La symbolique des lieux de pouvoir dans les métropoles: le cas des hôtels de ville à Montpellier (1204-2015)

Dominique Ganibenc1, Alexandre Brun2, William Hayet3 et Stéphanie Coursière4

1Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche en Histoire de l’Art, Université Paul-Valéry Montpellier 3, Département de géographie et d’aménagement, Unité Mixte de Recherche CRISE, Site Saint-Charles, Rue Henri Serre 34 090 Montpellier, France; dominique.ganibenc@univ-montp3.fr

2Chercheur associé au Conseil québécois d’études géopolitiques (CQEG), Maître de conférences en géographie et aménagement; Université Paul-Valéry Montpellier 3, Unité Mixte de recherches 5281, Département de géographie et d’aménagement; alexandre.brun@univ-montp3.fr

3Maître-assistant titulaire des écoles d’architecture, École Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon; LAURE-ENSAL/MCC;  william.hayet@lyon.archi.fr

4Ingénieur d’étude, cartographe, Université Paul-Valéry Montpellier 3, Département de géographie et d’aménagement; stephane.coursiere@univ-montp3.fr


Résumé: L’architecture et la localisation des lieux de pouvoir ont une portée symbolique qui renseigne sur les ambitions urbaines et les stratégies territoriales. Cet article revient de la métropole de Montpellier (440 000 habitants en 2015) située dans le sud de la France. Il analyse la mise en scène du pouvoir politique dans la ville à travers l’exemple des mairies. Ainsi, la construction de grands équipements publics comme les Hôtels de Ville fait partie de la panoplie du « maire-bâtisseur » tant au titre du marketing territorial que du projet métropolitain.

Abstract: The architecture and location of power places have a symbolic dimension that gives information about urban ambitions and territorial strategies. This paper focuses on the urban area of Montpellier (440 000 inhabitants in 2015) in southern France.  It analyses the political power staging through the example of city hall buildings. Thus, the construction of large public utilities like city halls is part of the contribution from the “mayor-builder” to territorial marketing as well as to the metropolitan project.

Mots-clefs: Pouvoir local, métropole, mairie, architecture, projet urbain, Montpellier

Keywords: local power; metropolis; city hall; architecture; urban project, Montpellier.


Introduction

L’Hôtel de ville est l’un des bâtiments publics les plus fréquentés et celui qui incarne le mieux le pouvoir local aux yeux des administrés. En France, les exécutifs intercommunaux, départementaux et régionaux ont leurs propres bâtiments, lesquels ne sont pas méconnus des habitants. Mais – pas plus que la Préfecture – ces lieux de pouvoir ne peuvent rivaliser avec les mairies. La facture architecturale et surtout l’emplacement des mairies ont par conséquent une portée symbolique qui renseigne sur les ambitions urbaines. Le cas de Montpellier, qui a connu trois mairies des années 1960 à nos jours, témoigne ainsi d’une évolution de la stratégie urbaine et plus largement territoriale. Cette recherche a été menée conjointement par un historien, un géographe, un architecte et un cartographe au cours de l’année 2014.

Elle repose sur un examen de la bibliographie, des entretiens ouverts auprès d’acteurs de l’aménagement et l’analyse d’archives municipales (notamment des plans anciens, des actes notariés et des délibérations de conseils municipaux). Elle questionne la mise en scène du pouvoir politique dans la ville à travers l’exemple des mairies de Montpellier et cherche à alimenter la réflexion portant sur propagande urbaine, autrement dit « la manière dont l’espace urbain est instrumentalisé par les pouvoirs afin de servir leurs intérêts » (Fournet-Guérin et Vacchiani-Marcuzzo, 2009).

Les hôtels de ville au temps du Consulat de Montpellier (1204-1789)

Dès le XIIème siècle, les villes du Languedoc s’administraient elles-mêmes. « Elles n’avaient pas de maire, ni de corps municipal, les fonctions administratives étaient exercées par un collège de prud’hommes, appelés plus tard Consuls. [Élus pour un an par les familles de notables, ils avaient pour mission de défendre l’intérêt de la communauté face aux seigneurs et aux clercs]. » (Guigou, 2012, p.3). En 1204, la ville connut une rupture dans le déroulement de son histoire. Suite à une révolte, Montpellier, qui était sous l’autorité de la famille des Guilhem depuis deux siècles, passa sous la protection de la couronne d’Aragon. [1] Le privilège de voir leur ville administrée par une municipalité consulaire fut confirmé aux montpelliérains par Pierre d’Aragon à l’occasion de son mariage avec Marie de Montpellier.

Le nouveau seigneur voulut se faire bien voir de ses sujets et donna les pleins pouvoirs aux Consuls pour statuer, réformer et corriger les lois utiles relatives au bon fonctionnement de la commune. Aussi « même si le Bayle et le lieutenant royal étaient supposés représenter Pierre d’Aragon en son absence, les vrais maîtres de la cité étaient les Consuls » (Guigou, 2012, p.3). Ces derniers firent le choix d’implanter le premier Hôtel de ville à côté de l’Herberie, de la Poissonnerie et de la Grande Loge au cœur d’un des points névralgiques de la cité (Guiraud, 1899).[2] L’édifice fut acheté le 19 août 1205 sur les biens confisqués des partisans de Guilhem IX (Fabre et Lochard, 1992). Il rassemblait toutes les conditions requises pour accueillir les Consuls car il occupait une position centrale tant au plan de la vie religieuse (entre Saint Firmin et Sainte Marie des Tables) que de la vie commerciale avec ses nombreux marchés et ses tables de change (Guiraud, 1899).[3]

Un siècle et demi plus tard cependant, la ville se trouva dans l’obligation de déménager sa maison consulaire en raison de l’exiguïté du lieu. L’historien Jean Nougaret précise que le siège du pouvoir local était alors de faible hauteur, mal fermé et soumis « à de trop nombreuses servitudes, notamment les nuisances des marchés voisins » (2005, p.69). « Une occasion s’offrit aux Consuls ; un riche bourgeois Jean Bonamic, marchand drapier, venait de mourir et laissait une grande maison. Il instituait comme héritier universel son fils, clerc tonsuré, à charge pour lui de payer certains legs et de mettre en vente la maison paternelle afin de marier sa sœur » (Guigou, 2012, p.11). Les Consuls de Montpellier installèrent donc le second Hôtel de ville dans cette belle maison achetée le 27 août 1361 pour 4200 florins d’or, et située au niveau de l’actuelle place Jean Jaurès, place elle-même à l’emplacement de l’église Notre-Dame des Tables. Cette dernière était l’une des étapes du chemin allant à Saint-Jacques de Compostelle.

Ce positionnement correspondait au cœur urbain de Montpellier. La cloche de l’Église Notre-Dame des Tables remplissait alors le rôle de beffroi municipal, sa nef étant devenue à la fois le lieu de publication de la création de la république consulaire de la Grande Charte, puis des chartes « complémentaires » instituant entre autre le consulat auprès de la Cour du Bayle, mais aussi celui des assemblées conciliaires, du sanctuaire Marial et du prieuré de Notre-Dame des Tables (1213-1240). C’était aussi le centre politique de la ville, du fait de la proximité de la résidence des Rois d’Aragon, des marchés et des loges, le lieu des exécutions ainsi que son centre géographique entre les paroisses Saint-Firmin et Saint-Denis (Segondy, 1977, Macaire, 2001).

Le nouvel Hôtel de ville demeura en fonction jusqu’à la Révolution Française.[4] La création des départements, en 1790, fit de Montpellier le chef-lieu de l’Hérault.[5] Émancipée de l’autorité consulaire depuis le 1er mars 1789, la ville dont le premier maire fut Jean-Jacques-Louis Durand, vit le conseil municipal occuper l’ancienne maison consulaire transformée en mairie. À la Révolution la « Maison Commune » fut transférée dans l’Hôtel de la nouvelle Intendance (Hôtel de la Comtesse de Ganges), lui-même bâti sur les lieux de l’ancienne cour du Bayle.

Un Hôtel de ville à la Canourgue (1810-1975)

Il fallut attendre l’Empire (1804-1815) pour que la municipalité puisse se doter d’« une maison commune digne du rang qui lui [était] assignée»[6]. Malgré une situation financière compliquée et un refus du Conseiller d’État Directeur de la Comptabilité des Communes et des Hospices[7], Pierre-Louis Granier (maire de 1800 à 1814) fit acquérir le 24 août 1810, la maison Belleval, donnant sur la place de la Canourgue qui offrait une vue plongeante sur la cathédrale Saint-Pierre, pour y implanter le nouvel Hôtel de ville. La place de la Canourgue fut aménagée en 1856 pour créer le square de l’Hôtel de ville ombragé et agrémenté de la fontaine dite des Licornes, qui jouxtait jadis l’ancien Hôtel de ville[8]. À partir de la seconde moitié du 19ème siècle, des édifices publics (Préfecture, Palais de Justice) et religieux (églises Sainte Anne et Saint-Roch) furent construits à proximité de la place de la Canourgue.[9]

Le renouveau des villes voulu par Napoléon III, au pouvoir de 1852 à 1870, gagna les villes de province après Paris. Le maire de Montpellier d’alors, Jules Pagézy, programma le percement et le réaménagement de grandes artères.[10] L’un des plus beaux exemples fut le tracé de l’ancienne voie impériale (anciennement rue Nationale devenue rue Foch) qui relie la place de la Préfecture au Peyrou.[11] Cette politique de grands travaux fluidifia la circulation, offrit aux montpelliérains de vastes espaces publics (square de la gare, jardin des plantes, promenade de l’esplanade, etc.) et répondit aux préoccupations des hygiénistes en développant un système moderne d’égouts souterrains. La réorganisation urbaine qui s’opéra eu pour conséquence d’excentrer la mairie, pourtant localisée à quelques encablures de la rue Foch, des nouveaux lieux commerçants à la mode comme la rue Maguelonne (1866) et la gare (1844).

Une nouvelle mairie au-delà du centre ancien et de la voie ferrée (1975-2011)

En 1965, Montpellier devint la capitale régionale du Languedoc-Roussillon. À cette période, c’est « la seule ville française de plus de 200.000 habitants à avoir enregistré une croissance permanente et soutenue qui lui accorda l’accès au huitième rang national » (Cholvy, 2001, p.278). Sous l’impulsion de son maire François Delmas (élu sans interruption de 1959 à 1977) et de son adjoint à l’urbanisme le géographe François Doumenge, la ville étoffa et rééquilibra son Plan d’Urbanisme Directeur (PUD) avec le projet « Polygone », après la construction de la Zone d’Urbanisation Prioritaire (ZUP) de la Paillade, le quartier Hôpitaux-Facultés et une vaste zone d’activité dédiée à IBM dans le quartier des Aubes.[12] Inauguré en 1975, le centre commercial « Polygone » eu le mérite d’effacer la limite imposée, à deux pas du centre historique, par la faille de la voie ferrée. La « dalle du Triangle » – typique de l’urbanisme de séparation – devint le sésame des terrains sportifs et militaires situés à l’est de la ville. Voté par le conseil municipal en 1969 et livré six ans plus tard, le nouvel Hôtel de ville fut l’un des éléments forts de ce programme.

Édifié selon les plans de Jean-Claude Deshons et Philippe Jaulmes, alors très en vogue à Montpellier[13], l’immeuble en R+6 se démarqua du reste de la ville en affichant sa modernité, résultat d’une architecture de verre et d’acier. Il fallait faire oublier la mairie sous-dimensionnée du 19ème siècle et lui préférer un équipement « futuriste » de façon à conforter le statut et l’image de la ville. Lors de l’inauguration, Albin Chalandon, chef de file des « gaullistes », alla jusqu’à évoquer « une réussite assez exceptionnelle, moderne et classique à la fois » rivalisant avec le Peyrou ! Les administrés ont rapidement adopté cette nouvelle mairie jugée pratique et bien située, dans ce qui devint petit à petit le nouveau centre de la capitale régionale.

La ville s’affranchit du faisceau ferré en « passant par-dessus » grâce à la dalle du Triangle et créa un véritable continuum commercial en ajoutant le « Polygone » (entre 12 et 16 millions de visiteurs par an) à la Place de la Comédie en direction du Lez. La mairie a cependant été peu à peu supplantée par les immeubles de bureaux qui l’entouraient. Autrement dit, les bâtiments modernes ont banalisé l’Hôtel de ville. En particulier, la tour « Le Triangle » haute de 72 mètres et édifiée en 1978 est devenue le principal repère de Montpellier, visible depuis la mer. De surcroît, l’exiguïté des locaux (5000 m²) a obligé la municipalité à disperser ses services en plusieurs lieux de la ville.

Avant le basculement historique de la France à gauche en mai 1981, les élections municipales de 1977 donnèrent à Montpellier la majorité aux socialistes. Élu maire, Georges Frêche et son premier adjoint, le géographe Raymond Dugrand poursuivirent l’urbanisation des terrains situées à l’est de la ville, entre le « Polygone » et les rives du Lez. Ainsi, 55 hectares d’anciens terrains militaires et des parcelles agricoles furent urbanisés en moins de vingt ans et bientôt raccordés aux autres quartiers grâce au tramway (à partir de 2001). L’Hôtel de ville, récemment livré, ne fut pas un sujet de réflexion pour les nouveaux élus. À l’époque toutefois, Ricardo Bofill – alors architecte en chef du nouveau quartier d’Antigone – dressa un schéma directeur qui prévoyait l’implantation d’un grand équipement structurant bordé d’un bassin, là même où trente ans plus tard la nouvelle mairie fut construite.

La nouvelle mairie de « Montpellier-sur-Mer » et la reconversion des anciennes mairies

Volontairement excentrée et située au sud-est de l’agglomération, la nouvelle mairie conçue par Jean Nouvel et François Fontès a été inauguré 2011. « Le volume du bâtiment est un parallélépipède de 12 niveaux, percé de deux patios, et constitué d’éléments en pont surplombant un plan d’eau. Le bâtiment dégage ainsi des transparences visuelles [vers un parc de 4,5 hectares en rive droite du Lez et Port Marianne en rive gauche]. Les façades extérieures de couleur bleu profond rappellent la méditerranée. Elles sont revêtues d’une peau en aluminium anodisé et de verre, offrant des variations de couleur suivant la lumière du soleil » (SERM, 2011, p.102). Les services municipaux (960 agents) sont désormais regroupés dans cet édifice qui compte pas moins de 500 bureaux.

FIGURE 1
Localisation spatio-historique des hôtels de ville à Montpellier (1204-2015)
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Sa localisation a, à l’évidence, une forte portée symbolique. Elle est d’abord implantée à l’emplacement d’anciens logements à loyers modérés « où vivait une communauté gitane et des villas construites en 1976 pour les familles harkis réfugiées à Montpellier » (Guigou, 2012, p.41). Elle marque surtout la nouvelle ligne de front de Montpellier. George Frêche (maire de 1977 à 2004) a cherché à développer l’urbanisation vers l’est puis le sud en suivant la vallée du Lez en direction de la mer. Dans la continuité d’Antigone, de nouveaux quartiers (Richter, Port Marianne) et de grands équipements structurants (Corum, Zénith, Arena…) signés par des architectes de renoms sont ainsi sortis de terre.

FIGURE 2
Nouvel Hôtel de Ville de Montpellier
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La stratégie de ce maire-bâtisseur était de greffer la ville au littoral languedocien, très attractif au plan touristique depuis la Mission Racine (1963).[14] Montpellier supplanterait ainsi définitivement Nîmes, sa rivale régionale éloignée de la mer. Montpellier renforcerait aussi l’image déjà très positive qu’elle véhicule auprès des ménages (son économie est très largement résidentielle). La localisation de la nouvelle mairie, décidée en 1997, marque donc dans l’espace les choix d’une stratégie de « métropolisation » revendiquée par la municipalité frêchiste et facilitée par le processus de recomposition socio-spatiale qui touche l’Europe occidentale depuis les années 1980 et 1990.

Hélène Mandroux (Parti socialiste) qui a succédé à Georges Frêche à la tête de la municipalité (2004-2014) après avoir été son adjointe s’est rétrospectivement montrée critique sur le choix des concepteurs et l’intérêt d’une telle opération.[15] Rien toutefois n’a été fait pour annuler la décision prise par son prédécesseur (devenu Président de la Région, de 2004 à 2010 date de sa mort). Mais surtout la stratégie territoriale tant en matière d’habitat qu’en matière de transport s’est poursuivie à un rythme soutenu jusqu’à la crise immobilière et financière de 2008. Les décisions prises voici quinze ans en faveur de l’aménagement du territoire (lignes supplémentaires de tramways, dédoublement de l’autoroute…) s’inscrivent d’ailleurs dans cette logique.

C’est désormais la question de la reconversion des anciens lieux de pouvoir qui est posée. La recomposition du paysage administratif et territorial[16] et le taux d’endettement des collectivités territoriales les amènent en effet à céder leurs biens immobiliers. Cette tendance n’est pas nouvelle (l’État vend des casernes et de pareils équipements depuis 15 à 20 ans) mais les difficultés économiques des localités l’ont sans doute accentué. Concernant l’Hôtel de ville de la Canourgue, il est question de le transformer en partie en hôtel de luxe ou en restaurant. D’autres bâtiments publics, comme l’ancien palais de justice de Nantes, ont déjà connu pareille reconversion.

Pour la deuxième mairie, celle des années 1970, deux options se présentent aujourd’hui à la municipalité pour réutiliser ce bâtiment. La première consiste à utiliser une partie des locaux pour les archives municipales et une autre pour y loger des entreprises. Un accord aurait été trouvé en faveur des « start-up » de la « French-Tech ». La partie qui servait de hall d’accueil doit être réaménagée afin de continuer de servir de passage piéton entre les quartiers Comédie et Antigone.[17] L’autre option consiste à démolir au moins partiellement le bâtiment afin d’étendre le centre commercial « Polygone ». Le fait que Montpellier perde en 2016 son statut de capitale régionale au profit de Toulouse en raison de la fusion des Régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées explique aussi l’embarras des élus régionaux sur l’avenir de l’Hôtel de Région. Le sort des anciens emblèmes de la Ville et du pouvoir régional est donc aujourd’hui incertain.

Conclusion

L’examen des nombreux sites occupés par le pouvoir local à Montpellier depuis le Moyen-Âge montre combien la question du choix du lieu où s’exerce le pouvoir recouvre des enjeux à la fois politiques et financiers. Ce travail suggère plus précisément au sujet des deux dernières mairies qu’elles ont eu un effet levier dans la concrétisation du projet territorial de Montpellier. La mairie des années 1970, édifiée à l’est aux limites de la ville, s’est en quinze retrouvée au centre d’une ville qui s’est étirée en direction du Lez. La nouvelle mairie, celle des années 2000, renvoie au même processus mais à une autre échelle : celle de l’agglomération. Aujourd’hui excentrée, elle sera sans doute demain au centre d’une métropole davantage reliée à la mer. Cette recherche montre enfin une relative instabilité spatiale des lieux de pouvoirs comparée à d’autres grandes villes françaises, tout aussi « religieuses », comme Lyon par exemple.

Montpellier qui fut surnommée la surdouée dans une campagne publicitaire des années 1980, a su utiliser le langage architectural pour conforter son statut de métropole en faisant appel de manière systématique à des « stars » de l’architecture[18]. Au total, les choix des sites et la facture architecturale des deux derniers Hôtels de ville ne sont pas anodins : le choix d’implantation et la monumentalité de l’actuel Hôtel de ville fut davantage décidé, répétons-le, en fonction de la ville à créer, que de la ville déjà bâtie. Cette stratégie se révèle rétrospectivement gagnante en termes d’image en France et à l’étranger.

Ainsi le New-York Times dans son édition du 6 janvier 2012 soulignait la vitalité de cette ville et insistait sur l’originalité de son nouvel Hôtel de ville (blue and cube-like city hall). Reste que la ville ne se fait pas – seulement – « à coups de grands projets ».[19] Si imposant et bien situé qu’il soit, le nouvel Hôtel de ville masque mal l’immense chantier économique et surtout social qui attend la métropole montpelliéraine.

Références bibliographiques

Cholvy, G. (dir.) (2001). Histoire de Montpellier, Toulouse, Éditions Privats.

Fabre, G. et Lochard, T. (1992). Montpellier : la ville médiévale. Collection « Étude du patrimoine », Paris, Éditions l’Inventaire : Imprimerie Nationale.

Fournet-Guérin, C. et Vacchiani-Marcuzzo, C. (2009). Les pouvoirs dans la ville, L’espace politique, n°8, 2-6.

Guigou, M.-J. (2012). Les Hôtels de ville de Montpellier. Du « Consolat vièlh » au « Blue and cube-like City Hall », Mémoire d’Oc, n°160, Montpellier, Université du Tiers Temps de Montpellier.

Guiraud, L. (1899). Recherches topographiques sur Montpellier au Moyen-Age, Montpellier, Mémoires de la Société Archéologique de Montpellier.

Macaire, P. (2001). Autour des halles Castellane : du Moyen âge à 2001, Montpellier, Le Plein des sens.

Nougaret, J. (2005). Montpellier Monumental, 2 tomes, Paris, Éditions du Patrimoine.

Segondy, J. (1977). Le sanctuaire montpelliérain de Notre-Dame- des-Tables, Montpellier.

Société d’équipement de la Région Montpelliéraine (2011). Quand la ville grandit, 50 ans d’aménagement de la SERM pour la Ville et l’Agglomération de Montpellier, Montpellier, SERM.

Notes de bas de page

[1] Mentionnée pour la première fois en 985, la ville de Montpellier était à l’origine un fief octroyé au chevalier Guilhem. Sa proximité avec des axes de communication important (tels que le Camin Romieu – chemin des Pèlerins – la Via Domitia, et le Lez) fut un atout pour son développement ultérieur. En deux siècles, le fief devint une ville marchande prospère, réputée à la fois pour son artisanat (orfèvrerie, draperie, parfums….) et le commerce des épices.

[2] L’édifice ainsi que la place de l’Herberie se trouvait à l’emplacement de l’actuelle place de la préfecture.

[3] L’emplacement exact du « Conselh vièlh » est peu commode à retrouver en raison des nombreux remaniements que connu la ville. Cependant, les actes d’achat et de vente et divers écrits suggèrent que cette première « maison de ville » se trouvait proche de l’herberie et de la poissonnerie. Le souci, précise Guigou (2012, p.5), « c’est qu’il y eut deux poissonneries et deux places aux herbes et cela dans le même îlot, à quelques mètres près ».

[4] Les Consuls furent supprimés à la Révolution ainsi que la maison consulaire qui menaçait ruine. La décision de déménagement fut approuvée le 18 aout 1790 et la  maison fut mise en adjudication un an plus tard. Source : Guigou (2012).

[5] En 1801, c’était aussi la ville la plus peuplée du département. Elle comptait 32 500 habitants tandis que Béziers, la deuxième ville du département, en comptait moitié moins (14 000) selon Cholvy (2001).

[6] Arch. dépt. de l’Hérault. 2 O/172/29 : 27 septembre 1810. Lettre de Pierre-Louis Granier, Maire de Montpellier, au Préfet de l’Hérault.

[7] Arch. dépt. de l’Hérault. 2 O/172/29 : 24 mars 1812. Extrait des registres des délibérations du Conseil Municipal de la Ville de Montpellier extraordinairement assemblé. Le maire expose qu’il a paru au « Conseiller d’État que la situation financière de la Commune ne lui permettait pas de songer dans le moment à cette acquisition ». Le Maire reconnait cependant que la ville a une « dette assez considérable à rembourser et les sommes dépensées à l’occasion de la naissance de sa majesté le Roi de Rome ».

[8] Source Inventaire Général du Languedoc-Roussillon. Dossier sur la place de la Canourgue.

[9] « La place a été récemment réaménagée par l’architecte Alain Gensac et le paysagiste Philippe Croze « (Bazaud, 2008, p.187).

[10] Pagézy, homme fort  de la Chambre de commerce, est nommé maire par décret de Napoléon III le 22 septembre 1852. Il a mis en œuvre à Montpellier la politique de grands travaux du baron Haussmann à Paris. Outre les percées déjà amorcées qu’il a prolongées et la création des espaces publics, il a durant son mandat fait construire les halles Castellanes et les premiers captages d’eau du Lez pour compléter l’aqueduc Saint-Clément et le réservoir du Peyrou.

[11] Le projet initial prévoyait de relier le Parc du Peyrou à l’ouest de la vieille ville à l’Esplanade à l’est, mais face aux protestations des riverains et de l’Eglise les travaux furent interrompus au niveau de la rue de l’Aiguillerie.

[12] Avocat de profession, François Delmas s’inscrit dans la mouvance gaulliste (UDR c’est-à-dire Union des Démocrates pour la République) avant de rejoindre l’UDF (Union pour la Démocratie Française, mouvement fondé en 1978 par Valéry Giscard d’Estaing, alors Président de la République, pour contrer son principal opposant politique et ancien Premier ministre, Jacques Chirac). François Delmas a été élu maire de Montpellier en 1959 puis réélu en 1965 et en 1971, avant d’être défait par le socialiste Georges Frêche en 1977. Après quoi il a été élu Député de la première circonscription de l’Hérault et nommé secrétaire d’Etat à l’Environnement de 1978 à 1981 dans le troisième gouvernement de Raymond Barre. Il a à nouveau été battu par Georges Frêche lors de l’élection législative de 1981.

[13] Jean Claude Deshons, interviendra à Montpellier en construisant : les universités Montpellier II (1973) et Paul Valéry (1970) et de nombreux autres bâtiments dans les années 1970.

[14] L’aménagement du littoral du Golfe du Lion résulte d’une démarche volontariste de l’État visant à valoriser le potentiel touristique jusqu’alors inexploité de la région en mettant en œuvre, au début des années soixante, une politique d’aménagement globale. Alors qu’est créée en 1963 la Mission interministérielle pour l’aménagement touristique du Languedoc-Roussillon (le plus souvent appelée Mission Racine du nom de son responsable), une politique d’acquisition de terrains est activement menée sur l’ensemble du littoral par l’intermédiaire du Fonds national d’aménagement foncier urbain. Cette mission a planifié l’aménagement du littoral sur un linéaire de 200 kilomètres. Source : http://littoral.languedocroussillon.fr/Le-littoral-du-Languedoc-Roussillon,49.html consulté le 8 novembre 2015.

[15] Source : entretiens réalisés en 2014 auprès de fonctionnaires territoriaux alors au service de la municipalité.

[16] Il résulte, d’une part de la loi du 27 janvier 2014 de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles et, d’autre part de la loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République.

[17] Source : http://www.pss-archi.eu/immeubles/FR-34172-4684.html consulté le 11 novembre 2015.

[18] Ricardo Bofill (Antigone) ; Philippe Cervantes, Philippe Bonon, Gilles Gal (Altrad Stadium / Stade Yves-du-Manoir) ; Paul Chemetov (Médiathèque Centrale) ; Chaix et Morel (Patinoire / Zénith) ; Christian de Portzamparc (Les Jardins de la Lironde) ; Adrien Fainsilber (ZAC Port-Marianne / Richter) ; Massimiliano Fuksas (Lycée Georges Frêche) ;  Richard Meier (Tribunal administratif / Espace Pitôt) ;  Claude Vasconi (Corum).

[19] Expression utilisée par le sociologue et prospectiviste français Jean Viard lors d’un entretien accordé en 2015 au journal Le Moniteur des Travaux Publics et du Bâtiment.