Le Cameroun face aux nationalismes régionaux: une autopsie du malaise anglophone

Joseph Tchinda Kenfo1 

Docteur en Histoire, option Relations Internationales, Université de Yaoundé, Cameroun


À propos de l’auteur

Titulaire d’un Doctorat (PhD) en Histoire, option Relations Internationales de l’Université de Yaoundé I, Joseph TCHINDA KENFO est Conseiller en planification territoriale diplômé en Études stratégiques à l’Université de Yaoundé II-Soa, en Développement international de la Dale Kietzman Academy – USA, en Développement durable à l’Université Niccolo Unicusano de Rome et en Planification Territoriale et Développement Local à l’Université du Québec à Montréal. Il poursuit actuellement un mandat professionnel à l’Office de consultation publique de Montréal.


Résumé :  La question du droit des minorités s’exprime dans le cadre des territoires nationaux et prend souvent une dimension spatiale. À cet effet, sur des bases culturelles, linguistiques et territoriales, etc., des régions au sein des États manifestent leur mal-être et leurs frustrations. C’est en substance la situation que connaît le Cameroun depuis plusieurs mois avec la revendication des avocats anglophones engagée en octobre 2016 qui a débouché sur des mouvements de désobéissance civile et de remise en cause de l’autorité de l’État dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest.

Mots clés : Cameroun, nationalismes régionaux, malaise, anglophone, autopsie.

Abstract : The question of the minorities rights is expressed within the framework of national territories and often takes on a spatial dimension. To this end, on the cultural, linguistic and territorial bases, etc., regions within states express their uneasiness and frustrations. This is essentially the situation that Cameroon has been experiencing for several months with the anglophone advocates demand launched in October 2016, which has led to civil disobedience movements and the reappraisal of the State’s authority in the northwest and southwest regions.

Keywords : Cameroon, regional nationalism, malaise, anglophone, autopsy


Introduction

Le concept des minorités, qui s’avère complexe et contestable (Djoko, 2016), se situe aujourd’hui dans de nombreux pays dans une perspective dynamique. Ainsi, à côté des minorités dites nationales, de celles dispersées sans État et des minorités dites visibles[1], on assiste, un peu partout à la montée des nationalismes régionaux (Gœury, 2016). À cet effet, sur des bases culturelles, linguistiques et territoriales, etc., des régions au sein des États manifestent leur mal-être et leurs frustrations. Ces mouvements identitaires, voire séparatistes, à l’échelle de l’État-nation sont visibles en Europe notamment en Catalogne (Espagne), en Flandre (Belgique), au Pays Basque espagnol ou en Corse (France), etc. (Tétart, 2009 ; Tétart, 2010). En Afrique, ces revendications vont de la simple participation à la rente économique à davantage d’autonomie voire d’indépendance en passant par des aménagements institutionnels, la représentativité au sein de l’appareil d’État, la réalisation des projets de développement, etc. C’est en substance la situation que connaît le Cameroun depuis plusieurs octobre 2016. En effet, les revendications des avocats anglophones, engagées en octobre 2016, ont débouché sur une grève des enseignants de même expression et d’autres mouvements de désobéissance civile et de remise en cause de l’autorité de l’État. Ces actes qui, au départ, ne reposaient que sur l’absence de la version anglaise de certains textes de loi majeurs et la nomination des francophones dans les tribunaux du Nord-ouest et du Sud-ouest, a ravivé les frustrations accumulées depuis des décennies par les populations des deux régions anglophones du Sud-ouest et du Nord-ouest. Ainsi, Ainsi, Comment se manifeste le nationalisme régional dans les régions anglophones du Cameroun? Comment l’État camerounais s’en est-il pris ? Il s’agit pour nous, d’abord de cerner les contours de ce problème au contenu problématique, ensuite d’analyser ses principales manifestations, enfin d’explorer les réponses possibles pour plus d’inclusion.

 1. Bien nommer les choses ou les contours d’un problème au contenu problématique.

 »Problème anglophone » (Konings,1996 ; Ndze Ngwa, 1998 ; Abwa, 2000 ; Saah Nguimatsia, 2010), question anglophone (Olinga, 1994),  »malaise anglophone » (Tumi, 2011), minorité anglophone (Benjamin, 1972),  »discrimination »,  »marginalisation des anglophones ». Toutes les expressions sont bonnes pour qualifier la situation que pensent vivre certains citoyens camerounais qui s’identifient comme anglophones. Le qualificatif  »anglophone » en lui-même est au centre d’une polémique. Le problème anglophone, c’est en substance un ensemble de revendications exprimées de diverses façons et à maintes occasions par les Anglophones du Cameroun[2].

Ce qu’il est convenu de nommer « problème » ou « malaise » anglophone ne peut être situé sans susciter la controverse. Toutefois, qu’on le veuille ou pas, la question anglophone fait désormais partie des lieux communs et il est toujours utile d’en disséquer les apories. Les Anglophones du Cameroun ne sont pas tous ceux qui ont l’anglais comme première langue officielle, par opposition à ceux qui parlent le français comme première langue officielle. L’anglophonie au Cameroun est un concept plus ethnique, culturel et régional que linguistique (Sa’ah Guimatsia, 2010). Cette définition exclut les Francophones installés depuis longtemps en zone anglophone même s’ils y possèdent des biens et des liens, les Francophones qui maîtrisent l’anglais parce qu’ils ont acquis une éducation anglo-saxonne, ou étudié dans des établissements scolaires du sous-système anglophone qui prolifèrent en zone francophone[3].

Par ailleurs, les universitaires sont divisés quant à son contenu et à sa définition. Cette divergence est visible au regard de la joute entre Daniel Abwa et Willibroad Dze Ngwa. Le premier, repris par Dong Mougnol, estime que ce problème tourne autour de trois axes : les récriminations contre la République du Cameroun, la récrimination des hommes politiques en quête de réhabilitation historique et la récrimination des ambitieux en quête de pouvoir politique (Abwa, 2000 ; Dong Mougnol, 2012). Pour le second, il s’agit, ni plus ni moins, d’une discrimination savamment entretenue (Dze Ngwa, 1999). Pas seulement, le Professeur Charlemagne Messanga Nyanding voit derrière ses manifestations actuelles la main de certains réseaux francophones, proches du président Paul Biya, décidés par tous les moyens à susciter son départ en 2018[4].

Bien plus, le sentiment d’avoir été abandonné, présent chez les ressortissants de ces deux régions du Cameroun, est de plus en plus utilisé par les ressortissants d’autres régions notamment les politiciens et autres universitaires pour banaliser leurs réclamations. Le titre du récent ouvrage du Professeur Daniel Abwa, Ni Anglophones, ni francophones : tous des camerounais. Essai d’analyse historique en hommage au regretté Pr. M. Z. Njeuma, édité en 2015, est significatif à cet égard. En effet, la citoyenneté et la référence au Kamerun allemand sont mobilisés pour signifier le fait que l’identité anglophone dont ils se revendiquent n’est qu’un héritage colonial (Abwa, 2015). Il suffit juste de lire les commentaires de certains qui s’identifient comme « francophones » dans les médias sociaux. Ces derniers arguent que toutes les régions du Cameroun souffrent des problèmes de développement ; posant ainsi un problème de gouvernance globale qui affecte tous les Camerounais. Les déséquilibres territoriaux sont évoqués comme une fatalité nationale. De plus, la notion d’Anglophone est relativisée par les partisans de cette thèse du fait qu’à l’évidence, les francophones envoient davantage leurs enfants dans le sous-système scolaire anglophone. À cette tendance s’ajoute d’importants transferts de populations qui, depuis les années 1950, ont poussé les populations côté francophone à migrer vers la zone anglophone[5] sans oublier les nombreux brassages du fait des mariages interethniques. Ainsi, chacun se réclame anglophone du simple fait de la pratique de la langue. On se situe donc en face d’un conflit de légitimités, savamment créé, mobilisé et entretenu par une frange d’intellectuels francophones, destiné à définir qui est anglophone au Cameroun et qui ne l’est pas.

Pour Ambroise Kom, les conflits interculturels au Cameroun ne se ramènent pas à un problème de bilinguisme anglais/français mais plutôt à une lutte entre une petite élite anglophone et une élite francophone hégémonique. Parce que derrière la francisation se profile en réalité la lutte pour le triomphe des valeurs coloniales françaises au détriment des valeurs coloniales britanniques[6] (Kom, 1995). Il y va de même de l’expatriation symbolique ou la mise en question de la « camerounité » de ces compatriotes très souvent désignés  »Biafrais »[7].

En réalité, né de la réunification du Southern Cameroons sous tutelle britannique et de la république du Cameroun (indépendant le 1er janvier 1960), à la suite du référendum organisé par les Nations Unies, l’État fédéral[8] résulte d’un malentendu ou d’un jeu de dupes (Tobie-Kuoh, 1990). Celui-ci s’est opéré à la conférence de Foumban du 17 au 21 juillet 1961. De nombreuses divergences ont d’ailleurs été relevées entre les leaders politiques du Southern Cameroons à ce sujet ; notamment entre Emmanuel Endeley du Kamerun National Congress, John Ngu Foncha du Kamerun National Democratic Party et Nde Ntumazah du One Kamerun (Alima, 1977 ; International Crisis Group, 2017). Le document produit par Foncha fut rejeté au profit de celui d’Ahidjo, Président de la République du Cameroun, qui servit de document de travail pour la mise en place de la fédération ; ce qui provoqua le courroux des autres leaders anglophones lors des négociations. Ces derniers se sentant trahis (Alima, 1977; Nkarey, 2006). Jos Blaise Alima[9] relève également que le mot d’ordre de réunification était pour Foncha un moyen de susciter le sentiment d’hostilité vis-à-vis des Ibos, majoritaire dans le Sud-est du Nigéria. La Réunification est donc conçue et interprétée de façon fort diverse et cache de multiples projets politiques et personnels. Elle devient autant projet qu’instrument et est indissociable d’une stratégie politique liée à la vie politique interne au Cameroun Méridional (Torrent, 2013). Aussi, contrairement aux attentes des anglophones, le fédéralisme n’a pas débouché sur une parité stricte pour ce qui concerne leur héritage culturel et ce qu’ils considèrent comme leur identité anglophone. Il s’est avéré n’être qu’une phase transitoire de l’intégration totale de la région anglophone dans un État unitaire fortement centralisé (Bouopda, 2008 ; Kenne, 2012)[10]. Cette situation a graduellement favorisé une prise de conscience anglophone fondée sur le sentiment d’être  »marginalisé » politiquement,  »exploité »,  »assimilé » par un État dominé par les francophones (Konings, 1996). Le Southern Cameroons National Council, bien que minoritaire, a d’ailleurs toujours réclamé l’indépendance et manifesté des velléités séparatistes[11].

De plus, l’unification de mai 1972, obtenue par referendum en mai 1972 accéléra la frustration des anglophones[12]. La révision constitutionnelle qui l’a rendue possible a fait l’objet de nombreuses controverses de la part des juristes camerounais. Certains l’a considérait d’ailleurs comme  »un coup d’État civil », non conforme à la constitution fédérale (Nkot,1999). Il en est de même en 1984 lorsque deux ans après avoir remplacé Ahmadou Ahidjo, le président Paul Biya décide de modifier la constitution et de supprimer l’adjectif  »Unie » et de revenir à l’appellation République du Cameroun[13]. Ainsi, le  »problème anglophone » représente un caillou dans la chaussure des autorités et les événements récents au Cameroun le prouvent.

2. Problème anglophone et autorité de l’État : entre géopolitique ‘’par le haut’’ et géopolitique ‘’par le bas’’.

Dans cette sous-section, notre ambition est de relever les manifestations de ce malaise qui prend des allures de nationalisme régional. De fait, l’attachement de la  »minorité » anglophone[14] à leur région, la revendication d’une spécificité et d’une identité au sein du territoire national, et par là même des droits associés, ainsi que la volonté de défendre cette identité en constituent la substance. Grâce à la territorialité acquise par la langue, les nationalismes peuvent exiger la reconnaissance de leur différence et exprimer des revendications autonomistes, indépendantistes vis-à-vis de l’État central (Tétart, 2010). Dans le cas du Cameroun, les leaders du mouvement s’insurgent contre la  »francisation » des services publics dans les deux régions anglophones du Sud-ouest et du Nord-ouest, la nomination des magistrats francophones et le nombre de plus en plus croissant de francophones dans le sous-système scolaire anglophone. Les visées identitaires et séparatistes d’une frange de ce mouvement ne sont pas une exclusivité Camerounaise encore moins africaine. Seulement, le cas camerounais va au-delà du régionalisme car, non seulement la demande d’autonomie remet en cause la légitimité de l’État du Cameroun, mais aussi parce que le référent des revendications d’une minorité est celui de l’État-nation (Tétart, 2009 ; Tétart, 2010), Ambazonia en l’occurrence.  Sans verser dans le comparatisme, encore moins dans des constructions théoriques, nous tenons juste à préciser que chaque cas de nationalisme se déploie de façon différente (au regard des enjeux, du consensus qui se fait autour, de la position des autorités, etc.) même si on peut relever des permanences.

Quoiqu’il en soit, il reste que l’expression du mal-être des anglophones est visible depuis les années 1980, et ce, sous diverses formes. À l’action des élites, que nous considérons ici comme relevant d’une  »géopolitique par le haut »[15] au regard de l’échelle, se substituent progressivement les masses populaires dignes d’une  »géopolitique par le bas ». Si les divisions entre Anglophones (notamment les élites du Nord-Ouest et du Sud -Ouest) et un système étatique répressif n’ont pas permis l’expression de ces frustrations jusqu’en 1982, le régime de Paul Biya va les voir s’affirmer. En effet, l’élite anglophone va protester dès 1984 lorsque ce dernier décide de revenir sur l’expression République du Cameroun (au détriment de la République Unie du Cameroun), nom du Cameroun français indépendant avant la réunification pour désigner officiellement l’ensemble de la nation. C’est ainsi qu’en 1985, un avocat anglophone, Fon Gorgi Dinka est arrêté après avoir déclaré anticonstitutionnel le régime de Biya et appelé à l’indépendance du Southern Cameroons, rebaptisé République d’Ambazonie (Konings, 1996). La même année, l’élite anglophone proteste contre sa mise à l’écart du pouvoir politique. Elle dénonce également le fait que la SONARA (Société Nationale de Raffinerie) située à Limbé, soit dirigée par un francophone et pourvue également d’un personnel majoritairement francophone.

Par ailleurs, le 9 mai 1990, l’un des architectes anglophones de l’État fédéral, John Ngu Foncha, démissionne de son poste de vice-président du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais, parti au pouvoir. Dans sa lettre de démission, il déclare : ‘’The Anglophone Cameroonians who I brought into Union have been ridiciled and refered to as  »Les Biafrais », les  »ennemis dans la maison »,  »les traîtres », etc and the constitutional provisions which protected this Anglophone minority have been suppressed, their voice drowned while the rule of the gun replaced the dialogue » (Konings, 1996). Aussi, la libéralisation politique de 1990 a permis la création de plusieurs associations et groupes de pression plus agressifs sur la question. Il s’agit entre autres du Free West Cemeroon Movement (FWCM) et l’Ambazonia Movement de Fon Gorgi Dinka qui prônait la sécession. Les groupes majoritaires dont le Cameroon Anglophone Movement (CAM) et le All Anglophone Congress (AAC) s’en tiennent toutefois au retour au fédéralisme. Du 2 au 3 avril 1993, plus de 5000 membres de l’élite anglophone se rencontrent à Buéa afin d’adopter une position anglophone commune au sujet de la réforme constitutionnelle. La  »Déclaration de Buéa » publiée à la fin de cette rencontre expose les nombreuses doléances des Anglophones au sujet de la domination francophone et en appelle à un retour à l’État fédéral. L’AAC créé un  »Anglophone Standing Committee » de 65 membres qui soumet le 16 mai 1993 un avant-projet de constitution fédérale au comité technique de la réforme constitutionnelle. Il y est revendiqué une large autonomie politique, financière, fiscale, l’alternance à la présidence de la république fédérale, etc. La deuxième conférence anglophone organisée à Bamenda du 29 avril au 2 mai 1994 brandit la menace de la  »proclamation » de l’indépendance du Southern Cameroon (Konings, 1996 ; Nkarey, 2006).

Parallèlement, une offensive diplomatique est lancée en vue de bénéficier de soutiens internationaux au sein d’organisations notamment les Nations Unies et le Commonwealth. Une délégation est envoyée à New-York pour protester contre l’ « annexion de son ancien territoire sous-tutelle », le Southern Cameroons avec la participation de John Ngu Foncha et de Salomon Tandeng Muna. Ces groupes de pression militent pour l’entrée du Southern Cameroons au sein du Commonwealth au détriment de la République du Cameroun. Pour eux en effet, seul le Southern Camerouns réunissait les conditions historiques et linguistiques requises pour l’admission. Résultat, la demande formulée par le Cameroun en 1989 n’aboutit qu’au sommet du Commonwealth en Nouvelle-Zélande le 1er novembre 1995[16]. Depuis quelques mois, la diaspora a donné à la crise une visibilité au niveau international en organisant des manifestations devant les parlements de pays occidentaux et par des initiatives paradiplomatiques, comme le recours au cabinet américain Foley Hoag pour revendiquer l’indépendance du Southern Cameroons (International Crisis Group, 2017).

À côté de cette revendication des élites que l’on pourrait qualifier de  »par le haut », on assiste à l’émergence d’une contestation  »par le bas » qui concerne une frange de la population. En réalité, cette  »géopolitique par le bas » est le fait des nationalismes régionaux qui mettent de l’avant une contre-expertise territoriale (Gœury, Sierra, 2016). Si elle se manifeste le plus souvent par le rejet de projets d’aménagement au nom de territorialités locales qui peuvent relever d’un sentiment NIMBY (Not In My BackYard,  »pas dans mon arrière-cour »), dans notre cas ici, il s’agit d’un syndrome inversé de WNIMBY,  »pourquoi pas dans ma cour » (Why Not In My BackYard). En effet, la frustration des Anglophones face à l’État dominé par les francophones, comme nous l’avons relevé plus haut, a souvent été évoquée comme l’une des causes fondamentales de l’émergence du principal parti d’opposition dans cette zone, en l’occurrence le Social Democratic Front (SDF) de John Fru Ndi fondé en 1990 à Bamenda. Luc Sindjoun et Georges Courade soutiennent à cet effet que la dynamique subversive du  »bas » explique la popularité de John Fru Ndi en 1992, ce libraire  »pidjinophone »[17] dont le profil populiste s’oppose aux  »longs crayons » de Yaoundé (Sindjoun, Courade, 1996). Il va d’ailleurs lancer une campagne de désobéissance civile ponctuée de confrontation ouverte pendant l’opération  »villes mortes » de 1991[18]. À cela s’ajoutent des actions de sensibilisation et l’introduction de commémorations alternatives. C’est le cas du 20 mai[19] qui est déclaré  »jour de deuil » et la célébration du 1er octobre[20] comme jour de l’indépendance.

De la sorte, la vague de protestation des avocats anglophones, enseignants présumés[21] et d’une frange de la population à laquelle nous avons assisté depuis quelques mois s’inscrit dans une trajectoire historique et refait surface en fonction des enjeux et du contexte. En effet, les avocats anglophones en grève dénoncent depuis le 11 octobre 2016, l’absence, depuis une décennie, de la version française du Code CIMA (Conférence Interafricaine des Marchés financiers) et des traités OHADA (Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires). Ils critiquent également la francophonisation des juridictions de la Common Law, qui se traduit par l’affectation en zone anglophone de magistrats francophones ne maitrisant ni la Common Law, ni l’anglais, et par l’affectation de notaires, alors que cette fonction est exercée par les avocats dans le système de la Common Law (International Crisis Group, 2017). Ainsi, dans ce contexte et comme le relève Frank Tétart, la langue en tant que marqueur identitaire devient ainsi progressivement un élément qui sert à appuyer les revendications territoriales (Tétart, 2010). Par ailleurs, le mouvement  »villes mortes » décidé en association avec les enseignants et des membres de la société civile anglophone dans le cadre d’un consortium[22] a largement été suivi, provoquant la suspension des cours sur plusieurs mois. Il est donc inopérant que le président Paul Biya[23] ne voit en eux qu’un groupe de manifestants extrémistes, manipulés et instrumentalisés » (Biya, 2016). Le problème de fond demeure et appelle des mesures urgentes.

3. Au-delà de la répression : quelles réponses pour plus d’inclusion ?

Lorsque les problèmes relèvent du temps long, le pouvoir politique adopte un traitement symbolique sans procéder aux réformes structurelles requises, ni s’exposer au coût politique qui les accompagne (Macron, 2011). C’est malheureusement à cela que nous avons assisté depuis plusieurs décennies au Cameroun, au regard de la réaction des pouvoirs publics vis-à-vis du  »problème anglophone ». Il ne s’agit pas pour nous de nier l’efficacité des mesures urgentes et contextuelles mais, dans le cas d’espèce, de relever qu’elles sont inopérantes voire insuffisantes. En effet, le président Biya, ses conseillers et certains universitaires ont toujours minimisé, voire nié le problème. L’option de diviser pour régner a, dès le départ, constitué le socle de l’action étatique. À ce titre, une partie de l’élite anglophone a profité des grâces du pouvoir au travers des nominations et autres arrangements quand bien même les irréductibles  »sécessionnistes » étaient réprimés. Les alliés anglophones du pouvoir vont, dès les années 1990, condamner les appels démagogiques et irresponsables des responsables du mouvement  »fédéraliste » tout en contestant leur qualité de  »porte-parole » de la communauté anglophone[24]. Ainsi, certains représentants de la South West Chiefs Conference et de la South West Elites Association ont tenté, depuis les années 1990, de dissocier la région du Sud-Ouest des délibérations de l’AAC et de la déclaration de Buéa. Certains vont d’ailleurs accéder à des postes gouvernementaux[25]. On est là assez proche de la généralisation de la société de clientèle, bref cette politique du  »Njangui »[26] qu’évoque Simon Achidi Achu et repris par Luc Sindjoun (Sindjoun, 1996). Bien plus, lorsque fin janvier 2017, les chefs traditionnels du Nord-Ouest ont écrit au président de la République pour appeler à un geste d’apaisement par la libération des prisonniers, les chefs traditionnels du Sud-Ouest ont réagi en adressant une motion de soutien au gouvernement et en appelant les jeunes du Sud-Ouest à se désolidariser du désordre des concitoyens du Nord-Ouest (International Crisis Group, 2017).

De plus, la méthode forte ne s’est pas appliquée qu’aux seuls militants du Southern Cameroons National Council (SCNC). Le ton présidentiel concernant les récents événements est sans ambigüité. En effet, à l’occasion de ses vœux à la nation le 31 décembre 2016 et s’exprimant sur les événements des régions anglophones du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, le président Paul Biya affirma :  »en pareille circonstance, l’État a le devoir impérieux de rétablir l’ordre, au nom de la loi et dans l’intérêt de tous. Agir autrement, c’est compromettre notre démocratie ; c’est laisser l’anarchie s’installer à la place de l’État de droit » (Biya, 2016). Aussi martela-t-il :  » Nous tirerons toutes les conséquences des différentes enquêtes en cours à ce sujet » (Biya, 2016). La loi anti-terroriste du 23 décembre 2014 votée dans le cadre de la lutte contre la secte islamiste Boko Haram est d’ailleurs mobilisée afin de neutraliser les leaders du mouvement qui sont écroués à la prison de Kondengui à Yaoundé. Certains, dont Nkongho Felix, Agbor Balla et Fontem Afortekaa Neba, ont d’ailleurs comparu devant le tribunal militaire de Yaoundé le 13 février 2017[27]. Il en est de même des leaders qui prennent publiquement la parole en guise de soutien à ces manifestants. C’est le cas d’Ayah Paul[28], de Joseph Wirba Mbiydzenyuy[29]. Les villes de Buéa et Bamenda ont été militarisées. Les régions en question ont été privées de connexion internet et il a fallu la pression internationale et la visite du représentant du secrétaire général des Nations Unies pour que la connexion soit rétablie sous  »haute instruction du président de la république ».

Par ailleurs, le président Biya se disait  »prêts à aller plus loin, à la suite et dans l’esprit des artisans de la Réunification, à créer une structure nationale dont la mission sera de proposer des solutions pour maintenir la paix, consolider l’unité du pays et renforcer la volonté et la pratique quotidienne du VIVRE ENSEMBLE » (Biya, 2016). Moins d’un mois plus tard, plus précisément le 23 janvier 2017, il signait le décret portant création, organisation et fonctionnement de la Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme. Dans la foulée, notamment en mars et avril 2017, il signa une autre série de décrets nommant les membres dont le président, le vice-président et le secrétaire général de ladite Commission. Cette Commission est surtout handicapée par son texte fondateur, qui la cantonne à la rédaction de rapports et au plaidoyer en vue du respect du bilinguisme et du multiculturalisme, sans la doter de pouvoir de sanction (International Crisis Group, 2017). De même, le gouvernement annonce d’autres mesures le 30 mars, notamment la création d’une section Common Law à la Cour suprême et à l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM), l’augmentation du nombre d’enseignants en langue anglaise à l’ENAM, le recrutement de magistrats anglophones, la création de départements de Common Law dans des universités francophones et l’autorisation provisoire pour les avocats anglophones de continuer d’exercer les fonctions de notaire dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest[30]. Mesures dont l’efficacité reste à vérifier.

On ne peut plus continuer à faire semblant. Les enjeux soulevés par les magistrats et enseignants anglophones doivent être examinés avec lucidité. Le malaise social actuel appelle à une approche inclusive, globale et intégrée. Pour y arriver, il faut rebâtir un nouveau contrat social entre l’État, qui, à travers ses représentants, peine à se faire entendre, et les populations. Nous l’avons vu avec le traitement réservé à la délégation officielle constituée des ministres de l’Enseignement supérieur, des Enseignements secondaires, de l’Éducation de base, etc. envoyée à Bamenda pour dialoguer avec les parties impliquées dans les revendications[31]. Aussi, les missions diplomatiques envoyées à l’étranger ont dû faire face à des actions violentes de certains groupes en Afrique du Sud, en Belgique, au Canada. Il s’agit manifestement des excroissances de l’Ambazonie sécessionniste, au vu du drapeau brandi, notamment sur le fronton de l’ambassade camerounaise au Canada. On ne peut tout de même s’empêcher de questionner autant la démarche que la constitution des équipes[32].

Le principal défi aujourd’hui, qui est en même temps un enjeu, c’est de faire la part des choses entre ce qui relève de l’instrumentalisation/manipulation (avérée ou présumée) et la réponse urgente et adéquate aux attentes exprimées. En tout état de cause, il est important de prendre en compte les évolutions mentales, sociologiques, technologiques et les représentations sociales dans l’approche d’une situation de crise. Les problèmes d’intégration dont il est question se déclinent différemment en fonction de la posture, des perceptions, du bagage culturel, des enjeux, etc[33].

La légitimité perdue ne peut être retrouvée qu’en mettant en place des instances ou mécanismes de proximité géographiques mais surtout institutionnels dans le cadre d’une véritable mise en œuvre de la décentralisation[34], seule à même de réduire les incertitudes et de restaurer la légitimité. Le Cameroun n’a pas le choix que de les réduire s’il veut être une terre d’attractivités[35]. On ne peut faire autrement que de bâtir une société civile forte et un réseau d’organismes communautaires et d’entrepreneurs sociaux qui assureraient le relais de moult organisations communautaristes qui enferment les Camerounais dans les limites de l’ethnie et du village. Luc Sindjoun et Georges Courade faisaient, en 1996, un constat assez frappant :  »la société politique camerounaise reste fondamentalement une droguée de la logique étatique » (Sindjoun, Courade, 1996). Ce qui explique le retard qu’elle met à créer un véritable milieu associatif et syndical (et nous ajouterons communautaire), susceptible de créer une dynamique dans tous les domaines de la vie quotidienne. On l’a vu, le problème des différences culturelles/linguistiques au Cameroun refait surface, tantôt est occulté par l’illusion unitaire et intégrationniste de la Nation, tantôt mis en relief par les « ennemis de la Nation » selon le vocabulaire consacré (Tchinda Kenfo, 2016). Loin d’une homogénéité artificielle, la diversité camerounaise doit être convoquée dans la perspective de bâtir une nation forte et prospère.

Le risque est grand : que le consortium et d’autres groupes ne s’opposent à l’État, au nom des populations ou d’un segment, que pour négocier, défendre ou renforcer des positions personnelles ou corporatistes. Les divergences entre les leaders et l’hétérogénéité du mouvement sont significatives à plusieurs égards[36]. À ce sujet, ces leaders devraient tirer des leçons de l’histoire. Les récriminations d’une partie de la frange anglophone de la population rejoignent, bien que se déployant/déclinant de façon différente, la souffrance de la population camerounaise dans son ensemble. Bien revendiquées, chaque camerounais s’y identifie. Le fait que certains d’entre eux aient brandi la sécession et prôné la violence a refermé les portes d’adhésion d’une frange des Camerounais francophones. Par conséquent, la para-diplomatie qui se déploie sous fond d’agitation et d’appel à l’intervention d’entités étrangères doit céder place à un réseau associatif susceptible de porter les aspirations profondes des populations. Ce faisant, il pourra constituer un rempart dans la lutte contre la pauvreté et la réduction des inégalités.

Le nationalisme, dans son imprévisibilité et ses inconnus, ne constitue pas forcément une solution aux revendications légitimes. La juste reconnaissance ou considération des revendications repose certainement sur la stricte observation des dispositions constitutionnelles (Ceci étant valable pour toutes les parties en présence). On ne le dira jamais assez : la construction de toute nation comporte son lot de compromis, de compromissions, de fourberies et de duperies. Ainsi, sa compréhension se situe au-delà de la volonté des individualités en scène. On ne peut aujourd’hui refaire le procès de la réunification (encore moins de l’Unification) dans ses espoirs, ses échecs, ses réussites, ses manquements, etc. Au lieu d’ouvrir une boîte de pandore, il est impératif de relire ces processus querellés et leur donner une intelligibilité en fonction des impératifs présents. Ceci passe par un dialogue franc, ouvert, inclusif, seul rempart contre les nationalismes. Ceci passe aussi par une relecture de l’histoire du Cameroun afin de lutter contre les stéréotypes et construire une nouvelle représentation de la Nation camerounaise.

Conclusion

Comme nous l’avons relevé tout au long de cette contribution, le  »Problème Anglophone » au Cameroun est mal formulé et par conséquent mal résolu. Cet état de fait nous fait penser à la dissonance cognitive qu’évoque Xavier Raufer, cette difficulté qu’éprouve tout homme (ici les États ou les autorités au pouvoir) à voir les changements qui s’opèrent dans le réel des choses, la peine qu’il ressent à admettre ses torts (Raufer, 2012). Bien plus, la résolution de ce problème et la manière forte employée doivent se départir du piège de l’indexation et autres accusations de  »génocide culturel et politique » visibles dans le septentrion dans le cadre de la lutte contre la secte islamiste Boko Haram (Tchinda, 2017). Cette contribution soulève effectivement, nous l’espérons, une problématique majeure dans la perspective camerounaise de construire une société républicaine juste, réciproque, franchement collaborative, viable et vivable pour toutes les composantes sociologiques quelles qu’elles soient. Au final, l’intolérance et l’indifférence des uns augmentent celles des autres. Les Camerounais dans leur ensemble devraient s’en souvenir.


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Notes de bas de page

[1] Il s’agit des minorités issues de l’immigration dans les pays d’accueil à l’instar du Canada.

[2] Certains d’entre eux, dont Paul Atanga Nji, estiment qu’il n’existe pas de problème anglophone au Cameroun.

[3] En clair, à en croire Sa’ah Guimatsia, les Anglophones du Cameroun, c’est bel et bien une identité culturelle bien particulière, un espace géographique limité et un parcours historique spécifique, avant d’être une simple communauté linguistique.

[4] Ce membre du comité central du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais, parti au pouvoir, s’exprimait dans le cadre de l’émission « Canal Presse », édition du 18 juin 2017, sur la chaîne de télévision camerounaise Canal 2

[5] Les raisons sont multiples. Entre autres nous pouvons citer la volonté de trouver un refuge pour les militants de l’UPC réprimés par le pouvoir colonial français, les raisons économiques du fait de la volonté d’exploiter les terres fertiles qui longent les massifs volcaniques du Mont Cameroun, etc.

[6] À titre de rappel, le Cameroun a connu la domination de la France et de la Grande Bretagne, respectivement  en tant que territoire sous mandat de la SDN et territoire sous tutelle des Nations Unies.

[7] Ceci, en référence à la région du Biafra dans le Sud-est du Nigéria et majoritairement occupée par l’ethnie Igbo.

[8] La réunification du 1er octobre 1961 voit la création de la République fédérale du Cameroun avec deux États fédérés, le Cameroun occidental (anglophone) et le Cameroun oriental (francophone).

[9] Jos-Blaise Alima soutient aussi que pour Bernard Fonlon, secrétaire de la conférence de Foumban, le bilinguisme offrait un moyen d’empêcher l’absorption des valeurs et de la culture du Cameroun Occidental. Il va à cet effet demander dès 1964 un fédéralisme moins centralisé, arguant que  »le peuple du Cameroun Occidental, dans son immense majorité, s’est prononcé pour la réunification et non pour la fédération »

[10] Le 20 octobre 1961, Ahidjo signe un décret réorganisant le territoire fédéral en six régions administratives, dont le Cameroun occidental, et nomme un inspecteur fédéral par région, responsable devant le président fédéral. Pour plus, voir International Crisis Group, Cameroun : la crise anglophone à la croisée des chemins, Rapport Afrique, N°250, 2 août 2017, 38p.

[11] En décembre 1999, il a même fait sensation en déclarant symboliquement l’indépendance de la partie anglophone du pays.

[12] John Ngu Foncha va dès le début s’opposer à la première étape notamment la mise en place du parti unique (L’Union Nationale Camerounaise) étant donné que cela signifiait la perte certaine de son poste de président à vie du KNDP.

[13] En effet, à la suite du référendum de mai 1972, le pays change de dénomination et passe de République Fédérale du Cameroun (qui regroupait les deux États Fédérés du Cameroun Oriental et Méridional ou Occidental) à République Unie du Cameroun.

[14] Face aux francophones : 2 régions sur les10 que compte le Cameroun.

[15] Il est important de souligner que l’expression  »géopolitique par le haut » a été longtemps utilisée dans le cadre de l’analyse des rapports de puissance entre États. Il s’oppose ainsi à l’expression  »géopolitique par le bas » qui concerne beaucoup plus les acteurs locaux ou transnationaux.

[16] Lors de ce sommet, la délégation du Southern Cameroons plaide en faveur de l’organisation d’un référendum d’indépendance pour le Southern Cameroons.

[17]Le pidgin camerounais est un créole (langue vernaculaire) à base lexicale anglaise parlé au Cameroun. Il est également connu sous le nom de « Cameroon-talk ». Il est né dans les années de la traite des esclaves (de 1440 à début des années 1800). Il précède l’anglais au Cameroun.

[18] En effet, l’opposition lance en mai-juin 1991 l’opération  »villes mortes » et la campagne de désobéissance civile pour paralyser l’activité dans les grandes villes du pays ; faisant ainsi régner l’insécurité et la terreur. Par ailleurs, on assiste à de violentes protestations à la suite de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle de 1992 contre  »le vol de la victoire du Chairman ».

[19] Cette date marque l’unification des deux Cameroun en 1972.

[20] Elle correspond à l’indépendance du Southern Cameroons qui rejoint la République du Cameroun dans le cadre de la fédération.

[21] Nous préférons cette prudence du fait que nous ne disposons pas d’informations suffisantes quant à la qualité et sur l’identité des meneurs. Ce qui est sûr par contre c’est le fait qu’ils se revendiquaient des enseignants.

[22] Groupe baptisé Cameroon Anglophone Civil Society Consortium.

[23] La déclaration du président Paul Biya est la continuation d’une démarche centraliste, hégémonique et de domination coercitive du pouvoir central de Yaoundé. Et d’ailleurs, la révision constitutionnelle de 1996 a clairement interdit tout débat sur la forme unitaire de l’État. Donc, le président est cohérent dans la posture centraliste de l’État et de la constitution. Ceci justifie sans doute l’approche du problème par les pouvoirs publics.

[24] Récemment encore, l’attitude du SDF parti d’opposition en dit long. En effet, John Fru Ndi lors du dernier National Executive Committee du 25 mars 2017 laissa entendre que le député Joseph Wirba qui a pris fait et cause pour les manifestants était responsable de  »ses orientations personnelles » et non le parti.

[25] C’est ainsi qu’en 1992, Simon Achidi Achu du Nord-Ouest et Éphraïm Inoni du Sud-Ouest sont nommés respectivement Premier ministre et Secrétaire-adjoint à la présidence de la république. Le second par la suite est promu premier ministre en 2004, poste qu’il occupe jusqu’en 2009. Il tombe en disgrâce par la suite et est écroué à la prison centrale de Kondengui (Yaoundé) dans le cadre de l’opération épervier.

[26] Encore appelé tontine, il s’agit d’un moyen d’épargne et de crédit entre les membres d’une association ou d’un groupe.

[27] Ils font face à de nombreux chefs d’accusation dont les actes de terrorisme, hostilité contre la patrie, sécession, révolution, insurrection, outrage au président de la république, rébellion de groupe, guerre civile, apologie de crime, etc. Officiellement, il est fait état de 82 arrestations.

[28] Avocat Général à la Cour Suprême du Cameroun arrêté le 21 janvier 2017 et détenu au Secrétariat d’État à la Défense pendant plusieurs mois. Ce dernier ainsi que les leaders Nkongho Felix, Agbor Balla et Fontem Afortekaa Neba ont récemment été libérés sans que la situation n’évolue sensiblement.

[29] Ce député du Jakiri dans le département de Mbui, représentant le parti d’opposition le SDF de John Fru Ndi, est visé par un mandat d’arrêt depuis avril 2017.

[30] Cameroon Tribune du 31 mars 2017 cité par International Crisis Group, op cit., p.13.

[31] Ce comité interministériel ad hoc chargé de trouver une issue pacifique à cette crise et dirigé par Ghogomu Paul Mingo, directeur du cabinet du premier ministre, s’est achevé sur un échec.

[32] La mission est diversement appréciée autant chez les anglophones que les francophones. Intervenant comme panéliste à l’émission Cartes sur table, édition du 08 août 2017, sur la chaîne de télévision camerounaise STV, le journaliste Élie Smith qualifie certains d’entre eux (Laurent Esso, ministre de la justice en l’occurrence) de révisionnistes. Par contre, l’avocat Achu Julius pense pour sa part que les manifestants ont démontré qu’ils préfèrent le désordre, la brutalité, le chaos ; qu’ils ne sont pas prêts à dialoguer ; ne sont pas des démocrates. Bref, que le problème vient d’eux.

[33] Il est clair aujourd’hui que le leadership a lui aussi évolué ainsi que les sensibilités qui vont avec. Les dimensions du problème anglophone s’enchevêtrent et s’interconnectent au travers de plusieurs perspectives. Les leaders et le contexte de la fédération/unification ne sont pas ceux d’aujourd’hui. Évidemment, en isolant un problème ou en essayant de l’étouffer, il peut muter et devenir critique. En conséquence, il est risqué de jeter l’opprobre sur les mouvements sociaux et de criminaliser toute expression politique. Car en cas de crise, les autorités deviennent inaudibles et sans relais crédibles.

[34] Bien qu’elle ne figure pas dans les revendications originelles des manifestants, son accélération a, entre autres, été réclamée par les parlementaires (sénateurs et députés) RDPC du Nord-Ouest réunis à Bamenda en date du 15 février 2017 sous la présidence de Achidi Achu, ex-premier ministre et sénateur.

[35] Du thème officiel de la Conférence Économique Internationale de Yaoundé « Investir au Cameroun, Terre d’Attractivités » tenue au mois de mai 2016.

[36] Pour plus de détails à ce sujet, voir International Crisis Group, Cameroun : la crise anglophone à la croisée des chemins, Rapport Afrique, N°250, 2 août 2017, 38p.