour sont parmi les pays qui détiennent le plus grand nombre de chercheurs par million d’habitants au monde.

Le Bilan des activités stratégiques 2023-2024 de la Délégation du Québec à Séoul (Gouvernement du Québec, 2024) souligne que le Bureau du Québec à Séoul a: « participé au Salon international de l’éducation et de l’émigration 2023 afin d’y promouvoir le Québec comme destination de choix. »

La Stratégie fait état du fait que le Québec à un réseau de représentations dans la région, dont un en Corée du Sud depuis 1991. On y lit également que le mandat du bureau de Québec à Hong Kong vise à promouvoir l’immigration au Québec depuis les pays de l’Indo-Pacifique. Dans cette même perspective, la Stratégie note avec réalisme que le Québec est peu connu au sein des pays de l’Indo-Pacifique et que le Québec est en compétition sur ce vaste territoire avec d’autres provinces canadiennes qui peuvent compter sur les relais que constitue une large diaspora.

Cela dit, la Stratégie note avec justesse que l’outil que constitue l’Accord de libre-échange Canada-Corée en fait un marché qui n’est pas moins accessible qu’un autre.

Revenant sur les intérêts du Québec en Indo-Pacifique, la Stratégie note que les intérêts du Québec dans cette région sont d’abord économiques et la diversification des marchés pour les exportations internationales du Québec – qui sont encore fortement concentrés vers les États-Unis – passe notamment par la création d’une relation commerciale plus solide et plus soutenue avec les partenaires asiatiques de longue date, tels le Japon, la Chine et la Corée du Sud, mais également par le développement de relations avec des pays aux économies émergentes, dont l’Inde, l’Indonésie et le Vietnam, ou encore peu explorées par les entreprises québécoises, comme l’Australie et Singapour. Notons ce mot, diversification, mot qu’on est destiné à entendre plus souvent en 2025.

La Stratégie aborde à nouveau le thème de la diversification des mandats d’exportation du Québec quand elle fait état des tensions diplomatiques entre la Chine et notre pays.

Que faire donc? La Stratégie note qu’il faut maximiser les retombées de l’Accord de libre-échange Canada-Corée par un accompagnement personnalisé des entreprises afin d’analyser les stratégies d’affaires à adopter selon les traitements tarifaires et non tarifaires applicables à leur secteur d’activité.

Dans un second axe d’intervention, la Stratégie souligne que l’Accord en sciences et technologie entre le Canada et la République de Corée est également un levier important à maximiser.

La Stratégie note qu’il y a lieu de réfléchir sur l’attraction et la rétention des meilleurs chercheurs et talents, via la promotion des occasions de carrière stimulantes en recherche universitaire ou en entreprises. Après avoir exprimé ce vœu, la Stratégie conclut que la Corée du Sud et l’Australie offrent des modèles intéressants dont le Québec pourrait s’inspirer.

À propos de l’axe d’intervention sur l’économie verte, la Stratégie note que la Corée du Sud, à l’instar du Québec, a emboîté le pas vers la carboneutralité et que le Québec souhaite attirer des investissements étrangers dans la filière des batteries, notant que le Japon, la Chine et la Corée du Sud représentent plus de 90% de la production mondiale des batteries au lithium.

Quant à l’axe d’intervention sur la main-d’œuvre et l’attraction des talents, la Stratégie note que les migrants de Corée du Sud ont un niveau d’éducation élevé et que le Québec a signé des ententes de sécurité sociale avec les pays de la région, dont la Corée du Sud, afin de favoriser la mobilité de la main-d’œuvre.

4. Les points de convergence et les actions à prioriser

Au final, il est facile de constater qu’il y a des points où les stratégies respectives de la Corée du Sud, du Canada et du Québec présentent des zones d’harmonie, ne serait-ce que dans les domaines de pointe comme l’intelligence artificielle, l’innovation, les sciences de la vie, l’aéronautique, l’électrification des transports, les matériaux avancés et la lutte contre les changements climatiques. Il ne faudrait pas non plus négliger les domaines comme l’agriculture, l’agroalimentaire, le tourisme, la culture et l’industrie des cosmétiques et de la beauté.

Conclusion

La Stratégie québécoise note que, comme on l’a vu, que l’Ontario, la Colombie-Britannique et l’Alberta ont une diaspora plus forte que chez nous. Voilà pour le diagnostic.

Ce qui manque par contre à la Stratégie québécoise c’est la réalisation que la clé du succès dans nos relations avec la Corée du Sud repose précisément dans l’existence d’une diaspora forte au Québec, et dans la reconnaissance du fait que des efforts considérables doivent être faits pour augmenter rapidement et considérablement le nombre de Sud-Coréens qui vont décider de s’installer au Québec. C’est la clé du succès et on ne peut que regretter que cela ne soit pas reconnu comme tel.

De plus, il faudrait informer encore plus nos gens d’affaires de l’existence de l’Accord de libre-échange Canada-Corée et des secteurs qui profitent d’un accès en franchise de droits en Corée du Sud.

Dans un document du gouvernement fédéral (Gouvernement du Canada, 2025), on cite parmi ces secteurs ceux-ci: les produits industriels (comme l’aérospatiale, les produits chimiques et plastiques, les technologies de l’information et de la communication, les instruments médicaux, les métaux et les minéraux ainsi que les textiles et les vêtements) les produits agricoles et agroalimentaires, les vins et spiritueux, le poisson et le fruit de mer ainsi que les produits forestiers et de bois a valeur ajoutée.

Terminons en empruntant un extrait de l’article d’Eric J. Ballbach (mentionné à la note de bas de page (Gouvernement du Québec, 2024)), où celui-ci suggère que la Corée du Sud et les pays de l’Union européenne collaborent pour élaborer ce qu’il appelle un Joint Factsheet, une fiche descriptive commune où l’on identifierait clairement les avenues de collaboration les plus prometteuses. Les autorités du Québec et de la Corée du Sud auraient avantage, suggérons-nous modestement, à participer à une telle initiative.

 

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[1]      Page 4 de la Stratégie canadienne.

[2]      Page 11 de la Stratégie sud-coréenne.

[3]      Page 14 de la Stratégie sud-coréenne.

[4]      Page 14 de la Stratégie sud-coréenne.

[5]      Page 34 de la Stratégie sud-coréenne.

[6]      Le Canada envisage de conclure un accord de libre-échange avec le Japon et l’Inde éventuellement.

[7]      Page 33 de la Stratégie sud-coréenne.

[8]      Page 14 de la Stratégie sud-coréenne. 

[9]      Page 4 de la Stratégie sud-coréenne.

[10]     Notre traduction de Core Line of Effort 5: « Build Economic Security Networks ».

[11]     Page 15 de la Stratégie québécoise.

[12]     Notre traduction de Core Line of Effort 6: « Strengthen Cooperation in Critical Domains of Science and Technology and Close the Digital Gap ».

[13]     Un acronyme pour Pôle de Recherche et d’Innovation en Matériaux Avancés du Québec.

[14]     Notre traduction de Core Line of Effort 9: « Promote Mutual Understanding and Exchanges »

[15]     Notre traduction du titre du document « 2023 Progress Report of the ROK’s Indo-Pacific Strategy ».

[16]     Page 11 de la Stratégie canadienne.

 

Genèse et grandes orientations de la politique indo-pacifique de la Corée

Regards géopolitiques 11(3), 2025

Narae Lee

Frédéric Lasserre

Narae Lee est doctorante en Études internationales. Son sujet de thèse porte sur l’analyse des politiques commerciales de la République de Corée dans un ordre mondial en mutation. Elle détient également un Master en science politique, spécialité Études africaines, de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, avec une bourse d’excellence Blaise Pascal, ainsi qu’un Master en relations internationales de la Sogang Graduate School of International Studies en Corée du Sud. Elle a travaillé comme chercheuse en affaires politiques à l’Ambassade de Corée au Maroc, été Volontaire des Nations Unies à l’UNFPA en Côte d’Ivoire, et a effectué un stage à la KOICA (Korea International Cooperation Agency) au Sénégal.

Frédéric Lasserre et titulaire de la Chaire en Études indo-pacifiques à l’Université Laval.

Résumé

La Corée du Sud cherche à diversifier ses échanges afin de renforcer son autonomie politique et d’accroître sa stabilité économique, dans un contexte de tensions entre la Chine et les États-Unis. Dans cette perspective, cet article analyse la genèse et les orientations possibles de la Stratégie Indo-pacifique coréenne, avec notamment sur la piste du développement dans la région arctique.

Mots-clés : Stratégie Indo-pacifique de la Corée, routes maritimes arctiques, perspective entre la Corée et le Canada, géoéconomie

Abstract

South Korea is seeking to diversify its trade in order to strengthen its political autonomy and enhance its economic stability amid growing tensions between China and the United States. In this context, this article analyzes the origins and potential directions of South Korea’s Indo-Pacific Strategy, with particular attention to developments in the Arctic region.

Keywords: Indo-Pacific Strategy of Korea, Northern Sea Route, Korea-Canada relations, Geoeconomics

Introduction

L’un des principaux objectifs de la politique diplomatique de la République de Corée (ci-après, la Corée) concerne les enjeux économiques et commerciaux : la promotion du commerce extérieur, le soutien aux entreprises coréennes sur les marchés internationaux, ou encore la recherche de nouvelles opportunités économiques. Pays au territoire relativement restreint[1] et presque dépourvu de ressources naturelles, la Corée a fondé son développement économique sur une politique axée sur les échanges extérieurs, en tirant parti de sa situation péninsulaire. Effectivement, sa politique commerciale peut être analysée dans le cadre d’une « géoéconomie », entendue comme la conduite de politiques étrangères à travers des instruments économiques (Tucker 2022). Avec l’essor de la Chine et son adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le commerce extérieur de la Corée a largement bénéficié du dynamisme économique de son voisin, rapidement devenu son principal partenaire commercial (Korgun I.A. 2020). Toutefois, cette vulnérabilité liée aux fluctuations du commerce extérieur place la Corée dans une position délicate entre la Chine et un autre partenaire diplomatique et économique majeur : les États-Unis. Logiquement, la diversification des échanges constitue un enjeu crucial de la politique diplomatique et commerciale de la Corée, visant à renforcer son autonomie politique et à accroître sa stabilité économique. Dans ce contexte, cet article analyse la genèse et les orientations possibles de la Stratégie Indo-pacifique coréenne dans cette logique de choix politiques, avec notamment la piste du développement dans la région arctique.

1. La genèse de la Stratégie Indo-pacifique de la Corée

La première Stratégie Indo-pacifique de la Corée a été annoncée en novembre 2022, lors du sommet entre la Corée et l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN). Cela marquait un rapprochement clair dans son choix stratégique de l’ancien président Yoon Suk Yeol, intervenant peu après son discours au sommet de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) le 30 juin. Lors de cette première activité diplomatique en tant que président, il a mis l’accent sur la défense des « valeurs universelles » (Shin 2022) et déclaré « la fin de la recherche de la prospérité économique basée sur les exportations vers la Chine [traduction libre] », à travers une déclaration du ministre de l’Économie et des Finances (Nam 2022). Cela représente un tournant assez radical dans l’orientation stratégique de la Corée, d’autant plus que le gouvernement précédent, sous la présidence de Moon Jae-in, s’était montré réticent à affirmer explicitement sa participation à la Stratégie Indo-pacifique, maintenant une forme « d’ambiguïté stratégique » entre la Chine et les États-Unis, malgré les tentatives de persuasion du président Trump (E. Kim 2023).

Avec l’arrivée au pouvoir du deuxième gouvernement Trump aux États-Unis en janvier 2025 et la destitution de Yoon en avril 2025, il est particulièrement difficile d’avoir une vision précise concernant la Stratégie Indo-pacifique de la Corée. Dans ce contexte, le moment est particulièrement opportun pour revenir sur la genèse de la Stratégie Indo-pacifique coréenne en lien avec la compétition sino-américaine, afin de mieux anticiper son orientation future.

1.1. Administration Moon Jae-in (2017-2022)

En effet, la réticence du gouvernement Moon à participer à la Stratégie Indo-pacifique était liée aux expériences désastreuses concernant la réaction de la Chine, après les polémiques qui ont duré de 2014 à 2017 autour de l’installation du système de défense antimissiles américain Terminal High Altitude Area Defense (THAAD) en Corée du Sud. La Chine a exprimé plusieurs fois son opposition à l’installation du THAAD, le percevant comme une menace pour son territoire, et a finalement adopté des mesures commerciales et économiques (限韩令, Korea Limitation Order) en réponse à cette décision (Wabinski 2022). En conséquence, les entreprises coréennes présentes en Chine ont dû se retirer du marché chinois, et le secteur touristique a été fortement impacté, avec une diminution de 25 % des touristes chinois entre 2016 et 2017 seulement (Song 2020). Par ailleurs, la politique nord-coréenne de Séoul reste dépendante du bon vouloir de la Chine, même si la Russie semble depuis 2024 avoir développé des relations privilégiées avec Pyongyang. Or, le concept d’Indo-pacifique est perçu par la Chine comme une stratégie ouvertement dirigée contre elle : Séoul pourrait craindre les représailles de la Chine si la Corée s’alignait sur ce concept (Yeo 2020). Par conséquent, le gouvernement Moon a adopté une position d’ambiguïté stratégique concernant le choix entre la Chine et les États-Unis, tout en cherchant à diversifier ses partenaires commerciaux et diplomatiques afin de préserver son autonomie politique et économique. Cette approche s’est traduite par la mise en œuvre de la Nouvelle Politique du Sud (New Southern Policy, NSP) et de la Nouvelle Politique du Nord (New Northern Policy, NNP), incluant le Korean Peninsula Peace Process, qui visait à améliorer les relations avec la Corée du Nord.

En particulier, la NSP est une politique qui met en avant la relation diplomatique et économique avec l’ASEAN et l’Inde. Elle s’articule autour des « trois P » que sont les peuples, la prospérité et la paix, avec relativement peu de contenu quant aux enjeux militaires et de sécurité dans le volet Paix. La NSP de la Corée offrait peu de marges pour une coopération militaire accrue, car elle privilégiait les échanges économiques et socioculturels ainsi que la coopération dans des domaines militaires non traditionnels, de plus, elle n’avait pas l’intention de s’aligner sur l’objectif de la Stratégie Indo-pacifique américaine visant à contenir la Chine (Choi et al. 2020). En revanche, les deux stratégies présentaient plusieurs facteurs de coopération dans les domaines socioéconomiques. Elles constituaient surtout une opportunité pour la Corée de compenser la limite des ressources mobilisées, comparée à la Chine ou au Japon, pour approfondir ses partenariats avec l’ASEAN et l’Inde dans la région (Choi et al. 2020). Par ailleurs, les États-Unis et la Corée ont décidé d’intensifier leur coopération régionale en vue d’harmoniser leurs efforts entre la Stratégie Indo-pacifique américaine et la NSP en 2019, lors du sommet de l’Asie de l’Est (East Asia Summit, EAS) à Bangkok (Office of the Spokesperson 2019). Cette politique a fourni à la Corée l’occasion de s’extraire du cadre contraignant de l’Asie de l’Est où ses initiatives demeurent fortement dépendantes des politiques chinoise et nord-coréenne de Washington. Elle conforte ainsi les ambitions de puissance moyenne que nourrit Séoul en lui offrant un espace diplomatique à investir en toute autonomie. Le renforcement des liens avec l’ASEAN et l’Inde, concrétisé par la signature de nombreux accords bilatéraux, pouvait être vu comme un succès personnel de cette stratégie d’évitement de la confrontation avec la Chine. Cependant, l’absence de prise de position officielle de la Corée par rapport au concept d’Indo-pacifique commençait à susciter un certain embarras chez plusieurs partenaires de la Corée, au fur et à mesure que le temps passait, que ce concept devenait la doxa officielle de Washington et qu’un nombre croissant d’État publiait leur Stratégie Indo-pacifique (E. Kim 2023).

1.2. Administration Yoon Suk-yeol (depuis 2022)

Depuis son entrée en fonction en mai 2022, l’ancien président Yoon a promis d’élargir l’alliance entre les États-Unis et la République de Corée, considérant l’établissement d’un lien avec la Stratégie Indo-pacifique des États-Unis comme l’un des piliers de ce projet. En effet, l’administration Yoon a abandonné la Nouvelle politique vers le Sud (NSP) pour élaborer une nouvelle Stratégie Indo-pacifique coréenne, visant notamment à établir des liens ultérieurs avec le Quadrilateral Security Dialogue (Quad) (D. Park 2022). Par ailleurs, les concepts mobilisés dans cette stratégie rappellent fortement le discours américain (Mobrand 2023). La nouvelle administration a publié dès le début de son mandat sa Stratégie Indo-pacifique dans laquelle figurent la nécessité de renforcer les liens avec Washington et de renforcer la primauté du droit, les normes internationales, les droits humains et la liberté – toutes idées proches du concept américain et japonais de Free and Open Indo-Pacific. Cet engagement a été plutôt bien accueilli par les partenaires de la Corée, notamment le Japon, qui s’est rapproché davantage à travers la coopération trilatérale entre les États-Unis, la Corée et le Japon (J.-Y. Lee et Lim 2023). Les pays de l’ASEAN, tels que le Vietnam ou l’Indonésie, jouent également un rôle de plus en plus important dans le commerce extérieur de la Corée et cherchent à maintenir un équilibre face à l’émergence de la Chine dans la région (Trinh et Huyen Ho 2024; Sambhi 2023).

Dans ce sens, le ministère des Affaires étrangères de la Corée met en avant trois mots-clés pour exprimer la vision de sa Stratégie Indo-pacifique : « liberté, paix et prospérité », avec pour objectif de faire de la Corée un « État pivot mondial » dans cette région (The Government of the Republic of Korea 2022).  Par rapport à la NSP, un seul mot-clé a été modifié : la « liberté », qui reflète une convergence avec la stratégie américaine. Pour atteindre ces objectifs, le gouvernement coréen a défini neuf axes stratégiques, regroupés autour de trois thèmes principaux : la sécurité, la gouvernance et la coopération. En particulier, la stratégie met un fort accent sur le concept de sécurité : quatre des neuf axes traitent explicitement du renforcement de la coopération en matière de sécurité dans divers domaines, notamment militaire, économique et énergétique (The Government of the Republic of Korea 2022)[2]. En parallèle, la stratégie accorde une grande importance aux règles et aux normes internationales, ainsi qu’à la coopération inclusive, en réitérant des expressions comme « partenaires partageant des valeurs communes » ou « like-minded partners » (The Government of the Republic of Korea 2022). Dans ce cadre, le document semble implicitement diviser les acteurs en deux catégories : « nous » et « les autres ». La Corée met en avant la sécurité collective dans la région et un partenariat inclusif, mais en insistant sur des règles et normes institutionnalisées qui unissent les pays partageant les mêmes valeurs. En revanche, la Corée définit la région Indo-pacifique de manière très étendue, englobant le Pacifique Nord, l’Asie du Sud-Est et l’ASEAN, l’Asie du Sud, l’Océanie, les côtes africaines bordant l’océan Indien, ainsi que l’Europe et l’Amérique latine (The Government of the Republic of Korea 2022). Notamment, la Chine est mentionnée dans la stratégie du Pacifique Nord comme un « partenaire clé pour atteindre la prospérité et la paix dans la région Indo-pacifique [traduction libre] » (The Government of the Republic of Korea 2022). La Corée exprime son intention d’engager avec la Chine une relation « plus concrète et mature », fondée sur le respect mutuel, la réciprocité et guidée par les normes et règles internationales (The Government of the Republic of Korea 2022).

Si l’administration Yoon a publié une définition de sa position stratégique s’inscrivant dans la cadre du concept d’Indo-pacifique et a pris des mesures tangibles pour aligner plus étroitement sa stratégie régionale émergente sur celle des États-Unis, la problématique géostratégique globale de la Corée du Sud en Asie du Nord-Est reste inchangée. En raison de la proximité géographique de la Chine et de son importance géostratégique, notamment en ce qui concerne la dépendance économique de Séoul à l’égard de Pékin, la Chine demeure un facteur omniprésent et un grand défi pour le calcul stratégique de Séoul. Bien que l’administration Yoon se soit engagée à adopter une ligne plus dure à l’égard de la Chine, le pays ne dispose toujours pas d’une stratégie globale sur la manière de traiter avec ce voisin. De fait, l’expression de la stratégie coréenne demeure prudente : elle ne mentionne guère la Chine et ne la dépeint pas comme une source potentielle de risque : la stratégie « ne vise ni n’exclut aucun État » (The Government of the Republic of Korea 2022). De plus, le rapprochement très net de la Corée du Nord avec la Russie à l’été 2024, qui a semble-t-il été décidé sans l’aval de la Chine, vient compliquer la définition d’une politique claire envers Pyongyang.

2. Possibilité de la réorientation de la Stratégie Indo-pacifique coréenne

2.1. Routes maritimes arctiques en lien avec la Stratégie Indo-pacifique

Dans ce contexte, la destitution du président Yoon pourrait remettre en cause la volonté de son gouvernement de renforcer l’alignement stratégique avec les États-Unis dans la région. La Stratégie Indo-pacifique du gouvernement Yoon, fortement politisée – le nom du président y apparaît 121 fois -, pourrait ainsi faire l’objet de profondes modifications en cas de changement de leadership. Certainement, la Stratégie Indo-pacifique comporte des enjeux géostratégiques majeurs pour la Corée, qui doit chercher à rééquilibrer ses relations commerciales afin de réduire l’influence de la Chine sur son économie. Dans ce contexte, la proposition de Lee Jae-myung, candidat présidentiel influent du Parti démocrate de Corée, portant sur le développement du port de Busan en lien avec l’essor potentiel des routes maritimes arctiques dû au changement climatique, pourrait entraîner des répercussions significatives sur la réorientation future de la Stratégie Indo-pacifique de la Corée (T.-g. Kim 2025b). Depuis qu’il a présenté cette initiative pour la première fois lors de son discours à l’Assemblée nationale en février 2025, Lee en a fait un axe majeur de sa campagne présidentielle, en concrétisant un projet structuré autour du développement des régions du Sud de la Corée. Celui-ci inclut l’adaptation portuaire de Busan aux nouvelles dynamiques maritimes induites par les changements climatiques, la connexion d’un réseau ferroviaire continental jusqu’à Busan, ainsi que la relocalisation du ministère des Océans et des Pêches dans cette région (J.-o. Park 2025; H. Kim 2025a).

En effet, les ports de Busan, au sud, et d’Incheon, à l’ouest, occupent une place stratégique dans la logistique de la Corée, dont l’économie dépend fortement du commerce extérieur. Les deux villes qui assurent la majorité du volume de fret traité par les infrastructures portuaires et aéroportuaires du pays, avec respectivement 75,0 % du trafic maritime pour le port de Busan et 94,8 % du fret aérien pour l’aéroport d’Incheon en 2020 (Y.-r. Lee et Kim 2022). Effectivement, Incheon joue un rôle logistique majeur dans la région de la capitale, grâce à la présence du plus grand aéroport international du pays et de son port, le plus proche de la Chine, principal partenaire commercial de la Corée. Busan, situé au sud du territoire national, se trouve à proximité du Japon et occupe une position stratégique en tant que port pivot vers le Pacifique. Par exemple, les partenaires commerciaux desservis par le port de Busan en 2021 étaient diversifiés : pour les exportations, les principaux destinataires étaient les États-Unis 20,8 %, la Chine 12,5 % et le Japon 7,7 % ; pour les importations, la Chine représentait 24,8 %, le Japon 17,8 % et les États-Unis 11 % (Y.-r. Lee et Kim 2022). En revanche, le principal partenaire commercial du port d’Incheon était la Chine, qui représentait plus de la moitié des échanges, tant pour les exportations (53,3 %) que pour les importations (51,8 %) (Y.-r. Lee et Kim 2022). Le port de Busan fonctionne comme un port de transbordement et un hub majeur en Corée et en Asie du Nord-Est. En 2021, il représentait 54,1 % du volume de transbordement de la Corée, traitant 75,6 % des conteneurs transbordés au niveau national (Département de la navigation et des ports de Busan 2024). Ce taux de transbordement atteignait même 96,7 %, ce qui permet au port de se classer au septième rang mondial en termes de volume de traitement des conteneurs en 2021 (Département de la navigation et des ports de Busan 2024). Dans ce sens, le plan de réaménagement des ports de Busan, en prévision du développement des routes maritimes arctiques, pourrait effectivement constituer une stratégie visant à positionner la Corée comme un hub logistique maritime dans la région, tout en diversifiant ses partenaires commerciaux à long terme.

2.2. Politique arctique de la Corée

En considérant la possibilité du développement des ports de Busan pour les routes maritimes arctiques dans le cadre de la Stratégie Indo-pacifique coréenne, il est pertinent de revenir sur la genèse des politiques arctiques de la Corée. En effet, l’intérêt de la Corée pour l’Arctique s’est développé relativement récemment, notamment depuis l’obtention du statut d’observateur permanent au Conseil de l’Arctique (CA) en 2013. Son engagement dans la région remonte toutefois aux années 1990, avec une première exploration de l’Arctique en 1991, et s’est principalement concentré, durant cette décennie, sur des activités de recherche scientifique (The Arctic Institute 2022). L’intérêt accru de la Corée pour les routes maritimes arctiques dans les années 2000 s’est traduit par la création du Korea Arctic Science Council en 2001, le lancement de recherches conjointes avec le Japon et la Chine dans les mers de Béring et de Chukchi, ainsi que l’établissement de la station de recherche nationale Dasan au Svalbard en 2002 (The Arctic Institute 2022). Avec l’obtention de son statut d’observateur en 2013, le gouvernement coréen a commencé à s’engager activement dans l’institutionnalisation de ses politiques sur l’Arctique, en structurant ses intérêts dans la région ainsi que les objectifs de ses activités. La même année, en décembre, le gouvernement coréen a adopté le premier Plan-cadre pour la politique arctique (북극정책 기본계획) (Korea Polar Research Institute 2017). Depuis, un deuxième plan-cadre a été établi en 2018, suivi de l’adoption de la loi sur la promotion des activités polaires (Polar Activity Promotion Act) en 2021. La même année, la Stratégie d’activités arctiques à l’horizon 2050 (2050 북극 활동 전략) a également été formulée. Par la suite, ces initiatives ont été intégrées dans le premier Plan-cadre pour la promotion des activités polaires 2023-2027 (제1차 극지활동 진흥 기본계획 2023-2027) en 2022, qui regroupe désormais les activités menées tant en Arctique qu’en Antarctique.

En particulier, la Corée met en avant ses intérêts économiques dans ses politiques arctiques, notamment en ce qui concerne le développement des routes maritimes, la logistique, la construction navale et les ressources, en particulier énergétiques (Bennett 2017; Heng et Freymann 2023). Elle a défini trois objectifs politiques et quatre axes stratégiques dans son premier Plan-cadre pour la politique arctique adopté en 2013, sous la vision d’un « pays leader des régions polaires ouvrant la voie vers un avenir durable dans l’Arctique [traduction libre] » (Conjointement avec les ministères concernés 2013). Les trois objectifs politiques sont la construction d’un partenariat arctique, le renforcement de la recherche scientifique et la création d’opportunités industrielles dans l’Arctique (Conjointement avec les ministères concernés 2013). Pour atteindre ces objectifs, quatre axes stratégiques ont été détaillés : le renforcement de la coopération internationale, tant au niveau des institutions publiques que privées, le développement de la recherche scientifique, la promotion des activités économiques dans la région arctique, et le renforcement institutionnel par l’adoption de lois et la création de centres d’information (Conjointement avec les ministères concernés 2013).  Ces grandes lignes directrices ont été maintenues dans les documents stratégiques ultérieurs, tels que le deuxième plan-cadre 2018–2022 et la Stratégie d’activités arctiques à l’horizon 2050.

Concernant les routes maritimes arctiques, le renforcement de la coopération avec la Russie a été envisagé, notamment par la signature d’un protocole d’accord pour le développement des infrastructures portuaires (Conjointement avec les ministères concernés 2013) et par l’élargissement des échanges avec les pays du Nord, comme la Russie, dans le cadre de la Nouvelle politique du Nord menée sous l’administration Moon, en vue de construire des réseaux logistiques continentaux pour l’énergie (Ministère des Océans et de la Pêche 2018). Cette coopération inclut également des stratégies visant à favoriser la présence des entreprises coréennes dans le secteur de la construction navale sur le marché russe (Ministère des Océans et de la Pêche 2018). En outre, l’entreprise coréenne Hyundai Glovis a effectué un voyage d’essai entre le port d’Ust-Luga, en Russie, et le port de Gwangyang, dans le sud de la Corée, en 2013 (Korea Polar Research Institute 2017), puis a entrepris, en 2017, son premier transport de cargaison entre l’Asie et l’Europe par la même route, empruntant la route maritime du Nord (Port Technology Team 2017). Également, la Corée a souligné la nécessité d’accroître les investissements dans le développement de technologies de navigation adaptées à la route arctique, ainsi que dans la construction de porte-conteneurs brise-glace dans son Plan-cadre récemment élaboré en 2022 (Conjointement avec les ministères concernés 2022). En revanche, l’intensification de la guerre en Ukraine, la participation de Séoul aux sanctions contre la Russie avec le rapprochement de Séoul avec l’OTAN sous l’administration Yoon rend la coopération avec la Russie difficile à envisager à moyen terme (Heng et Freymann 2023).

3. Perspectives en relation avec le Canada

Certainement, la coopération avec la Russie peut constituer une option optimale dans l’optique du développement des routes maritimes arctiques pour la Corée. Entre les routes transarctiques du passage Nord-Est et du Nord-Ouest, il est raisonnable de considérer que le passage Nord-Est de la Russie est plus attractif pour les pays asiatiques dans un avenir proche (Moe et Stokke 2019; Hilde 2023). En effet, même le Plan-cadre pour la promotion des activités polaires 2023-2027, le document le plus récent concernant les politiques arctiques du gouvernement coréen, demeure en grande partie centré sur le développement et l’actualité de la Russie en Arctique, bien que ces collaborations soient pratiquement impossibles depuis la guerre en Ukraine. Il est nécessaire de garder un œil sur cette option ; en revanche, la coopération future avec la Russie n’est pas la seule possibilité. La diversification des partenariats en Arctique, notamment avec des pays comme le Canada, pourrait s’avérer possible dans le cadre de la Stratégie Indo-pacifique de la Corée.

Comme la Corée met l’accent sur la sécurité dans sa Stratégie Indo-pacifique actuelle, le contexte justifiant cette orientation est présenté dès la première partie du document. En présentant le contexte de sa Stratégie Indo-pacifique, le gouvernement coréen mise sur l’importance commerciale de la région et de ses routes maritimes, telles que le détroit d’Ormuz, l’océan Indien et le détroit de Malacca, dans un environnement sécuritaire incertain, notamment en mer de Chine méridionale, qui constitue la principale voie maritime pour le transport de ressources énergétiques, telles que le pétrole (64 %) et le gaz naturel (46 %) pour la Corée (The Government of the Republic of Korea 2022). Dans ce contexte, la Corée, en tant qu’« État commerçant ouvert », décide de contribuer à la stabilité et à la paix de la région Indo-pacifique sur la base d’un ordre régional inclusif (The Government of the Republic of Korea 2022). Alors que la Corée a précisé que sa stratégie « n’exclut ni ne vise aucun pays », la direction de celle-ci, centrée sur la sécurité et la promotion d’un « ordre régional » fondé sur le « renforcement de l’ordre international fondé sur des règles », notamment par la mention des différends en mer de Chine méridionale, peut être interprétée comme une prise de position délicate vis-à-vis de la Chine. Pour la Corée, contribuer à la sécurité régionale ne passe pas nécessairement par un engagement accru dans les différends entre autres États, d’autant plus que ses intérêts commerciaux sont étroitement liés à ses principaux partenaires commerciaux. Pour cette raison, la préparation au développement des routes maritimes arctiques, par l’amélioration des capacités portuaires dans le sud de la Corée, peut constituer une option pertinente pour diversifier à la fois ses routes commerciales et ses partenaires stratégiques, dans le cadre de la Stratégie Indo-pacifique de la Corée. En particulier, le renforcement de la coopération avec le Canada dans ce domaine, qui est à la fois un partenaire de la Stratégie Indo-pacifique et de l’Arctique, constitue une option intéressante et raisonnable pour la Corée.

Du côté du gouvernement canadien, son document stratégique intitulé « Cadre stratégique pour l’Arctique et le Nord », publié en 2019, décrit sa politique interne dans le but de renforcer le bien-être des populations arctiques, d’entretenir une relation favorable avec elles et d’assurer la sécurité de la région dans le contexte du changement climatique, tout en soulignant la souveraineté arctique du Canada (Government of Canada 2019). En revanche, la « Politique étrangère du Canada pour l’Arctique » en 2024 détaille leurs stratégies diplomatiques envers les acteurs importants pour atteindre leurs objectifs, en s’alignant ainsi avec le Cadre stratégique. De plus, le Japon et la Corée y sont décrits comme « des partenaires clés dans la région », qui partagent « les priorités » telles que la sécurité maritime, les sciences et la technologie, le commerce, le développement économique durable et les pêches (Government of Canada 2024). Un autre aspect important de ce document est qu’il désigne, à l’instar de la Stratégie Indo-pacifique du Canada, la Russie et la Chine comme des menaces dans l’Arctique (Government of Canada 2024). Dans ce contexte, les intérêts communs et le potentiel de coopération entre la Corée et le Canada dans l’Arctique pourraient ouvrir de nouvelles perspectives dans le cadre de la Stratégie Indo-pacifique coréenne à l’avenir. Les deux pays partagent des priorités dans des domaines tels que la recherche scientifique, le commerce, les pêches et même la construction navale. Toutefois, il serait difficile pour la Corée de prendre clairement position entre le Canada et les États-Unis sur la question de la souveraineté arctique canadienne, ou de s’impliquer davantage dans des initiatives visant à contenir la Chine ou la Russie dans le domaine sécuritaire.

Conclusion

En 2022, la Corée et le Canada ont rehaussé leur relation diplomatique au rang de partenariat stratégique global, en institutionnalisant un dialogue annuel et en renouvelant leur protocole d’entente sur la coopération dans les domaines du changement climatique, de la défense, ainsi que de la technologie et de l’innovation industrielles (Prime Minister of Canada 2022). En effet, il n’est pas difficile de comprendre que cette relation renouvelée vise à renforcer leur engagement commun, en cohérence avec les lignes directrices des Stratégies Indo-pacifiques des deux pays ; les cinq priorités communes de la déclaration conjointe et les domaines de coopération identifiés s’alignent avec ceux des deux documents stratégiques. Ainsi, la Stratégie Indo-pacifique est devenue un cadre institutionnel de référence dans les relations stratégiques, tant bilatérales que multilatérales, entre les pays engagés, comme c’est le cas entre la Corée et le Canada. Dans cette perspective, l’intégration de la coopération en Arctique entre les deux pays dans ce cadre stratégique présente de nombreux avantages, tant dans les domaines prioritaires identifiés par les deux parties que pour l’élargissement des possibilités de coopération mutuellement bénéfique.

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[1]   La superficie de la péninsule coréenne est de 223 404 ㎢, dont le territoire de la Corée du Sud est de 100 266 ㎢, celui de la Corée du Nord est de 123 138 ㎢. (Andrew Ivester, The National Atlas of Korea 2022 (Comprehensive edition), dir. Chul Sue Hwang et Jongnam Choi (Suwon : National Geography Information Institute, 2022), http://nationalatlas.ngii.go.kr/pages/page_2906.php (consulté le 25 février 2025))

[2] Axe 3 : lutte contre le terrorisme, Axe 4 : élargissement de la coopération globale en matière de sécurité, Axe 5 : construction de réseaux de sécurité économique, Axe 7 : coopération pour le changement climatique et la sécurité énergétique.

Éditorial

Regards géopolitiques v10 n4, publié en mars 2025

Une nouvelle ère

Dès le début de son second mandat, la président Trump a affiché un activisme remarquable. Il l’a souligné lui-même dans son adresse au Congrès, le 4 mars 2025 : « Ces six dernières semaines, j’ai signé près de 100 décrets présidentiels et pris plus de 400 mesures exécutives, un record destiné à restaurer le bon sens, la sûreté, l’optimisme et la richesse dans l’ensemble de notre merveilleux territoire. »

Il a répété qu’il souhaitait « reprendre le canal de Panama » et « obtenir » le Groenland, « d’une manière ou d’une autre », tandis qu’il mettait en œuvre les hausses de tarifs douaniers majeures envers le Canada, le Mexique et la Chine qu’il avait annoncées puis suspendues l’espace de quelques semaines. Face à l’Ukraine, la réception dans le Bureau ovale du président ukrainien V. Zelensky, le 28 février, a rapidement tourné à la diatribe fort peu protocolaire. Si certains y voient la marque d’un manque de manières, il pourrait s’agir d’une manœuvre délibérée permettant de faire porter l’odieux de la poursuite de la guerre à l’Ukraine pour justifier la suspension de l’aide américaine. « Selon moi, il ne s’agissait pas d’une réaction spontanée aux interventions de Zelensky mais, manifestement, d’une escalade provoquée lors de cette rencontre dans le bureau ovale » estimait le chancelier allemand Friedrich Merz.

Au Canada, la sidération face à l’attitude nouvelle des États-Unis se dissipe, douloureusement. Le premier ministre Trudeau estimait ainsi que « Ce n’est pas très clair ce qu’il veut… La seule clarté, c’est qu’il a dit à de multiples reprises que son but, c’est de faire écrouler l’économie canadienne pour ensuite pouvoir parler d’annexion ». Les membres de l’administration américaine, et pas seulement Trump, ne cessent de parler du Canada comme du futur 51e État de l’Union, en témoigne la récente visite de la Secrétaire à l’Intérieur Kristi Noem à la bibliothèque binationale Haskell de Stanstead, traversée par la frontière. Mme Noem s’est plu à sauter d’un côté et de l’autre de la frontière symbolique peinte au sol en disant à la blague : « USA number 1 » du côté américain, et « 51st State » du côté canadien. « Tout le monde parmi eux trouvait ça tellement drôle. Mais c’est un manque de respect total. », a expliqué Sylvie Boudreau, présidente du conseil d’administration de la fondation qui chapeaute la bibliothèque.

Les États-Unis prendront aussi le Groenland. « one way or another, we’re going to get it. », a souligné le président pendant son allocution au Congrès le 4 mars. Avec des gestes politiques brusques, voire brutaux, en coupant tout le programme d’US Aid, en maniant l’arme des tarifs sans justification claire et en contradiction avec les règles de l’OMC que pourtant les États-Unis ont contribué à rédiger, Washington est en train d’éroder à grande vitesse son pouvoir d’influence symbolique (soft power). La Chine pourrait assurément, en défendant le principe du multilatéralisme économique et des règles commerciales, en tirer son épingle du jeu sur le plan politique. Quant à M. Trump, il n’est pas certain que cette érosion du capital de sympathie pour les États-Unis le préoccupe.

La tension s’est transposée sur la scène sportive. Avant la finale de la Confrontation des Quatre Nations, qui opposait le Canada aux États-Unis, Trump s’est fendu d’un message: « Je vais téléphoner ce matin à notre excellente équipe américaine de hockey pour encourager les joueurs gagner contre le Canada qui, un jour, deviendra notre bien-aimé et très important 51ᵉ État ». Après la victoire du Canada 3-2, Justin Trudeau a répliqué « Vous ne pouvez pas prendre notre pays, et vous ne pouvez pas prendre notre sport. »

Photo Charles Krupa/AP

Frédéric Lasserre

Charting New Waters: the Canada-Taiwan Relationship under the Scheme of the Indo-Pacific Strategy

RG, vol10 n3, 2024

Chih-shian LIOU

Professeure, College of International Affairs
National Chengchi University, Taipei
cliou@nccu.edu.tw

Résumé: En décembre 2023, le Canada et Taïwan ont signé l’Accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers (APIE), marquant un changement important dans leurs relations bilatérales et offrant de nouvelles possibilités de collaboration économique. Cet accord, qui s’inscrit dans le contexte de l’adhésion du Canada à la politique d’une seule Chine, représente un réalignement stratégique dans la région indo-pacifique. L’accord soutient également la candidature de Taïwan à l’accord global et progressif pour le partenariat transpacifique (CPTPP), bien que les intérêts concurrents de la Chine compliquent cette candidature. En outre, les récents changements politiques à Taïwan et les paysages politiques intérieurs plus larges de divers pays de la région indo-pacifique rendent encore plus complexe la mise en œuvre des stratégies géopolitiques, car ces dynamiques internes influencent considérablement la politique étrangère et l’engagement régional de chaque pays.

Mots-clés : relations Canada-Taiwan, Foreign Investment Promotion and Protection Agreement (FIPA), Stratégie Indo-Pacifique, Accord global et progressif pour le partenariat transpacifique.

Summary: In December 2023, Canada and Taiwan signed the Foreign Investment Promotion and Protection Agreement (FIPA), marking a significant shift in their bilateral relations and offering new opportunities for economic collaboration. This agreement, set against the backdrop of Canada’s adherence to the One China Policy, represents a strategic realignment within the Indo-Pacific region. The agreement also supports Taiwan’s bid for membership in the Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership (CPTPP), though China’s competing interests complicate this bid. Additionally, recent political changes in Taiwan and various Indo-Pacific countries’ broader domestic political landscapes add further complexity to implementing geopolitical strategies, as these internal dynamics significantly influence each country’s foreign policy and regional engagement.

Keywords: Canada-Taiwan relations, Foreign Investment Promotion and Protection Agreement (FIPA), Indo-Pacific Strategy, Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership (CPTPP).

Introduction

In December 2023, Canada and Taiwan reached a significant bilateral relationship milestone by signing the Foreign Investment Promotion and Protection Agreement (FIPA). This landmark agreement underscores a notable shift in the dynamics between Canada and Taiwan, offering a new avenue for collaboration and cooperation in the realm of investment and economic ties. However, amidst the backdrop of the enduring One China Policy (OCP) shaping Canada’s official diplomatic stance, the implications of this agreement extend far beyond mere economic considerations. The FIPA between Canada and Taiwan signifies more than just a bilateral economic partnership. It represents a strategic recalibration of their relationship amidst evolving global dynamics, particularly within the Indo-Pacific region. How it evolves in the near future depends on how both governments navigate geopolitical landscapes and their domestic public opinions.

The bilateral FIPA marks the first agreement resulting from the Canadian government’s updated model of the Investment Canada Act (ICA) in 2021 (Executive Yuan, Republic of China 2023). Concurrently, with the newly established Taipei Economic and Cultural Office (TECO) in Montreal in the same year, the fourth official office of its kind after three decades, Canada’s de facto recognition of Taiwan occurred despite the prevailing OCP (Asia Pacific Foundation of Canada 2023). This significant development holds promising implications for Canada’s Indo-Pacific Strategy, particularly in bolstering supply chains and fostering strategic coherence. By formalizing economic ties with Taiwan, Canada not only strengthens its position within the Indo-Pacific region but also contributes to broader efforts to enhance economic integration and stability.

Furthermore, this milestone paves the way for Taiwan’s potential accession to the Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership (CPTPP). As Canada and Taiwan deepen their economic partnership through the bilateral FIPA, Taiwan’s participation in the CPTPP gains momentum, offering mutual benefits and reinforcing the region’s commitment to free trade and multilateralism (Hopewell 2023). Nevertheless, while the bilateral FIPA serves as a significant stepping stone toward Taiwan’s accession to CPTPP, it is imperative to consider the complexities arising from the rival bids for CPTPP membership between China and Taiwan, especially under the framework of the One-China Policy.[1]

The competing claims to CPTPP membership present a tangible challenge for the Canadian government as it assumes the chairmanship of the CPTPP in 2024. With Canada assuming the leadership role within the CPTPP, Taiwan anticipated increased opportunities to advance its bid for membership and enhance its economic integration with other member states. However, as the first couple of months of Canada’s chairmanship progressed, Taiwan encountered setbacks in its application process. The ongoing political tensions between Taiwan and China spilled over into discussions surrounding Taiwan’s CPTPP membership. Some member countries expressed concerns about potential repercussions from China if they openly endorsed Taiwan’s bid. Additionally, procedural challenges within the CPTPP framework complicated Taiwan’s path toward membership, which hardly passes the organization’s consensus-based decision-making process for the same reason.

However, this development should not come as a surprise. Taiwan’s bid for membership in the CPTPP is not solely an economic issue; it is deeply entwined with political considerations (He and Magcamit 2024). Merely pointing out that China’s socialist economic system and its mercantilist practices fall short of the high standards set by the CPTPP while Taiwan meets these standards is not sufficient to address the complexities of the situation. Balancing the interests of both Taiwan and China within the CPTPP framework requires a delicate diplomatic approach that acknowledges Taiwan’s economic significance while respecting the political sensitivities surrounding the One-China Policy. In other words, as Canada charts its course through this intricate geopolitical landscape, it must strive for practical solutions that uphold the tenets of free trade and multilateralism while acknowledging the geopolitical realities.

Meanwhile, Taiwan’s domestic political landscape adds another layer of complexity to this dynamic. Following eight years of governance by the pro-independence Democratic Progressive Party (DPP), the 2024 presidential election witnessed a significant shift in electoral dynamics. DPP presidential candidate Lai Ching-te secured victory with only 40.05% of the votes, marking the lowest percentage for a winning candidate since 2004. Furthermore, the DPP lost control of Taiwan’s legislative body, signaling a clear decline in its electoral support. This electoral setback serves as a wake-up call for the DPP, prompting reflection on its approach to cross-strait relations during its tenure.

At the same time, the China-friendly Kuomintang (the Nationalist Party, KMT) emerged as the largest party in the legislature, highlighting a resurgence of support for more conciliatory approaches toward China. The KMT’s emphasis on economic interaction and social exchanges with China resonated with voters, reflecting a growing desire for stability and pragmatism in cross-strait relations. KMT’s Vice Chairman, Mr. Hsia Li-yan, visited China in March, the 8th time in the past two years. Former President Ma Ying-jeou visited China and had a meeting with Xi Jinping in April. It is essential to note that the economic interdependencies between Taiwan and China play a significant role here. China, including Hong Kong, has historically been the largest destination for Taiwan’s exports despite a gradual decline in the proportion of exports directed toward China.[2] This economic relationship underscores the intricacies of cross-strait relations, where economic cooperation coexists with political tensions (Tsai 2017). In April 2024, 17 KMT legislative members visited China to « break the ice » with China. In return, China partially lifted the ban on its tourists to Taiwan, easing the travel restrictions for Fujian residents to visit Matsu Island, and opened its market access for Taiwan’s agriculture and fishery products. Moreover, recent public opinion polls in Taiwan indicate that over 50% of Taiwanese prefer maintaining the status quo in cross-strait relations, either indefinitely or for now and deciding at a later date.[3] For example, in 2023, the stance of “maintain status quo indefinitely” accounts for 33.2%, while the stance of “maintain status quo, decide at later date” accounts for 27.9%. This sentiment, coupled with the electoral outcomes, challenges the DPP’s previous strategy of comprehensive confrontation with China.

The recent political shifts in Taiwan carry significant implications for the Canada-Taiwan relationship, emphasizing the need for a nuanced understanding of Taiwan’s evolving priorities and diplomatic strategies. With Taiwan’s interests delicately balanced between maintaining economic ties and managing political tensions with China (Dittmer 2017), finding common ground between Canada and Taiwan has become more crucial than ever, particularly within the context of the Indo-Pacific Strategy. As the outgoing Tsai Ing-wen administration’s era of comprehensive confrontation with China draws to a close, there is an opportunity for both Canada and Taiwan to reassess their approach to China and explore avenues for constructive engagement that advance shared interests while mitigating potential risks.

Canada’s interests in the region are also influenced by its relationship with China, which has exhibited fluctuating dynamics over time, often characterized by periods of tension and confrontation (Paltiel 2018). Tension between Canada and China has been across various fronts, including trade, diplomacy, human rights, and security. Canada and China maintain robust economic ties, with bilateral trade reaching significant levels. However, tensions have arisen over market access, intellectual property rights, and trade imbalances. Negotiations on a bilateral free trade agreement have been ongoing but have faced challenges. Diplomatic relations between Canada and China have been strained, particularly following the arrest of Huawei executive Meng Wanzhou in Vancouver in December 2018 at the request of the United States. In response, China detained two Canadian citizens, Michael Kovrig and Michael Spavor, on allegations of espionage, widely seen as retaliation. This situation has led to a significant deterioration in diplomatic ties. Canada has raised concerns about human rights abuses in China, particularly regarding the treatment of ethnic minorities in Xinjiang, crackdowns on democracy in Hong Kong, and repression of political dissent. These issues have strained bilateral relations and led to public criticism from Canadian officials. Canada and China have differing perspectives on various security and geopolitical issues, including territorial disputes in the South China Sea, cybersecurity concerns, and Canada’s participation in the Five Eyes intelligence alliance with the United States, United Kingdom, Australia, and New Zealand. 

Looking ahead, all these interactions will be heavily debated in Canada’s forthcoming federal election in 2025. Depending on the outcome of the election and subsequent policy decisions, Canada’s interests in the region may be redefined, potentially influencing its approach to China and broader engagement in the Indo-Pacific region. In short, against the backdrop of negative interactions with China and mounting concerns reflected in domestic polls, Canada faces complex considerations in navigating its engagement with Taiwan. The gravity of these considerations underscores the need for careful analysis and strategic decision-making. Moreover, with the impending transition to a new U.S. administration following this year’s election, the geopolitical landscape in the Indo-Pacific region is poised for potential shifts, further shaping the strategic calculus for both Canada and Taiwan.

It is evident that the Indo-Pacific Strategy represents a dynamic and evolving framework. As the geopolitical landscape continues to evolve, so too does the strategy’s content and implementation, reshaped by the diverse domestic contexts of its member countries. Moving forward, the success of the Indo-Pacific Strategy will depend on the continued commitment and collaboration of its member countries, as well as their ability to navigate complex geopolitical dynamics and evolving domestic contexts.

References

Asia Pacific Foundation of Canada (2023). “Taiwan Opens de facto Consulate in Montreal, Its Fourth in Canada.” https://cast.asiapacific.ca/map/event/4405.

Dittmer, Lowell (2017). “Taiwan and the Waning Dream of Reunification.” In Lowell Dittmer, ed., Taiwan and China: Fitful Embrace. California: University of California Press.

Executive Yuan, Republic of China (2023). “Taiwan and Canada Complete Negotiation over a Foreign Investment Promotion and Protection Arrangement.” https://www.ey.gov.tw/otnen/D3BA0C3D9BF6E894/fee84307-8a2b-45b4-811e-1535de3bc025

He, Tian. and Michael Magcamit (2024). “The CPTPP, Cross-Strait Tensions, and Taiwan’s Recognition for Survival Strategy under the Democratic Progressive Party.” International Relations of the Asia-Pacific 24 (2): 217-252.

Hopewell, Kristen (2023). “Canada’s CPTPP Leadership in 2024: Managing the Rival   Accession Bids of China and Taiwan.” Canadian Global Affairs Institute. https://www.cgai.ca/canadas_cptpp_leadership_in_2024_managing_the_rival_accession_bids_of_china_and_taiwan .

Paltiel, Jeremy (2018). “Facing China: Canada between Fear and Hope.” International Journal 73(3): 343-363.

Tsai, Chung-min (2017). “The Nature and Trend of Taiwanese Investment in China (1991-2014): Business Orientation, Profit Seeking, and Depoliticization.” Dans Lowell Dittmer (dir.), Taiwan and China: Fitful Embrace. California: University of California Press.


[1] China formally applied to the CPTPP on September 16, 2021 and Taiwan submitted a request to join the CPTPP a week later on September 22.

[2] For official data on the export destinations of Republic of China, Taiwan, see: https://cuswebo.trade.gov.tw/FSCE3000C?table=FSCE3010F.

[3] According to National Chengchi University Election Study Center which has published the annual survey data on “Changes in the Unification-Independence Stances of Taiwanese” since 1994, there is an increasing support for cross-strait status quo, including “maintain status quo, decide at later date” and “maintain status quo indefinitely,” in recent years. For the survey data, see: https://esc.nccu.edu.tw/PageDoc/Detail?fid=7801&id=6963.

La définition des plateaux continentaux étendus en Arctique : le mythe de la course à l’appropriation

Regards géopolitiques, vol.9, n.2, 2023

Frédéric Lasserre

Anne Choquet-Sauvin

Camille Escudé

Frédéric Lasserre est directeur du CQEG et professeur au département de Géographie à l’Université Laval ; frederic.lasserre@ggr.ulaval.ca

Anne Choquet-Sauvin est enseignante chercheure en droit à l’UMR 6308 AMURE, Centre de droit et d’économie de la mer (Institut Universitaire Européen de la Mer- IUEM – Université de Bretagne Occidentale-UBO). Elle est aussi Présidente du Comité National Français des Recherches Arctiques et Antarctiques (CNFRAA). anne.choquet-sauvin@univ-brest.fr

Camille Escudé est docteure en Relations internationales de l’IEP de Paris et professeure agrégée de Géographie. Elle est directrice du Centre de Recherches Politiques de l’IEP Madagascar où elle enseigne également. Ses travaux portent sur les questions géopolitiques dans les régions arctiques et les océans, et elle s’intéresse en particulier aux questions de représentation politique et de définition des limites de la région.  camille.escude@sciencespo.fr

Résumé : Au cœur de l’océan Arctique, les revendications de plateaux continentaux étendus du Canada, du Danemark et de la Russie se chevauchent sur la dorsale de Lomonosov, chaîne de montagne sous-marine qui s’étend du nord du Groenland et de l’île canadienne d’Ellesmere, jusqu’à la côte sibérienne. Depuis longtemps, ces différends, souvent rapportés par les médias selon le seul prisme du conflit, suscitent commentaires et analyses. La guerre entre Russie et Ukraine depuis le mois de février 2022 et ses conséquences pourraient rendre le règlement de ces disputes plus complexe que par le passé.

Mots-clés : plateau continental étendu, Arctique, Canada, Russie, Danemark, dorsale de Lomonosov, dorsale de Mendeleïev.

Summary : In the heart of the Arctic Ocean, the extensive continental shelf claims of Canada, Denmark and Russia overlap on the Lomonosov Ridge, an undersea mountain range that stretches from northern Greenland and the Canadian island of Ellesmere to the Siberian coast. For a long time, these disputes, often reported by the media only through the prism of the conflict, have been the subject of comment and analysis. The war between Russia and Ukraine since February 2022 and its consequences could make the resolution of these disputes more complex than in the past.

Keywords : extended continental shelf, Arctic, Canada, Russia, Denmark, Lomonosov ridge, Mendeleyev ridge.

Au cœur de l’océan Arctique, les revendications de plateaux continentaux étendus du Canada, du Danemark et de la Russie se chevauchent sur la dorsale de Lomonosov, chaîne de montagne sous-marine qui s’étend du nord du Groenland et de l’île canadienne d’Ellesmere, jusqu’à la côte sibérienne. Depuis longtemps, ces différends, souvent rapportés par les médias selon le seul prisme du conflit, suscitent commentaires et analyses. La guerre entre Russie et Ukraine depuis le mois de février 2022 et ses conséquences pourraient rendre le règlement de ces disputes plus complexe que par le passé. De fait, comment interpréter les récentes revendications danoise, russe et canadienne ?

1.    Que sont les revendications sur les plateaux continentaux étendus ?

Les plateaux continentaux sont des espaces maritimes consacrés par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (Cnudm), signée en 1982 et entrée en vigueur en 1994. Ils prolongent les espaces maritimes du plateau continental, dans lesquels l’État côtier n’est pas pleinement souverain, mais détient des droits souverains sur l’exploitation des richesses naturelles des fonds marins. Le plateau continental se superpose

Fig. 1. Les différents espaces maritimes prévus par la CNUDM

Source : D’après Lasserre, F. (2019). La course à l’appropriation des plateaux continentaux arctiques, un mythe à déconstruire. Géoconfluences, https://tinyurl.com/GeoconfluencesPC

La définition de ces espaces maritimes, ZEE et plateau continental étendu, diffère fortement. Si la ZEE s’étend sur au plus 200 milles marins (environ 320 km) à partir des lignes de base[1], de manière purement géométrique, en revanche, le plateau continental étendu repose sur le possible prolongement physique de la plaque continentale au-delà de la limite des 200 milles. Il appartient ainsi à l’État côtier, dans un délai de 10 ans suivant sa ratification de la Cnudm[2], de déposer un dossier de demande d’extension auprès de la Commission des limites du plateau continental (CLPC)[3], agence des Nations Unies composée de 21 experts dans les domaines du droit, de la géologie, de la géophysique ou de l’hydrographie. L’État côtier doit y documenter cette extension physique du plateau continental sur la base de preuves géomorphologiques et géologiques. A cette fin, les États mettent sur pied des expéditions scientifiques pour effectuer des sondages, prélèvements, relevés morphologiques : ces informations visent à prouver l’extension de la masse continentale en mer et à déterminer sa limite.

Ces expéditions ont donné l’impression d’une hâte des États à découvrir les indices pour étayer leurs revendications, alimentant l’idée d’une course à l’appropriation des espaces maritimes en Arctique. Il n’en est rien : si course il y a bien eu, c’était une course contre la montre car les États doivent respecter ce délai de 10 ans pour pouvoir déposer leur revendication auprès de la CLPC. Face aux difficultés rencontrées par les États pour délimiter leur plateau continental, il a été néanmoins décidé de le prolonger et de retenir la date du 13 mai 2009 pour les États qui étaient parties à la Convention de Montego Bay avant le 13 mai 1999. Pour les autres, le délai de 10 ans court à partir de la date à laquelle ils ont adhéré à la Convention. Le droit à un plateau continental est cependant imprescriptible : ce n’est pas l’ordre des demandes qui hiérarchise l’accès aux espaces maritimes. La CLPC évalue toutes les revendications qui lui sont présentées puis statue, uniquement sur la base de la validité scientifique, sur la légitimité des revendications. La CLPC ne tranchera pas le litige qui pourrait naître de revendications se chevauchant : les frontières juridiques demeurent du ressort des États. Enfin, puisque l’ordre n’importe pas, un État peut soumettre une revendication longtemps après ses voisins, mais dans le respect des contraintes de temps liées à sa ratification de la Cnudm et malgré tout avoir droit à une part du plateau continental régional. Ainsi, les États-Unis, qui ne peuvent déposer de demande d’extension du plateau continental faute d’être État partie à la Cnudm (les États-Unis n’ont ni signé, ni ratifié la Convention) conservent malgré tout leur droit potentiel sur les formations géologiques en mer des Tchouktches, car ces droits sur un plateau continental étendu ne s’éteignent pas ou ne sont pas altérés par l’ordre du dépôt des demandes.

2.  Un mouvement d’accélération récent des revendications

A l’heure actuelle, tous les États arctiques ont déposé des revendications de plateau continental étendu, sauf les États-Unis (voir tableau 1). Dès 2001, la Russie a soumis un dossier à la CLPC qui demande cependant des précisions complémentaires. Moscou dépose un nouveau dossier en 2015, assez semblable à la revendication de 2001, puis a étendu considérablement l’espace revendiqué en 2021 (Fig.  2 et 3). La CLPC a émis un avis favorable à la revendication russe de 2021 le 6 février 2023 en rejetant toutefois l’inclusion de la dorsale de Gakkei dans le plateau continental étendu russe, ce que la Russie a entériné dès le 14 février 2023 en révisant partiellement sa demande (Fig. 4).

Islande Russie Norvège Canada Danemark États-Unis
Date de ratification effective de la CNDUM 21 juin 1985 12 mars 1997 24 juin 1996 7 déc. 2003 16 nov. 2004 Non ratifiée
Date butoir de soumission du dossier de demande d’extension 13 mai 2009 13 mai 2009 13 mai 2009 7 déc. 2013 16 nov. 2014
Dépôt des revendications 29 avril 2009 20 déc. 2001

Demande révisée, 3 août 2015

Demande arctique étendue, 31 mars 2021

Demande modifiée, 14 février 2023

27 nov. 2006 6 déc. 2013, partielle, Atlantique

23 mai 2019, partielle, Arctique

Demande arctique étendue, 19 déc. 2022

Soumissions partielles:

– Nord des Féroé, 29 avril 2009

– Sud du Groenland, 14 juin 2012

– Est du Groenland, 27 nov. 2013

– Nord du Groenland, 11 déc. 2014

Avis de la Commission Acceptée, 13 avril 2016 Demande de précisions, 14 juin 2002

Demande étendue acceptée sous réserve pour la dorsale de Gakkei, 6 février 2023

Acceptée, 27 nov. 2009 Revendication au nord des Féroé acceptée, 11 mars 2014

Tableau 1. État des revendications déposées auprès de la CLPC par les États arctiques, mars 2023

Source : compilation des auteurs, d’après UN Commission on the Limits of the Continental Shelf, Submissions, https://www.un.org/Depts/los/clcs_new/commission_submissions.htm et revue de presse.

Le Danemark a procédé par étapes, d’abord en 2009 au nord des îles Féroé, puis en 2012 au sud du Groenland, en 2013 à l’Est du Groenland puis au nord de l’île en 2014 (Fig. 5). En 2019, le Canada (dont la date limite de dépôt de revendication de 2013 était suspendue grâce au dépôt d’une demande partielle en Atlantique, en raison d’une tolérance de la CLPC) a lui aussi déposé une revendication étendue dans le bassin de l’océan Arctique (Fig. 6), modifiée en 2022 (Fig. 7) Seuls les États-Unis n’ont pas encore déposé de revendication, ne pouvant se prévaloir de l’article 76 puisqu’ils ne sont pas parties à la Convention faute de ratification.

Les revendications de trois États ont été acceptées : Norvège (2009), Islande (2016) puis Russie (2023) [1], ce qui pose assez directement la question des scénarios possibles pour l’avenir.

Fig. 2. Revendication modifiée de la Russie, 3 août 2015.

Source : F. Lasserre, données compilées par l’auteur.

Fig. 3. Revendication modifiée et étendue de la Russie, 31 mars 2021.

Source : F. Lasserre, données compilées par l’auteur.

Fig. 4. Revendication modifiée par la Russie le 14 février 2023 à la suite de la publication de l’avis de la CLPC le 6 février 2023

Source : F. Lasserre, données compilées par l’auteur.

Fig. 5. Revendications du Danemark, 2009-2014.

Source : F. Lasserre, données compilées par l’auteur.

Fig. 6. Revendications du Canada, 23 mai 2019.

Source : F. Lasserre, données compilées par l’auteur.

Fig. 7. Revendication étendue du Canada, 19 décembre 2022.

Source : F. Lasserre, données compilées par l’auteur.

Ces expéditions ont donné l’impression d’une hâte des États à découvrir les indices pour étayer leurs revendications, alimentant l’idée d’une course à l’appropriation des espaces maritimes en Arctique. Il n’en est rien : si course il y a bien eu, c’était une course contre la montre car les États doivent respecter ce délai de 10 ans pour pouvoir déposer leur revendication auprès de la CLPC. Face aux difficultés rencontrées par les États pour délimiter leur plateau continental, il a été néanmoins décidé de le prolonger et de retenir la date du 13 mai 2009 pour les États qui étaient parties à la Convention de Montego Bay avant le 13 mai 1999. Pour les autres, le délai de 10 ans court à partir de la date à laquelle ils ont adhéré à la Convention. Le droit à un plateau continental est cependant imprescriptible : ce n’est pas l’ordre des demandes qui hiérarchise l’accès aux espaces maritimes. La CLPC évalue toutes les revendications qui lui sont présentées puis statue, uniquement sur la base de la validité scientifique, sur la légitimité des revendications. La CLPC ne tranchera pas le litige qui pourrait naître de revendications se chevauchant : les frontières juridiques demeurent du ressort des États. Enfin, puisque l’ordre n’importe pas, un État peut soumettre une revendication longtemps après ses voisins, mais dans le respect des contraintes de temps liées à sa ratification de la Cnudm et malgré tout avoir droit à une part du plateau continental régional. Ainsi, les États-Unis, qui ne peuvent déposer de demande d’extension du plateau continental faute d’être État partie à la Cnudm (les États-Unis n’ont ni signé, ni ratifié la Convention) conservent malgré tout leur droit potentiel sur les formations géologiques en mer des Tchouktches, car ces droits sur un plateau continental étendu ne s’éteignent pas ou ne sont pas altérés par l’ordre du dépôt des demandes.

3.    Une certaine crispation politique ?

Contrairement à une idée souvent véhiculée par la presse, les revendications maritimes dans l’Arctique n’étaient pas l’objet de vives tensions ni ne débouchaient systématiquement sur des litiges, du moins jusqu’à tout récemment. Des négociations ont lieu et aboutissent parfois à des accords (Fig. 8 et 9), notamment en 1973 entre le Danemark et le Canada, en 1990 entre les États-Unis et l’URSS, en 2006 entre le Danemark et la Norvège, en 2010 entre la Russie et la Norvège, en 2019 entre le Danemark, la Norvège et l’Islande, ou encore en juin 2022 entre le Danemark et le Canada (règlement des litiges en mer de Lincoln, sur l’île de Hans et en mer du Labrador) (Pic et al, 2023). A ce jour, aucun État arctique ne s’est formellement objecté aux revendications d’autres États riverains, même après 2014 et l’annexion de la Crimée ou 2022 et l’invasion de l’Ukraine, et depuis la déclaration d’Ilulissat de 2008, les États coopèrent parfois activement, à tout le moins échangent des données et ne s’objectent pas aux revendications des tiers arctiques (Lasserre, 2019; Lasserre et al, 2021; Bartenstein et Gosselin, 2021). Le Canada a ainsi rappelé, dans sa soumission complémentaire de 2022, que le Canada et le Danemark, et le Canada et la Russie, étaient convenus suite à des accords bilatéraux, qu’ils ne s’opposeraient pas aux soumissions de l’autre partie (Gouvernement du Canada, 2022). Les États ont uniquement indiqué à la CLPC la possibilité de risques de chevauchement des plateaux. Ce consentement peut toutefois être modifié, en témoigne la décision du Pakistan de juillet 2020 de revenir sur son consentement implicite à la soumission indienne de 2009 (Pakistan Mission, 2020 ; Permanent Mission of India, 2021 ; Kunoy, 2023). L’idée d’une course à la guerre et à l’accroissement rapide des tensions dans l’espace arctique du fait des revendications sur ces espaces maritimes est donc largement exagérée, puisque des négociations ont lieu, que des accords sont conclus et aboutissent ainsi à de nombreuses limites négociées, et que les États riverains, malgré leurs différends, voire leur animosité depuis 2022, ne s’opposent pas frontalement.

Fig. 8. Revendications de plateaux continentaux étendus en Arctique, juin 2022.

Source : F. Lasserre, données compilées par l’auteur.

Fig. 9. Revendications de plateaux continentaux étendus en Arctique, avril 2023.

Source : F. Lasserre, données compilées par l’auteur.

Il est cependant exact que de nombreux différends subsistent, dont ceux qui portent sur la dorsale de Lomonosov, objet des revendications de la Russie, du Danemark et du Canada. Dès 2001, la Russie formulait une revendication qualifiée par plusieurs observateurs occidentaux de très étendue. Elle s’arrêtait cependant au pôle Nord selon une logique semblable à celle des secteurs polaires un temps prônée par l’URSS et le Canada, et aujourd’hui tombée en désuétude. En 2014, le Danemark a surpris nombre d’analystes en déposant une revendication englobant l’ensemble de la dorsale de Lomonosov, bien au-delà du pôle Nord et jusqu’à la limite de la ZEE russe, au large de la Sibérie. Le Canada a déposé une demande partielle ne portant que sur l’Atlantique, après semble-t-il la décision du Premier ministre Stephen Harper de retenir le dossier arctique qui ne s’étendait pas assez aux yeux du gouvernement et ne comprenait pas le pôle Nord (Chase, 2013; Destouches, 2013 ; Weber, 2014). Après révision du dossier, le Canada a présenté en mai 2019 une demande étendue, englobant le pôle Nord et une partie importante des dorsales de Lomonosov et Alpha Mendeleïev. La revendication présentait une limite rectiligne du côté eurasien du bassin océanique, comme si Ottawa avait voulu faire preuve de retenue dans sa revendication. La Russie, poursuivant en cela un accord implicite entre États arctiques, ne s’était pas objectée à la revendication canadienne (Permanent Mission of the Russian Federation to the UN, 2019).

En mars 2021, dans un contexte de dégradation continu des relations entre Moscou et les Occidentaux, la Russie a décidé d’étendre sa revendication jusqu’à la limite des ZEE canadiennes et danoises (Fig. 3), réponse possible du berger à la bergère.

Le 19 décembre 2022, dans un contexte politique considérablement altéré avec l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, le Canada a annoncé une extension significative de sa revendication de plateau continental étendu, portant celle-ci le long des dorsales de Lomonosov et d’Alpha-Mendeleïev jusqu’à la limite de la ZEE russe (fig. 7). Si en 2019 Ottawa avait choisi de modérer l’extension de sa revendication à travers le tracé d’un long segment droit limitant l’extension de l’espace maritime revendiqué, il semble qu’en décembre 2022 la retenue n’était plus de mise, aboutissant à la décision d’étendre la revendication canadienne jusqu’à la limite de la ZEE russe, imitant en cela le Danemark puis la Russie. L’évolution récente des revendications aboutit ainsi à un complexe chevauchement d’espaces maritimes revendiqués, laissant la portion congrue à la zone internationale.

Il est difficile de ne pas voir dans ces extensions, russe de 2021 et canadienne de 2022, des gestes davantage politiques que fondés sur l’évaluation géologique et géomorphologique des fonds marins… Il importe cependant de souligner que malgré ces chevauchements croissants et une apparence de politisation des décisions d’extension des revendications, aucun État ne s’est objecté aux revendications des autres parties en Arctique, reflet de l’engagement pris en 2008 par les cinq États côtiers, à travers la déclaration d’Ilulissat, de respecter les principes de la Cnudm et de négocier les limites maritimes de bonne foi (Commission sur les Limites du Plateau Continental, 2021).

Une autre explication a ainsi été avancée pour rendre compte de l’étendue des espaces revendiqués par le Danemark (2014), puis des extensions russe (2021) et canadienne (2022) : selon E. Antsygina, il est possible que des éléments d’appréciation des demandes de la part de la CLPC aient pu filtrer, laissant entendre que la dorsale de Lomonosov puisse être reconnue comme faisant géologiquement partie des plaques continentales eurasienne et nord-américaine – reconnaissance rendue publique en février 2023 dans le cas de la Russie. Que ce soit vérifié ou pas, il est possible que les États se soient préoccupé des futures négociations en cas de double validation du rattachement de la dorsale aux plaques eurasienne et nord-américaine. L’assiette des négociations porterait alors sur l’ensemble des espaces maritimes revendiqués – et validés par la CLPC – ainsi la Russie a-t-elle rapidement entérine la réserve formulée le 6 février 2023 par la CLPC à l’endroit de sa demande étendue de 2021, réserve quant à la nature de la dorsale de Gakkei qui a conduit Moscou à retirer sa revendication sur ladite dorsale en 8 jours.

L’idée aurait ainsi cheminé, à Copenhague comme à Moscou et Ottawa, qu’il était dans l’intérêt des États, non de modérer leurs revendications dès lors que prévalait le principe de la coopération et de l’absence d’obstruction au dépôt des revendications des tiers, mais au contraire de maximiser les espaces revendiqués comme levier de négociation et comme option pour obtenir un espace plus conséquent (Antsygina, 2022). Ce scénario accréditerait l’idée qu’une coopération minime mais tacite pourrait perdurer en Arctique malgré la suspension des mécanismes de coopération depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 (Koivurova et Shibata, 2023).

Dans la même veine, la recherche destinée à documenter les dossiers de revendication de plateaux continentaux étendus aboutit parfois à la collaboration entre États riverains, pourtant a priori rivaux. On a ainsi pu relever des campagnes conjointes Danemark-Canada en 2006 puis 2009, Canada-États-Unis en 2008 et 2009, Danemark et Russie en 2007 et 2009. Cette mutualisation des moyens permet de réduire les coûts très élevés des campagnes océanographiques arctiques, le seul coût quotidien de la mobilisation d’un brise-glace pouvant dépasser les 100 000 $ par jour. Par ailleurs, elle présente aussi l’avantage de réduire le risque de contestation politique des données scientifiques – en effet, comment remettre en cause la validité de données collectées ensemble ?

La Commission sur les Limites du Plateau Continental va donc se pencher, dans l’ordre des soumissions normalement, sur les revendications des États. A ce jour (mars 2023), la Commission a publié 36 avis sur 93 demandes, 57 sont donc encore en cours d’examen : on parle d’un délai de 10 à 15 ans avant que les revendications des trois États concernés ne soient examinées – mais des surprises peuvent arriver, comme l’avis favorable global de février 2023 de la CLPC en faveur des revendications russes, y compris l’extension de 2021, à la réserve près exprimée sur la dorsale de Gakkei et très rapidement acceptée par Moscou.

La Commission a donc largement accepté la revendication russe, non pour en formaliser les limites – elle ne trace pas de frontière – mais pour en valider les fondements géomorphologiques – la zone revendiquée présente un lien avec la plaque eurasienne. Il reste donc à voir quelle sera son avis concernant les revendications du Danemark et du Canada – la dorsale de Lomonosov serait-elle aussi le prolongement de la masse continentale nord-américaine, auquel cas elle constituerait un morceau de croûte continentale, étiré lors de l’ouverture du bassin de l’océan Arctique et reliant les deux masses continentales. En fonction de ces avis que prononcera la CLPC, ce sera à la charge des États de négocier les limites de leurs espaces maritimes respectifs. A défaut, il pourrait être fait appel à la Cour Internationale de Justice (ONU) qui a étudié différentes affaires de délimitation de plateaux continentaux, comme l’affaire du Plateau de la Mer du Nord (1969) [5].

Ce n’est donc pas l’effet d’une course à l’appropriation des espaces maritimes, sur la base du premier arrivé, premier servi, qui a poussé les États à déposer ces revendications, ni même les impacts des changements climatiques avec la fonte de la banquise, encore très épaisse et bien présente toute l’année au cœur de l’océan Arctique; mais bien un principe de prudence national lié à cette échéance de 10 ans : puisque l’État a droit à ce plateau continental étendu et qu’il ne sera plus possible de le revendiquer après ce délai de 10 années, alors autant aller de l’avant.

4.     Des ressorts économiques ?

Les États caressent cependant, bien entendu, l’espoir d’y trouver, un jour, des ressources, même si la probabilité d’y trouver des hydrocarbures est faible : les dépôts sédimentaires le long de la dorsale semblent limités. Hydrocarbures peut-être donc, ou plus probablement hydrates de méthane, ces dépôts de clathrates (réseau cristallin de glace d’eau emprisonnant des dépôts de gaz) qui se forment à très forte pression et basse température, ou encore nodules polymétalliques des grands fonds marins, ou minerais de la dorsale elle-même – faute de prospection, on ne parle que de possibilités, et donc certainement pas de gisements évalués. Pour les hydrates de méthane, la littérature évoquait un large éventail d’estimations, de 500-900 Gt à 10 000 Gt (Dyupina et van Amstel, 2013). Découverts pour la première fois précisément dans l’océan Arctique en 1868, en mer de Kara, les nodules polymétalliques arctiques ne sont même pas l’objet d’estimations spécifiques en Arctique. Plusieurs auteurs soulignent que des gisements semblent plus prometteurs en Atlantique et dans le Pacifique (Mizell et al, 2022). Leur exploitation, complexe par définition du fait des grandes profondeurs où ratisser ces nodules, serait par ailleurs plus ardue dans l’Arctique où les conditions de glace demeurent sévères au cœur de l’océan, malgré la fonte rapide de la banquise marginale en été et la disparition progressive de la banquise pluriannuelle, plus épaisse et plus dure. La tendance est au retrait rapide, en été, de la glace au large de la Sibérie et le long des côtes est et ouest du Groenland, mais la glace se maintient au cœur du bassin arctique à l’aplomb de la dorsale de Lomonosov (fig. 10).

Fig. 10. Étendue de la banquise à son minimum de septembre, 2022.

Source : NSIDC (2022), Arctic sea ice minimum ties for tenth lowest, Arctic Sea Ice News and Analysis, 22 sept., https://nsidc.org/arcticseaicenews/2022/09/

Conclusion

Le 13 octobre 2021, dans une communication conjointe intitulée « Un engagement renforcé de l’UE en faveur d’une région arctique plus verte, pacifique et prospère », le Haut représentant et la Commission européenne précisent que l’Union européenne va « faire pression pour que le pétrole, le charbon et le gaz restent dans le sol, y compris dans les régions arctiques, en s’appuyant sur des moratoires partiels sur l’exploration des hydrocarbures dans l’Arctique ». Il reste à voir dans quelle mesure cette déclaration d’intention qui traduit la volonté de l’UE d’énoncer des normes de gouvernance en Arctique (Gricius et Raspotnik, 2023), va orienter les efforts des États arctiques dans leur volonté d’explorer les espaces maritimes, sachant que la conjoncture économique est également un facteur déterminant : des cours élevés des matières premières sont cruciaux car l’exploration des grands fonds dans un milieu arctique suppose des coûts très élevés. Par ailleurs, quelle que soit l’abondance des ressources à découvrir dans les fonds marins arctiques, il est peu probable que les États renoncent à la possibilité d’étendre leur plateau continental, par simple opportunisme et principe de précaution – ne souhaitant pas renoncer à la possibilité que des générations futures puissent un jour possiblement y découvrir des ressources exploitables.

Après l’avis favorable de la CLPC au sujet de la revendication russe, l’évaluation des extensions danoises et canadiennes demeure en cours. Lorsque les recommandations seront rendues publiques, il demeure incertain si les relations entre Russie, Canada et Danemark, teintée par la guerre en Ukraine, permettront de négocier les limites des espaces maritimes respectifs.

Références

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[1] La ligne de base suit le tracé de la laisse de basse mer (au large de la côte) pour la ligne de base dite normale ; l’État peut aussi, en cas de côte très découpée ou en présence d’un chapelet d’îles, simplifier le tracé de celle-ci en traçant une série de lignes de base droites.

[2] Article 4 de l’Annexe II de la Convention de Montego Bay relative à la Commission des limites du plateau continental (Convention des Nations Unies sur le Droit de la mer, Annexe II – Commission des limites du plateau continental, 1982, https://jusmundi.com/fr/document/treaty/fr-annexe-ii-commission-des-limites-du-plateau-continental; Choquet, 2021).

[3] Site de la CLPC : https://www.un.org/Depts/los/clcs_new/clcs_home.htm

[4] Sauf pour la dorsale de Gakkel, que la Commission considère ne pas faire partie de la marge continentale au vu des éléments du dossier russe (CLPC, 2023, p.24).

[5] Cour Internationale de Justice, Arrêt du 20 février 1969, Affaire du Plateau continental de la mer du Nord (République fédérale d’Allemagne/Danemark), Recueil de la Cour Internationale de Justice, 1969.

Les politiques indo-pacifiques du Canada et du Québec : réflexions croisées

Regards géopolitiques vol.9, n.2, 2023

Frédéric Lasserre, Directeur du CQEG

Résumé : En novembre 2022, le Canada publiait sa Stratégie pour l’Indo-Pacifique. Cette stratégie suivait de quelques mois celle du Québec, publiée en en décembre 2021. Ces documents d’orientation politique suivent plusieurs documents similaires publiés par le Japon, l’Australie, les États-Unis, la France ou le Royaume-Uni, dans un contexte international de changement des paradigmes réflexifs pour aborder les relations régionales et internationales en Asie. Quels sont les principaux éléments mis de l’avant dans ces stratégies ?  Proposent-elles des lectures et des approches convergentes envers la région indo-pacifique ?

Mots-clés : Indo-Pacifique, stratégie, Canada, Québec, Chine, Japon, Inde.

Summary : In November 2022, Canada published its Indo-Pacific Strategy. This strategy followed by a few months a similar document from Quebec, published in December 2021. These policy documents follow several similar documents published by Japan, Australia, the United States, France or the United Kingdom, in an international context of changing reflexive paradigms for addressing regional and international relations in Asia. What are the main elements put forward in these strategies?  Do they propose convergent readings and approaches for the Indo-Pacific region?

Keywords : Indo-Pacific, strategy, Canada, Quebec, China, Japan, India

En novembre 2022, le Canada publiait sa Stratégie pour l’Indo-Pacifique (Gouvernement du Canada, 2022). Cette stratégie suivait de quelques mois celle du Québec, publiée en en décembre 2021 (Gouvernement du Québec, 2021). Ces documents d’orientation politique suivent plusieurs documents similaires publiés par le Japon, l’Australie, les États-Unis, la France ou le Royaume-Uni, pour n’en citer que quelques-uns, dans un contexte international de changement des paradigmes réflexifs pour aborder les relations régionales et internationales en Asie (Nagao, 2019; Berkofsky et Miracola, 2019). Lancé en 2007 par le premier ministre japonais Shinzo Abe, le concept d’Indo-Pacfique, pendant longtemps peu relayé, connait depuis quelques années un engouement marqué. Il ne s’agira pas ici de considérer les raisons de cet intérêt – ou de cet effet de mode – mais plutôt de s’interroger sur les caractéristiques des stratégies indo-pacifiques du Canada et du Québec. Quelles en sont les principales idées, alors que se singularisent deux grandes orientations dans la plupart des stratégies indo-pacifiques publiées à ce jour : la plupart accordent une place très importante à la Chine, dont l’ascension économique et politique bouscule les intérêts de nombreux États, voire les inquiète dans ce qu’Isabelle St-Mézard qualifie d’anxiété géopolitique (Saint-Mézard, 2023) ; en réaction, toutes oscillent entre des positions visant à contrer la Chine et son ascension, ou au contraire à maintenir un espace régional inclusif afin de ménager le dialogue avec Beijing (Martin 2019; Heiduk et Wacker, 2020; Goin, 2021).

1. La notion de paradiplomatie

Cette comparaison des stratégies indo-pacifiques du Canada et du Québec pourrait prêter le flanc à l’argument que le Québec n’est pas un État souverain, et que donc il ne peut ni définir de stratégie diplomatique, ni être pertinent dans une analyse de stratégies définies par des États indépendants. Formellement, cela est exact, mais très réducteur. Un champ important des sciences politiques et des relations internationales étudie depuis plusieurs années ce que l’on appelle la paradiplomatie, soit l’action internationale d’entités politiques de rang 2, à savoir des États fédérés ou des administrations qui se sont dotés d’outils de relations internationales. On oublie ainsi qu’au sein de la très jacobine et centralisatrice République française, les collectivités d’outre-mer du Pacifique, Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna et Polynésie, ont constitutionnellement la latitude de développer des relations autonomes avec des gouvernements étrangers tant que cela n’interfère pas avec la défense ou les douanes.

Le Canada est un État fédéral, dans lequel les administrations de rang 2 (les provinces) sont juridiquement des États. Dans le cadre de la Révolution tranquille, mouvement socio-politique majeur qui a bouleversé la société québécoise des années 1960, la volonté d’affirmation de l’autonomie du Québec s’est notamment traduite par un souci d’affirmation à l’étranger également, même si les affaires étrangères sont de compétence fédérale. Dès 1961, le Québec inaugure à Paris une Délégation générale, première d’une série de plusieurs qui structure aujourd’hui le réseau des représentations politiques du Québec à l’étranger. Depuis 1965, la doctrine Gérin-Lajoie est le fondement de la politique internationale du Québec ; elle affirme que la souveraineté d’une province canadienne dans ses champs de compétence devrait s’appliquer également dans ses relations internationales. Tous les partis politiques au Québec, souverainistes comme fédéralistes, ont poursuivi cette politique, que le gouvernement canadien tolère.

Panayotis Soldatos a défini la paradiplomatie comme « la poursuite directe, à des degrés variables, d’activités internationales de la part d’un État fédéré » (Soldatos, 1990). Le concept est largement répandu aujourd’hui (Paquin, 2004) et appliqué à des États quasi-fédéraux également. Ce concept demeure à géométrie variable : tous les États fédérés ne mènent pas forcément une action internationale/politique étrangère. On observe également une diversité de l’engagement de l’État dans sa paradiplomatie, entre Québec, Écosse, Flandre, Catalogne, Groenland… Le Québec n’est pas souverain et ne définit donc pas de politique étrangère pleine et entière – donc son action ne couvre pas tous les domaines : c’est à garder à l’esprit dans la comparaison des cadres politiques du Québec et du Canada.

2. La politique indo-pacifique du Canada

La stratégie canadienne définit l’Indo-Pacifique comme l’Asie orientale, l’Asie du Sud-est, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, les 14 pays insulaires du Pacifique, le sous-continent indien et les Maldives. Les Seychelles, l’Asie centrale, la Russie d’Asie, le Moyen-Orient en sont ainsi exclus. La pertinence de ce régionyme nouveau d’Indo-Pacifique n’est pas justifiée ; le document explique cependant que la région ainsi définie représente une part importante de l’économie mondiale, la moitié en 2040. C’est une région qui connait globalement une grande vitalité démographique mais aussi économique. C’est une région qui suscite des « défis stratégiques » majeurs, essentiellement du fait de l’ascension de la Chine; une région qui implique le Canada de par sa façade Pacifique, et qu’il importe d’engager dans la voie du développement durable « si nous voulons relever les grands défis mondiaux », dont « la lutte contre les changements climatiques » et le développement durable (p.3).

La politique vise donc à approfondir les partenariats régionaux, pour promouvoir la paix, le développement durable, les échanges commerciaux et les investissements. Le Canada « entretient des relations étroites avec ses partenaires et amis », mais « il y a aussi des pays dans la région avec lesquels le Canada est fondamentalement en désaccord; le Canada doit être lucide quant aux menaces et aux risques que ces pays représentent ». Certes, il faut « maintenir le dialogue » (p.6), « il est nécessaire de coopérer » (p.8), mais la stratégie énonce clairement que certains pays constituent des menaces. La Chine est clairement visée : elle est une « puissance mondiale de plus en plus perturbatrice », qui peut faire preuve d’« arrogance » et déployer une « diplomatie coercitive » (p.7). On est loin des discours lénifiants des cadres généraux de politique du Canada qui prévalaient dans le passé, dans lesquels la confiance en l’attrait du modèle occidental et la perception de la maitrise des enjeux de sécurité ne conduisaient pas le Canada comme les États-Unis ou l’Australie ou le Japon, à nourrir cette anxiété géopolitique qui les conduit maintenant à incriminer directement le gouvernement chinois. Entendons-nous : il ne s’agit pas ici de défendre la Chine, mais simplement de souligner le changement de ton à Ottawa, changement très officiellement consacré dans la Stratégie régionale en 2021.  L’objectif est clairement de soutenir une approche « fondée sur des règles » (p.9) et de repousser toute action unilatérale, implicitement de la Chine, envers Taiwan ou dans les mers de Chine du Sud et de l’Est.

Trois pages sont ainsi consacrées à la Chine, puis une page sur l’Inde, deux pages pour le Pacifique Nord (Japon et Corée), une page (2 avec des figures) pour l’ANASE (Association des Nations de l’Asie du Sud-Est, ASEAN en anglais) avec des axes politiques très généraux. La Chine est mentionnée 53 fois dans le document, l’Inde 22 fois, la Corée 27 fois, le Japon 18, l’ANASE 22 fois : le document s’efforce de parvenir à un certain équilibre, mais, reflet de l’énoncé de politique générale dans lequel la réaction face au rôle perturbateur de la Chine est clairement soulignée, la place accordée à la Chine est dominante – plus de deux fois plus que le 2e pays mentionné le plus souvent, la Corée.

Le document articule par la suite les 5 axes prioritaires : Promouvoir la paix, la résilience et la sécurité ; accroitre les échanges commerciaux et les investissements, et renforcer la résilience des chaines d’approvisionnement; investir dans les gens et tisser des liens entre eux ; bâtir un avenir durable et vert ; demeurer un partenaire actif et engagé.

La tonalité du premier axe montre qu’ici encore, le raisonnement implicite vise la Chine : seule la modernisation de l’armée chinoise est mentionnée parmi tous les pays de la région, comme menace implicite. La tonalité très défensive se poursuit avec un paragraphe sur l’Arctique : « le Canada est conscient que les puissances de l’Indo-Pacifique considèrent l’Arctique comme une région offrant des débouchés », constat qui semble signifier que cet intérêt est lourd de menaces puisque la phrase suivante explique que « Le Canada est déterminé à maintenir la paix et la stabilité dans la région » (p.16). Si ce premier axe est développé sur trois pages, comme la seconde section sur l’économie. Les axes suivants s’appuient sur des passages plus courts, mais articulent des objectifs de politique générale (développement durable( parfois originaux (investir dans les gens et les liens entre populations. Le document présente pour chaque axe les façons d’atteindre les objectifs retenus : ces aspects pratiques représentent 9 pages et demie (35%) sur les 27 du document.

3. La Stratégie territoriale pour l’Indo-Pacifique du Québec

Pas plus que la Stratégie canadienne, la Stratégie québécoise ne cherche vraiment à justifier le terme d’indo-pacifique. Le document mentionne un objectif de relance économique dans un contexte de fin de pandémie de covid-19, soulignant d’emblée une lecture de la région nommée Indo-Pacifique en des termes résolument économiques. La région constitue un « nouveau centre de gravité de l’économie mondiale » (p.3); on le disait déjà de l’Asie-Pacifique en 1997 lors de la première mission commerciale Québec Chine et, de manière générale, dans les années 1990 avec le succès du concept d’Asie-Pacifique. Constater le poids économique dominant d’une région rassemblant 35% des terres et 65% de la population n’a rien de novateur. En revanche, au-delà du cliché du poids économique majeur de l’Indo-Pacifique, le document souligne deux points : cette région est marquée par un fort dynamisme économique – comme pour la stratégie canadienne – mais elle est aussi traversée de rivalités. Rivalité entre la Chine et les États-Unis, présentée comme un paramètre et non comme une prémisse politique engageant la vigilance du Québec, mais une rivalité qui a des impacts sur les partenaires de ces deux pôles économiques. Rivalité également entre Inde et Chine, deux géants démographiques, politiques et économiques. On observe donc un monde en recomposition, avec des risques, mais aussi des occasions. Le document relève que certains lisent la région sous un prisme sécuritaire (QUAD, AUKUS) ; qu’on y observe le déploiement des nouvelles routes de la soie et de contre-projets indiens ou japonais, et que ces rivalités se traduisent aussi à travers de nombreux accords commerciaux à géométrie variable.

La Stratégie se place résolument dans le domaine du commercial. Le premier axe stratégique concerne le commerce international et les investissements. Le second cherche à renforcer la recherche, l’innovation et la formation, non seulement pour maintenir la compétitivité des entreprises québécoises, mais aussi pour favoriser la collaboration avec des laboratoires asiatiques et pour développer le marché de la formation offerte au Québec aux chercheurs et étudiants asiatiques – « Développer une intelligence d’affaires en éducation et enseignement supérieur » (p.18).

Le 3e axe porte sur l’économie verte et le développement durable. Il s’agit de renforcer l’engagement du Québec en matière de développement durable, tout comme dans la stratégie canadienne. Il s’agit donc d’un engagement politique certes, mais aussi économique : des efforts seront ainsi déployés pour promouvoir « l’offre et le savoir-faire du Québec en matière de développement durable et de tourisme responsable » (p.19) ; un engagement politico-social également : on souhaite « favoriser le partage d’expertise sur la dimension sociale du développement durable » (p.19). Le concept de valeur intervient ici : liberté, démocratie, justice, durabilité, mais sans qu’aucun État ne soit stigmatisé. Le document reconnait du même souffle le potentiel de coopération dans ce domaine : plusieurs sociétés de la région ont développé des expertises potentiellement bénéfiques pour le Québec, Australie, Nouvelle-Zélande, Chine, Corée, Japon… dans une optique de partage (pas seulement de vente) et de coopération.

Le 4e axe porte sur la main-d’œuvre ; le 5e sur la culture, et un 6e axe transversal porte sur la jeunesse, atout commun aux sociétés de la région dont il faut renforcer la curiosité, la formation, les contacts pour forger des liens trans-océaniques.

À travers l’analyse de cette stratégie, on relève :

  • L’expression de principes politiques certes, mais formulés de façon modérée – droits de la personne ; développement durable – une demi-page
  • La présence d’objectifs politiques – développer l’influence du Québec et le développement durable – pour soutenir les valeurs certes, mais surtout pour favoriser la coopération et les objectifs socio-économiques.
  • Une approche résolument pragmatique – de nombreuses pistes d’action sont exposées. Sur 19 pages de texte, un total d’environ 9 pages (47%) présentent les actions à mener.
  • Une approche intégrée : le document expose les liens qui associent les différents axes de la stratégie, le développement durable, la formation de la main-d’œuvre, la recherche, la culture permettant certes d’envisager des développements économiques, mais aussi de renforcer le pouvoir d’influence du Québec, dont le rôle crucial en Asie est rappelé dans le document, dont on espère indirectement pouvoir récolter les fruits économiques à terme. Les axes de cette stratégie ne sont pas disjoints, mais bien au contraire proposent un plan d’action pensé comme cohérent et articulant l’ensemble des actions proposées.
  • Aucun État n’est directement incriminé dans cette stratégie, au-delà du constat très factuel de la rivalité sino-américaine. L’approche politique demeure modérée, non militante : le concept de valeurs est mentionné 2 fois ; mais celui de coopération 12 fois. Ce discours parait similaire à celui du Canada, mais la stratégie québécoise ne propose pas d’action spécifique visant à répondre à une quelconque menace chinoise.
  • On y découvre une approche géographique équilibrée : certes la Chine fait l’objet de 30 mentions ; mais le Japon 25 ; la Corée du Sud 24 ; l’Inde 22 ; l’Australie 14 ; le Vietnam 11 ; l’Indonésie et l’Asie du Sud-Est, 6 chacun.

4. Deux stratégies convergentes ?

Toute comparaison des deux stratégies canadienne et québécoise doit rappeler un paramètre de taille : le Québec n’étant pas un État souverain, il ne peut développer d’éléments forts de politique étrangère, a fortiori en matière de défense ou d’accords commerciaux. De fait, il ne peut développer de lien avec l’institution qu’est l’ASEAN, ni tenir de discours à fort contenu diplomatique ou de sécurité. Cela explique en partie l’absence de place importante consacrée aux enjeux politiques en Asie – en partie seulement, on y reviendra.

Des convergences se dessinent : les deux stratégies font la part belle aux enjeux économiques (commerce, investissements) ; aux questions de développement durable ; à la main-d’œuvre, à l’immigration, à la formation et à la jeunesse, des aspects qu’on retrouve peu souvent dans les stratégies indo-pacifiques.

Mais des différences importantes se dessinent. Sur la forme tout d’abord : la stratégie québécoise a réussi à proposer une série d’orientations et d’actions qui présentent un fort degré d’intégration et de synergie, ce qu’on observe nettement moins du côté de la stratégie fédérale canadienne.

Sur le fond ensuite : certes le Québec n’a pas à se prononcer sur une posture politique à l’endroit de la Chine ; mais il aurait néanmoins pu développer un propos plus incisif sur la question des valeurs et de la trajectoire politique de celle-ci, ce qu’il a choisi de ne pas faire. Le portrait politique de la dynamique politique dans la région est lucide – on observe l’émergence de vives tensions – mais ce constat demeure factuel et ne suscite pas de critique même si l’attachement aux valeurs démocratiques est formulé. La stratégie québécoise se veut un document résolument pragmatique pour permettre le développement de la coopération en Indo-Pacifique. À l’inverse, la stratégie canadienne, en rupture avec les discours relativement idéalistes sur l’Asie que développaient les administrations libérales précédentes, souligne l’importance d’une certaine résilience face à l’émergence d’une Chine perçue comme une menace potentielle. La main demeure tendue ,mais le discours n’en demeure pas moins incriminant, polémique voire vindicatif pour un document de politique régionale. Fin de l’innocence et de la croyance candide dans la vertu de l’ouverture économique envers la Chine, qui conduirait nécessairement celle-ci à réformer son régime politique ? Car telle était pendant longtemps la croyance inébranlable des Occidentaux, et des gouvernements libéraux de Jean Chrétien (1993-2203) à Paul Martin (2003-2006) (The Economist, 2018; Sampson, 2020). Ou angoisse géopolitique ?  Sans doute un peu des deux. Il reste à savoir si la politique menée sur la base de cette stratégie pourra demeurer proactive et non réactive, et favoriser la coopération et l’engagement du Canada envers non seulement ses partenaires, Japon, Corée, Australie et Inde principalement, mais également à l’endroit de la Chine (Paikin, 2023).

Frédéric Lasserre

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Les routes maritimes arctiques

Regards géopolitiques, v8n3

Hervé Baudu (2022). Les routes maritimes arctiques. Paris : L’Harmattan, 155 p.

Avec le réchauffement climatique trois fois plus important aux pôles que sur le reste de la planète, les eaux polaires arctiques sont en théorie de plus en plus accessibles au trafic maritime, et ce sur de plus en plus longues périodes estivales. Cette ouverture accroit également l’accès aux ressources naturelles en mer et dans les espaces côtiers. La construction de brise-glaces russes, les projets gigantesques d’extraction d’hydrocarbures du côté russe, et dans une moindre mesure du côté norvégien, n’ont jamais été aussi importants que dans cette décennie et viennent faire écho à l’exploitation pétrolière en Alaska active depuis les années 1970. Les routes maritimes arctiques plus courtes sont-elles appelées à concurrencer les routes classiques par les canaux de Panama et de Suez ? L’augmentation du trafic maritime est-elle source de tension dans cette zone de plus en plus soumise à son exploitation ? Cet ouvrage entreprend de mieux cerner les enjeux maritimes, environnementaux, économiques et géopolitiques liés à l’exploitation de cet espace arctique en décrivant les principes qui les régissent.

Membre de l’Académie de Marine, Hervé Baudu est professeur de sciences nautiques à l’École Nationale Supérieure Maritime. Ses travaux sur la navigation dans les glaces l’ont conduit à naviguer à de nombreuses reprises en Arctique et en Antarctique. Il est expert des sujets maritimes polaires auprès du ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères. Son expertise est donc précieuse pour permettre de départager la réalité des clichés, encore trop nombreux, sur l’avènement de futures autoroutes polaires du seul fait de la fonte estivale de la banquise – car cela est déjà un point important : la glace sera toujours présente en Arctique en hiver et imposera donc aux armateurs une saisonnalité marquée entre un hiver très froid, dans la nuit polaire et avec des glaces annuelles conséquentes, et un été au cours duquel effectivement la tendance est au déclin rapide de la banquise, en épaisseur comme en extension.

Le plan de l’ouvrage suit une démarche analytique claire. La 1ere partie présente l’environnement dans lequel se déploie la navigation arctique, en croissance effectivement. Quelles sont les caractéristiques environnementales de l’espace arctique et comment les changements climatiques l’ont-ils marqué ? Quelles sont les routes maritimes développées, en soulignant bien la différence entre trafic de destination, en croissance – les navires qui viennent dans l’Arctique pour y effectuer une activité économique, desserte des communautés, pêche, tourisme ou extraction des ressources – et le trafic de transit, les navires qui s’efforcent de mettre à profit la distance plus courte entre Asie et Europe via les eaux arctiques, un trafic encore fort limité.  L’auteur présente également les infrastructures de la Route maritime du Nord, côté russe donc, soulignant la faiblesse des équipements côté canadien.

La seconde partie organise une discussion des conditions de navigation en Arctique. Quels sont les navires qui peuvent y circuler ? Quelle est la réglementation concernant l’architecture des navires et les normes en matière de coque ?  Quels sont les brise-glace en service destinés à faciliter la circulation des navires, ces brise-glace tout comme des navires à forte capacité de navigation arctique étant de plus en plus puissants, tant il est vrai que la navigation arctique n’est pas une question de technologie, mais de coûts et d’opportunité stratégique pour les entreprises, qui ne raisonnent pas qu’en termes de distance plus courte.

La troisième partie décrit la réglementation et la gouvernance de cette région : comment sont définis les espaces maritimes et comment ceux-ci encadrent-ils la navigation ou l’exploitation des ressources naturelles ? Quelles sont les institutions arctiques (notamment de Conseil de l’Arctique) et quel rôle joue-t-il ? Que peut-on dire de la militarisation de ;la région arctique, avec la tendance réelle du pouvoir russe à renforcer ses capacités de défense côtière, mais après de nombreuses années de déclin accéléré suite à l’implosion de l’Union soviétique en 1991 ?

La Russie est l’acteur qui imprime le plus sa marque dans la région, du fait d’un volontarisme d’État qui conduit la Russie à rouvrir de vieilles bases militaires, à construire de nouveaux ports, de nouveaux brise-glace, à explorer le potentiel économique des régions arctiques sans la retenue que la rentabilité fragile de tels projets impose aux autres acteurs arctiques, en Europe (Norvège, Islande, Suède, Finlande) ou en Amérique du Nord (Canada et États-Unis). Les résultats décevants de nombreuses campagnes de prospection pétrolière et gazière au Groenland, en mer de Beaufort on relativisé l’attrait de la région arctique pour les entreprises pétrolière, tandis que les compagnies minières évaluent avec attention chaque projet tant les coûts d’extraction demeurent élevés. Le trafic de transit attire peu d’armateurs et c’est essentiellement la navigation de destination qui tire la croissance du trafic maritime arctique. Certes, l’Arctique est une région stratégique pour la Russie qui entend bien mettre en valeur, quoi qu’il en coûte, son potentiel minier, en hydrocarbures et en matière de transport. La poursuite de la fonte des glaces pourrait permettre la poursuite de la croissance du trafic dans les décennies à venir. Mais on est loin, nous rappelle l’auteur, des scénarios grandioses du tournant du 21e siècle, des autoroutes maritimes et de l’eldorado arctiques. En ce sens, cet ouvrage clair et bien structuré constitue un rappel qu’il est toujours risqué de se laisser emporter par l’enthousiasme d’analyses à courte vue.

Frédéric Lasserre

Directeur du CQEG

Le passage du Nord-Ouest : enjeux de la revendication canadienne

RG v7n3

Alexia Marchal

Alexia Marchal est diplômée en Sciences politiques de l’Université catholique de Louvain[1].
alexia.marchal@gmail.com

Résumé : Le Canada connaît un différend territorial avec les États-Unis au sujet du passage du Nord-Ouest. Le Canada considère en effet que les eaux du passage sont des eaux intérieures alors que les États-Unis affirment que le passage est un détroit international. Cet article analyse ainsi les enjeux derrière ces revendications canadiennes, c’est-à-dire l’identité, la sécurité, l’environnement ainsi que les intérêts commerciaux et économiques.

Mots-clés : Canada, Arctique, passage du Nord-Ouest, revendication territoriale, souveraineté

Summary : Canada has a territorial dispute with the United States concerning the Northwest Passage. Canada indeed considers that the waters of the passage are internal waters, while the United States claims that the passage is an international strait. This article analyses the stakes behind these Canadian claims, namely identity, security, environment as well as commercial and economic interests.

Keywords : Canada, Arctic, Northwest Passage, territorial claim, sovereignty

Introduction

Le passage du Nord-Ouest est composé de différentes voies maritimes situées dans l’archipel arctique canadien (Byers, 2013). Il comporte sept routes situées entre le détroit de Béring et le détroit de Davis (Headland, 2020). Le Canada connaît un litige à son sujet, l’opposant principalement aux États-Unis, mais également à l’Union européenne. Le différend ne porte pas sur la souveraineté des îles de l’archipel, qui sont canadiennes, mais concerne uniquement le statut juridique des eaux (Byers, 2013). Le Canada estime que le passage du Nord-Ouest constitue des eaux intérieures et est donc sous sa pleine et entière souveraineté, selon l’article 2 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (Lasserre, 2017). Cela implique que l’accès à ces eaux est soumis à la permission de l’État côtier et que le droit interne canadien s’y applique. Les États-Unis affirment cependant que le passage est un détroit international, les navires étrangers pouvant y accéder librement et bénéficiant d’un droit de passage en transit, selon l’article 38 de la Convention sur le droit de la mer (Byers, 2013).

En 1969, un évènement a incité le Canada à renforcer sa position. En effet, le pétrolier américain S.S. Manhattan a traversé le passage du Nord-Ouest sans demander l’autorisation du Canada. Cela a entraîné des tensions entre les deux États. Depuis cet incident, le Canada et les États-Unis sont en désaccord sur le statut des eaux du passage (Lalonde, 2007 ; Plouffe, 2010). En 1985, des tensions entre les deux pays sont à nouveau apparues suite à la traversée du passage par le brise-glace américain Polar Sea. L’autorisation canadienne n’avait pas non plus été accordée au préalable, mais les autorités canadiennes avaient été prévenues du transit (Lasserre et Roussel, 2007 ; Byers cité par van Duyn et Nicol, 2015). La même année, le Canada a défini des lignes de base droites entourant les îles arctiques, ce qui implique que les eaux situées à l’intérieur de ces lignes sont des eaux intérieures selon les articles 7 et 8 de la Convention sur le droit de la mer (Lasserre et Roussel, 2007). Les États-Unis considèrent que ces lignes de base ne respectent pas les principes du droit international (Roach et Smith cités par McDorman, 2009). L’État canadien estime également que ces eaux sont des eaux historiques (Lasserre et Roussel, 2007). Le différend n’implique pas un conflit ouvert entre les deux États. Une entente n’a néanmoins pas encore été trouvée et peu d’évolutions sont observées à cet égard (van Duyn et Nicol, 2015).

Par ailleurs, avec le changement climatique, la projection de l’ouverture du passage du Nord-Ouest a de nouveau mis en avant le différend entre le Canada et les États-Unis (Lasserre et Roussel, 2007). En septembre 2007, un record de la fonte de la banquise a été observé en termes de surface. Le passage du Nord-Ouest est devenu pour la première fois temporairement libre de glace et donc accessible aux navires autres que des brise-glaces. Cela fut encore plus important en 2012 selon l’United States National Snow and Ice Data Center (Byers, 2013). Depuis 2006, une augmentation du trafic est d’ailleurs observée dans l’Arctique canadien, même si cela reste faible (Lasserre, 2011 ; Lasserre, 2020a). Le statut du passage n’était pas une préoccupation très importante lorsque celui-ci était difficile d’accès et que seuls d’imposants brise-glaces pouvaient le traverser. Cependant, avec le changement climatique et la fonte des glaces qu’il entraîne, la navigation augmente et le statut juridique importe donc davantage (Byers, 2013). Le passage pourrait en effet devenir une route commerciale et permettre le transit de navires militaires, notamment américains. Les variations climatiques remettent donc à l’avant-plan les interrogations relatives à la souveraineté du Canada sur le passage (Lasserre, 2010 ; Pic, 2020). Considérant ces différents éléments, cet article a pour but de répondre à la question : « quels sont les différents enjeux liés à la revendication canadienne sur le passage du Nord-Ouest ? ». Quatre principaux enjeux ont ainsi été identifiés et analysés : la dimension identitaire, l’enjeu sécuritaire, l’environnement ainsi que les intérêts commerciaux et économiques.

Fig.1. Le passage du Nord-Ouest

Source : Lasserre, 2011 :3

  1. La dimension identitaire

Une dimension identitaire intervient dans le différend concernant le passage du Nord-Ouest (Lasserre, 2010). Pour les Canadiens, « l’Arctique fait, en effet, partie de leur imaginaire collectif et de l’image qu’ils veulent projeter à l’étranger », l’Arctique étant également un élément qui permet de rallier l’opinion publique (Lasserre et Roussel, 2007 :275-276). En outre, la « nordicité contribue à faire ce que sont les Canadiens, et à définir qui ils sont, tant comme individus que comme nation », cette nordicité apparaît d’ailleurs de manière importante dans la culture et la littérature mais également en politique (Arnold, 2010 :120).

Cependant, ce lien qu’ont les Canadiens avec le Nord est ambigu car la plupart ne s’y sont jamais rendus et n’ont pas beaucoup de connaissances sur la région. Définir le Nord et le situer géographiquement font également l’objet de multiples réponses en raison des différents critères de définition adoptés (climatiques, géographiques …). La nordicité reste néanmoins unificatrice, notamment parce que la notion est floue et a plusieurs sens. Cette caractéristique en fait alors un élément utilisé en politique pour de nombreuses causes (Arnold, 2010). Le premier ministre Stephen Harper avait par exemple développé un discours sur la souveraineté canadienne (Lackenbauer, 2017). Le gouvernement conservateur mettait en évidence le lien entre l’identité et la souveraineté du Canada (Genest et Lasserre, 2015). En 2007, le premier ministre Harper (cité par Genest et Lasserre, 2015 :65) avait déclaré dans un discours au sujet de la souveraineté canadienne en Arctique « soit nous l’utilisons, soit nous la perdons ». L’Arctique a été présentée comme primordiale pour l’identité canadienne et cela a été instrumentalisé dans les discours du gouvernement (Genest et Lasserre, 2015). Genest et Lasserre (2015) ont d’ailleurs montré que l’aspect identitaire est celui qui apparaissait le plus dans les discours du gouvernement de Stephen Harper, par rapport à d’autres tels que les aspects économique, environnemental et sécuritaire. Cet accent mis sur l’identité a été utilisé pour construire la souveraineté canadienne en Arctique, justifier certaines politiques telles que des investissements militaires et les positions du gouvernement au sujet de l’Arctique ainsi que pour façonner la représentation qu’ont les Canadiens de la région arctique (Genest et Lasserre, 2015). Le changement de gouvernement a cependant amené un nouveau discours politique sur l’Arctique (Lackenbauer, 2017). Le premier ministre actuel, Justin Trudeau, met davantage l’accent sur la réconciliation avec les populations autochtones et la « santé socio-culturelle » de ces peuples [traduction] (Lackenbauer, 2017 :309).

De plus, cette identité nordique canadienne est exprimée dans la politique étrangère de l’État. Le Canada utilise en effet cette image de la nordicité dans ses relations avec les autres États (Arnold, 2010). Selon Arnold (cité par Arnold, 2010), la politique étrangère participe à la construction de l’identité nationale à l’intérieur du pays mais est également une projection de cette identité. C’est ainsi le cas de la « nordicité inuite » qui est utilisée par l’État canadien dans sa politique étrangère mais celle-ci participe aussi à la structuration de son identité (Arnold, 2010 :135).

L’aspect identitaire de l’Arctique est également lié à la présence d’Inuits, un peuple autochtone, dans la région (Lasserre et Roussel, 2007). Cette présence est notamment utilisée par le Canada pour justifier sa revendication (Pic, 2020). En effet, les populations inuites occupent les territoires arctiques depuis des milliers d’années et utilisent les eaux ainsi que la glace pour le transport et la chasse (van Duyn et Nicol, 2015 ; Byers, 2013). De même, « la glace couvrant les voies navigables entre les îles a été traitée de la même manière que les terres » [traduction], certains affirmant que cette caractéristique fait que l’archipel arctique canadien doit être considéré différemment dans les discussions sur la souveraineté (Gerhardt et al. cités par van Duyn et Nicol, 2015 :753).

De plus, les Inuits ont contribué à renforcer la souveraineté du Canada en Arctique. Lorsque le Canada a tracé des lignes de base droites autour de l’archipel canadien en 1985, diverses organisations inuites ont soutenu cette initiative (Arnold, 2010). Les Inuits estimaient en effet que « les revendications canadiennes pouvaient être fondées sur l’usage historique de ces territoires terrestres et maritimes par les peuples inuits » (Arnold, 2010 :128). De même, les accords sur les revendications territoriales de ces peuples ont servi à soutenir les revendications canadiennes en Arctique. C’est par exemple le cas de l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut, même si celui-ci a avant tout été conclu dans le cadre de la politique sur les nouvelles relations et le partenariat entre les peuples autochtones et l’État. Ces accords internes ont donc également une dimension de politique étrangère. Pour les Inuits, cela leur permettait de participer à la gestion de leur territoire et de donner leur avis à cet égard (Arnold, 2010).

Enfin, un autre aspect identitaire du différend est la relation entre le Canada et les États-Unis (Lasserre, 2010). La culture autochtone canadienne est d’abord utilisée par l’État pour se construire une identité nationale différente des Américains (Pupchek, 2001 ; Mackey citée par Arnold, 2010). Par ailleurs, les contestations concernant la souveraineté canadienne sur les eaux de l’archipel proviennent principalement des États-Unis depuis le XXe siècle. Ainsi, la protection de la région est utilisée par les Canadiens pour se distinguer des Américains, ceux-ci se préoccupant parfois moins de l’environnement, notamment sous l’administration de George W. Bush. Le fait que les États-Unis rejettent la souveraineté canadienne sur le passage du Nord-Ouest contribue à accroître le nationalisme canadien (Lasserre et Roussel, 2007 ; Roussel, 2010). Celui-ci se définit principalement « face aux États-Unis dont l’influence politique, économique et culturelle exerce une pression sur l’identité de la société canadienne » (Roussel, 2010 :180-181). Le litige est ainsi perçu par l’opinion publique comme étant une contestation d’une partie du territoire par « l’État qui constitue la plus grande menace identitaire pour le Canada », contester la position américaine représentant alors « un geste d’affirmation nationale » (Lasserre et Roussel, 2016, para. 69). Cette construction identitaire opposée aux Américains est une des raisons pour laquelle le Canada ne parvient pas trouver un compromis avec les États-Unis au sujet du statut du passage du Nord-Ouest. Ces derniers tiennent également à la libre circulation de leurs navires (Lasserre, 2010).

  1. L’enjeu sécuritaire

Si le passage du Nord-Ouest devenait une route maritime plus empruntée, cela pourrait avoir des conséquences sur la sécurité du Canada (Lalonde, 2007). Les trafics d’armes et de drogue, l’immigration clandestine ainsi que le terrorisme sont des risques potentiels. Le fait que le passage soit libre de glace le rend en effet plus accessible et potentiellement utilisable pour transporter des marchandises de contrebande ou des personnes vers l’Europe, l’Amérique ou entre les océans Pacifique et Atlantique (Byers, 2010). Ces risques sont d’autant plus probables puisque le passage du Nord-Ouest est moins surveillé que le canal de Panama, par exemple. Cela rend le passage plus attractif pour de potentiels trafiquants (Byers et Lalonde, 2009).

De plus, les communautés locales n’effectuent pas de contrôles d’immigration alors que des ressortissants étrangers sans papiers y accèdent grâce aux bateaux de croisière accostant dans la région (Byers, 2009). Ainsi, si les eaux du passage du Nord-Ouest étaient reconnues en tant qu’eaux intérieures, des contrôles au niveau des entrées des personnes et des biens pourraient être facilités. En effet, dans ce cas, les navires étrangers, leurs passagers et les cargaisons peuvent être examinés par le Canada. Cela permettrait d’arrêter d’éventuels trafiquants (Byers et Lalonde, 2009 ; Lasserre, 2010). À cet égard, Paul Cellucci, l’ambassadeur des États-Unis au Canada de 2001 à 2005, estime que les Américains auraient plus d’intérêt à reconnaître la souveraineté du Canada sur le passage du Nord-Ouest pour des raisons sécuritaires (La Presse cité par Gagnon, 2009)

En outre, l’Arctique canadien est régulièrement présenté comme étant assiégé, sujet à des menaces en termes de sécurité et où la souveraineté du Canada est remise en question (Sneyd et Charron, 2010 ; Roussel, 2010). Ce discours sécuritaire a été développé par certains gouvernements canadiens, tels que celui de Paul Martin ou de Stephen Harper (Roussel, 2010). Cela se traduit notamment par une augmentation de la présence militaire dans la région, dans le but d’y accroître la présence officielle canadienne (Sneyd et Charron, 2010 ; Lasserre, 2010). Le nombre de patrouilles a donc augmenté et divers investissements en termes d’infrastructures et de matériel ont été annoncés (Sneyd et Charron, 2010 ; Roussel, 2010). Certains de ces projets n’ont néanmoins pas toujours été menés à terme (Roussel, 2010).

Cependant, tous ces risques mentionnés précédemment ne sont pour l’instant que des anticipations. Il n’y a pas eu d’augmentation importante de la criminalité. De même, pour les communautés autochtones, la préoccupation est surtout tournée vers les trafics venant du sud du pays, qui ont des impacts chez eux, que de potentiels trafiquants qui pourraient entrer au Canada par l’Arctique. En effet, les conditions climatiques et les défis logistiques associés à la navigation dans l’Arctique font que la région reste dangereuse, reculée et imprévisible, y compris pour des trafiquants ou des terroristes, et ce, malgré la fonte de la banquise (Roussel, 2010).

Les risques identifiés dans certains discours sécuritaires ne sont donc pas encore observables à l’heure actuelle. Néanmoins, ce manque de faits observables dans la réalité a une certaine utilité politique (Roussel, 2010). En effet, « le discours peut alors justifier n’importe quelle mesure et s’insérer dans n’importe quelle logique » (Roussel, 2010, :174). De plus, si une menace sur l’Arctique est annoncée, cela mobiliserait la population qui est plutôt favorable aux mesures, incluant des mesures militaires, visant à protéger l’Arctique. Par ailleurs, ce discours sécuritaire sert à démontrer aux États-Unis que le Canada prend en considération leurs préoccupations en termes de sécurité (Roussel, 2010). Sur ce point, Sneyd et Charron (2010) expliquent que le Canada collabore considérablement avec les États-Unis en matière de protection de l’Amérique du Nord au sein du NORAD (North American Aerospace Defense Command), alors que ceux-ci sont les principaux opposants à la souveraineté canadienne.

Il existe également un autre aspect à cet enjeu sécuritaire. Comme le soulignent Lasserre et Roussel (2007 :274), « l’augmentation généralisée (actuelle et appréhendée) des activités touristiques, économiques et scientifiques dans l’Arctique a pour conséquence d’alourdir les responsabilités des Forces canadiennes ». La surveillance doit être plus importante et les missions de protection environnementale et de dessertes des populations locales sont appelées à augmenter (Lasserre et Roussel, 2007).

Des accidents peuvent aussi se produire, ce qui implique des opérations de sauvetage difficiles et coûteuses (Lalonde, 2007). La brume et les glaces dérivantes constituent en effet des risques. La région arctique n’est également pas entièrement cartographiée de manière fiable et l’étendue des connaissances varie en fonction des endroits. La disponibilité de cartes bathymétriques n’est pas suffisante (Dupré, 2010 ; Dawson, 2018). De plus, des infrastructures, notamment portuaires, manquent dans le passage et les brise-glaces canadiens doivent être renouvelés. Les moyens en matière de sauvetage ne sont donc pas suffisants dans le cas d’accidents ou de développement important de la navigation dans cette région (Grenier, 2018).

  1. L’environnement

L’Arctique est l’une des régions les plus touchées par le changement climatique, elle se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la Terre (Lasserre, 2020b ; Dawson, 2018). La survie des espèces y est menacée ainsi que la subsistance des peuples arctiques (Halley et al., 2010). La qualité des ressources récoltées, que ce soit au niveau de la faune ou de la flore, est altérée. De plus, les populations autochtones sont impactées par l’amincissement et le rétrécissement de la banquise. Cela affecte les activités de chasse et les habitants deviennent plus exposés aux tempêtes. L’augmentation des températures est également susceptible de faire disparaître les lacs, fragilise les habitations ainsi que les infrastructures de transport. Les infrastructures, telles que les routes ou les pistes d’atterrissage, sont en effet affaiblies par le réchauffement (Pelletier et Desbiens, 2010).

Au changement climatique en lui-même s’ajoutent les risques associés à l’augmentation du trafic maritime. Une navigation plus importante dans le passage du Nord-Ouest, dont les eaux restent peu connues et reculées, peut augmenter le risque d’accidents et causer notamment des marées noires (Lalonde, 2007). Cela aurait des conséquences importantes sur l’environnement arctique ainsi que sur la santé des Inuits (Lalonde, 2007 ; Corell, 2006). Les causes de ces possibles accidents sont multiples : la navigation près des côtes, les conditions climatiques pouvant mener à des collisions et des croisements ainsi que les causes humaines, c’est-à-dire le manque de contrôle, de qualification, de connaissance ou encore le non-respect des règles (Pelletier cité par Dupré, 2010). En ce qui concerne les marées noires, outre les collisions, celles-ci peuvent être causées par un échouage. La brume, la glace ainsi que les icebergs peuvent également provoquer une rupture dans la coque des navires (Dupré, 2010). Par ailleurs, la région étant isolée et les conditions climatiques y étant extrêmes, en cas d’incident comme une marée noire, une intervention serait plus difficile. À ces températures, le pétrole se dissipe lentement. Les tentatives de nettoyage pourraient ainsi s’avérer inefficaces, longues et coûteuses. Le transit de pétroliers dans la région arctique est donc particulièrement risqué en raison de la fragilité de l’environnement (van Duyn et Nicol, 2015 ; Byers, 2010).

Qui plus est, des navires peuvent amener des espèces nuisibles, telles que des algues toxiques, qui causeraient également des dommages à la faune et à la flore de la région (Lalonde, 2007). De plus, un trafic maritime accru peut perturber les espèces de la région, notamment les baleines et leur reproduction (Jessen, 2007 ; Cosens et Dueck cités par Lalonde, 2007). La pollution sonore impacte aussi certains animaux marins, tels que les bélugas et les narvals, dont les Inuits se nourrissent (Grenier, 2018). L’augmentation du trafic maritime dans le passage du Nord-Ouest est donc une préoccupation pour les Inuits en raison des possibles conséquences sur leur environnement et les espèces dont ils dépendent pour subvenir à leurs besoins (Lalonde, 2007 ; Dawson, 2018).

Selon Lalonde (2007), le passage du Nord-Ouest sous souveraineté canadienne permettrait donc une protection de l’environnement arctique et des populations qui y habitent. Le Canada a en effet un devoir de protection envers ses citoyens et leur environnement (Lalonde, 2007). Des eaux intérieures peuvent faire l’objet d’une réglementation plus stricte en matière de protection environnementale qu’un détroit international (Pic, 2020). Étant souverain, le Canada pourrait ne pas autoriser certains navires non-équipés pour la traversée dans les eaux arctiques à emprunter le passage (Lasserre, 2010). L’État canadien a d’ailleurs expliqué qu’il ne voulait pas interdire la navigation mais la réguler en raison de l’environnement fragile (Lasserre, 2017).

Cependant, la protection environnementale a également « le potentiel de renforcer l’expression de la souveraineté de l’État » (Halley et al., 2010 :331). Ainsi, la protection de l’environnement, de la faune et de la flore arctiques permet au Canada de justifier sa souveraineté auprès des autres États. Le fait de gérer correctement le territoire et de répondre à ses responsabilités, notamment vis-à-vis des populations autochtones, donne en effet une légitimité supplémentaire à la souveraineté du Canada (Halley et al., 2010). Le fait que l’environnement arctique soit fragile a été utilisé par certains gouvernements pour démontrer l’importance de la pleine souveraineté du Canada en Arctique afin de protéger cet environnement. Cela peut être expliqué par le fait que le Canada estime que sa souveraineté sur le passage du Nord-Ouest serait mieux acceptée si cela était justifié par la cause environnementale (Genest et Lasserre, 2015).

  1. Les intérêts commerciaux et économiques

Avec la fonte de la glace, la période de navigation est plus longue et le trafic maritime dans le passage du Nord-Ouest pourrait donc augmenter (Lasserre, 2017 ; Lasserre, 2010). En effet, le passage permettrait de raccourcir le trajet entre l’Europe et l’Asie de 7000 kilomètres par rapport au canal de Panama, réduisant ainsi les coûts de transport. De plus, contrairement au canal de Panama, certaines routes du passage du Nord-Ouest permettraient le transit de navires sans limites de taille ou de tirant d’eau (Plouffe, 2010 ; Lasserre et Roussel, 2007). La réduction de la distance des trajets est particulièrement valable si les destinations de départ et d’arrivée se situent dans l’hémisphère nord. Cependant, plus les destinations de départ et d’arrivée des navires de transport se situent dans l’hémisphère sud, moins l’avantage de réduction de la distance est important (Lasserre, 2011 ; Lasserre, 2020a). Entre 2009 et 2019, le trafic a été multiplié par 1,92 dans l’Arctique canadien. Néanmoins, le trafic de destination reste la principale source de navigation en Arctique. Le trafic commercial de transit reste peu développé dans le passage du Nord-Ouest. Celui-ci est de zéro à deux cargos par an, à l’exception de 5 en 2019. Les bateaux de plaisance constituent la part la plus importante du trafic de transit. (Lasserre, 2020b ; Lasserre, 2021). Depuis 2005, les bateaux de plaisance ont augmenté de 400% dans l’Arctique canadien et les navires de croisière de 75% (Dawson, 2018).

Par ailleurs, les conditions climatiques de la région font que la navigation est encore difficile. Les glaces dérivantes constituent des contraintes et peuvent ralentir la navigation. Des parties de la banquise se détachent et bloquent certaines routes maritimes. Cela peut donc mener à un trajet plus long, malgré une distance plus courte, ainsi que des pertes financières. Un transit dans la région arctique implique dès lors des coûts supplémentaires, notamment en termes d’assurance, d’investissements et d’équipements (Lasserre, 2010 ; Dawson, 2018). De même, en hiver, le passage du Nord-Ouest n’est pas ouvert à la navigation. Le trajet doit donc être modifié deux fois par an, ce qui engendre des coûts et une complexité supplémentaire. Les compagnies maritimes dans le domaine des conteneurs travaillent aussi sur base du principe du juste-à-temps. Les délais de livraison doivent ainsi être respectés (Lasserre, 2020b). Les retards que pourraient avoir des navires de transport face à des glaces dérivantes, qui les obligeraient à ralentir, contrebalancent donc les gains en carburant et ces coûts pourraient même être supérieurs aux bénéfices. L’absence de ports le long du passage du Nord-Ouest réduit également la taille du marché pour les compagnies (Lasserre, 2010).

En outre, la Route maritime du Nord (aussi appelée passage du Nord-Est) est une concurrente du passage du Nord-Ouest pour le trafic commercial. En effet, la présence de ports en eau profonde est plus significative le long de la Route maritime du Nord que dans le passage du Nord-Ouest, cette lacune fut soulignée précédemment. La route au nord de la Russie bénéficie également d’une plus grande flotte de brise-glaces, incluant des brise-glaces nucléaires, et d’une fonte des glaces en été relativement plus importante que du côté du Canada (Lasserre, 2021). La Russie demande un droit de péage, mais les transits sont escortés et des ports sont opérationnels, ce qui n’est pas le cas pour le passage du Nord-Ouest (Lasserre, 2010).

Des ressources pétrolières et gazières sont également situées dans la région arctique et notamment dans l’archipel canadien. Des minerais, par exemple du plomb, de l’or et de l’uranium, sont présents. Ces réserves sont moindres du côté canadien que du côté russe mais la géologie de la zone n’est pas entièrement connue (Lalonde, 20007 ; Lasserre et al., 2020). L’United States Geological Survey a d’ailleurs estimé en 2008 que 13% des réserves pétrolières et 30% des réserves gazières non découvertes se trouvaient au nord du cercle arctique (USGS, 2008). Avec la fonte des glaces, ces ressources seraient plus faciles d’accès. Leur exploitation contribuerait donc à l’augmentation de la navigation commerciale dans le passage du Nord-Ouest (Lalonde, 2007). Cette exploitation pourrait en effet être optimisée avec un transport maritime rendu possible plus longtemps (Lasserre, 2010). Elle pourrait, dans ce cas, être effectuée pendant une plus longue période. De plus, cela permettrait de réduire les coûts matériels et de transport. Avec des destinations aussi bien en Amérique du Nord qu’en Europe ou en Asie, ces compagnies pourraient également acquérir de nouveaux acheteurs (Lasserre et al., 2020).

Cependant, le coût d’exploitation de ces ressources présentes en Arctique est élevé (Lasserre, 2017). Les cours du pétrole font également que l’exploitation est peu rentable et la fonte du pergélisol rend le transport difficile car le sol est moins stable. Les routes se déforment avec l’affaissement du sol et leur construction est très coûteuse (Lasserre, 2020b). De plus, tout comme pour la navigation, l’exploitation est compliquée dans la région en raison du climat défavorable (Lasserre et al., 2020). Par ailleurs, les eaux du passage du Nord-Ouest font partie de la zone économique exclusive du Canada, même dans le cas où le passage serait un détroit international. L’exploitation des ressources naturelles serait donc toujours sous le contrôle du Canada et dès lors, ne constitue pas un enjeu dans ce différend (Lasserre, 2010).

Conclusion

Le statut juridique des eaux du passage du Nord-Ouest est contesté. Le Canada considère ainsi que celles-ci constituent des eaux intérieures, soumises à sa souveraineté, tandis que les États-Unis estiment que le passage est un détroit international, soumis au droit de passage en transit. Derrière ces revendications canadiennes, différents enjeux peuvent être identifiés. L’identité, la sécurité, l’environnement ainsi que les intérêts commerciaux et économiques en sont les principaux.

La dimension identitaire est importante dans le différend territorial. Même si la plupart des Canadiens n’y sont jamais allés, l’Arctique fait partie de l’identité canadienne. Cet argument a été principalement mis en avant par le gouvernement de Stephen Harper. La présence de communautés autochtones est également un élément qui intervient et celles-ci contribuent à renforcer la souveraineté canadienne. De plus, le différend est ancré dans la relation entre les États-Unis et le Canada, ce dernier désirant distinguer son identité de celle des Américains.

Un enjeu sécuritaire entre aussi en ligne de compte. Une navigation accrue dans le passage du Nord-Ouest présente des risques en termes de sécurité. Cependant, ceux-ci ne sont que potentiels et ne représentent pas des faits observables. Cet aspect sécuritaire est néanmoins utilisé pour justifier les revendications canadiennes, notamment face aux États-Unis, ainsi que certaines mesures politiques, telles que des mesures de protection de l’Arctique.

En outre, la prise en compte de l’environnement est importante dans le cas du passage du Nord-Ouest. Le changement climatique impacte la région et ses habitants. De même, une augmentation de la navigation dans le passage aurait des conséquences néfastes pour l’environnement, les espèces et donc, les populations locales. La souveraineté canadienne permettrait ainsi une protection environnementale plus importante. Cela constitue une manière additionnelle de justifier les revendications sur le passage.

Enfin, les intérêts commerciaux et économiques du passage du Nord-Ouest peuvent être nuancés. Il ne constitue pas encore une route maritime, malgré la fonte des glaces. Le trafic de transit est encore limité et les conditions climatiques restent difficiles, ce qui engendre des contraintes. La Route maritime du Nord est également une concurrente. Par ailleurs, si des ressources sont présentes en Arctique et leur exploitation pourrait devenir plus facile avec la fonte des glaces, cela n’intervient pas dans le différend étant donné que le passage du Nord-Ouest restera dans la zone économique exclusive du Canada, même s’il est défini en tant que détroit international.

Au vu de ces différents éléments, l’identité et l’environnement semblent être les enjeux qui interviennent le plus dans les revendications canadiennes sur le passage du Nord-Ouest. Les risques sécuritaires ne sont en effet pas confirmés. De plus, les intérêts commerciaux et économiques sont modérés, du moins pour l’instant. Dans tous les cas, ces différents enjeux sont utilisés par le Canada pour justifier ses revendications sur le passage du Nord-Ouest.

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[1] Cet article est en partie basé sur son mémoire intitulé « Les revendications territoriales du Canada en Arctique : enjeux et perspectives ».