Regards géopolitiques v9 n4 (2023)
Frédéric Lasserre, Professeur au Département de Géographie, Université Laval.
Frederic.lasserre@ggr.ulaval.ca
Mia Bennett, Professeure adjointe au Département de Géographie, U. of Washington
Blog: https://www.cryopolitics.com/ Twitter: @cryopolitics
Enkeleda Arapi, Chargée de cours, Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage, Université Laval. Enkeleda.arapi@fse.ulaval.ca
Cet article est une version traduite, étoffée et mise à jour de Lasserre, F., Arapi, E., & Bennett, M. (2022). Bunker Mentalities: The Shifting Imaginaries of Albania’s Fortified Landscape. Borders in Globalization Review, 3(2), 66-76. https://doi.org/10.18357/bigr32202220783
Résumé : Entre 1967 et 1986, le gouvernement albanais a construit environ 750 000 bunkers militaires de petite et moyenne taille à des fins de défense. Ces constructions en béton ont été disséminées sur l’ensemble du territoire albanais, beaucoup étant concentrées le long des frontières et des plages, dans les villes et à proximité des industries clés, des points stratégiques et des infrastructures de transport. Longtemps symboles du régime communiste, les bunkers ont perdu leur raison d’être après son effondrement en 1991. En conséquence, les récits entourant les bunkers et leur utilisation réelle ont subi d’importantes transformations. Conçus à l’origine pour contrôler les frontières et inspirer la peur à la population, les bunkers ont depuis été abandonnés, détruits et graffités, comme on pouvait s’y attendre. Plus particulièrement, des entrepreneurs locaux ont transformé certains bunkers en hôtels ou en restaurants, tandis que l’État et des organisations à but non lucratif ont transformé d’autres bunkers en sites commémoratifs qui glorifient ou exposent les activités du régime communiste. Notre recherche ethnographique sur les changements discursifs et matériels du paysage fortifié albanais, basée sur plusieurs visites de terrain, entretiens et enquêtes menées entre 2007 et 2017, identifie quatre attitudes contemporaines en Albanie à leur endroit: l’indifférence, la dérision, la marchandisation et la commémoration.
Mots-clés : Albanie; bunkers; régime; discours; frontière; contrôle; évolution
Summary: Between 1967 and 1986, the Albanian government built an estimated 750,000 small and medium-sized military bunkers for defense purposes. These concrete constructions were spread across the country’s territory, with many concentrated along borders and beaches, in cities, and near key industries, strategic points, and transportation infrastructure. Long symbols of the communist regime, after it collapsed in 1991, the bunkers lost their purpose. As a result, both the narratives surrounding bunkers and their actual uses experienced significant transformations. Originally designed to control borders and instill fear in the population, bunkers have since been abandoned, destroyed, and graffitied, as might be expected. More notably, local entrepreneurs have transformed some bunkers into hotels or restaurants, while the state and non-profit organizations have turned others into commemorative sites that respectively glorify or expose the communist regime’s undertakings. Our ethnographic research into the discursive and material shifts to Albania’s fortified landscape, based on several field trips, interviews and investigations carried out between 2007 and 2017, identifies four contemporary “bunker mentalities” in Albania: indifference, derision, commodification, and commemoration.
Keywords: Albania; bunkers; regime; narrative; border; control; evolution.
Introduction
Entre 1967 et 1986, le gouvernement albanais a construit environ 750 000 bunkers militaires de petite et moyenne taille pour défendre le territoire (Stefa & Mydyti 2012). La construction des bunkers a commencé à la suite de la décision du premier secrétaire Enver Hoxha et s’est poursuivie jusqu’à un an après sa mort. La construction de ces milliers de bunkers reposait sur le concept de défense populaire, compris comme la mobilisation massive de civils dans des milices, par opposition au développement d’une armée professionnelle et hautement entraînée. Les constructions en béton en forme de champignon étaient réparties sur l’ensemble du territoire albanais, beaucoup étant concentrées le long des frontières et des plages, dans les villes et à proximité des industries clés, des points stratégiques et des infrastructures de transport. Certains bunkers ont également été placés à l’intérieur du pays dans le but de ralentir la progression d’envahisseurs potentiels, comme la Yougoslavie, l’Union soviétique ou l’OTAN (Eaton & Roshi 2014). Les bunkers ont été entretenus par l’armée jusqu’en 1991, date à laquelle le régime communiste établi en 1944 s’est effondré[1]. Les raisons stratégiques de la construction des bunkers sont rapidement devenues obsolètes, entraînant la destruction de nombreuses formations en béton. Pourtant, des dizaines de milliers d’entre eux parsèment encore le paysage. La plupart sont ignorés ou abandonnés. Certains ont été repeints ou graffités, d’autres ont été transformés en chambres d’hôtel, en bars et en restaurants, un processus qui a débuté vers 2010. Quelques-uns ont été transformés en musées et en sites historiques par l’État et des acteurs privés, soit pour commémorer le récent passé communiste de l’Albanie et ses dirigeants, soit pour documenter ses injustices.
Plusieurs auteurs ont réfléchi à l’évolution des perceptions de ces bunkers disperses à travers le territoire, en se concentrant sur les dimensions politiques de leur évolution (Galaty et al. 1999 ; Iacono & Këlliçi 2016 ; Glass 2017). D’autres publications ont étudié les dimensions mémorielles et économiques des bunkers en mutation (Stefa & Mydyti 2012 ; Iacono & Këlliçi 2017). Les bunkers albanais témoignent d’une perception paranoïaque des menaces étrangères par le régime communiste (1944-1991). Ils sont passés d’outils militaires, avec des dimensions domestiques, à des artefacts inutiles hérités d’un passé méprisé après l’effondrement du régime communiste en 1991, puis à des objets de dérision, des marqueurs de mémoire, voire des atouts touristiques. C’est cette évolution particulière des représentations et des récits sur ces bâtiments que nous avons abordée dans cet article. Alors que Payne (2014) propose une typologie utile des bunkers (« appréciés », « interprétés », « adaptés » ou « exploités »), nos résultats, basés sur des informations recueillies lors de douze entretiens semi-structurés menés en albanais à Tirana, Dürres et Dhermi, et de plusieurs visites de terrain en Albanie entre 2007 et 2022, ont révélé un éventail différent de représentations de ces blockhaus depuis la chute du communisme. Nous avons déterminé que la signification sociale investie dans les bunkers albanais est passée d’une peur omniprésente de l’invasion à l’indifférence, la dérision, la marchandisation et la commémoration. Bien que l’environnement bâti lourdement militarisé de l’Albanie datant de la période communiste soit encore largement en place, les changements spectaculaires des contextes politiques, économiques et culturels ont permis d’associer de nouvelles significations aux bunkers, même aux fortifications bétonnées les moins esthétiques.
Fig. 1. Carte de l’Albanie et des sites mentionnés.
Source: auteurs.
1. Des champignons dans le paysage
1.1. Héritages disperses du passé
La plupart des bunkers albanais sont de petite taille et ont été conçus pour accueillir deux soldats d’infanterie équipés de fusils ou de simples mitrailleuses. Aucune artillerie n’était censée être hébergée dans ces fortifications. Elles étaient plutôt conçues comme des bunkers d’infanterie capables d’être rapidement occupés par les défenseurs en cas d’attaque. Le type de bunker le plus courant est un petit dôme en béton enfoncé dans le sol avec un fond circulaire, s’étendant vers le bas, juste assez grand pour qu’une ou deux personnes puissent se tenir à l’intérieur (Fig. 2 à 6). Connus sous le nom de bunkers Qender Zjarri (« position de tir » ou QZ), ils étaient préfabriqués et transportés jusqu’à leur emplacement définitif, où ils étaient assemblés. Ils se composaient de trois éléments principaux : un dôme hémisphérique en béton de 3 mètres de large avec une fente de tir, un cylindre creux pour soutenir le dôme et un mur extérieur d’un rayon de 60 centimètres plus large que le cylindre. L’espace entre le cylindre et le mur extérieur était rempli de terre (Stefa & Mydyti 2012). Les bunkers Pike Zjarri (« point de tir » ou PZ), plus grands, pouvaient accueillir une douzaine de soldats. Quelques bunkers encore plus grands ont été creusés dans des formations rocheuses pour abriter du matériel militaire et des responsables politiques (Nepravishta 2014) (Fig. 7).
Fig. 2. Bunkers de plage, Dhermi, 2007. Photo: F. Lasserre
Fig. 3. Bunker sur les berges du lac Ohrid à Pogradec, près de la frontière avec la Macédoine du Nord, 2007. Photo: F. Lasserre.
Fig. 4. Bunker à Kafasan, près de la frontière avec la Macédoine du Nord, 2012.
Photo: F. Lasserre
Fig. 5. Bunker dans la montagne au-dessus de Vlore, 2022. Photo : F. Lasserre
Fig. 6. Bunker urbain à Durrës, 2017. Photo: F. Lasserre
Fig. 7. Abris fortifies creusés dans la montagne, Dajti, 2015. Photo: F. Lasserre
1.2. La dure logique derrière les bunkers
La pratique de la fortification des frontières est antérieure aux États modernes. Les empires égyptien et romain, ainsi que les royaumes qui se sont succédé en Eurasie, ont construit des murs de défense et des forteresses pour empêcher les envahisseurs d’entrer. Ces pratiques diffèrent de la pratique moderne qui consiste à ériger des murs pour empêcher l’immigration (Paz 2017). De manière plus contemporaine, le XXe siècle regorge d’exemples d’États qui ont fortifié leurs frontières avec des bunkers, principalement en temps de guerre. Après la Première Guerre mondiale, à partir de 1920, l’Italie a construit des défenses le long de la nouvelle frontière de Rapallo avec le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes (Grom et al 2018 ; Kumer et al 2020). Dans les années précédant la Seconde Guerre mondiale, la France a construit des bunkers imposants le long de sa ligne Maginot, tristement célèbre pour sa faillibilité, tandis que l’Allemagne a créé une construction similaire avec la ligne Siegfried. La crainte d’une invasion nazie a poussé la Suède à se lancer dans la fortification à grande échelle de son littoral méridional avec la ligne de Skåne (Högberg 2000 ; Vernon & Zimmermann 2021). En 1939-1940, après l’annexion des États baltes par l’Union soviétique et l’occupation de l’est de la Pologne, le Politburo a érigé des bunkers dispersés le long de la ligne Molotov qui longe ses nouvelles frontières occidentales (Short 2008). Puis, entre 1942 et 1944, l’Allemagne s’est tournée vers la côte pour se protéger des envahisseurs maritimes, en construisant le Mur de l’Atlantique, une série de fortifications côtières s’étendant de la Scandinavie à l’Europe continentale (Kaufmann et al 2012). L’Espagne franquiste a commencé à construire sa Linea P le long de la frontière française en 1939 et a poursuivi sa construction jusqu’en 1948 (Rodriguez 2010) (Fig. 8), donc en temps de paix et en réaction aux craintes du régime de Franco ; on y reviendra.
Fig. 8. Bunkers de la ligne P espagnole près de Roses, Catalogne, 2018. Source: F. Lasserre.
Dans l’Albanie de la guerre froide, la doctrine officielle qui a présidé à la construction des bunkers de Hoxha était d’épuiser une force d’invasion en l’obligeant à repérer ces nombreux points défensifs et à les détruire un par un. Les bunkers ont été construits en réponse à plusieurs menaces étrangères perçues, qui se sont intensifiées après la scission entre l’Union soviétique et l’Albanie en 1961 et l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie en 1968. Hoxha était convaincu que l’Albanie serait la prochaine cible de l’Union soviétique ou de la Yougoslavie, car il était hostile au gouvernement de Tito à Belgrade, la capitale de la Yougoslavie. Les bunkers étaient destinés à assurer la défense du pays selon une doctrine de guérilla partisane. En d’autres termes, ce qui leur manquait en puissance de feu, ils le compensaient par une résistance populaire que l’on imaginait capable d’user progressivement tout envahisseur (Vickers & Pettifer 1997; Turku 2009). Cette stratégie reposait en partie sur l’idée de la détermination de l’Albanie à se défendre à tout prix (Turku 2009). Construits sur les plages et le long des frontières dans le but d’arrêter ou de ralentir un envahisseur, les bunkers albanais s’inscrivaient dans une logique de fortification des frontières et de défense du territoire. Ils sont également disséminés sur le territoire afin de s’assurer que l’ennemi puisse être combattu en profondeur dans une logique d’attrition, une stratégie similaire à celle de la Suisse et de l’Autriche (Stein 1990) et de la Yougoslavie (Grom & Štukovnik 2018).
Aucun compte rendu officiel détaillé de la production des bunkers albanais n’ayant été publié ou déclassifié, il n’existe pas de chiffres officiels ni de cartes permettant d’estimer leur nombre ou leur emplacement exacts. Les estimations de leur nombre vont de 180 000 à un million, la fourchette la plus fréquente se situant entre 500 000 et 750 000 (Glass 2017). L’effort économique d’une telle entreprise a consommé d’importantes ressources financières et industrielles (Glass 2015). Au plus fort de la production de soutes, entre 1977 et 1981, le gouvernement a investi environ deux pour cent (Glass 2014) du produit matériel net – une part importante du budget – dans cette activité. En proportion de l’économie, le coût de la construction des bunkers équivaut à deux fois ce que la France a dépensé pour construire la ligne Maginot (Asllani 2010 ; Stefa & Mydyti 2012), une fortification militaire qui s’est finalement avérée aussi inutile que les bunkers albanais.
L’efficacité de la stratégie de Hoxha n’a jamais été mise à l’épreuve, car l’Albanie communiste n’a pas été envahie. Certains rapports indiquent toutefois qu’ils ont été utilisés dans des situations de combat après l’effondrement du régime. Pendant la période de troubles civils en 1997, parfois appelée guerre civile albanaise, face aux combats entre les troupes gouvernementales et les rebelles, les habitants de Sarandë, dans le sud de l’Albanie, auraient pris position dans des bunkers autour de la ville (Spollar 1997). En outre, après le déclenchement de la guerre du Kosovo en 1999, lorsque les batteries d’artillerie serbes situées de l’autre côté de la frontière au Kosovo ont bombardé les villages frontaliers du Kosovo et de l’Albanie, les Kosovars et d’autres résidents locaux ont utilisé les bunkers pour se mettre à l’abri (Holmes 1999). Pendant le conflit, l’Armée de libération du Kosovo (UCK) les aurait également utilisés comme positions défensives contre l’armée serbe (Walker 1999 ; Strochlic 2015). Mais ces utilisations n’ont pas testé la valeur militaire comme levier de résistance face à une invasion.
La valeur militaire des bunkers peut être partiellement évaluée par des témoignages et des observations récentes. Le béton utilisé pour construire ces bunkers montre souvent des signes de détérioration prématurée, en particulier dans les endroits proches de la mer. En revanche, les bunkers en béton construits par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale près de Pogradec ne semblaient pas souffrir d’une telle détérioration en 2010. Un ingénieur que nous avons interrogé a attesté que les bunkers individuels pouvaient facilement être arrachés par un bulldozer (Fig. 9), ce qui amène à se demander comment leur intégrité structurelle aurait résisté à un éventuel assaut de chars en marche (Informateur 1, Tirana, 2010).
Fig. 9. Bunker arraché et renversé près de l’ancien camp de jeunesse du Parti Communiste/Parti du Travail, Dajti, 2017. Photo: F. Lasserre.
La logique tactique de ces constructions pose aussi parfois question. A Ilias, une longue suite de petits bunkers construits sur la côte et orientés vers la mer, semble défendre l’accès à la plage de Gjipes (Fig. 10 et 11). Mais cette plage est de faible dimension (100 m de long) et aboutit rapidement au goulet d’étranglement de l’étroit canyon de Gjipes : il parait plus facile de bloquer d’éventuelles troupes débarquées sur cette petite plage (donc en nombre réduit) en interdisant le transit par le canyon très encaissé ou vers la route accrochée à la falaise, plutôt qu’en tirant au fusil sur les navires amphibies, mais la configuration des bunkers, tous sur la falaise et orientés vers la mer, ne semble pas prévoir cette tactique. La valeur de ces bunkers semble donc davantage résider dans la symbolique d’une longue série de bunkers pointés comme une phalange vers l’île grecque de Corfou, à 27 km en face de la plage, et donc a priori hostile, que dans leur capacité à réellement enrayer une force de débarquement visant la plage de Gjipes.
Fig. 10 et 11. Bunkers à l’ouest de la plage de Gjipes, Ilias, 2022. Photos F. Lasserre
1.3. L’idéologie cachée des bunkers
Si les bunkers visaient à servir de moyen de dissuasion militaire face à l’étranger, ils avaient également une fonction domestique. Hoxha a demandé aux familles albanaises d’aider à ériger et à entretenir ces bunkers (Informateur 2, Tirana, 2012 ; Iacono & Këlliçi 2015), ce qui faisait partie des tâches collectives régulières dont la population devait s’acquitter dans le cadre de son service civil hebdomadaire obligatoire (Informateurs 2 et 5, Tirana, 2012). Les pièces des bunkers étaient préfabriquées (Glass 2014) puis expédiées vers leurs destinations, où les civils aidaient à leur assemblage final. En disséminant les bunkers dans tout le pays, le régime totalitaire s’est efforcé d’inculquer une mentalité de siège à la population (Galaty et al. 1999 ; O’Donnell 1999 ; Glass 2008 ; Morgan 2017 ; Iacono & Këlliçi 2015). Cette stratégie consistant à exercer un contrôle en instillant la peur d’un conflit probable peut expliquer pourquoi certains Albanais associent encore les bunkers à de » mauvais souvenirs » du contrôle politique et de la surveillance constante exercés par la police comme par les délateurs (Informateur 2, Tirana, 2012). Après Hoxha, les Albanais ont souvent décrit ces bunkers comme des symboles de répression et d’intimidation (Galaty et al. 1999 ; Martin-McAuliffe 2017). Comme l’a rappelé un haut responsable militaire interrogé dans le cadre d’une étude majeure sur les bunkers, Concrete Mushrooms (Stefa et al. 2012, 26),
Les bunkers n’ont pas été construits pour se défendre contre les étrangers, mais pour communiquer au peuple albanais que tout ce que nous faisons, nous le faisons pour défendre notre peuple contre tous. La bunkerisation était une force politique en action sous le couvert d’intérêts nationalistes, alors qu’en réalité, elle gaspillait des ressources précieuses en propagande pour maintenir les gens convaincus que le pays était puissant[1].
Le régime voulait que les bunkers, bien visibles dans le paysage albanais, s’inscrivent dans la conscience publique. Ils n’étaient pas cachés comme des fortifications militaires dans d’autres pays tels que la Suisse, par exemple, où la doctrine de défense nationale repose toujours sur la mobilisation populaire soutenue par de vastes fortifications souterraines (Nullis 2002 ; Reichen 2016 ; Hunt 2017). Ainsi, alors que le régime de Hoxha a disparu depuis trois décennies, la présence et la visibilité persistantes de milliers de bunkers incitent à reconsidérer l’évolution de leur perception par le public. Des éléments de comparaison avec la perception des bunkers hérités de l’époque franquiste en Espagne pourrait être éclairante.
1.4. Le cas de la Linea P en Espagne
La ligne P est une série de fortifications militaires construites en Espagne, on l’a vu, de 1939 à 1948 pour protéger la frontière avec la France. Pendant la guerre civile espagnole, si la France n’est pas intervenue dans le conflit, ce ne fut pas le cas de l’Allemagne et de l’Italie qui envoyèrent sur place divisions ou escadrons de soutien aérien. Très proche politiquement des régimes nazi et fasciste, Franco sut demeurer neutre pendant la Seconde guerre mondiale mais a nourri d’importantes craintes quant à la possibilité que les Alliés ne tentent de renverser son régime après leur victoire sur les pays de l’Axe. Les craintes du régime furent renforcées par l’infiltration de maquisards républicains espagnols en 1944-45, cependant rapidement vaincus par l’armée espagnole (Martinez-Maler, 2002; Dufour et Trempé, 2008 ; Sill, 2021), épisode qui, comme en Albanie, a nourri l’imaginaire d’un régime confronté à l’adversité dans l’après-guerre, avant que la guerre froide ne conduise les Occidentaux à tolérer le régime franquiste, puis à collaborer avec lui à travers des exercices conjoints à partir des années 1960 (Pellistrandi, 2002), avant l’admission de l’Espagne dans l’OTAN en 1982 une fois la démocratie revenue, tandis que l’Albanie s’isolait davantage au fil du temps. Les casemates de la ligne P, plus imposantes que celles construites en Albanie et au nombre d’environ 4 500, comprenaient de l’artillerie et des défenses antiaériennes, et ne reposaient donc pas sur de l’infanterie légère. Elles n’ont été abandonnées par l’armée espagnole que vers 1980 (Gorostiza, 2018), en 1993 pour les batteries côtières de Roses (Roses, 2015).
C’est donc, en Albanie comme en Espagne, une mentalité d’État assiégé qui préside à la construction de ces fortifications après avoir pris le pouvoir à la faveur d’une guerre civile[2]. Comme en Albanie, ils sont l’objet en Espagne de réactions diverses mais sont plutôt aujourd’hui l’objet soit d’indifférence, soit de tentatives de valorisation touristique (Turismo Aragon, 2019 ; Tierra de Biescas, 2022 ; Mapa de la Linea P, 2021) (Fig. 12 à 14), sachant que ces fortifications espagnoles ne sont présentes que dans la zone frontalière nord et ne sont donc pas omniprésentes : elles ne sont donc pas devenues un symbole du régime comme en Albanie.
Fig. 12 et 13. Bunkers de la Linea P, parc de la Punta Falconera, Roses (Catalogne), 2022. Photos : F. Lasserre.
Fig 14. Bunker de la Linea P, montagnes entre El Port et Vilajuïga, 2023. Photo : F. Lasserre
2. Les perceptions contemporaines des bunkers par les Albanais
Après la chute du régime communiste, les bunkers albanais n’ont plus été associés à la peur de la guerre et à la répression gouvernementale. Nombre d’entre eux sont rapidement devenus obsolètes, les gens les ignorant ou les détruisant de manière plus proactive. D’autres ont été réaffectés et investis de nouvelles significations. Le changement soudain d’attitude à l’égard des bunkers reflète la façon dont des constructions similaires ont été transformées dans d’autres pays à la suite d’un changement de régime et/ou de la fin de la guerre. Par exemple, en France, un bunker datant de l’époque du régime de Vichy dans la ville de Sainte Bernadette-du-Banlay a été transformé en église, tandis qu’en Allemagne, un bunker datant de l’époque nazie a été transformé en terrain de jeux d’escalade (Virilio 1991 ; Morgan 2017).
Le professeur d’architecture Jason Payne (2014) propose une typologie utile de l’évolution de l’attitude des Albanais à l’égard des bunkers dans la société post-communiste, sur laquelle notre recherche s’appuie. Il affirme que les bunkers ont pu tour à tour être appréciés en tant que ruines, adaptés pour une réutilisation pratique, exploités pour une réutilisation consumériste, ou réinterprétés soit à travers une « institution auto-réflexive », un lieu qui favorise la conjuration des démons du passé et la commémoration (Payne 2014, 165). Sur la base de nos observations et de nos entretiens en Albanie, nous proposons la typologie suivante. Premièrement, les bunkers peuvent devenir l’objet d’une indifférence totale, ce qui peut conduire à leur destruction lorsqu’elle est jugée nécessaire, par exemple pour construire des logements, des hôtels ou des routes. Deuxièmement, ils peuvent devenir l’objet d’une dérision affirmée, une fois peints ou graffités. Troisièmement, ils peuvent être transformés et réutilisés, soit de manière ad hoc, soit de manière plus délibérée afin de les transformer en marchandises. Quatrièmement, ils peuvent devenir des marqueurs commémoratifs permettant de réfléchir au passé. Bien que ces catégories soient distinctes, elles ne s’excluent pas nécessairement l’une l’autre.
2.1. Les bunkers comme objets d’indifférence
De nombreux bunkers ont été détruits, essentiellement pour libérer le foncier pour de nouveaux usages, même si parfois on a pu vouloir se venger de l’ancien régime communiste[1]. Plus fréquemment, il s’agissait de récupérer des terres pour une utilisation locale, comme c’est le cas pour les agriculteurs qui considèrent les bunkers dans leurs champs comme des nuisances, les habitants et les entrepreneurs ayant des entreprises sur les plages qui promeuvent le tourisme (Informateur 3, Tirana, 2015). Cette destruction non documentée ne semble pas avoir suscité de débat public sérieux, ce qui contraste avec les discussions sur le sort de monuments communistes plus importants et plus visibles comme la Pyramide de Tirana, inaugurée en 1988 et initialement conçue comme un musée de l’héritage d’Enver Hoxha destiné à glorifier le régime communiste (Fig. 15). Aujourd’hui en grande partie abandonnée et vandalisée (Fig. 16), ni le gouvernement municipal ni le gouvernement central n’avaient de plan pour la détruire ou la restaurer avant 2022, en partie à cause du désaccord public prolongé sur ce qu’il faut faire du monument (Myhrberg 2011 ; Iacono & Këlliçi 2016 ; Iacono & Këlliçi 2017). A l’été 2019, un projet a été retenu par la mairie pour la convertir en centre de formation en création visuelle et numérique[2].
Fig. 15. La Pyramide, centre-ville de Tirana, en 2007. Photo: F. Lasserre
Fig. 16. La Pyramide, 2015. Photo: F. Lasserre
La destruction d’un bunker en béton est une entreprise qui, si elle n’est pas très complexe, engage des coûts pour tout individu qui tente d’en retirer un – sauf à le tasser en bordure de terrain, ce qui explique en partie pourquoi tant de bunkers parsèment encore le pays. Compte tenu de ces coûts, les bunkers peuvent être réutilisés de manière plus occasionnelle, par exemple comme toilettes ad hoc (informateur 4, Dürres, 2017) ou comme lieu de rencontre pour les adolescents (Galaty et al. 1999, 203). Même lorsque des sites sont réaménagés, comme un parc d’attractions ouvert en 2017 sur la montagne Dajti au nord de Tirana, à proximité de l’une des résidences de campagne de Hoxha, les bunkers sont souvent laissés en l’état (fig. 17).
Fig. 17. Bunkers près de la résidence de montagne d’Enver Hoxha, aujourd’hui dans un parc récréatif, Dajti, 2017. Photo: F. Lasserre.
S’ils ne sont pas considérés comme des obstacles, ils sont donc souvent laissés en l’état comme sur les plages. Ainsi les bunkers de la figure 2 ont-ils disparu lors de la construction de nombreux hôtels sur la plage de Dhermi en 2018 (Fig. 18) mais les bunkers en périphérie de la plage ont été laissés en place (Fig. 19, 20), tout comme à Qeparo par exemple (Fig. 21).
Fig. 18. Site de la figure 2 en 2022 : les bunkers ont été détruits pour faire place aux aménagements touristiques. Cliché F. Lasserre.
Fig. 19 et 20. Bunkers demeurés en place, plage de Dhermi, 2022. Photos : F. Lasserre.
Fig. 21. Bunkers près de la plage de Qeparo, 2022. Photo : F. Lasserre.
2.2. Les bunkers comme objets de dérision
Si les dépenses nécessaires à la destruction des bunkers dans le parc d’attraction susmentionné de la montagne Dajti ont pu être jugées inutiles, il est également possible que les propriétaires du parc estiment que leur présence puisse ajouter une touche de kitsch et rappeler ce qu’était l’endroit autrefois – les bois autour de la résidence de montagne d’Enver Hoxha. Des attitudes plus sarcastiques et dérisoires à l’égard des bunkers apparaissent également dans le cadre de leur commercialisation. Commentant la vente de hamburgers et de casemates souvenirs en forme de petits bunkers, l’anthropologue sociale Helen Regis affirme que les bunkers « sont utilisés pour communiquer un message très différent : une esthétique kitsch post-communiste auto-dépréciative qui récupère le passé en tant que ‘patrimoine’ à travers l’idiome de la moquerie » (Regis, communication personnelle, citée dans Galaty et al. 1999, 209). Les boîtes à pilules, cendriers et porte-crayons en forme de bunker sont exposés dans les boutiques de souvenirs pour le touriste de passage[1]. La promotion d’un souvenir de bunker était accompagnée d’un message à l’attention des acheteurs : « Salutations du pays des bunkers. Nous avons supposé que vous n’aviez pas les moyens d’en acheter un grand » (Shenon 1996, S1, p.4).
Une autre forme d’appropriation tout aussi dérisoire est la peinture des bunkers que l’on trouve le long des côtes ou dans les centres urbains. Certains bunkers ont été peints avec des couleurs vives dans le but de rendre leur présence plus esthétiquement conforme aux espaces de loisirs (Pike 2013, 59). Aucun programme municipal officiel ne promeut cet acte de transformation des bunkers, il est donc probable que ces peintures soient l’initiative « d’habitants ou d’étudiants », comme l’a supposé un informateur (Informateur 2, Tirana, 2012). La peinture des bunkers indique un désir de transformer la symbolique de leur présence: si l’on doit vivre avec, autant tâcher de les embellir ou de se moquer du souvenir d’un régime détesté (Fig. 22 à 25).
Fig. 22. Bunker peint, Ksamil, 2010. Photo: F. Lasserre
Fig. 23. Bunkers sur une plage à Ksamil, 2010. Photo: F. Lasserre.
Fig. 24. Bunker peint sur le terrain d’un hôtel/restaurant, Dajti, 2012. Photo: F. Lasserre.
Fig. 25. Bunker peint, parc municipal, centre de Tirana, 2017. Photo: F. Lasserre.
2.3. Les bunkers comme source de revenus
De nombreux bunkers ont également été réappropriés et transformés en sources de revenus, en particulier dans le cadre de l’industrie touristique croissante du pays. Lorsque les touristes et les journalistes étrangers ont commencé à entrer en Albanie à la fin des années 1990, leur fascination pour cette caractéristique unique du paysage albanais a incité les entrepreneurs à transformer les bunkers en restaurants, en bars et en hôtels. Pour les Albanais entreprenants, les bunkers représentaient une ressource à exploiter plutôt qu’une horreur (Pike 2013, 58-59). Cette tendance est illustrée par le projet Concrete Mushrooms mentionné plus haut, initié par deux professeurs du Politecnico Di Milano en Italie, qui a donné lieu à la publication d’un livre (Stefa & Mydyti 2012) et à la création d’un site web (ArkiNet Blog 2009). L’objectif du projet était d’apporter une réflexion sur ces bunkers en béton hérités et disséminés à travers le pays, et sur la manière dont on pourrait leur donner un regard différent. Les étudiants en architecture à l’origine de Concrete Mushrooms font désormais la promotion des avantages financiers de la conversion des bunkers en bars, restaurants et petits hôtels. Parmi les initiatives similaires, citons « Bed and Bunkers » (Anonyme 2012 ; Bed and Bunkers, 2015), un projet lancé en 2012 pour transformer les bunkers PZ en chambres d’hôtel, en particulier dans les endroits où les paysages sont attrayants pour les touristes (Prix de l’UE pour l’architecture contemporaine 2015 ; voir également Geoghegan 2012). Il est plus facile de transformer de grands bunkers PZ en infrastructures touristiques que de petits bunkers QZ, qui n’ont pas assez d’espace pour être exploités de la même manière.
La tendance à la marchandisation des bunkers, qui se traduit notamment par leur valorisation esthétique, a conduit le gouvernement albanais désormais libéral à les percevoir comme des attraits touristiques. Les agences privées occidentales et albanaises qui contribuent au développement du tourisme ont également fortement encouragé l’adoption de ces nouvelles « mentalités bunker » (voir par exemple : TripAdvisor 2017 ; Albanian Tourist ; et Albanian Trip). Ironiquement, une infrastructure qui faisait autrefois partie des fortifications de défense en béton du régime communiste, les bunkers font désormais partie intégrante des actifs de l’industrie touristique capitaliste. En outre, tout comme il existe des précédents de construction de bunkers à des fins de défense, il existe également des précédents d’utilisation d’anciens bunkers à des fins touristiques. De telles fortifications ont déjà été utilisées à des fins économiques en Israël (Gelbman 2008) et en France avec la ligne Maginot (Gordon 2018) et le mur de l’Atlantique de l’époque nazie (Loizeau & Leleu 2019). La marchandisation rapide des bunkers dans l’Albanie post-communiste, compte tenu de la transformation politique et économique globale du pays, est sans doute d’autant plus frappante.
Fig. 26. Un bunker transformé en bar près de Durrës.
Crédit: Catherine Babin/Rémi Bourdillon, Le Devoir, 16 juin 2018, https ://www.ledevoir.com/vivre/voyage/530305/des-bunkers-aux-balkans (avec leur aimable autorisation).
2.4. Les bunkers comme lieux de mémoire du passé
Enfin, les bunkers ont été plus récemment préservés et restaurés en tant que témoignages du passé. Cette restauration témoigne de la volonté d’associations historiques ou d’autorités municipales de faire en sorte que les bunkers encouragent la réflexion sur le régime communiste plutôt que de se contenter de prendre possession et de monnayer des infrastructures obsolètes. Néanmoins, la préservation des bunkers en tant que lieux de mémoire, comme cela a été fait à Tirana (Fig. 27), peut également recouvrir des motivations marchandes, notamment en ce qui concerne le tourisme patrimonial (van der Boon 2019; Azizaj 2020).
Fig. 27. Bunker restauré, centre-ville de Tirana, 2017. Photo: F. Lasserre.
Le premier site de Bunk’Art, ouvert en 2014 dans le nord de Tirana, est un exemple clé de la transformation d’un bunker en un site de mémoire publique. Ici, 24 pièces de l’immense abri en béton, qui était destiné à protéger Hoxha et son cabinet en cas d’attaque nucléaire, ont été transformées en un centre d’art et de culture à usage mixte comprenant un musée d’histoire et une galerie d’art contemporain. (Fig. 28).
Fig. 28. L’entrée du bunker souterrain, aujourd’hui lieu de l’exposition Bunk’Art 1. Tirana, 2022. Photo : F. Lasserre
Bunk’Art 2, ouvert en 2016 (Fig. 29), a transformé un ancien abri du centre-ville de Tirana, conçu pour protéger l’élite de la police et le personnel du ministère de l’Intérieur d’une catastrophe nucléaire, en un musée documentant la persécution politique perpétrée par le régime communiste (Eilers 2016 ; Bourdillon 2018). Ce souci de mémoire, dans ces efforts de communication publique et de commémoration de la part du gouvernement albanais illustrés par ces musées, n’exclut pas l’ironie parmi le public. Comme l’explique un guide de Bunk’Art, « que vous visitiez nos bunkers, c’est une bonne façon de punir le dictateur. Il doit se retourner dans sa tombe en sachant que vous, les « capitalistes », vous vous amusez à les envahir ! » (Bourdillon 2018).
Fig. 29. Le bunker de l’exposition Bunk’Art 2, centre-ville de Tirana, 2017. Photo: F. Lasserre.
Conclusion
Craignant une invasion de l’extérieur, le régime communiste isolé de Hoxha a cultivé le récit d’un État assiégé par l’OTAN, la Yougoslavie, l’Union soviétique et ses alliés. L’armée albanaise a répondu à ces craintes d’invasion en construisant frénétiquement des bunkers – avec l’aide obligatoire de toute la population – dans tout le pays, des montagnes à la côte, afin de fortifier ses frontières terrestres et maritimes. Ces bunkers ont généré une atmosphère de peur omniprésente au sein de la population. En même temps, ces inquiétudes étaient finalement plutôt superficielles, à l’image des bunkers eux-mêmes. Après l’effondrement du régime communiste en 1991, toute une série de nouvelles représentations liées aux bunkers se sont rapidement développées, allant de l’indifférence à la dérision, en passant par la marchandisation et la commémoration.
Comme dans la plupart des pays où les infrastructures militaires ne remplissent plus leur fonction initiale, de nombreux bunkers albanais sont aujourd’hui à l’abandon. Bien que dépouillés de leur fonction militaire ou politique initiale, ces artefacts abandonnés témoignent encore de manière vivante et inéluctable du passé. Les bunkers ont été construits à la fois pour répondre à des angoisses politique mortelles du régime (Bennett 2011) et, plus spécifiquement en Albanie, au désir totalitaire d’instiller la terreur au sein de la population. En un laps de temps relativement court, la relation des Albanais avec les bunkers est passée d’une distance craintive à une série d’autres attitudes et pratiques. Cette évolution de la relation témoigne d’une réappropriation des bunkers (Morgan 2014), ce qui signifie que la société albanaise accepte progressivement l’héritage douloureux de son passé communiste. Des recherches plus approfondies pourraient permettre d’étudier la place qu’occuperont les bunkers dans l’espace public et dans l’imaginaire collectif à l’avenir. La tendance à la destruction prévaudra-t-elle, les bunkers seront-ils de plus en plus transformés en actifs productifs, ou disparaîtront-ils progressivement du paysage et de la mémoire, comme nos conversations avec de nombreux habitants l’ont laissé entendre ? Plusieurs récits et potentialités sont en jeu. Il reste à voir comment ils se matérialiseront et affecteront les dizaines de milliers de bunkers encore présents sur le territoire albanais.
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[1] La République d’Albanie a été proclamée le 29 avril 1991.
[1] Visite de terrain des auteurs, août 2010.
[1] Traduction libre.
[2] Comme en Yougoslavie, les mouvements de résistance albanais se sont livré des combats pour la prise du pouvoir tout au long de la Seconde guerre mondiale.
[1] Parmi les autres vestiges infrastructurels du régime qui ont été détruits, citons les équipements ferroviaires et les canaux d’irrigation dans les zones rurales, qui sont aujourd’hui à l’abandon et inutiles (Informateur 1, Tirana, 2010).
[2] Visite de terrain, Tirana, août 2022; TUMO Tirana, https://tirana.tumo.al/about/
[1] Comme nous l’avons constaté à plusieurs endroits ; également Informateur 4, Durrës, 2017 : « Il n’est pas rare de trouver des souvenirs et des gadgets mobilisant le concept des bunkers” .
