Camille Escudé-Joffres (dir.). Les régions de l’Arctique (2019). Paris : Atlande.

Frédéric Lasserre1

¹ Professeur à l’Université  Laval et directeur du Conseil québécois d’études géopolitiques (CQEG); Frederic.Lasserre@ggr.ulaval.ca


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Cet ouvrage propose une série de chapitres thématiques pour décrire et analyser les différentes facettes de l’Arctique selon une approche régionale et thématique. De nombreux auteurs (22) ont ainsi participé à la production de cet ouvrage. Une première section, Repères, campe les différentes acceptions de la région arctique, décrit les risques liés à cet environnement ainsi que les formes des transformations environnementales induites par les changements climatiques. La section suivante propose un panorama régional: l’Arctique nord-américain puis la société groenlandaise, selon une approche essentiellement sociale ; la région de la mer de Barents ; l’Arctique russe et ses projets de mise en valeur économique. La troisième section aborde la question des dynamiques sociales et environnementale de la vie dans les régions arctiques : les peuples autochtones ; les villes en Arctique ; le front pionnier en Sibérie ; et deux études de cas portant sur le Groenland, Nuuk et Qassiarsuk.

La section suivante développe une thématique majeure dans les discours sur l’Arctique : quels sont les enjeux de l’exploitation des ressources dans un environnement fragile et en mutation ?  De quel développement parle-t-on ? On y aborde également les questions de la navigation, des ressources en hydrocarbures, de l’élevage des rennes et du développement des infrastructures. Une dernière section développe la question de la gouvernance et des enjeux géopolitiques. A qui appartient l’Arctique et quels sont les enjeux de souveraineté dans cet espace ? Il convient, à travers cette section, de souligner que l’Arctique est un espace régulé et que, s’il est traversé de litiges, il est aussi le siège d’une importante coopération interétatique. Les droits des peuples autochtones sont évoqués, ainsi que l’intérêt des pays asiatiques et européens pour la région.

Dans une langue claire, avec un corpus de références un peu léger et un peu daté mais bien présent, et surtout un très important appareil de cartes, figures et tableaux regroupés en fin d’ouvrage, le livre détaille l’ensemble de ces thématiques. On appréciera ainsi l’évocation de thématiques moins classiques au sujet de l’Arctique, comme vivre en Arctique et les études sur l’habitat, le fait urbain dans la région ; le droit des autochtones ; l’économie de l’élevage du renne; sans que l’ouvrage néglige les questions classiques mais incontournables de l’impact des changements climatiques, du développement contrasté de la navigation commerciale, du développement des ressources, des enjeux de souveraineté et de juridiction. L’approche régionale est une bonne idée également, afin de souligner la diversité et les points communs entre les différentes régions, tant il est vrai que l’Arctique est pluriel dans ses populations, dans sa gouvernance et les stratégies des différents États de la région. On relève cependant que l’Arctique nord-américain est nettement moins abordé que les facettes européennes et russes.

On pourra regretter une certaine faiblesse de la section sur les infrastructures, qui aurait mérité un développement un peu plus long, et présente une erreur – le rail se rend bien jusque dans l’Arctique canadien, à Churchill, au Grand lac des Esclaves, et a été développé sur l’île de Baffin pour la mine de Mary River – sans connexion avec le reste du réseau certes. De même, la section sur le droit des peuples autochtones porte en réalité essentiellement sur les Sami, or les Sami n’épuisent pas la diversité des peuples autochtones et il aurait au contraire été intéressant de relever la grande diversité dans le statu et les droits des peuples arctiques selon leur État. Dans la section sur les développements militaires, il est également inexact de dire que la Russie a construits de nouvelles bases et aérodromes : trois campements nouveaux de 150 hommes ont certes été édifiés, mais les aérodromes sont tous d’anciennes bases soviétiques rouvertes – un enjeu rhétorique important dans le débat médiatique sur l’ampleur du réinvestissement militaire russe en Arctique.

Ces défauts demeurent mineurs au regard de la somme d’information et de la diversité des thématiques abordés. Un ouvrage intéressant donc, pour les étudiants comme pour le grand public.