Timur Dadabaev. Transcontinental Silk Road Strategies. Comparing China, Japan and South Korea in Uzbekistan. Londres : Routledge, 2019.

Frédéric Lasserre1

¹ Professeur à l’Université  Laval et directeur du Conseil québécois d’études géopolitiques (CQEG); Frederic.Lasserre@ggr.ulaval.ca


RecensionTimurDadabaev

Ce livre analyse les initiatives et les concepts lancés par la Chine, le Japon et la Corée du Sud en Asie centrale pour déterminer leur impact sur le régionalisme et la coopération régionale en Asie centrale, en particulier depuis le lancement du grand projet chinois des Nouvelles routes de la Soie en 2013.

En utilisant le cas particulier de l’Ouzbékistan, la principale puissance politique de l’Asie centrale, le livre se concentre sur la formation du discours d’engagement avec la région de l’Asie centrale à travers les récits et représentations de la Route de la soie. L’auteur présente les perspectives d’engagement et de coopération dans la région en analysant des initiatives comme la diplomatie japonaise de la Route de la soie de 1997, le Processus de Shanghai promu par la Chine, ou l’offensive économique des entreprises coréenne, dans une optique de comparaison avec la dernière initiative politique chinoise, la Belt and Road Initiative (BRI).

Le livre affirme que les facteurs matériels et les intérêts de ces États ne sont pas les seules motivations permettant de rendre compte de leur engagement en Asie centrale. L’auteur suggère que l’environnement culturel et des facteurs identitaires constituent des incitations comportementales supplémentaires pour la coopération entre États, ces facteurs créant un espace pour les acteurs de la politique mondiale. Contrairement à une idée reçue, poursuit-il, le Japon, la Corée et la Chine n’entretiendraient pas de relations concurrentes en Asie centrale, notamment dans le contexte des projets chinois des Nouvelles routes de la Soie, mais chercheraient au contraire à développer des niches spécifiques, en particulier le Japon, plutôt que de chercher à contrer les initiatives chinoises.

On adhèrera ou non à cette thèse, car si effectivement le Japon, la Corée et la Chine déploient des initiatives différentes, selon des moyens et des objectifs différents, il n’en demeure pas moins que les trois États, et surtout le Japon et la Chine, ont cherché à faire valoir des projets labellisés 2routes de la soie » pour accroitre la connectivité et les moyens de transport entre l’Asie de l’est et l’Asie centrale. La Chine comme le Japon cherchent tous deux à vendre leur technologie ferroviaire, notamment dans les projets de corridors de transport.

L’argument de l’auteur est néanmoins intéressant. Il est vrai que les projets japonais ne semblent pas chercher à contrer frontalement les initiatives chinoises, mais plutôt à développer des approches qui peuvent être interprétées comme complémentaires. L’ouvrage déconstruit les discours et la politique étrangère de la Chine envers les petits États et présente un compte-rendu plus équilibré des relations internationales en Asie centrale en tenant compte des approches japonaises et sud-coréennes envers l’Asie centrale.