Changements climatiques et essor djihadiste au Sahel: une approche critique pour des solutions plus adaptées

Laurent A. Lambert1 et Luc Descroix2 

1Qatar Humanitarian Innovation Lab (QHIL) Initiative, Social & Economic Survey Research Institute (SESRI), Qatar University

Institut de Recherche pour le Développement (IRD), UMR 208 PALOC IRD/MNHN, LMI PATEO, IRD Hann, Dakar, Sénégal.


Résumé : Les pays du Lac Tchad et la communauté internationale ont privilégié depuis plusieurs années la résolution des problèmes complexes du Sahel (tels que le terrorisme, la pauvreté extrême et la dégradation environnementale) par des interventions sécuritaires, humanitaires (essentiellement alimentaires) et de développement des ressources en eau. Le postulat à l’origine de cette approche est que les changements climatiques ont eu un rôle asséchant et destructeur des terres cultivables et de l’écosystème du Lac Tchad, ce qui appauvrirait profondément des millions de familles rurales et aurait causé l’essor d’organisations djihadistes. Cet article invalide ce postulat en démontrant tout d’abord qu’il n’y a pas de corrélation positive entre la Grande Sécheresse (1968—1993) et la naissance de groupes djihadistes dans la région, ce qui se produisit plus d’une dizaine d’années après cette période. La revue des principales manifestations des changements climatiques dans la région sahélienne durant le demi-siècle dernier indique clairement une corrélation négative entre les phénomènes de sécheresse pluriannuelle et l’essor de mouvements djihadistes, en raison d’une augmentation significative des moyennes pluviométriques dans tout le Sahel depuis la fin des années 1990, soit avant et pendant que des groupes tels que Boko Haram (2009), le MUJAO (2011) et Ansar Din (2012) émergèrent. Les auteurs appellent donc à une approche plus prudente de l’aide au développement des ressources en eau au Sahel et à ce que soient notamment pris en considération les problèmes d’augmentation des températures et de recrudescence des inondations destructrices dans la région.

Mots clés : Boko Haram; Changements Climatiques; Djihadisme; Grande Sécheresse; Lac Tchad; Sahel; Terrorisme.

Abstract: Lake Chad riparian states and the international community have been trying to remedy the complex problems of the Sahel region (e.g. terrorism, extreme poverty, environmental degradation) with military interventions and by increasing the water resources the populations can access. The assumption behind this strategy is that climate change has had a drying and destructive effect on the region’s croplands and the Lake Chad ecosystem, making the millions of family agriculturalists who depend on these resources more vulnerable and leading to the rise of jihadist groups. This paper invalidates this assumption by showing that there has been no positive correlation between the Great Drought (1968-1993) caused by climate change and the emergence of jihadist groups in the region, which happened almost two decades later. A negative correlation has actually been found between multi-year drought and the birth and rise of jihadist groups over the past half century, largely due to the increase in general precipitations (and return to the 20th C. average) by the mid- to late 1990s and onwards, when groups such as Boko Haram (2009), MOJWA (2011) and Ansar Din (2012) emerged. Therefore, the authors call for a more careful approach to water resources development in the Sahel by the international donors, and attention to be paid to the particularly strong increase in temperatures and to the dynamics of destructive floods that have increasingly been affecting the region over the past two decades, but remained largely unnoticed by the press and donors.

Keywords : Boko Haram; Climate Change; Jihadism; Great Drought; Lake Chad; Sahel; Terrorism.


Introduction

Lors de la dernière édition de la conférence internationale sur le Lac Tchad, du 26 au 28 février 2018 au Nigéria, les changements climatiques furent une nouvelle fois largement discutés, ainsi que la menace internationale que représente la secte djihadiste Boko Haram, et les liens – réels ou supposés – qui existent entre ces deux phénomènes.[1] La presse internationale relaya également le débat sur le grand projet de transfert d’eau du fleuve Oubangui vers le Lac Tchad, près de quarante ans après sa conception.[2] Avant même la tenue de cette conférence internationale, le journal français Le Monde rapportait des propos forts enthousiastes de dirigeants des pays riverains pour cette grande solution technocratique. Bien que les problèmes de cette approche soient bien connus – notamment un coût d’au moins 14 milliards de dollars pour un bénéfice incertain -, les grands groupes industriels Bonifica et Powerchina, respectivement italien et chinois, annoncèrent pendant la conférence leur volonté de réaliser l’étude de faisabilité détaillée qui sera financée par les gouvernements chinois et italien.[3]

Cette effervescence pour un projet hydrologique pharaonique dans une des régions les plus pauvres au monde s’explique par un postulat politique qui estime que des changements climatiques résulteraient un manque d’eau et une forte pauvreté parmi les populations du Sahel, engendrant mécaniquement pauvreté extrême, désespoir et djihadisme. Ces liens supposés entre changements climatiques et essor d’organisations djihadistes dans le Sahel ont été mis en avant de nombreuses fois ces dernières années par les responsables politiques de la région, de la communauté internationale et de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Peu après la crise des enlèvements d’étudiantes par Boko Haram, l’Union Européenne (UE) avait d’ailleurs commencé à financer des projets de développement hydrauliques « améliorant l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et l’hygiène » autour du lac Tchad pour un montant de 27 millions d’euros.[4]

Cet article interroge cette hypothèse quant au rôle qu’auraient eu les changements climatiques, et plus particulièrement le déficit hydrique, dans la naissance et/ou l’essor du djihadisme dans le Sahel. Cet article propose pour cela de rendre accessible la vaste somme de travail scientifique international sur les principales manifestations des changements climatiques dans la région sahélienne, y compris ses grands paradoxes toujours à l’étude, de façon à mieux comprendre les interactions entre changements climatiques et l’émergence de mouvements djihadistes, tels que le MUJAO, Boko Haram ou Ansar Din. Cette contribution étudiera dans une première partie la problématique de l’ancienne transition du Sahel, de zone d’agriculture extensive abondante de l’ouest africain, dans la première partie du xxe siècle, à celle de zone ravagée par la dite Grande Sécheresse. Dans un second temps, cet article expliquera en quoi la fin de cette Grande Sécheresse, avec l’augmentation du régime des précipitations depuis les années 1990, n’a pas permis un renouveau de la sécurité alimentaire au Sahel, mais contribua à la paupérisation des plus démunis, parmi des sociétés essentiellement rurales. Cet article conclura enfin sur les changements climatiques dans le Sahel et les dynamiques qu’ils engendrent – loin d’être directes, simples ou linéaires, bien que souvent simplifiées à l’extrême – et proposera d’autre pistes de recherche et de travaux ainsi que des recommandations afin d’enrayer au mieux la dégradation environnementale qui a fortement marqué la zone sahélienne.

1. De jardin de l’ouest africain à une zone ravagée par la ‘Grande Sécheresse’

Etendu des côtes atlantiques de l’Afrique de l’ouest jusqu’au Soudan, la zone Sahélienne est connue depuis plusieurs décennies pour être une région régulièrement prioritaire de l’assistance humanitaire d’urgence internationale. Le Sahel est pourtant loin d’avoir toujours été une région connue pour ses famines régulières, sa pauvreté ou son instabilité politique. Jusqu’au xxe siècle, le Sahel était même une région globalement autosuffisante au niveau alimentaire et exportant une partie de ses récoltes au-delà de la zone sahélienne. L’Afrique de l’Ouest dans son ensemble a connu au Boréal (-9000 à -7500 avant aujourd’hui) et surtout à l’Atlantique (-7500 à -3800 A.A.) des conditions bien plus humides que les conditions actuelles, en marge d’un Sahara qui devait ressembler, lui, aux steppes et savanes du Sahel actuel. En témoignent les nombreuses gravures rupestres de faune des zones tropicales sèches retrouvées au cœur du désert, dans le Tassili et l’Aïr entre autres, ainsi que des ossements fossilisés d’hippopotames, de girafes et d’éléphants retrouvés dans de nombreuses zones du Sahara (Le Houérou, 1997). Le Sahel aurait très probablement hérité de cette période fertile et riche en précipitations ses abondantes ressources souterraines en eau, facilement accessibles dans les bassins sédimentaires. Par contre, les voyageurs de l’époque romaine et du Moyen Âge européen décrivent tous le Sahel pour ce qu’il est, l’autre « rivage » (c’est le sens littéral du mot arabe Sāḥil) du grand désert du Sahara qui est parcouru depuis des millénaires par de nombreux courants commerciaux reliant les deux zones semi-arides d’Afrique du nord et du Sahel, au sud. Ces deux « rivages » ont échangé, bien avant l’ère chrétienne et jusqu’à l’époque coloniale, de nombreux objets manufacturés et du sel, du nord, contre de l’or et des esclaves du sud. L’archéologie a permis de supposer que des villes, des royaumes voire des civilisations, ont prospéré dans le Sahel, puis disparu, sans qu’on ait la certitude que les fluctuations climatiques en soient la cause.

La mémoire, le plus souvent orale, des anciens, des griots, des commerçants, et les récits des voyageurs, ont aussi mis en évidence des phases de sécheresse ou de pluviométrie excédentaire, à travers disettes et renouveaux commerciaux, entre autres. La station pluviométrique de Saint-Louis, dans l’actuel Sénégal, apporte des données chiffrées à partir de 1856. Mais c’est surtout à partir du début du xxe siècle et la multiplication des postes pluviométriques qu’on a pu dresser un historique des excédents et déficits de pluie. L’État colonial voulait mieux connaître, pour mieux les maîtriser et les « mettre en valeur », les milieux sahéliens. Depuis le début du xxe siècle, on a donc des données issues d’enregistrements pluviométriques, avec plusieurs dizaines de postes dès la fin de la décennie 1900-1910. On a ainsi pu calculer un indice standardisé des précipitations sur un grand rectangle du 10e au 17e parallèle nord et de l’océan Atlantique jusqu’à la bordure orientale du bassin du Lac Tchad, (figure 1).

ISPa = Pa– Pm/ET

ISPa étant l’indice standardisé des précipitations de l’année a, Pa la précipitation totale de l’année, Pm la moyenne des précipitations de la série, ET leur écart-type (indice réalisé suivant une méthode proposée par Ali et Lebel, 2009).

La figure 1 met en évidence deux grandes périodes de déficit pluviométrique en Afrique de l’Ouest depuis le début du xxe siècle ; le début des années 1910 et des années 1940 ont connu des phases de sécheresse marquée de 4 à 6 ans. On observe après la seconde une longue période d’excédent pluviométrique, de 1950 à 1967. C’est pourquoi la « Grande Sécheresse » (1968-1993) a paru d’autant plus sévère, survenant après une période nettement humide, qui peut apparaître encore maintenant, dans la mémoire collective, comme une période faussement « normale » puisque la proportion de la population ayant souvenir de la période pré-1950 est extrêmement faible (ce sont les gens nés avant 1940). Il n’en demeure pas moins que cette sécheresse exceptionnelle (1968-1993) a été, à ce moment-là, le plus fort signal de changement climatique jamais enregistré à la surface du globe depuis la normalisation des mesures météo en 1850. Elle a surtout été marquée par deux « pics » de sécheresse très marquée, en 1972-1973 et en 1983-1985, intervenant durant deux périodes de déficit de 7 et 17 ans respectivement.

Figure 1. Indice standardisé des précipitations en Afrique de l’Ouest soudano-sahélienne. (indice réalisé suivant méthode proposée par Ali et Lebel, 2009).

fig1Descroix

La figure 2 ci-dessous montre que le déficit pluviométrique de la période 1971-1990 (en comparaison avec la période précédente 1951-1970, en grande partie excédentaire) a été de plus en plus marqué en allant vers le nord. Le  déficit passe de 20% au sud, dans la zone dite sahélo-soudanienne, à 50% sur les marges sahariennes du Sahel, tout au nord. En d’autres termes, ce sont les régions qui étaient déjà les plus sèches qui ont connu le plus fort déficit durant la Grande Sécheresse. Nous montrerons plus loin l’importance de cet élément pour les dynamiques géopolitiques qui découleront.

La figure 2 (d’après Lebel et al., 2003) indique également la valeur de l’énorme déficit d’écoulement pour les deux principaux bassins fluviaux du Sahel ouest-africain : -60% sur celui du fleuve Sénégal et -55% sur celui du Niger (Lebel et al., 2003). En effet, comme l’indiquent Olivry (2002), Mahé et al. (2013) et Lemoalle et Magrin (2014), un déficit de 25-30% des pluies (suffisant pour anéantir les cultures pluviales) dans la zone soudanienne (zone qui approvisionne les grands bassins fluviaux), se traduit par un déficit double des écoulements. Cela limita et rendit bien plus difficile – pour un temps du moins – certaines cultures irriguées autour des fleuves plus au nord).

C’est aussi entre les années 1960 et 1980 que la surface du Lac Tchad – le grand lac d’eau douce au centre de l’Afrique sahélienne – a le plus diminué, sous l’effet conjugué principalement de la baisse du régime des précipitations et très secondairement de la hausse des prélèvements par les populations autour du lac. Ces populations – des agriculteurs, pêcheurs et éleveurs de quatre pays frontaliers (Cameroun, Niger, Nigeria et Tchad) – ont été fortement impactées par la dégradation environnementale du Lac et des écosystèmes qu’il soutient durant ces décennies.

Figure 2. Carte du déficit relatif des pluies de la période 1971-1990 par rapport à la période 1951-1970. (in Lebel et al., 2003)

fig2Descroix

L’Afrique de l’Ouest est une zone de forte croissance démographique et de forte ruralité de la population, les deux éléments étant fortement liés. La phase de sécheresse s’est produite en période de pleine croissance démographique (de 2% à 3% par an), qui a mécaniquement accéléré les prélèvements de végétation dans les steppes et les savanes (fourrages pour le bétail ; bois surtout mais aussi fruits et plantes à usages multiples pour les ménages).

Les photos aériennes de la bande sahélienne des années 1948-1956 (soit avant la Grande Sécheresse) montrent un espace globalement couvert d’une végétation sinon dense, du moins couvrant l’essentiel de la zone ; les zones cultivées et défrichées (incluant entre 50 et 75% de jachères) ne couvrant alors que 10 à 30% de l’espace suivant les régions. La « brousse » qui recouvrait l’ensemble et protégeait les sols de l’érosion était une formation basse de fourrés avec quelques arbres dominant l’ensemble (Descroix 2018, en cours). La Grande Sécheresse et en particulier ses deux phases très sèches (1972-1973 et 1983-1985), ont provoqué une sévère surmortalité de la végétation naturelle (GIEC, 2014, p.55), au moment où la croissance démographique entraînait une augmentation des prélèvements de biomasse.

Les cartes permettant de comparer la couverture végétale ou l’occupation des sols entre la période pré-sécheresse et la situation au début des années 1990 montrent un fort recul des ligneux, des formations forestières ou buissonnantes ainsi que des couverts de graminées ; une grande partie du recul de ces ligneux est due à la surmortalité des arbres et arbustes liée au déficit pluviométrique. Elle est très forte dans les secteurs où le sol comporte peu de ressources hydriques (plateaux latéritiques, zones de socle, lithosols et régosols). S’ajoute à cela le déboisement dû à la pression démographique et à l’absence au sein des pays du Sahel d’un État régulateur s’assurant de la mise en œuvre sur l’ensemble de son territoire des politiques de conservation des ressources naturelles. En effet, si la part de la mortalité naturelle des arbres augmente avec la latitude (comme le montre la figure 2, c’est dans la marge nord du Sahel que la pluie a le plus diminué), avec une sécheresse édaphique très prononcée et durable, plus on va vers le sud et les zones cultivables, et plus la disparition des ligneux est liée au déboisement, destiné entre autres à ouvrir des champs, de manière à compenser la baisse des rendements céréaliers liée à la sécheresse.

Des sécheresses aux inondations

Au niveau hydrologique, la Grande Sécheresse et la disparition d’une partie notable de la végétation ont entraîné l’apparition d’un processus paradoxal : les hydrologues ont constaté durant les années 1980 (Albergel, 1987 ; Pouyaud, 1987) une augmentation des écoulements dans les bassins hydrologiques strictement sahéliens, alors que les précipitations continuaient de décliner. C’est ce qu’on a appelé le premier paradoxe hydrologique du Sahel (Descroix et al., 2012). Cette augmentation des écoulements est directement liée à deux processus occasionnés par la sécheresse :

  • la baisse de la capacité de rétention en eau des sols, du fait de la forte diminution de la biomasse et du contenu en matière organique, la baisse de la teneur moyenne en eau affaiblissant l’activité biologique de la micro faune des sols et altérant de ce fait la structure même des sols ;
  • L’encroûtement des sols ; comme l’ont bien montré Casenave et Valentin (1989) et Valentin et Bresson (1991), la mise à nu des sols récemment issus de déboisements, la diminution des temps de jachère, ont exposé les sols nus au soleil, aux vents et aux précipitations sahéliennes qui sont de forte intensité instantanée et horaire. Cela s’est très souvent traduit par un encroûtement des horizons superficiels, processus qui, à son tour, réduit considérablement la conductivité hydraulique des sols et de ce fait, leur perméabilité, leur teneur en eau et leur capacité de rétention en eau.

Ces deux processus font qu’à une sécheresse climatique a succédé une sécheresse édaphique, l’eau ne s’infiltrant pas et s’écoulant pour aller provoquer des inondations en aval (Descroix et al., 2015a). On a donc au final moins de précipitations mais une proportion bien plus grande d’eau de pluie qui ne peut s’infiltrer et qui s’écoule rapidement vers les cours d’eau sahéliens. Le paradoxe concerne strictement les cours d’eau sahéliens. Les grands cours d’eau, alimentés à 90 ou 95% par les eaux provenant des zones guinéennes et du Fouta Djalon, ont vu, eux, leur débit diminuer très fortement. En effet, dans ces zones plus humides, les sols et les bassins ont conservé leur importante capacité de rétention en eau ; la baisse des précipitations n’ayant pas réduit leur capacité d’infiltration, c’est donc la part qui en fin de saison, une fois le sol saturé, ruisselait, qui est la plus impactée par la baisse observée des pluies. Ceci explique pourquoi les écoulements ont diminué en gros de plus de 50% quand la baisse des pluies était de 25% ; la réponse des bassins est donc deux fois plus forte, traduisant la nécessité pour le sol de stocker de l’eau pour son fonctionnement et celui de la végétation. Cela réduit au final grandement la part de l’écoulement et donc, en aval de ces fleuves, les ressources en eau de surface disponibles.

2. Retour des pluies depuis les années 1990 et aggravation de l’insécurité alimentaire

Les images récurrentes de populations sahéliennes victimes de périodes de disette ou de famine contrastent fortement avec le retour, depuis les années 1990 (1993 au Sahel central et oriental ; 1999 au Sahel occidental), de niveaux de précipitations autour de la moyenne 1900-2015 (voir figure 1). Ce retour des pluies s’est traduit par plusieurs dynamiques :

  • le regreening ou reverdissement : le « pic » de la Grande Sécheresse a été très prononcé en 1983-1985, on observe donc un reverdissement général de l’ensemble de la bande sahélienne depuis lors, ce qui est attesté par nombre de travaux scientifiques (Prince et al, 1998 et 2007 ; Anyamba et Tucker, 2007 ; Fensholt et Rasmussen, 2011 ; San Emeterio, 2015 ; Marega, 2016 ; Brandt et al., 2017). Le retour d’une pluviométrie moyenne a fait lentement reverdir l’ensemble du Sahel. La plupart des travaux insistent sur la grande croissance des graminées, annuelles et herbacées, mais les travaux récents (Marega, 2016 ; Brandt et al., 2017) montrent que les arbres ne sont pas en reste et font preuve d’une expansion de leur couvert dans maints endroits.
  • la hausse des écoulements (crues et inondations) pourtant, se poursuit, et semble même s’accélérer. Des inondations sévères à Dakar (par ex. 2012), à Bamako (par ex. 2013, 2017), à Ouagadougou (par ex. 2009, 2015, 2016, 2017) et à Niamey (par ex. 2004, 2010, 2012, 2013, 2016, 2017) semblent témoigner d’une part d’une intensification réelle des pluies, mais aussi, pour les villes situées au bord de grands fleuves (Bamako, Niamey), d’une poursuite de la baisse de la capacité de rétention en eau des sols en amont de ces villes. La reprise de la végétation, notoire et observée presque partout, aurait dû au contraire conduire à une augmentation de l’infiltration des précipitations et de l’évapotranspiration et donc une réduction des écoulements. Or, c’est le contraire qu’on observe, Gal et al (2016) ont donc cerné là un deuxième paradoxe hydrologique au Sahel.

Une des explications possibles, qui est un objet de recherche depuis quelques années, est l’intensité des précipitations. De fait, on a déjà observé une augmentation de la fréquence et du nombre des précipitations extrêmes (Panthou et al., 2013, 2014 ; Descroix et al., 2015b ; Taylor et al., 2017) ; les dernières observations semblent aussi montrer que l’on aurait une augmentation des intensités horaires (Panthou et al., soumis).

Le retour à des conditions pluviométriques moyennes a bien entraîné une augmentation des rendements et des productions agricoles, mais on reste loin de l’autosuffisance, hormis au Mali, en raison d’une politique publique très volontariste dans la partie amont du delta intérieur du fleuve Niger. Cette absence de sécurité alimentaire en dépit d’une augmentation des précipitations et des rendements et des productions agricoles, est essentiellement – mais pas uniquement – due à la forte croissance démographique.

L’Afrique de l’Ouest soudano-sahélienne est la région du globe qui connaît, depuis la fin du xxe siècle, la plus forte croissance démographique ; plus de 3% par an en moyenne, 2.9 % au Sénégal et jusqu’à 3.9% au Niger. Ce dernier est le pays qui cumule depuis le début du millénaire les « records » de fécondité, de mortalité infantile et de faiblesse de l’alphabétisation pour un pays sans guerre interétatique. Notons toutefois que le Niger connaît ces dernières années des épisodes insurrectionnels de plus en plus fréquents avec les mouvements djihadistes « sahariens » au nord et « sahéliens », au Sud. Mais ce ne sont pas toujours les sous-régions ni les plus peuplées, ni celles qui connaissent les plus forts taux de croissance démographique qui ont les plus importants problèmes de sécurité alimentaire ou de préservation de la ressource eau-sol-végétation.

Les sociétés rurales africaines, comme d’autres, ont pu faire preuve de comportements de type « boserupien » (« anti-malthusien ») (voir Boserup, 1965). On a pu remarquer que les régions rurales les plus peuplées sont celles qui ont un paysage agraire le plus construit et « résilient ». Les rendements agricoles y sont relativement importants et le plus souvent, croissants, traduisant une bonne maîtrise de la fertilité des sols. C’est le cas, classiquement, des régions aux sols très fertiles, comme les andosols des plateaux d’Éthiopie ou des pays des grands lacs (Rwanda, Burundi, Est de la R.D.C.), ou du pays kikuyu, au Kenya (Tiffen et al., 1994). Les pays d’Afrique de l’Ouest aux sols pauvres et aux rendements céréaliers très bas ont aussi leurs réussites. Dans le Nord de la Côte d’Ivoire, Demont et Jouve (2000) ont montré que les paysages les moins dégradés et les plus « résilients » étaient ceux correspondant aux secteurs les plus peuplés. De même, Luxereau et Roussel (1997) au Niger, mettent en évidence la durabilité de l’économie des secteurs ruraux de la région de Maradi (200 hab/km²) où la sécheresse a incité les populations à replanter des arbres, souvent par R.N.A. (régénération naturelle assistée), quand les secteurs bien moins peuplés autour de Niamey (moins de 50 hab/km² dans les années 2000, mais en très forte croissance) étaient l’objet d’une fatigue évidente des sols et d’une sur-collecte généralisée des ressources végétales. Ces dynamiques ont produit un paysage vite devenu « lunaire », créateur de crues éclairs du fait de la disparition du sol et de la végétation, et donc de la moindre capacité de rétention en eau du sol et de sa capacité agricole, comme expliqué préalablement.

On constate donc que dans de nombreuses zones, le retour des précipitations sur des sols très dégradés lors de la phase sèche se traduit par une augmentation très forte des ruissellements immédiats, générateurs de crues éclairs qui font des dégâts et des victimes en nombre fortement croissants ces dernières années (Tschakert et al., 2010 ; Di Baldassare et al., 2011). Cela se traduit aussi par des populations pauvres qui, en milieu rural et en milieu urbain, souffrent de dégradation ou de destruction de leur logement, de leurs champs ou de la perte de biens matériels. Les pluies abondantes qui avaient permis au Sahel d’exporter des produits agricoles il y a plus d’un demi-siècle génèrent donc aujourd’hui des destructions et pertes humaines (Hangnon et al., 2015), en raison de la dégradation environnementale de la région, largement due aux mauvais aménagements du territoire, aux changements climatiques complexes et à leurs effets paradoxales qui ont affecté cette région.

Perspectives environnementales

Les prévisions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat  (GIEC 2014) font état d’une probable augmentation des pluies dans l’ensemble de l’Afrique occidentale comme conséquence du réchauffement climatique, qui dynamiserait et augmenterait la mousson. Certaines prévisions voient par contre, à côté de cette augmentation globale, une diminution des pluies dans l’Ouest de l’Afrique occidentale (Sénégal, Gambie, Mauritanie, Guinée Bissau) (Biasutti, 2013), ce qui doit inciter à tout mettre en œuvre pour y accroître la résilience des agro-écosystèmes dans un avenir proche. Pour finir sur ce constat purement environnemental, il est aujourd’hui établi que le principal signal du changement climatique en Afrique occidentale est l’augmentation des températures (Sultan et al., 2015 ; Guichard et al., 2015). Celle-ci est plus rapide dans la région que la moyenne planétaire (+1.2 °C contre +0.9 °C), et les prévisions montrent que cette tendance devrait se renforcer. À défaut de l’inverser, la re-végétalisation artificielle doit épauler la naturelle afin d’améliorer la résilience des agro-écosystèmes et aussi d’atténuer la chaleur perçue par la population, ou tout du moins d’atténuer l’augmentation de cette chaleur perçue.

3. Dynamiques environnementales et humaines

Si ses effets locaux sont très concrets, le changement climatique est un problème global. Il faut aussi intégrer nos remarques dans une autre dynamique globale : celle de l’affirmation des fondamentalismes politico-religieux dans le monde (islamistes, mais aussi évangélistes, hindouistes, bouddhistes et autres), et notamment en Afrique de l’Ouest (islamismes sunnites, dans ce cas). A ce sujet, Jean-Claude Marut, auteur d’une étude –en cours- sur cette dynamique en Afrique de l’Ouest, observe qu’ « il y a à la fois une mobilisation identitaire non violente (qui a une signification politique), réellement fondamentaliste, et des pratiques politiques terroristes au nom d’une communauté imaginée perçue comme agressée, plus qu’au nom de l’islam.»[5]

La Grande Sécheresse (marquée par un important déficit des précipitations) ne permet pas d’expliquer mécaniquement la naissance des premiers et principaux mouvements djihadistes sahéliens que sont Boko Haram, le MUJAO, la Katiba Macina et Ansar Dine, en 2009, 2011, 2012 et 2014/2015 respectivement (réunis sous d’autres appellations aujourd’hui), alors que la Grande Sécheresse  s’était terminée plus d’une décennie auparavant, entre 1994 et 1999, selon les zones du Sahel. De même, la forte croissance démographique ne devrait être vue comme seul facteur explicatif de l’insécurité alimentaire dans la région, car des zones sahéliennes aux densités de population relativement élevées (citées auparavant) arrivent à être autosuffisantes du point de vue alimentaire comme mentionné préalablement. C’est vraisemblablement la conjonction de ces grands facteurs de la dégradation environnementale et d’une croissance démographique très forte qui, dans un cadre de l’échec du modèle de l’état-nation au Sahel et d’une déficience cruelle des services publics (infrastructures et aménagement du territoire, eau et électricité, éducation et sante, entre autres) au sein du Sahel, qui a donné lieu à une insécurité forte et multidimensionnelle, tant alimentaire que politique. Cela devrait faire l’objet de plus amples recherches, de manière critique et scientifique (la majorité des études sur ces thèmes ressortent de l’anthropologie politique), ainsi que le rôle des conflits inter-ethniques et des nationalismes et indépendantismes de certains groupes ethniques, particulièrement Peuls et Touaregs. En effet, un évènement marquant dans l’essor du djihadisme sahélien fut la prise de contrôle en 2012 par une rébellion indépendantiste Touareg du nord du Mali, avec le soutien de djihadistes, afin d’autoproclamer la création d’un état a majorité Touareg et islamique (l’Azawad) dans cette zone particulièrement pauvre et délaissée par les autorités de Bamako, dans le sud du pays (Welsh, 2013; Wing, 2013). Depuis lors, les dynamiques ethniques, particulièrement Touareg (par ex. Ansar Din) et peule (par ex. Katiba Macina), ont largement profité au pan-djihadisme sahélien qui se globalise : Boko Haram (née dans le nord du Nigeria) s’est affilié à Daesh (née au Moyen-Orient) et la plupart des autres mouvements djihadistes se sont affiliés à Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI, née dans le Maghreb et chapeautée par une organisation née en Afghanistan).

Le lien « changement climatique – sécheresse – pauvreté – radicalisation » est une rhétorique très réductrice qui a contribué à l’essor de projets et de programmes d’aide peu adaptés et peu efficaces. Des forages de puits ne résolvent pas le problème d’inondations éclairs ou d’érosion des sols, tout comme des semences résistantes à la sécheresse ne compensent pas le manque d’infrastructure de stockage ou de transport des récoltes. Ces faits simples expliquent la rapide augmentation du nombre de vies humaines perdues et de dégâts matériels liés aux inondations ces dernières années, particulièrement parmi les populations pauvres vivant dans des quartiers informels. Il est bon de rappeler à ce titre que la focalisation de la communauté internationale sur la crise hydrique et agricole durant les années 1970 et 1980, a prodigué outils hydrauliques (souvent peu adaptés aux savoirs techniques locaux) et convois de nourriture (nourrissant en partie la corruption locale), alors que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque Mondiale BM) ont mis en œuvre des plans d’ajustements structurels ayant fortement réduit les actions de l’État et ses services, notamment dans les domaines du contrôle des eaux, mais aussi éducatif et sanitaire. Il ne faudrait pas oublier non plus le rôle de la libéralisation des marchés agricoles et alimentaires africains qui ont dû faire face à l’arrivée de produits moins chers importés (Berthelot, le Monde diplomatique, octobre 2017). Jusqu’à aujourd’hui, le riz ouest-africain reste plus cher que la brisure de riz importée. C’est aussi suite à l’interdiction d’importer ailes et cuisses de poulets surgelées de France ou du Brésil que les filières d’aviculture de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest furent sauvées, épargnant ainsi des milliers d’emplois directs.

Il est donc aujourd’hui primordial de bien faire la part des choses entre :

  • ce qui relève dans le Sahel de problèmes environnementaux bien réels, notamment la hausse des précipitations depuis les années 1990, la hausse de la fréquence des évènements climatiques extrêmes (notamment les pluies extrêmes causant des inondations) et la hausse des températures, et ce qui relève de la paupérisation largement due à la mauvaise gouvernance, du manque d’infrastructures adaptées (notamment pour les pluies torrentielles) et à l’incapacité des institutions publiques, encore fragilisées par les plans d’ajustement structurels des années 1980, à faire face à ces défis et à apporter des services de bases dans des périphéries particulièrement délaissées ;
  • la sécheresse ponctuelle (par exemple annuelle) perçue par l’acteur du monde rural, lequel voit ses rendements agricoles stagner ou baisser, et qui souvent vient d’une vraie sécheresse édaphique (liée au sol et à sa dégradation) et/ou d’un encroûtement des sols, empêchant l’infiltration de l’eau dans les sols en dépit de précipitations moyennes ou proches de la « normale » ; à distinguer de la sécheresse « prétexte », qui dure toujours et semble permettre à certains gouvernements d’expliquer pourquoi le développement piétine, ainsi qu’à certaines O.N.G. opportunistes, de capter les financements du Nord sous prétexte d’une Grande Sécheresse qui est, climatiquement parlant, finie depuis au moins deux décennies.

Conclusions

Pendant le quart de siècle de la Grande Sécheresse du Sahel (1968-1993), les mouvements djihadistes semblent n’avoir eu aucune présence, ni autour du Lac Tchad, ni dans le reste de la sous-région. Seuls des mouvements séculiers et nationalistes évoluant parmi les minorités ethniques, essentiellement Touaregs, contestaient parfois aux autorités nationales des pays sahéliens le monopole de la violence. Même au plus fort du déficit de précipitations (en 1972-1973 et en 1983-1985), les mouvements djihadistes d’Afghanistan, du continent indien ou du Moyen-Orient n’eurent aucun écho dans la région sahélienne. Des mouvements djihadistes autochtones y émergèrent bien plus tard, dans la fin des années 2000 et au début des années 2010,  alors que les régimes pluviométriques avaient déjà rejoint les moyennes du siècle passé depuis près d’une décennie. De même, il semblerait qu’avant l’émergence de mouvements djihadistes, les eaux du Lac Tchad avaient cessé de décroître et qu’elles avaient même regagné, dans certains secteurs du moins, en volume annuel. Il apparait donc qu’il n’y a pas de lien direct entre la Grande Sécheresse (1968-1993) et la naissance des mouvements djihadistes Sahéliens.

Toutefois, l’absence de lien direct ne veut pas dire qu’il n’y  a pas de lien indirect – sur le temps long -, ou aucun lien entre un épisode très ponctuel mais très sévère de sécheresse (sur une année, par exemple) et le recrutement très ponctuel mais non négligeable statistiquement de Sahéliens par les mouvements djihadistes. La Grande Sécheresse a largement contribué aux bouleversements de larges agroécosystèmes et aux résiliences diverses, particulièrement dans les zones septentrionales,  et aux difficultés majeures rencontrées par des populations largement rurales et délaissées. Elles sont aujourd’hui parmi les plus pauvres au monde et, dans l’ensemble, particulièrement vulnérables alimentairement. Ces questionnements sur des dynamiques ponctuelles – plutôt que sur la naissance des mouvements djihadistes – sont donc sans réponse scientifique définitive jusqu’à présent (il existe néanmoins une certaine documentation journalistique, politique et anthropologique) et devront donc faire l’objet de prochaines études pour les années à venir.

La problématique des changements climatiques devrait encore contribuer à la dégradation environnementale de la région durant les décennies à venir, de par l’imbrication de facteurs complexes, notamment l’augmentation prévue des températures et des phénomènes climatiques extrêmes ; la très forte croissance démographique régionale ; les conflits de pouvoir interethniques et autour des ressources naturelles. Il est important de noter également que les dynamiques à long terme de dégradation environnementale semblent aujourd’hui plus liées aux récurrents effets des pluies plus fortes et des écoulements torrentiels, lessivant et érodant les sols, qu’aux effets plus ponctuels de sécheresse. Il est important de voir que les risques actuels, particulièrement l’augmentation des précipitations qui génère érosion des sols et inondations destructrices, pourraient constituer – si des infrastructures adaptées le permettaient – une formidable ressource pour que le Sahel redevienne une région auto-suffisante du point de vue alimentaire.

Le manque d’infrastructures et de services publics, et plus généralement le déficit de bonne gouvernance et la corruption, l’incapacité des populations à vivre dignement et à se faire entendre, sont probablement des facteurs qui ont contribué à l’essor du terrorisme dans la région. Il est important à cet égard d’observer à quel point des pays bien plus arides mais aux services et infrastructures assez avancées, comme la Jordanie ou le Sultanat d’Oman, sont bien moins déstabilisés par les dynamiques djihadistes ou criminelles, en dépit de leur géographie régionale très problématique, entre Syrie et Iraq pour le premier ; à cote du Yémen en guerre pour le second. A l’inverse, des pays aux ressources hydrologiques plus importantes que celles des pays sahéliens, tels que l’Ouganda ou le Pakistan, sont eux aussi régulièrement victimes d’attaques terroristes. Ces comparaisons interétatiques et hydro-climatologiques permettent d’appréhender à quel point les ressources hydrologiques ne jouent que peu ou pas sur les dynamiques djihadistes nationales, et à quel point la moindre capacité gouvernementale d’un pays à répondre aux besoins en services et en infrastructures de base (gestion des eaux, mais aussi sécurité, éducation, énergie, santé, etc.) semble remarquablement influer tant sur la vulnérabilité des populations que sur la capacité de recrutement et de nuisance d’organisations terroristes, djihadistes ou autres.

Les auteurs de cette étude conseillent donc que soit recherché de manière critique et approfondie le rôle réel qu’une année de sècheresse seule peut avoir dans les dynamiques de recrutement d’agriculteurs et de pécheurs de la zone sahélienne par des organisations djihadistes. Avant que ne soient investis 14 milliards de dollars américains dans une infrastructure géante de transfert d’eau interbassin, aux risques écologiques élevés et aux retombées socio-économiques incertaines, les auteurs conseillent également que soient réalisées des études sur les approches les plus adaptées pour lutter contre la recrudescence des inondations destructrices dans la région. Si de l’investissement massif doit être réalisé, cela devrait probablement se focaliser sur de l’aménagement du territoire pour prévenir ces risques actuels et pour de la petite hydraulique (pour l’irrigation, l’accès à l’eau et à l’assainissement) dans des localités clés du Sahel. Ces investissements devraient particulièrement cibler des zones prioritaires sur les plans humanitaires mais aussi sur le plan de l’érosion des sols par les pluies fortes et les écoulements, et plus généralement par la dégradation environnementale, afin de bien mieux gérer risques et ressources hydriques. Le Sahel pourrait ainsi saisir l’opportunité du retour à un régime pluviométrique général plus généreux.


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Notes de bas de page

[1] Voir, par exemple : https://www.voaafrique.com/a/ouverture-d-une-conference-pour-le-lac-tchad-au-nigeria/4270645.html.

[2] Voir, par exemple : http://www.jeuneafrique.com/537309/societe/assechement-du-lac-tchad-le-retour-du-projet-transaqua-fait-polemique/. Voir aussi : www.vivafrik.com/2018/02/28/transfert-eaux-bassin-congo-vers-lac-tchad-examine-nigeria-a15967.html.

[3] Voir http://www.lemonde.fr/planete/article/2018/02/24/le-projet-de-remplir-le-lac-tchad-refait-surface_5261973_3244.html.

[4] https://ec.europa.eu/europeaid/trust-fund-projects/resilience-dans-le-bassin-du-lac-tchad_fr

[5] Entretien avec Jean-Claude Marut, auteur d’une étude sur ce phénomène en Afrique de l’Ouest, en cours.