Monaco et le soft power sportif

Maxime Désirat1

1Étudiant à la maîtrise en géographie
Département de géographie
Université du Québec à Montréal (UQAM)

Desirat.Maxime@hotmail.fr


Résumé : Au même titre qu’une ressource naturelle, il semblerait que le sport soit dorénavant perçu comme une forme de puissance par certains états. Dans ce cadre, cet article a pour objectif  d’appréhender le sport comme une forme de Soft Power, d’un point de vue théorique ainsi que par l’étude du cas monégasque.

Abstract : As a natural ressource, it seems that sport can be consider as a kind of power by some states. In this context, the aim of this paper is to better understand sport as a former Soft Power in a theoretical point of view, just as the study of the Principalty of Monaco.


Avec ses 404 hectares de superficie, la Principauté de Monaco est le deuxième plus petit État au monde après le Vatican (44 hectares). Comme d’autres micros États, la particularité de ce territoire se caractérise également par un manque de ressources primaires pourtant indispensables à l’élaboration d’une puissance nationale. Monaco, et d’autres micros États comme le Qatar, se sont vus contraints d’élaborer des stratégies particulières afin de développer leurs propres formes de puissance et ainsi permettre leur indépendance politique, économique, et culturelle ainsi que leur intégrité territoriale.

Depuis 1949, la Principauté de Monaco a développé un hard power financier lui permettant une stabilité politique et économique confortable. Or, la chasse aux paradis fiscaux lancée par de nombreuses organisations internationales telles que le G20 ou l’O.N.U depuis les années 2000 a contraint la Principauté à réorienter sa stratégie, dans le but d’afficher une image de puissance normale aux yeux de la communauté internationale. Plus subtile, basée sur l’attraction et l’influence afin d’attirer de nouveaux investisseurs en son sein, cette nouvelle stratégie s’envisage comme une forme de soft power sportif ou Sport Power.

L’objectif de cet article est de mettre en lumière les caractéristiques de ce soft power sportif monégasque qui permet à Monaco de s’affirmer et d’être reconnue comme une nation de sports prestigieux (Formule 1, Master 1000 de l’ATP, club de football de Ligue 1, etc.). Mais pour y parvenir, il convient dans un premier temps d’analyser les enjeux du phénomène sportif, afin de comprendre les raisons qui en font une forme de puissance pour un État. Dans un second temps, il s’agira de revenir sur le soft power,  de ses origines en tant que notion et son développement en tant que concept, ce qui nous permettra par la suite d’aborder convenablement le cas monégasque.

1. Les enjeux du sport et le Soft Power

Contrairement aux idées reçues le sport n’est pas un phénomène qui s’est développé en marge des sociétés et de la mondialisation, mais bien au contraire, il s’est diffusé et intégré à ce processus depuis maintenant plus d’un siècle. Certains sports, comme le football, sont mêmes considérés comme faisant partie des phénomènes les plus mondialisés de nos sociétés, étant donné que la F.I.FA, l’organisation international du football, compte plus de pays membres que l’O.N.U[1] (Boniface, 2002). En ce sens, le sport est un des rares phénomènes capable de rassembler autant de cultures différentes autour d’une même passion. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, ce sont environ 3 milliards de téléspectateurs qui ont regardés la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Sotchi en 2014[2]. En tant que phénomène mondialisé, le sport transforme également les territoires. Au travers d’organisations sportives régionales et internationales, les différentes régions du monde se retrouvent structurées et hiérarchisées de
façons exclusives[3] (Drut, 2011), ce qui en fait un phénomène éminemment spatial et multi-scalaire.

Mais, comme le soulignent Lévy & Lussaut[4], dans un contexte de néolibéralisation  à l’échelle mondiale, l’enjeu qui nous intéresse ici concerne l’économie et la gouvernance sportive. Étant donné sa financiarisation, de nouveaux acteurs tels que des États, des milliardaires ou des multinationales, sont apparus dans le paysage sportif et ont bouleversé sa gouvernance depuis les années 1990, ce qui n’est pas sans soulever un certain nombre de problématiques[5].

En outre, à la simple lumière de ses caractéristiques politiques, territoriales, identitaires et économiques, le sport est bel et bien un phénomène aux enjeux plus complexes qu’il n’y paraît et dans ce sens, il semble logique que certains acteurs le perçoivent comme une forme de puissance à fort potentiel.

2. Le soft Power, origines et opérationnalisation

Alors que le concept de puissance semblait de moins en moins prompt à analyser de nouvelles dynamiques dans les relations internationales, Joseh Nye créa la notion de Soft power en 1990 afin de caractériser une forme de puissance intangible et immatérielle, basée sur la séduction et l’influence (Nye, 1992). Cette notion s’oppose au Hard Power, une forme de puissance plus traditionnelle dont les attributs sont les ressources primaires, l’effectif militaire et l’économie.

Si le Soft Power est restée une notion dans les travaux de Nye, il fut conceptualisé pour la première fois par Shen Ding dont l’objectif était de le mesurer dans le cas de la Chine[6] (Pozzar, 2012). Ding considère que l’opérationnalisation du Soft power s’identifie par deux variables. La première concerne les ressources effectives, qui sont en quelque sorte les ingrédients et les outils dont dispose l’État pour appliquer cette stratégie. La seconde concerne le résultat de la relation entre l’État appliquant le Soft power et l’État cible.

Si le Soft power s’intéresse à la culture en général comme ressource effective, il semblerait que le sport soit devenu une véritable forme de puissance spécifique à ce concept. L’apparition de la notion de Sport power dans le monde scientifique (Verschuuren, 2013) semble souligner  cette observation[7]. Ainsi, des études de cas comme celle de la Principauté de Monaco sont primordiales afin d’éprouver cette idée.

3. Le soft power sportif monégasque

Le Soft power monégasque n’est pas un phénomène récent[8], néanmoins, depuis le début du règne d’Albert II en 2005, il semble être dynamisé en grande partie dans sa dimension sportive.

Ce choix d’orientation n’est pas surprenant étant donné que la principauté de Monaco est un État qui se représente, et est perçu,  comme une nation historique du sport. D’une part, l’A.S Monaco, le club de football de la principauté fondé en 1924 a brillé dans de nombreuses compétitions comme la Ligue 1 française, et les compétitions européennes comme la Ligue Europa et la Ligue des champions. D’autre part, le territoire monégasque, accueil de nombreux évènements sportifs internationaux tels que le grand prix de Formule 1, la compétition internationale de natation Mare Nostrum, qui se déroule dans les bassins construits sous le stade Louis II, qui lui-même accueille de nombreux matchs de football internationaux ainsi que le Meeting
Herculis
, grande compétition d’athlétisme. D’autres évènements internationaux comme le Tour de France ou les Jeux des Petits États d’Europe on déjà choisi Monaco comme ville/État hôte de ces compétitions[9]. Aussi, le territoire monégasque est également le lieu de rencontre de grands acteurs de la gouvernance du sport dans de grands évènements internationaux organisés à Monaco[10].

Si la Principauté à souffert pendant un certain temps d’un problème d’image lié à l’opacité financière et au blanchiment d’argent. Il semble le Soft power sportif ai apporté une solution efficace à ce problème étant donné que Monaco s’affirme et est reconnue aujourd’hui comme une nation du sport, et ce à plusieurs échelles[11].

Conclusion

Le 17 mars 2015, après 90 minutes éprouvantes contre l’Arsenal F.C, l’A.S Monaco accède aux quarts de final de la ligue des champions de l’U.E.F.A, la plus prestigieuse compétition de football de clubs au monde. Si la compétition n’est pas encore gagnée, ce sont quatre années de reconstruction qui se confirment pour le club par cette victoire. Par cet exploit sportif le message de la Principauté est clair: malgré son statut de micro État, Monaco est une puissance sportive capable de rivaliser avec les plus grands. Au-delà du sport, c’est une véritable stratégie géopolitique qui prend forme pour Monaco car au même titre qu’une matière première, le sport semble être une ressource stratégique, qui, par l’intermédiaire de décisions et d’outils adéquats, peut être convertie en un Soft power sportif ou Sport power, qui permet à la principauté de s’affirmer aux cotés des plus grands dans le concert des nations et ainsi, de trouver sa place dans la mondialisation.

Références bibliographiques

BONIFACE, P. (2002). La Terre est ronde comme un ballon, Géopolitique du football. Paris, Éditions du Seuil, L’épreuve des faits, 202 Pages.

CHAMPAGNE & SCHOEPFER. (2010), Une FIFA forte pour une gouvernance mondiale du football, Géoconomie n° 54, pages 9-20.

DRUT, B. (2011), Économie du football professionnel. Paris, La Découverte, Repères, 120 pages.

LEVY & LUSSAUT. (2013), Dictionnaire de Géographie, de l’espace et des sociétés, édition revue et augmentée, éditions Belin, collection Biblio, 1034 pages.

POZZAR, M-H. (2012) Évaluer une stratégie de soft power : le cas de la promotion du mandarin standard en Thaïlande. Montréal, Université du Québec à Montréal, département de sciences politiques, mémoire de maîtrise, 158 pages.

VERSCHUUREN, P. (2013), « Les multiples visages du Sport Power », Revue internationale et stratégique, n°89, p. 131-136.

Notes de base de page

[1]. La comparaison faite par Pascal Boniface en 2002 recensait 203 états à la F.I.F.A contre 190 à l’O.N.U. En 2015, l’écart se creuse avec 209 pays à la F.I.F.A et 196 à l’O.N.U.

[2]. Estimation faite selon les données d’Eurodata TV Worlwide.

[3]. A ce propos, voir les comparaisons des systèmes de ligues de Bastien Drut dans son ouvrage Economie du football professionnel, éditions La Découverte(2011).

[4]. Dans leur Dictionnaire de la Géographie et de l’Espace des Sociétés, Lévy & Lussaut définissent la mondialisation comme un processus composé de plusieurs stades. Le septième stade se caractérise par le tournant néolibéral de l’économie mondial.

[5]. A ce propos, consulter le dossier de Champagne & Schoepfer, Une FIFA forte pour une gouvernance mondiale du football, paru dans le numéro 54 de la revue Géoéconomie (2010).

[6]. Marie Hélène Pozzar (2012), Évaluer une stratégie de soft power : le cas de la promotion du mandarin standard en Thaïlande. Montréal, Université du Québec à Montréal, département de sciences politiques, mémoire de maîtrise.

[7]. Pim Verschuuren (2013), Les multiples visages du Sport Power, Revue internationale et Stratégique n°89, p131-136.

[8]. Il est possible de considérer que le mariage entre Rainier III et Grace Kelly ainsi que les différents évènements caritatifs organisés par cette dernière sont le point de départ du Soft Power monégasque.

[9]. Monaco est désignée « ville départ » du Tour de France en 2009 et a accueilli les Jeux des Petits États d’Europe en 1987 et 2007.

[10]. Le 8 décembre 2014, Monaco accueillait le C.I.O pour une session extraordinaire. Le 5 décembre, c’est une réunion de la commission exécutive du C.I.O qui se déroulait dans la principauté.

[11]. Lorsque l’organisation monégasque Peace&Sport organise son salon bi-annuel de promotion de la paix par le Sport, ce sont de nombreux gouvernements, organisations internationales, comités olympiques, organisations non gouvernementales athlètes, médias et entreprises qui se déplacent.